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De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2018. dans Monde, La une, Actualité, Politique

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Que de mots en R dans l’affaire : le r de répondre, celui de riposte et de résister. En face, c’est de celui de recul et non moins de renoncer qu’il s’agit…

Refus des frappes en Syrie, évidemment, à moins que peurs, peut-être indifférence, ou tout bonnement ignorance…

On ne s’étendra pas ici sur ce qui a été martelé partout depuis à présent plusieurs jours : les frappes annoncées puis exécutées par USA, France et Royaume Uni sur des lieux de Syrie contenant ou ayant à voir avec des armes chimiques ; ceci après que la reprise de la Ghouta ait été « parachevée », bouquet du feu d’artifice à sa façon, par des déversements de chlore et de gaz sarin, faisant leur lot de blessés et de morts, toutes populations civiles confondues. Ceci, après les 1300 morts de l’été 2013, sous les mêmes armes chimiques et – déjà – le recul de B. Obama, laissant Hollande seul, face à la « ligne rouge » franchie, sans plus de réactions du monde occidental « démocratique et civilisé », que ce lamentable dos américain qui se tourne.

On résumera ce qui colore l’argumentaire des « anti » (frappes), parce qu’on en a tous, de ces voisins, amis, cousins, autour de nous. Ceux qui admettent ou soutiennent le passage à l’acte occidental seraient d’une espèce – à bon droit honnie – les va-t-en-guerre et les faucons, tenants de la violence, de l’œil pour œil, satisfaisant dans l’affaire une confortable guerre par procuration. Et puis, la peur chantée sous tous les tons, de l’engrenage possible, du terrible jeu de dominos amenant – on l’entend ça et là - la déstabilisation de tout le Moyen Orient, et au bout du bout « la » guerre mondiale de plus. Arguant – incontestable, pour autant – que depuis 2013, sont arrivés dans le théâtre d’opérations rien moins que l’armée russe, le califat de Daesh, et un Iran démultiplié. On entend aussi – plus dans le champ classiquement politique des camps et des alliances – ceux qui « font confiance » à l’ami Russe, Poutine de son prénom, pour calmer le jeu et faire preuve de pragmatisme. Il y a peu, notre Mélenchon hissé sur un balcon de Marseille discourait en ce sens dans une posture d’imperator aux arènes, larguant comme autant de bombes la « honte » que nous aurions à passer sous le joug des américains, le ton de sa voix calée carrément sur celle d’un De Gaulle face au refus de l’OTAN…

Il y a, enfin, le boucan de tous ceux qui ne croient pas au gaz – le mythe du complot en a vu d’autres sur le net et les réseaux sociaux, où toutes les 5 minutes chacun donne son avis sur tout ; et de ceux qui, via les mêmes tuyaux percés, vous disent que ce n’est pas Bachar qui est à l’origine de cet énième massacre, mais d’autres fumeuses engeances, rejoignant en cela l’argumentaire inamovible du dictateur de Damas face à sa troupée de « terroristes » supposés. On entend – c’est curieux – par contre assez peu de tirades autour des participants à l’affaire côté occidental ; l’inexpérience ? d’un Macron, et bien plus, la présence d’un Trump, ses insuffisances, ses foucades, sa loyauté ?? sa détermination (nous ne parlons pas de son côté obsessionnel) et sa cohérence (ici, ne pas entendre de quelconque allusion à l’âne têtu) ???

Les jeunes « néo-cons » français seraient-ils une avant-garde ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 avril 2018. dans La une, France, Politique, Littérature

Recension du livre de Pascale Tournier, Le vieux monde est de retour, enquête sur les nouveaux conservateurs, Stock, 2018

Les jeunes « néo-cons » français seraient-ils une avant-garde ?

Pascale Tournier est une journaliste àLa Vie, mais son travail – très professionnel – pourrait être l’œuvre d’un universitaire ; j’avais déjà évoqué, dans une précédente chronique, le mouvement « dextrogyre » des idées et le néo-conservatisme qu’à la fois il draine et il préfigure. L’ouvrage de Pascale en décrit la traduction dans les faits, avec un panorama tant de ses acteurs que des doctrines qu’ils promeuvent.

Le point de départ de ce renouveau droitier fut la Manif pour tous, en juin 2013. La loi Taubira effraie, que dis-je, épouvante la bien-pensance catholique ; Ludivine de la Rochère, une transfuge de la fondation pro-vie Jérôme Lejeune, aidée de Béatrice Bourges (proche du syndicat d’étudiants d’extrême droite d’Assas, le GUD, et de l’Action Française) organisent le mouvement et programment les démonstrations dans la rue. Ce ne sont en rien des nouvelles venues dans l’arène médiatique ; mais la jeunesse va suivre.

Cette jeunesse a ses mentors intellectuels : des anciens « gauchistes » passés à droite : Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean-Claude Michéa (dont je ferai prochainement la recension du livre, Notre ennemi le capital, devenu presque un classique), sans parler du géographe Christophe Guilluy, qui brosse une sociologie de la France en déshérence qui vote Le Pen.

Parmi les « jeunes pousses » de cette intelligentsia « néo-con », citons Bérénice Levet, professeur (sorry ! pas de « seure », je ne pratique pas l’écriture dite « inclusive ») à Polytechnique, Eugénie Bastié, journaliste au Figaroet surtout Alexandre Devecchio, journaliste également, au très droitier Figarovoxet fondateur de la revue L’incorrect, laquelle a pris pour devise « un nouveau média pour rassembler les droites ».

Leurs idées ? Tout d’abord le légitimisme, selon la célèbre typologie de René Rémond ; « leur matrice idéologique, écrit Tournier, repose sur l’ordre naturel, l’enracinement dans la tradition, l’institution de la famille, le primat du collectif sur l’individu, la dénonciation de l’abstraction et de l’universalisme révolutionnaire ». La nature donc, base et justification du combat contre le mariage gay et la théorie du genre, mais – plus profondément encore – la limite. « La limite, déclare Bérénice Levet, est une caractéristique de l’humanité, les limites nous fondent ; nous ne les fondons pas ». Le néo-conservatisme rassure, protège de l’hubrisdu progressisme et de sa démesure. Il convient par conséquent de se limiter (et limiter les autres). D’ailleurs, vient de se créer un tout nouveau magazine, qui a tiré d’une encyclique du pape François son intitulé… Limite Limitese définissant comme « la revue de l’écologie intégrale ».

Politiques économiques : de quoi parle-t-on ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 avril 2018. dans Economie, La une, Histoire

Politiques économiques : de quoi parle-t-on ?

Dans cette chronique, je vais me limiter à ce qui se passa au XXe siècle et dans les débuts du XXIe. Donc, pas question ici de remonter jusqu’au XVIIIe siècle à l’époque d’Adam Smith et de sa théorie de « la main invisible » (le libéralisme), et encore moins au « mercantilisme » français, qui nous ramènerait à la France colbertiste (avec le rôle de l’Etat) du règne de Louis XIV. Nous allons donc essentiellement nous concentrer sur la période dite « contemporaine » (au sens large), c’est-à-dire celle qui vit s’opposer des conceptions de politique économique libérale, avec un très faible rôle de l’Etat, et des visions de politique économique interventionniste, fondée sur un important rôle de l’Etat. J’ajoute que je me limiterai – sauf à certains moments – au cas de la France, en sachant que nos compatriotes ont toujours eu un rapport à l’Etat extrêmement contradictoire, lui demandant de les laisser « tranquilles » (ces gens « d’en-haut », « ils », ou encore « eux »), sauf pour des réclamations d’aides en cas de problèmes (avec ce que j’appellerais le « Allo, l’Etat, bobo ! »).

Dans la période définie, on reconnaissait la droite au fait qu’elle pratiquait une politique dite de l’offre (ou de la production), de nature monétariste (priorité à la valeur de la monnaie) s’opposant ainsi à toute idée de relance de la demande ou de la consommation, donc d’augmentation du pouvoir d’achat (au profit de celle consistant à réduire les éventuels déficits). Il est important de signaler le fait que les libéraux – sur le plan économique – furent très influencés, au XXe siècle, par les thèmes économiques développés par l’autrichien Friedrich Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie (en 1974), et chef de « L’Ecole autrichienne », et l’américain Milton Friedman (1912-2006), prix Nobel d’économie (en 1976), membre du Parti Républicain, à la tête de « L’Ecole de Chicago » (les Chicago Boys). Ces économistes ultra-libéraux furent à l’origine des politiques économiques de dérégulation du rôle de l’Etat, par exemple en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher, aux Etats-Unis avec Ronald Reagan, et déjà au Chili après le coup d’Etat d’Augusto Pinochet contre le socialiste Salvador Allende en 1973 ; dans ce dernier cas, Milton Friedman considérait le Chili comme un laboratoire pour appliquer ses théories économiques.

Face à ces politiques de droite, on reconnaissait la gauche au fait qu’elle développait une politique de la demande, ou de la relance par la consommation, avec augmentation du pouvoir d’achat. Ce type de conception de la politique économique était issu des idées développées par le britannique John Maynard Keynes (1883-1946), qui n’avait pourtant rien de « socialiste », dès qu’il eût écrit son ouvrage (fondamental) sur La théorie générale ; une somme qui prônait l’abandon (après guerre) du « laisser faire » libéral. On pourrait définir Keynes comme une sorte de néo-libéral progressiste qui avait pour but de faire en sorte que le système capitaliste puisse être au service du plus grand nombre d’individus – y compris les plus défavorisés. Après sa mort, les idées de Keynes furent appliquées (plus ou moins), notamment dans le cadre de la constitution de « L’Etat Providence » (ou Welfare State) dans l’ensemble des pays occidentaux. Or, que se passait-il avec cette opposition (parfois dans le cadre du « stop and go », alternant ralentissement et relance de l’économie) entre ces deux types de politiques ? La politique de l’offre avait l’avantage de renflouer les caisses, de lutter contre les déficits ; mais elle augmentait les inégalités sociales. Parallèlement, la politique de la demande augmentait certes le pouvoir d’achat, mais vidait les caisses et provoquait en plus une augmentation uniquement provisoire du pouvoir d’achat, vite grignotée par l’inflation, ou hausse des prix.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 20 avril 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver(16) : «  un jour viendra…

 

Un jour viendra

l’heure du réveil

et l’étincelle

te grandira

 

Un jour viendra

la grande aiguille

pointe émoussée

qui montrera

 

Un jour viendra

je le prendrai

comme l’amoureux

cueille les fleurs

 

Accrocher sa vieille maison

à un fil

et se lasser des souvenirs

 

Autour de la modernité

construire

des éclats verts et de sourire

 

Laver

laver à la parole

les jours mauvais qui sentent encore

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans La une, France, Actualité, Politique

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

Une histoire humaine !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 14 avril 2018. dans Ecrits, La une

Une histoire humaine !

Un Américain nigérian a dit : « lorsque vous rentrerez, n’oubliez pas de mettre des chaussettes propres, on déchausse les gens à l’aéroport de Lomé ». Un Togolais norvégien a dit : « ah, c’est cool, jusqu’à la fin, ces Togolais m’ont rendu ce pays exotique […] ». Une dame de Guinée Biseau a dit : « c’est la même chose en Israël, c’est pour lutter contre le terrorisme ». Un Américain béninois a dit : « il paraît qu’ils ont peur des djihadistes de Sokodé [ville à forte population musulmane, où il y a souvent des manifestations et des morts] ». Un Américain togolais a répondu : « Il ne faudrait quand même pas exagérer […], ils n’ont que des bombes de Sorabi [boisson locale, bien alcoolisée]. Combien de ces gens à Sokodé ont les moyens de prendre un avion ? ». Un Français togolais a répliqué : « Pour faire exploser un aéroport, on n’a pas besoin d’être dans l’avion. Il suffit d’avoir une ceinture explosive et entrer vers le hall des départs […] ». Un autre dit : « Ne dis pas ça, ils sont tous fous à Sokodé. Bientôt, ils vont demander l’indépendance de la ville et instaurer la charia ». Les gens ont éclaté de rire. Ça riait dans tous les sens et à ne plus s’arrêter…

Il y a un jeune homme qui s’approche de moi, se présente et me demande, en souriant, pourquoi je ne ris pas. C’est un Sud-Coréen. Outré, je lui dis : « ce sont les blagues de ce type, dans ce genre de lieu, qui amènent très souvent les gens en garde à vue ». En effet, ces gens semblaient oublier là où ils se trouvaient, nous étions au service de l’immigration à Lomé [capitale de la République du Togo], un endroit rempli de policiers, pour récupérer nos visas…

Je me rends compte que je n’ai pas maîtrisé ma sonore. Mes mots ont certainement provoqué une stupeur. Certains me fixent, l’air effrayé. Chacun se met droit. C’est silence radio. On pourrait croire que je suis l’espion du pouvoir en place…Et puis, comme ça, les gens se remettent à refaire le monde. Donald Trump devient le sujet principal des moqueries. Ils refont le portrait du couple Macron. Il y a quelqu’un qui dit que Patrice Talon [président de la République du Bénin] a un problème grave à la prostate…

Quelques heures plus tard, je suis sur la route, je conduis en partance pour la cascade de Yikpa [la plus grande chute d’eau d’Afrique de l’Ouest, à la frontière avec le Ghana]. À ma droite, le jeune sud-coréen, je dois le déposer à Kpalimé avant de continuer. Pendant que nous blablatâmes, il me dit : « je suis bénévole ». Comme quelqu’un dirait « je suis président de la République, je suis ministre, directeur de société, etc. » Il a dit : « je suis bénévole ». Dans sa bouche le mot « bénévole » prend un sens particulier, un corps, un souffle de vie… Ça m’intrigue. Mais que peut-il bien se passer dans la tête de quelqu’un qui part à plus de douze mille kilomètres pour travailler gratuitement ? Je lui dis : « pourquoi êtes-vous devenu bénévole ? » Il a dit : « C’est ma première mission, c’est mon premier vrai voyage. Avant, je n’avais jamais quitté Séoul ». Je lui demande : « Et pourquoi l’Afrique ? » Il dit : « J’étais dans une sale période de ma vie. Je pense même que j’étais en pleine dépression. J’avais besoin de me sentir utile. Alors lorsqu’on m’a proposé de participer à un projet de forage au Togo, je n’ai pas hésité… Je suis ingénieur […]. Pour répondre à votre question, je pense que, quelle que soit la destination, je serais quand même parti… C’était important pour moi ».

« Si vous le dites » Le savoir a-t-il une saveur ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 avril 2018. dans La une, Linguistique

« Si vous le dites » Le savoir a-t-il une saveur ?

Question apparemment insolite à poser, si ce n’est en raison de la racine – identique – des deux mots, sapere, qui signifie tout aussi bien « avoir du goût » que « être intelligent ».

Bernard de Clairvaux, dans ses Sermons sur le Cantique des Cantiques, s’en amuse même (sermon 85, paragraphe 8) : « peut-être la sagesse (sapientia) dérive-t-elle de la saveur (sapor) ; car lorsqu’on y ajoute la vertu, tel un condiment (condimentum), le goût (sapidam) s’en trouve relevé, contrairement à un mets insipide (insulsa) et amer (aspera) ».

La Bible d’ailleurs fourmille de ces rapprochements entre la bouche et l’intellect. Exemple Job 12, 11 : « l’oreille ne met-elle pas à l’épreuve les mots, tout comme le palais goûte (hébreu ita’am) la nourriture ? ».

Ta’am, en effet, évoque indifféremment la recherche théologique et la dégustation (cf. le ta’amei ha mitzvot du Guide des égarés (3,31) de Moïse Maïmonide : « le ‘pourquoi’ des commandements »). La « sapidité » d’un concept déterminant son intelligibilité.

Mieux, le psaume (33, 9) n’hésite pas à proclamer : « goûtez (ta’amu) et voyez comme le Seigneur est bon ! ». L’hébreu tov=bon, étant traduit dans la Vulgate par suavis : suave ! Tout se passe comme si le Bon ou le Beau, perçu par les sens, corroborait le Bien purement éthique (cf. en grec, l’équivalence, notamment chez Platon, entre καλός, la beauté etγαθς, la bonté).

Quant à la connaissance, elle participe en soi d’une expérience autant sensorielle que cognitive, stricto sensu. Quand Adam « connut » – hébreu yada – Eve (Gen 4,1), il s’agit à la fois d’un dépucelage et d’une leçon de chose.

Bref, ne gâtons pas les agapes de nos fêtes religieuses. Savourons, en toute intellectualité, l’agneau du dimanche de Pâques comme celui du Seder de Pessah… tout en méditant le – très épicurien ! – précepte d’Isaïe 22, 13 : « mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! »

Osez la sagesse !

« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Ecrit par Gilberte Benayoun le 14 avril 2018. dans La une, Littérature

« Reflets a lu » Un beau ténébreux, de Julien Gracq

Voici de ce grand roman de Julien Gracq, Un beau ténébreux, quelques gouttes d’or de sa somptueuse prose, au style envoûtant, aux descriptions taillées dans du diamant, comme ces paysages écrits et décrits avec un charme fou. On est donc bien là dans la grande littérature française, celle qui nous offre, pour notre plus grand bonheur, un auteur au style inouï, d’une puissante beauté.

 

Extraits

« Je me suis levé de grand matin pour voir le soleil se lever sur la baie. Le charme de l’hôtel, c’est surtout pour moi, derrière le front de mer dont on ne perd jamais de l’oreille le grondement monotone, son beau jardin, ses tilleuls, son cèdre, ses parterres naïfs. Un coin de toit rose dans la lumière de l’aube était si joliment campagnard par-dessus les masses de verdure que j’avais envie d’applaudir. Le matin était tout vernissé par l’averse – l’asphalte de l’avenue entre les reflets des arbres prenait des tons bleus d’acier d’une douceur infinie. Les coqs apprivoisaient partout les avenues de cette plage de luxe à la gentillesse passagère de dix heures : on soupçonnait enfin de ci de là des boulangeries avec leurs petites voitures à chiens, des chaises dépliées aux terrasses des cafés par des garçons sifflotants, des barrières de villas carillonnantes, une espèce de Montparnasse bon enfant mêlé à la gouaille matinale d’un village ».

(…)

« Le reste de cette soirée, je ne le retrouve plus que par échappées vagues, où quelquefois un geste, une parole s’est figé dans mon souvenir pour toujours. Qu’y avait-il au fond que d’ordinaire dans cette promenade ? Mais je trouve pour me la retracer une mémoire parée des séductions enfantines. Et puis cette nuit était si belle, si hagarde. Des couples tournent, – aussi clos, aussi secrètement harmonisés que les sphères – autour des vieilles courtines du château, comme dans Faust à la scène du jardin. Comme une comète suivie de sa queue brillante, Allan égrène au long de sa course irrespirable des astres moins rapides. Une décantation s’opère – dans le calme de la nuit chacun retrouve sa respiration normale, son souffle tempéré ».

… … …

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 14 avril 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (15) «  je prends les mots… »

 

Je prends les mots

comme ils me viennent

et les virgules et tous les points

 

Je prends les mots

comme un marin

qui prend la mer et ses refrains

 

Consonnes éclair

et dures

obscures

phrasés d’ombrages

et de lumière

 

Consonnes éclair

et douces

rouges

le feu s’endort

vos vies s’embrasent

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 avril 2018. dans La une, Education, Actualité, Société

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Au Japon, ils ont le printemps des cerisiers, nous, c’est rituellement celui des « escholiers » (sachant que des tréfonds du Moyen Age, ça bougeait déjà pas mal dans les rangs ; mes rues de Montpellier, la savante et la rebelle en ont vu défiler de l’étudiant, une manière de record en termes de battre le pavé !).

Selon les années, c’est plus ou moins jeune – lycéens encore boutonneux, étudiants des – premiers, le plus souvent – cycles des facs – quelquefois spécialisés, les élèves infirmiers ici, cette formation d’ingénieurs là. La parité flotte le plus souvent sur les cortèges, ça c’est au moins une solide avancée. Pas de printemps sans son quota d’étudiants en colère. Haussement d’épaules des nantis/insérés, surtout insérés. Alors, dit mon voisin rigolard (et retraité) – je me disais aussi, 50 ans après 68, ils vont bien se mettre à sortir !!

Ils sortent en effet. Plus de 10 grandes universités ont débrayé – ce n’est qu’un début, continuons le… qu’on disait, nous – les rues se peuplent, même quand il pleut, et ce n’est visiblement pas le lancement des commémorations du grand Mai. Pourtant, l’opéra n’a plus rien à voir avec le grand ancêtre, ni le décor, ni le livret, ni les chanteurs, ni les costumes, ni rien, si ce n’est l’âge des participants. – Quand on est jeune, on gueule, ponctue mon toujours voisin d’un rire indulgent. Tendez pourtant un micro dans les manifs actuelles, et risquez « 68 ? » ; on peut d’avance lister le résultat du sondage : ce temps festif ! de consommateurs gavés ! d’enfants de bourgeois en crise d’adolescence ! avides de toutes les libertés, de fait individualistes en diable ! cette époque roulant dans les idéologies abstraites ! ce rêve coûteux !!… de rejets doux en rejets forts, rien, semble-t-il, d’un quelconque culte aux grands ancêtres, en vue… Car on est, à présent, là, comme dans le reste de la société, plus qu’inquiet, et sérieusement, sur l’avenir de son « moi, je », et les slogans, les pancartes sont aux antipodes de ces – interdit d’interdire et autres sous les pavés, la plage… les méga crises et le chômage de masse sont passés par là, ainsi que – évidemment – la philosophie politique d’un E. Macron. La mine de l’étudiant, ou de celui qui est en partance pour l’être, cette année 18, est sombre, et n’a plus grand-chose à voir avec le sourire narquois et définitivement historique de notre Dany face au CRS. Un tout autre monde, mais un monde qui comme tous les autres, et même celui de 68, parle de formation, de diplôme, d’insertion professionnelle, bref, d’avenir et finalement de vie. Pas une brindille, on l’aura compris.

De quoi causent nos banderoles actuelles ? A Montpellier, comme cela n’aura échappé à aucun citoyen attaché aux valeurs de la république, on nous résume l’attaque par des nervis d’extrême droite, il y a quelques jours, d’un amphi occupé en Droit ; les gourdins volaient, en guise de procédé négociatif, et, ce, avec l’apparent accord, tacite ou pas, du doyen de la faculté. Important incident ou bavure, ayant violé la traditionnelle indépendance des universités, blessé des étudiants, au motif que le contexte socio-politique si sécuritaire et avide de protection de quelques-uns choisis au milieu de tous, suffirait à faire passer la pilule.

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