La une

Fin de la course en vue…

Ecrit par La Rédaction le 21 avril 2017. dans La une, Actualité

Fin de la course en vue…

L’éthique et le respect de l’électeur, le seul qui au bout tranche ; le suivi – banal – des usages des campagnes électorales d’antan, quand à deux pas des urnes, le silence se faisait…

Parce qu’enfin, ne faut-il pas in fine laisser souffler celui qui demain va poser son bulletin, ou rester chez lui ? Ne faut-il pas, enfin, permettre de digérer toutes ces infos, redondances, scoops ; toute cette nourriture, voire parfois gavage d’oies ? Ne faut-il pas baisser le son des tonnes de sondages auxquels personne ne croit, mais que tout le monde consulte comme Pythie fatiguée en Delphes ? Ne sied-il pas au – citoyen ?? – décideur, faiseur de roi-président, de pouvoir s’isoler une miette avant l’isoloir final ? Méditer, sait-on ! Décompresser, tel l’élève au bord de son examen. Qui a enseigné, sait qu’on dit à ses élèves que – jamais – le travail, le bachotage de tout dernier moment n’accouchera de bons résultats ; par contre, débrancher, s’aérer l’esprit (et le corps !), laisser le matériel reposer, voir ce qui reste au fond du pot, qui est vraiment compris et validé, ça c’est tout bon !

Alors, à Reflets du temps, nous laisserons ce 22 Avril s’installer le silence des veilles de grandes batailles démocratiques et citoyennes. Aucun texte directement lié à la campagne – le texte sur le travail des équipes de l’IFRI, étant largement d’une autre essence.

Bon week-end, amis lecteurs et rédacteurs. Soufflez, réfléchissez – vous êtes devant vous – soufflons, nous aussi. Respirons un grand coup – du bon air, si possible, car Lundi la course reprend, et pour les derniers mètres !

Les limites des institutions internationales

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 avril 2017. dans La une, Histoire, Littérature

Recension du livre de Albert Einstein/Sigmund Freud, Warum Krieg ? Ein Briefwechsel. Diogenes Verlag, Zürich 1972

Les limites des institutions internationales

De passage à Vienne pour un très bref séjour, je suis tombé, dans une librairie, sur cet étonnant petit volume de correspondance entre les deux grands hommes, et dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

1932, l’inquiétude monte en Europe. Le parti nazi est aux portes du pouvoir en Allemagne ; les efforts, tout au long de la décade précédente, en vue d’instaurer une véritable sécurité internationale, notamment grâce à une institution régulatrice des conflits éventuels – la Société des Nations, ancêtre de l’ONU – paraissent précaires et incertains.

Einstein pose la question à son « collègue » psychiatre (ils se considèrent tous les deux comme des scientifiques) : « existe-t-il une voie, pour libérer les hommes de la fatalité de la guerre ? ». Et de justifier sa démarche auprès de l’illustre viennois : « je sais que vous avez répondu, directement ou indirectement, dans vos écrits, à toutes les questions ayant trait à ce problème pressant qui nous intéresse ».

Freud, dans le courrier en retour qu’il adresse à Einstein, commence par un historique anthropologique. Les plus forts dominent « naturellement » les plus faibles. D’où la distinction sémantique entre pouvoir (Macht) et violence coercitive (Gewalt). Le premier reposant sur la seconde : c’est par la force contraignante que s’établit le pouvoir. Le droit apparaît ainsi lorsque les faibles se coalisent pour renverser la loi – ou plutôt la non-loi – du plus fort à leur avantage.

La solution en vue de prévenir la guerre pourrait par conséquent consister en une délégation de la violence coercitive à une instance arbitrale, qui puisse effectivement en disposer, si nécessaire.

Pour ce faire, il faut que deux conditions soient réunies : que soit créée ladite instance, et que son pouvoir soit bien réel. « Maintenant, dit Freud, la société des Nations a été conçue pour être cette instance ; mais la deuxième condition – le pouvoir (Macht) – fait défaut ».

Pourquoi ?

Deux éléments manquent cruellement : la possibilité de contraindre, et l’existence de liens affectifs (Gefühlsbindungen) entre les différents membres. « Or, continue Freud, à la place des sentiments, il n’y a eu que des attitudes abstraites (ideelle Einstellungen). De la sorte, il semble bien que la tentative de substituer le pouvoir des idées (Macht der Ideen) au pouvoir réel soit condamnée à l’échec ».

Déclaration prophétique ! Pas plus le pacte de la Société des Nations du 28 juin 1919 que la Déclaration universelle des droits de l’homme, votée par l’ONU le 10 décembre 1949, ne sont parvenus à susciter un tel ralliement émotionnel créateur de liens. Freud avait vu juste. Mais alors que propose-t-il ? « La situation idéale, conclut-il, serait naturellement celle où une communauté d’hommes auraient soumis leur vie pulsionnelle à la dictature de la raison (Diktatur der Vernunft). Rien d’autre ne peut faire advenir une union – intégrale et capable de résistance – d’individus, et ce même en l’absence de liens affectifs entre eux. Cependant, selon toutes probabilités, ceci n’est vraisemblablement qu’un espoir utopique ».

Le fondateur de la psychanalyse avait parfaitement perçu l’impuissance d’un club d’états incapables d’imposer par la force une authentique coercition et reposant, non sur des affects prégnants (le patriotisme), mais bien plutôt sur des données abstraites peu motivantes effectivement : les droits de l’homme. La voie esquissée par Freud, le despotisme éclairé – l’aufgekläter Absolutismus cher à Joseph II – incompatible avec la démocratie et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, relève, comme l’observe fort justement Freud, d’un « espoir utopique ».

Oui, Warum Krieg ? Pourquoi la guerre ? Tout simplement parce qu’il n’existe aucun moyen de l’éviter…

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 avril 2017. dans Monde, La une, Actualité, Politique

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

… Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

« La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

Au début fut la fin

Ecrit par Gérard Leyzieux le 21 avril 2017. dans Ecrits, La une

Au début fut la fin

Au début fut la fin

Dans cet entremêlement des oublis

La fin fut forme de son début

Roue du vent, courbure de l’horizon

Aller et retour tout au long du jour

Retour sans aller au fil de la nuit

Rondeur du ciel matin où bleu se teint de rouge

J’y suis mais j’y étais avant aussi

Place partagée des contributions du temps

Participer à ces figures d’une époque

Où une partie de toi s’inscrit dans le savoir du monde

Et dans le silence des années apparaît sa fin

Fin de la fin, en finir avec elle

Pour un nouveau début d’infinis objets

Creuser le vide de ces absences

Renouveler l’image de présences momentanées

Et sous l’afflux d’odeurs extérieures

Illustrer le quotidien de frémissements inconnus

Fugue éperdue des sonorités dépassées

Où ta mémoire regarde son avenir

Emplir les béances anciennement absorbées

Tremble le mystère des souvenirs engloutis

Bruit l’emprise de l’espace évanoui

Minuscule accord des corps enfuis

Une voix te traverse vers la reformulation

Dans laquelle le changement affiche sa couleur

Pour colorer la peur de ta fin

Mots sur image

Ecrit par Jean-François Joubert le 21 avril 2017. dans Ecrits, La une

Mots sur image

L’Hirondelle a quitté le toit d’étoiles, reste l’Automne qui procure la chute des cheveux des hêtres, des chênes, et déchaîne les avis et forces contraires, froid, écharpe, une note de plaisir s’échappe de ma gorge, rouge, je chante une mélodie de catacombe et tombe dans une mare sans canard… Depuis longtemps, je ne lis plus le journal, mais la vie est un livre ouvert, par chez-moi on y trouve de la poésie, la rue du bois d’amour, la rampe du merle-blanc, oiseau de pacotille, ma couette est ma brindille, alors le temps passe, bientôt le lourd manteau de neige, bientôt un rêve qui m’échappe, celui de montrer à l’enfance la chance d’être né, pas de classe, or du désordre élémentaire qui fait qu’une pâquerette empaquette une messe non dite en s’effeuillant sans surveillante, face au noroît ou aux suroîts les rois des vents, oh comme j’aimerais me rendre en Polynésie en famille au sextant, toi ma dame de nage et ton enfant sur une coquille de noix, Fou de Bassan ma particule élémentaire comment la taire, alors je me terre sous ton absence de sens, j’aime la Terre, et mon désir est de la voir y plonger mon âme, et y nager en compagnie d’animaux marins, et ouvrir une bouteille de champagne, pour te jeter un mot d’âme, mes amours…

Reflets a (re)lu : Gens de Dublin, de James Joyce

Ecrit par Gilberte Benayoun le 21 avril 2017. dans La une, Littérature

(Editions Le Livre de Poche, 1965)

Reflets a (re)lu : Gens de Dublin, de James Joyce

C’est en pensant à la belle et monumentale œuvre de l’immense James Joyce, romancier et poète irlandais, l’un de nos plus grands écrivains du XXè siècle, auteur du déjà immense Ulysse, que j’ai choisi cette fois de « célébrer » ce justement célèbre et très beau recueil de nouvelles, Gens de Dublin, et y glaner – parmi les quinze nouvelles de ce recueil – quelques passages savoureux, et les faire découvrir ou redécouvrir aux amoureux de la littérature.

 

Morceaux choisis :

« On était presque aux vacances d’été quand je me résolus à rompre, ne fût-ce que pour un jour, cette monotonie de la vie d’école. Avec Léo Dillon et un garçon nommé Mahony, nous projetâmes une journée d’école buissonnière. La sœur de Mahony écrirait une excuse pour lui, et Léo Dillon dirait à son frère d’annoncer qu’il était malade. Nous fîmes le plan de longer la rue des Quais jusqu’aux bateaux, ensuite de traverser avec le bac, et de nous promener jusqu’au Pigeonnier.

Léo Dillon avait une peur bleue d’y rencontrer le père Butler ou tout autre du collège ; mais Mahony demanda, avec beaucoup de raison, ce que le père Butler pourrait bien faire au Pigeonnier. Nous nous rassurâmes et je menai à bien la première partie du complot, en rassemblant les douze sous de chacun des deux, leur montrant en même temps les miens. Nous étions tous vaguement émus le soir en prenant nos dernières dispositions. Nous nous serrâmes la main en riant, et Mahony dit :

– A demain matin, les copains.

Cette nuit-là je dormis mal. Le matin, j’arrivai au pont bon premier, d’autant que j’habitais le plus près. Je cachai mes livres dans les hautes herbes, près du trou aux cendres, au bout du jardin, là où jamais personne ne venait, et je me dépêchai de courir le long de la berge du canal.

Un doux soleil matinal brillait dans cette première semaine de juin. Je m’assis sur le parapet du pont, admirant mes fragiles souliers de toile que j’avais soigneusement blanchis la veille avec de la terre de pipe, et regardant les chevaux dociles qui tiraient, au bout de la colline, un tramway bondé d’ouvriers. Toutes les branches des grands arbres qui bordaient le mail s’égayaient de petites feuilles d’un vert clair, et les rayons du soleil passaient au travers pour tomber dans l’eau. La pierre du granit du pont commençait à être chaude, et je me mis à la tapoter en mesure suivant un air que j’avais en tête. Je me sentais très heureux.

[…] »

(…)

« Le crépuscule d’août gris et tiède était descendu sur la ville et un air doux et tiède, comme un rappel de l’été, soufflait dans les rues. Les rues aux volets clos pour le repos du dimanche s’emplissaient d’une foule gaiement bigarrée. Pareilles à des perles éclairées du dedans, du haut de leurs longs poteaux, les lampes à arc illuminaient le tissu mouvant des humains qui, sans cesse changeant de forme et de couleur, envoyait dans l’air gris et tiède du soir une rumeur incessante, monotone.

Deux jeunes gens descendaient la pente de Rutland Square. L’un d’eux venait de terminer un long monologue. L’autre, qui marchait sur le bord du trottoir devait parfois sauter sur la chaussée à cause de l’impolitesse de son compagnon, l’écoutait, amusé. […] ».

(…)

« Quand il fut certain que le récit était terminé, il rit silencieusement durant une bonne demi-minute. Puis il dit :

– Ça, par exemple… c’est le bouquet !

La voix paraissait exempte de toute vigueur et, pour renforcer ses paroles, il ajouta avec humour :

– Ça, c’est le bouquet, et si j’ose m’exprimer ainsi, le bouquet du bouquet.

[…] »

… … …

Elle s’appelait Sarah Halimi

Ecrit par Brigitte Stora le 15 avril 2017. dans Racisme, xénophobie, La une, Actualité

Article publié le 11 avril 2017 sur le site du Huffington Post

Elle s’appelait Sarah Halimi

ACTUALITE

 

Est-ce le résumé de tout ce que je veux écrire ?

Est-ce un titre ? Un chapô, une prémonition, une conclusion, une chute ?

Elle s’appelait Sarah Halimi et ces deux noms cognent un peu trop fort à nos mémoires.

Certains réclament vengeance, d’autres sont en prière. Peut être nous faut-il des mots, ceux qui manquent. Dramatiquement, incompréhensiblement. A ce jour, pratiquement seule la presse « communautaire » en a parlé. Dans la colère, voire l’outrance, souvent, hélas*.

Nos grands médias pourtant si bavards, si prompts à décrire les frasques sexuelles d’un homme politique ou les confidences aigries d’une femme trompée… Cette presse si friande de petits riens et autres phrases débiles glanées au milieu de discours politiques, ces médias dont beaucoup auront apporté leur pierre à cette drôle de « décivilisation » qui nous défait tous lentement mais sûrement, ceux-là n’ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris dans le 11e arrondissement.

Sarah Halimi, médecin et directrice de crèche, a été assassinée dans la nuit de lundi, battue puis défenestrée vivante de son balcon du 3e étage. Que ceux qui croient revoir une triste scène du Pianiste de Polanski quittent la salle et rangent leur paranoïa… à moins qu’avec de Niro, on puisse redire sa réplique : « n’oublie pas que même les paranos ont des vrais ennemis… »

Et ces ennemis tuent encore. Son assassin est un jeune homme de 27 ans, un voisin « déséquilibré ». Certains n’ont mentionné que sa religion, « musulman », car, à leurs yeux, cela devrait immédiatement signer le crime… D’autres ont écrit un peu vite qu’il parlait arabe, ce qui est peu probable chez cet homme d’origine africaine. D’autres ont parlé de coran brandi, de coups de couteau, ce qui n’est pas avéré. Mais des voisins auraient bel et bien entendu Alalou Akbar, le fils de Sarah aurait évoqué d’autres agressions, des insultes antisémites répétées. Aïcha, une voisine de Sarah, rencontrée dimanche à la marche tient pourtant à me dire : « vous savez, on vit tous ensemble finalement » et elle me murmure : « c’était un drogué, il insultait tout le monde »… Une enquête est en cours. Le procureur de Paris, François Molins a répondu aux inquiétudes en acceptant d’échanger sur l’enquête en cours. Il a expliqué qu’à ce jour, il était « impossible » de savoir s’il s’agissait « d’un acte antisémite ou pas ». Dans le « ou pas » se loge désormais la vigilance républicaine dont on doit se féliciter. Selon lui, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l’exclure.

The Persistence of Ignorance

Ecrit par Ricker Winsor le 15 avril 2017. dans Ecrits, La une

The Persistence of Ignorance

A young student asked me recently, « Mr. Winsor, do you think history is important ? » I said, « When I was growing up we heard that history is important to know so that we learn from the past and don’t repeat our mistakes. But now that I have lived seventy-two years I have to wonder about that. It seems to me we haven’t learned anything ; we keep repeating the same mistakes, so maybe history isn’t important. It is always subjective anyway, always written by the winners ».

The human community has been in trouble since the beginning and holds fast to that trouble despite a choking amount of information to help it out of that trouble and despite having the greatest tool to do that, the human brain itself. It has only been four generations since television was invented and spread around to almost every house. There was an expectation that this amazing invention would educate people and bring them out of ignorance. It hasn’t worked. Most people are lazy, it seems, and only want television to help them escape or have it tell them what they already believe and want to hear about issues. There seems to be no need to be challenged by new information, new ideas.

One of my friends is a doctor, an atheist, and an expert on evolution. He says, « The human brain is wired to be curious, to be seeking understanding, making discoveries. If that is not happening, there is something wrong with the wiring ». Based on what I said in the previous paragraph, it would seem there is a great deal wrong with « the wiring ». Either that, or evolution has screeched to a halt.

 Another friend is an enemy of « left leaning liberals ». He is on what I would call « the rabid right », the alt right being the proper term ; not thinking, dangerous. But he is a loyal friend from childhood. I sent him a link to « The National Review » because it is a thoughtful, conservative « rag ». My friend is a CPA accountant, not a dummy. He wrote back, « I don’t read left-wing rags ». I said « The National Review is a conservative voice started by William F. Buckley ». He answered, « I know that. Never cared much for Buckley », by which I understood that he didn’t know that and didn’t bother to make two clicks on his I pad to find out about it, something that would have taken less than thirty seconds.

In researching this topic, I came across a thesis stating that our ideas are so deeply held as to be actually physical. Seeing new or opposing evidence just makes a person struggle harder to defend what he already believes. In other words, a considered good argument will have very little effect on changing a person’s thinking.

As we grow up and develop our personalities, a number of core ideas get bundled together and become an unassailable fortress against new information coming from the world. I suppose this makes things simpler. I came up with a phrase to help me explain this phenomenon : « Ignorant people want simple solutions to complex problems ». It provides them relief from what is otherwise a permanent condition of stress to make sense of a world that mostly does not make sense.

What will it take to change our thinking if we are totally invested in a set of ideas ? It won’t happen by argument ; that is clear. My own experience is that if I give myself a little distance from that bundle of ideas I carry with me, there is a chance I can accept another way of thinking about things. It is almost a spiritual technique of non-attachment or at least of loosening one’s grip on that attachment. Life is short ; we live in a mind-bogglingly immense universe that only seems to get bigger as our knowledge increases. How important can one’s political ideas actually be ? The humility that comes with this kind of thinking is liberating, actually pleasurable.

My atheist friend, the evolution expert, gets great peace from his acceptance of annihilation. « When you really understand evolution and DNA you don’t need religion ». About life after death he says, « They will never know how wrong they were (the believers). We become stardust, nothing more ».

La persistance de l’ignorance

le 15 avril 2017. dans Ecrits, La une

Texte de Ricker Winsor, traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

La persistance de l’ignorance

Un jeune étudiant m’a demandé récemment : « M. Winsor, pensez-vous que l’histoire soit importante ? ». « Quand j’étais petit, répondis-je, on nous disait qu’il est important de connaître l’histoire afin d’apprendre les leçons du passé et de ne pas répéter ses erreurs. Mais désormais, ayant vécu soixante-douze ans, cela ne laisse pas de me surprendre : il me semble que nous n’avons rien appris, que nous répétons les mêmes erreurs. Alors, peut-être bien que l’histoire n’a pas d’importance. De toute manière, elle est toujours subjective, vu que ce sont les vainqueurs qui l’écrivent ».

La communauté des humains est dans le pétrin depuis le début et se cramponne à ce pétrin malgré la quantité pharamineuse d’informations qui leur permettraient de se sortir du pétrin, et en dépit du plus fantastique des outils que nous ayons, pour ce faire : le cerveau humain lui-même. Cela fait seulement quatre générations que fut inventée la télévision et qu’elle s’est répandue presque dans tous les foyers. L’on escomptait bien que cette invention stupéfiante éduquerait les gens et les tirerait de leur ignorance. Cela n’a pas marché. La plupart des gens sont paresseux, semble-t-il, et recherchent uniquement dans la télévision un moyen d’évasion ou de s’entendre dire ce qu’ils veulent entendre, ce à quoi ils croient déjà. Nul besoin, à ce qu’il paraît, de nouvelles informations ou de nouvelles idées dérangeantes.

L’un de mes amis, médecin athée et expert en matière d’évolution affirme : « le cerveau humain est doté de connections destinées à le rendre curieux, désireux de comprendre et faire des découvertes. Si tel n’est pas le cas, il y a quelque chose qui cloche dans les connections ». En se basant sur ce j’ai dit au paragraphe précédent, il y a beaucoup de choses qui clochent dans les connections. Ou alors, l’évolution est comme une voiture qui s’arrête pile et dont les pneus crissent.

Un autre ami est un ennemi des « progressistes ayant le cœur à gauche », en un mot, ce que j’appellerais un « réac », quelqu’un de la droite alternative pour être plus précis. Il ne pense pas, il est dangereux ; mais c’est un fidèle ami d’enfance. Je lui ai envoyé un lien à The National Review, parce que c’est un gentil pauvre type conservateur. Mon ami est un expert-comptable, pas un idiot. Il a répondu : « je ne lis pas les chiffons gauchistes ». Je répliquais : « The National Review est un organe conservateur, fondé par William F. Buckley ». « Je sais, rétorqua-t-il, j’en ai rien à cirer de Buckley » ; par quoi je comprenais qu’il n’en savait rien et qu’il ne s’était pas donné le mal de faire un double click sur sa tablette pour savoir de quoi il s’agissait, ce qui lui aurait pris moins de trente secondes.

En faisant des recherches, je suis tombé sur une thèse affirmant que nos idées sont si profondément ancrées en nous qu’elles ont, pour ainsi dire, un caractère physique. Se voir confronté à des données nouvelles ou contrariantes ne fait que nous inciter à défendre plus opiniâtrement ce que l’on croit déjà. En d’autres termes, ce que l’on considère comme un bon argument n’aura que très peu d’effets sur la manière de penser d’une personne et ne la changera pas.

Que faire avec la Russie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Que faire avec la Russie ?

Dossier « Contre champ » de la revue Politique Etrangère, printemps 2017, une réflexion de toute première urgence : la Russie. Omniprésente dans notre actualité, encore cette semaine passée avec les évènements de Syrie. Omniprésente dans la géopolitique de notre quotidien, et forcément alimentant peurs et fantasmes à moins qu’enthousiasmes bruyants :« Le grand méchant loup est de retour. Et il est russe… La Russie serait au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau maître du monde… ».

Deux articles charpentés essaient avec maestria l’un comme l’autre d’éclairer nos lanternes sur « nous et la Russie ». Les titres posent des nuanciers différents entre « vivre avec la Russie » et « faire face à la Russie ». Aucun propos simpliste, ni caricatural dans ces analyses de l’Occident face à la Russie, notamment l’UE ; derrière, les USA.

Dominique David (Vivre avec la Russie) tisse son analyse autour de deux idées force : « La Russie puise sa force dans les erreurs et les illusions de l’Occident de l’après guerre froide » mais  « ni leader, ni modèle, elle a besoin des nations occidentales ». Nous recevons de l’immense voisin des reflets manquant d’objectivité que nous lisons à l’ombre de pré-acquis historiques, de réflexes et de crispations idéologiques, nous empêchant de « mesurer ce qui fait la force et la faiblesse russe aujourd’hui ». Les signes de bonne volonté de Poutine vis-à-vis de l’Occident, Amérique comprise, sont listés, depuis 2011, de même que leur échec. D. David éclaire en l’Occident ce « remplacement d’une société de stratégies par une communauté internationale des valeurs, et l’alignement universel sur les principes formels de la démocratie ».Ce qui fait sens au regard de l’Histoire récente. Géopolitiquement parlant, l’accent est mis sur les changements qui s’ordonnent sur l’échiquier international ; fin des puissances intégrales ; multiplicité des puissances limitées (et mouvantes, peut-on ajouter) à la tête desquelles veut se positionner la Russie. Laquelle « dans l’air du temps » a su développer des langages d’« obsessions dominantes » tel « l’anti-islamisme virulent, le conservatisme des valeurs d’État, l’autorité martiale et la fermeture pour se préserver de l’autre… ».Pays qui a « les faiblesses d’une force », décline l’article : un camp du refus contre l’OTAN, y compris à l’ONU, immensité, richesses énergétiques, balancier Europe-Asie. Faiblesses en terme d’une économie qui a pâti de la chute des cours en énergie, de l’évasion financière, d’un secteur productif et d’infrastructures sacrifiées, d’une « puissance militaire » qu’il faut nuancer, si ce n’est que l’image supposée menaçante de cette force reste un atout.

Comment du coup départager ce qui doit exister et être pesé entre « l’intérêt russe et notre intérêt » ; partout la Russie existe et « marginaliser, refouler cet acteur serait dangereux ; l’inclusion étant le but d’une stratégie pacifique ». Négocier, donc, en Ukraine (lever à terme les sanctions), négocier sur le Levant, négocier l’ordre de sécurité européen… Coexister avec un régime qui ne nous agrée pas. Entre autres… dit D. David.

Thorniké Gordadzé, qui fut ministre d’état en Géorgie (Faire face à la Russie), insiste sur le rôle de diviseur des Occidentaux de Poutine, tant en géopolitique pure, qu’en soutien par exemple des populismes européens à l’intérieur des états. Analyse précise est faite du système Poutine, « un régime qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, la suppression des contre pouvoirs, médiatiques, comme opposition politique… Ces services s’auto investissant d’une mission quasi métaphysique de sauvegarde d’une patrie en constant danger ». Accent mis, chiffres à l’appui, sur la considérable baisse du niveau de vie d’une grande partie de la population – 16% vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La Russie n’a donc pas les moyens de ses ambitions géopolitiques, essentiellement redevenir une très grande sur l’échiquier, via l’image martiale de son versus militaire. Elle se veut « un modèle alternatif à celui de la démocratie libérale occidentale », ce qui est plus difficile qu’au temps de l’URSS. Aussi, elle contourne ces réalités en s’attaquant – Wikileaks, et les réseaux sociaux – aux tares supposées du « modèle » occidental. Et échafaude un projet de sociétés conservatrices aux valeurs chrétiennes et familiales.

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