La une

Les ambiguïtés du libéralisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 juin 2018. dans Economie, La une, Littérature

Recension/commentaire du livre de Jean-Claude Michéa, Notre ennemi le capital, Flammarion, 2017

Les ambiguïtés du libéralisme

Jean-Claude Michéa, agrégé de philosophie, fils de résistant communiste et communiste lui-même jusqu’en 1976, est resté profondément anticapitaliste – d’où le titre – mais il a évolué vers une critique plus globale qui inclut les préoccupations écologiques ; il se dit désormais simultanément « socialiste » et « décroissant ».

Décroissance. La lecture de l’ouvrage de Serge Latouche, L’âge des limites, l’a inspiré au point de livrer le leitmotiv de son propos : « la société de consommation trouve sa condition préalable dans la nécessité inhérente à toute économie libérale de poursuivre à l’infinile processus de mise en valeur du capital ». Infini contre finitude, limite contre illimitation. Ces oppositions fixent l’axe du combat de Michéa. Elles rejoignent, nous le verrons, celui du néo-conservatisme d’une certaine extrême droite. Pourfendeur du « relativisme moral de la gauche postmoderne, de l’idéologie du No border », il voit dans le physiocrate du XVIIIème siècle, Guillaume-François Le Trosne, le père du « mot d’ordre libéral ni patrie, ni frontière ». Le toujours plus à l’intérieur d’un monde clos et fini constitue, en effet, une contradiction dans les termes. Elle a donné naissance à ce qu’il appelle le modèle « californien » de la Silicon Valley, un mélange d’hédonisme et de nietzschéisme, où le « règne de l’absolutisme individuel » aboutit au délire démiurgique du transhumanisme (cf. ma chronique au sujet de ce dernier). Notre auteur dénonce alors « l’abolition de tous les tabous de la morale commune, de toutes les frontières protectrices encore existantes et de toutes les manières de vivre partagées ». Apologie des tabous moraux et des frontières protectrices, tiens, tiens… à cela s’ajoute la critique d’une « société atomisée, mobiliaire et agressivement individualiste ». « Mobiliaire », autrement dit « qui trouve sa raison d’être dans un appel au nomadisme généralisé ». Limite rimant ainsi avec enracinement.

La justification de ce qui, pour Michéa, relève de la croyance et non de la raison, se trouve dans une pseudo-scientificité, « axiologiquement neutre », affirmée « sur le ton détaché et neutre de l’expertise impartiale », en un mot dans cette « pensée unique », vilipendée aussi bien par l’extrême gauche (par exemple Ignacio Ramonet du Monde Diplomatique) que par l’extrême droite (entre autres par Alain de Benoist qui lui a consacré un volume entier).

La conséquence politique de cet état de chose n’étant autre que ce qu’il nomme « l’alternance unique » entre « l’aile gauche et l’aile droite du château libéral », pour qui il s’agit seulement « de prolonger de quelques décennies encore la survie d’un système qui prend eau de toute part » et le macronisme actuel se posant, de fait, comme un « compromis historique d’un type nouveau », une nouvelle « union sacrée » des deux ailes du « château libéral ».

Le socialisme dans un seul pays ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 juin 2018. dans Monde, France, La une, Politique

Le socialisme dans un seul pays ?

Dans cette chronique, je croiserai l’Histoire et l’Actualité, car cette question du « socialisme dans un seul pays » (et est-il possible aujourd’hui ?) remonte à très loin, au moins pour ces dernières décennies, à la période où, en France, François Mitterrand fut obligé de passer à la politique dite de « la rigueur ». Il y a un autre problème que je devrais poser, à côté des exemples donnés en fonction de la chronologie : celui des différents types de « socialismes » auxquels je vais être amené à faire allusion. En effet, il y aura le cas du socialisme démocratique (ou social-démocratie), le plus modéré de tous – tendant souvent vers le centre gauche. Il y aura ensuite celui des socialismes radicaux, allant de ce que l’on appelle « la gauche de la gauche » jusqu’à « l’extrême gauche ». Et puis, on trouvera aussi des nouveautés idéologiques dont on peut se demander s’il faut ou non les classer dans le cadre du « socialisme ». J’ai à analyser les exemples des grandes expériences qui ont globalement échoué (expression à nuancer), en partant de la France en 1983, puis dans le monde, aussi bien pour la social-démocratie que le socialisme s’affirmant comme « radical ». Et puis, il me faudra aussi évoquer le cas des gauches latino-américaines et du mélenchonisme français, qui n’ont plus grand-chose à voir avec le socialisme tel que nous l’avons connu en Europe depuis 1936 et après 1945. Je devrais aussi aborder rapidement dans mon texte la question des raisons de ces échecs (parfois relatifs), et aussi celle de savoir si demain la tenaille subie peut ou non se desserrer, avec notamment une social-démocratie qui serait redevenue simplement et possiblement active. Ou bien quoi d’autre encore ?

Pour rappel, c’est en Union Soviétique (née en 1922) que se développa l’expression de « socialisme dans un seul pays », au moment où le système de Staline (successeur de Lénine) passa à une vision nationale, voire, à certains égards, nationaliste. Cette conception aboutit alors à une vision économique de type quasi-autarcique, à l’image de ce qui se passait dans les autres pays totalitaires des années 1930 : Italie fasciste et Allemagne nazie. Economiquement, elle déboucha à la fois sur le sacrifice des paysans, l’industrialisation à marche forcée, et à un échec considérable pour les habitants sur le plan du niveau de vie. Faisons maintenant un bond dans le temps. Laissons de côté les expériences tchèque (en 1968, avec « Le socialisme à visage humain » d’Alexander Dubcek) et chilienne (au début des années 1970, avec le socialisme légaliste mais se voulant radical du président du Chili Salvador Allende (écrasée par le coup d’Etat militaire de Pinochet en 1973). Je commence donc à dérouler le tapis chronologique de mon sujet.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 16 juin 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver : «  les petits ruiseaux…

 

Les petits ruisseaux

font les grandes rivières

Les petits cons

font les grandes sociétés

et moi dans tout ça

 

Chaperon douce

je cherche le loup

aux poils chauds de l’amour

 

Le pain béni du quotidien

se coupe en tranches

se mange en mie

 

Le pain pétri comme une croûte

qui casse

les deux dents du bonheur

Petite prose d’occasion

Ecrit par Jean-Charles Vegliante le 16 juin 2018. dans Ecrits, La une

(en attendant Denis Lavant)

Petite prose d’occasion

Le jeune aide bibliothécaire lui avait dit : « Votre destin naval va commencer là, au coin du quai de la galerie Julien Cain ». Il se posta donc à l’angle de la galerie Julien Cain, sous le panneau indiquant d’ailleurs ce nom, dont il se demandait s’il fallait y entendre l’écho de Caïn (pour lui lié depuis l’école à Victor Hugo). Et son œil était fixé dans l’attente, scrutant l’ombre et toute silhouette vaguement compatible avec celui qu’il espérait apercevoir un instant avant le départ du bateau sonore, pour le saluer de sa corne. Deux et trois fois, il crut l’avoir reconnu sous des aspects fort différents mais plausibles : il avait vu bien sûr Holy Motorset était prêt à tout. Oui, le père imprimeur de Cain avait parfaitement pu gommer le tréma de leur nom, pour de bonnes raisons sociales et culturelles. Le capitaine Achab lui-même, celui du destin naval, semblait dénier toute parenté avec le roi maudit qu’affronte Élie dans le Livre des Rois. La vie vraie, rêvée inventée (ou inventée rêvée) est pleine de travestissements, de dénégations et de reconnaissances. Brusquement, le même aide bouclé se précipita vers lui, hors d’haleine, et lui dit qu’il l’avait cherché pour l’avertir que finalement, c’était à l’autre extrémité de la Grande Bibliothèque – à des lieues de brume de là, tout au fond – vers la salle des Globes géants, que le destin – si destin il devait y avoir – se matérialiserait. Et que l’événement urgeait, à présent.

Il se mit à trottiner, cachant cette hâte ridicule en ce lieu feutré, un peu comme les marcheurs de fond se pressent, se déhanchent raides sans avoir le droit de courir (sous peine d’élimination), certain qu’il avait désormais laissé passer sa chance… « Fortune est chauve derrièreet devant chevelue », or il était resté en arrière ! Arrivé sous les gigantesques boules, sous l’œil noir vide de l’une, braqué sur lui comme une bouche de bazooka, il se trouva pris parmi une petite foule agglutinée autour d’un échalas chevelu préposé au guidage commenté des badauds – plutôt étranges du reste, en ces lieux. Une bonne âme lui dit, voyant sa mine défaite : il paraît que ça fait partie du dispositif. Il se disposa donc, reprenant son souffle. L’escogriffe était au demeurant assez drôle, il se dit qu’il n’avait pas tout perdu, lorsque tout à côté de lui, comme en contrebas – par quel tour de magie, le sol étant uni et horizontal, on ne sait – voici le saltimbanque, le diseur, l’acteur tuttofaremagnifique qui semble lui faire un clin d’œil, mais il croit avoir rêvé, essaie de glisser deux mots à l’oreille trop tard, le follet saute au milieu de la foule et se met à parler le plus naturellement du monde son premier texte : le poème ! Le spectacle ambulant a donc commencé ! Pris aux cheveux ils vont suivre, telles les souris derrière le joueur de flûte de Hamelin, avec les rires, les frissons et les pleurs d’un petit garçon effrayé qu’on puisse lui enlever sa jolie maman, la course effrénée et poétique de Denis Lavant. Poésie, qui se fait. Poïein. Un petit moment de vie trottinante soustrait au néant, peut-être. Le jeune échalas aussi, à la fin bon diseur également, et Mathieu Marie pour le nommer, se joint au salut final, cette révérence des acteurs qui est leur forme de politesse. C’est fini, d’autres queues se pressent plus loin pour des lectures en salle, plus convenues, il faut rentrer dès que l’applaudissement s’éteint sous les galeries austères. Force de ce qui arrive, qadarde ce qui toujours se termine, adieu.

La femme murée, Fabienne Juhel

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 juin 2018. dans Ecrits, La une

Le Rouergue, La brune, avril 2018, 187 pages, 18,80 €

La femme murée, Fabienne Juhel

Il faut définitivement être reconnaissants à Fabienne Juhel pour ses livres : écriture magnifiquement poétique dans un format toutefois économe ; sujets variés alternant le peri fantastique, aux bords de récits de voyages, aux franges souvent inattendues mais toujours pertinentes de la grande Histoire… Romans – « romanesque » étant peut-être le second prénom de Fabienne – baignant dans les vents de la lande, le granite des villages, la houle et la tempête de sa Bretagne, qu’il faut vouloir aimer pour lire Juhel.

Une fois de plus avec La femme murée, embarquons pour un voyage-Juhel. Enfin, une excursion – balade appellerait trop l’insouciance - qui reste bien à quai dans Brest, son pays, ses rues, et qui nous amarre à un pan de son histoire récente, celle des destructions massives des villes de l’Ouest durant la seconde guerre mondiale. Comme médium, une femme – en vrai, comme diraient les enfants à qui on raconterait son histoire, car le troisième prénom de Fabienne est sans doute « raconter ».

Jeanne Devidal, qu’on nommait « La folle de Saint-Lunaire »,a traversé pas moins de 100 ans de malheurs croisés, tous plus étranges, originaux, les uns que les autres, sans perdre de vue la mer, depuis une… construction ? habitation ? fabriquée de bric et de broc au long (cours) de sa longue vie ; tout en récupérations diverses et farfelues, ayant laissé pousser un arbre au milieu d’une pièce, et barricadant ouvertures et couloirs-labyrinthes, à coups d’un peu n’importe quoi. Cela ne ressemblait à rien de connu ou concevable, si ce n’est la maison du facteur Cheval ; ça galopait en dehors des règlements d’urbanisme les plus élémentaires, et s’insinuait sans gêne dans l’espace public et dans celui des voisins ; « et si on a le malheur de lui dire quelque chose, elle vous jette des pierres ! ».Si l’on ajoute que des hordes de chats l’accompagnaient, qu’elle restait – sauvage, disait-on, à l’abri de ses grands yeux verts – dans son univers, criant parfois à la brune, on aura compris les conflits inévitables et inexorables entre la « folle » et le reste de Brest…

« Disons qu’elle fait un avec sa construction. Qu’elle a autant le bâti dans le corps que le bâti est en elle. Une double carapace. Elle n’a jamais fait la différence entre sa constitution et sa construction. C’est peut-être une maladie. Elle dit – sous mon toit logent des souris, comme elle dirait que des idées lui courent par la tête. Et inévitablement, des araignées au plafond… ».

Mais Fabienne Juhel a encore un prénom, double cette fois : « observer et comprendre ». Elle a mené ce qu’il faut d’enquêtes croisées et fines, pour remonter jusqu’à la jeunesse de Jeanne, sa famille, ses frères, tout ce monde anéanti dans les feux des guerres – aujourd’hui les psychologues parleraient de la violence post-traumatique qu’elle a dû porter à même le dos. Et si la femme de la bicoque s’asseyait parfois la nuit au milieu de ce nulle part qui était son chez soi, c’était pour écouter et humer ses fantômes, les « invisibles ».

Un nouveau concept politique : l’illibéralisme

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 juin 2018. dans Monde, La une, Politique

Un nouveau concept politique : l’illibéralisme

Le terme apparut pour la première fois dans un article de Foreign Affairs de 1997. C’était alors une question purement théorique ou comment une « démocratie », tout en préservant – dans une certaine mesure – la liberté économique, la liberté d’entreprendre, peut néanmoins limiter, voire abolir certaines libertés politiques.

Viktor Orbàn, en Hongrie, reprit l’idée et surtout la mit en pratique, déclarant, par exemple, dans son discours de juillet 2014, à son parti, la Fidesz : « Nous devons rompre avec les principes et les méthodes de l’organisation libérale et, d’une manière générale, avec la conception libérale de la société (…) il faut restaurer les devoirs de l’Etat qu’ignore l’ordre économique qui prévaut en Europe de l’ouest ».

Depuis Adam Smith et John Stuart Mill, on avait, en effet, lié les deux : le marché et la démocratie. Certes, les contre-exemples ne manquaient pas ; le mix capitalisme et fascisme du général Pinochet, au Chili ; ou, à l’inverse, le mariage contre nature entre capitalisme et communisme, en Chine. Mais cela n’avait pas encore été théorisé. Pinochet l’avait rêvé, Orbàn l’a fait. Le phénomène a d’ailleurs suscité de nombreuses études en Autriche, pays voisin et directement concerné, car la coalition VPÖ-FPÖ (droite/extrême droite), emmenée par le jeune chancelier Sebastian Kurz, lorgne sur le régime hongrois.

Le quotidien conservateur – mais non extrémiste – Die Presse, sous la plume de Karl-Peter Schwarz, s’est lancé dans une défense et illustration de la ligne Orbàn : « Les critiques lui (Orbàn) rétorquent qu’un régime est soit démocratique et libéral, soit illibéral et antidémocratique. Ce faisant, ils oublient que la démocratie est un moyen et le libéralisme une fin. Lorsque la majorité qui voit le jour, a pour objectif le nationalisme ou le socialisme, il existe certes une démocratie, mais point de libéralisme ». Ainsi l’existence d’élections libres n’aurait pas d’autre signification que de définir le mode de désignation du pouvoir exécutif et n’impliquerait, en soi, aucun présupposé politique, étant compatible avec n’importe quelle idéologie…

Ce que, bien sûr, conteste le journal de centre gauche – Wiener Zeitung – dans un article d’Isolde Chorim : « Illibéral signifie agir contre les juges et les journalistes, contre le partage du pouvoir et la société civile, illibéral signifie un contrôle des médias, un monopole du discours politique et une oppression des minorités. Autrefois, la démocratie et le pouvoir autoritaire étaient antinomiques. Aujourd’hui, nous sommes en présence d’une forme hybride, telle que la démocratie illibérale, qui allie élections, parlement et pratiques autoritaires ». Une dictature « soft », en quelque sorte, une dictature respectueuse, à échéances fixes, de la volonté populaire.

Heureux d’apprendre à l’école : l’école Gueguen

Ecrit par Jean-François Vernay le 09 juin 2018. dans La une, Education

Heureux d’apprendre à l’école : l’école Gueguen

La buena educación

Dans Heureux d’apprendre à l’école : Comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, le docteur Catherine Gueguen entend « [s’] interroger sur le profond malaise engendré par l’école » (p.7) en adossant sa réflexion aux avancées en neurosciences affectives et sociales. Aussi propose-t-elle une réforme de l’éducation centrée autour de l’empathie et du rôle des compétences socio-émotionnelles dans le monde éducatif. La démarche n’est pas banale puisque si les chercheurs en sciences de l’éducation ont parfois recours aux travaux de psychologues, neuroscientifiques, et psychiatres, pour penser de nouvelles approches pédagogiques, il est moins courant de voir des experts du fonctionnement de l’esprit s’intéresser au système scolaire et à ses rouages.

D’emblée la pédiatre insiste sur l’aspect décisif de la relation enseignant-élève, puisque cette dernière détermine « l’apprentissage, […] la mémorisation, la motivation, la créativité, la coopération dans la classe, le développement, l’épanouissement et le bien-être de l’enfant et de l’adolescent », tout autant que « le bien-être de l’enseignant et à son sentiment de compétence » (p.11). Le postulat de base se résume à l’intertitre suivant : Toute « relation empathique et soutenante favorise le développement du cerveau de l’enfant » (p.17), raison pour laquelle il convient de privilégier un environnement bien-traitant et de bannir la violence éducative qui ne permet pas d’inculquer une discipline personnelle sans conséquence néfaste pour le cerveau dont la maturation atteint son apogée vers 25 ans. Les éducations punitives seraient sources d’insensibilité, d’endurcissement, de carence d’empathie et de comportements antisociaux.

Face à des comportements inconvenants, quelle démarche adopter ? Il faut poser des limites tout en étant concis et factuel, sans forme de jugement. « Puis sachant qu’il est face à un être encore très immature, l’adulte l’apaisera par sa présence compréhensive, sa voix douce, son regard bienveillant, ses gestes tendres » (p.22). Viendra ensuite le temps de lui laisser la possibilité d’exprimer le pourquoi de son action et ses émotions, avant de l’encourager par des formules du type : « Je te fais confiance, en grandissant, tu vas apprendre à faire autrement » (p.22).

La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

Ecrit par Lilou le 09 juin 2018. dans La une, Sports

La victoire de Castres, le rugby de Marcel…

Qu’il me soit permis ici de dresser sur tout le long de la route qui sépare Toulouse à Castres une guirlande ininterrompue de joies illuminées se confondant dans les éclats de la victoire de Castres sur Montpellier. Castres ramène pour la 5ème fois de son histoire le Brennus chez lui, sur le frontispice du stade Pierre Antoine, tout au bout de cet interminable championnat de France de Rugby, et surtout tout au bout d’une transhumance à l’ancienne ayant conduit à la capitale plus du quart des habitants de la sous-préfecture du Tarn. La victoire de Castres, c’est le triomphe du rugby de Marcel plutôt que celui de Charles Hubert. C’est celui qui sent l’ail et la saucisse et qui laisse filer au vent léger du bonheur d’exister la certitude qu’en sport, tout reste à écrire. La victoire de Castres, c’est le rugby de la colère crottée des gens de Province qui balaye l’affairisme conduit par des énarques pour lesquels un demi de mêlée ou un talonneur n’est qu’une valeur marchande à bonifier à la sodomie du CAC 40. Le triomphe de Castres, c’est la victoire de ce peuple croyant que dans ce monde habitué aux choses écrites d’avance, il existe des raisons de vivre encore plus loin ses rêves qui font que dans les écoles de rugby, des gamins de 12 ans savent que le père noël existe et qu’un jour ils pourront être les orfèvres de ces courses fabuleuses sur 80 mètres pour tout au bout offrir à son âme sœur le ballon de la victoire.

Marcel justement ! Un tout petit bonhomme tout juste vieux nourrissant depuis toujours pour son club une passion ayant tous les traits de l’amour. Oh, pas parce que c’est son club, mais parce qu’il est né juste à côté. S’il avait vécu 50 kilomètres plus loin, il aurait chéri Albi, s’il était né au bord du Gers, alors il aurait été Auscitain jusque dans le choix de sa Marcelle. Dans ce rugby de terroir et de mauvaise foi, on aime son club parce que ses morts à soi y sont enterrés juste à côté. C’est comme ça et il est inutile d’être brouté du matin au soir avec les plus grandes étoiles de l’univers venant jouer pour le club voisin. Au mieux, Marcel n’aura pour eux qu’un faible regard de circonstance, au pire il n’aura rien, tellement dénué qu’il est Marcel, des dorures des autres.

Marcel, très tôt ce matin du 2 juin 2018 a chargé dans sa voiture les lourdes responsabilités d’avoir à monter à Paris autant ses espoirs de ne pas prendre la raclée promise par les experts du rugby français et par les cadors du championnat, Montpellier, que ses petits-enfants grimés depuis la veille au soir du bleu et de blanc éternels du Castres Olympique. Sa Marcelle, prévoyante depuis tous ces lustres lui avait même écrit l’itinéraire, arrêts de péage et bouffes pour le petit dernier, un peu turbulent, comprises : vers 14h, tu t’arrêtes à la station d’autoroute sur l’A20 « Salbris-Theillay » pour manger, tu as tout dans la glacière avec le nom pour chacun écrit en rouge (pour le repas du soir, c’est écrit en bleu) et tu trouveras aussi ton sandwich avec le saucisson que tu aimes tant. 17h, la Peugeot de Marcel s’arrête toute seule du côté de Rungis, très au sud du stade de France. Marcelle avait dit et écrit que conduire dans Paris serait trop difficile, alors, ce serait en RER que sa transhumance se poursuivrait à Marcel et à ses petits-enfants. 18h30, stade de France, Marcel est heureux, ça se sent, il est si près et si loin de tout ce qu’il est. Ses mains se multiplient pour ne pas perdre la petite chair de sa chair, ses yeux s’agitent comme des sémaphores multicolores ouverts sur l’horizon, et surtout sur ces grappes de supporters si souriants de se retrouver au milieu de ces peuples en fête. C’est qu’il en a des étoiles dans les yeux le Marcel !

« Dans le secret des œuvres d’art » Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 juin 2018. dans La une, Arts graphiques

« Dans le secret des œuvres d’art »  Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Il est des gens, nombreux, qu’un musée fait bailler, qu’une expo fait fuir. Il est des personnes pour qui art rime seulement avec vague posture sociale, si ce n’est ennui. Alors, l’exposition temporaire de Fabre, démarrée ce printemps, est pile cousue pour eux. Parce qu’ils vont adorer et en ressortir passionnés, comme chacun d’entre nous en revient, changés dans le regard futur qu’on portera sur n’importe quelle œuvre d’art, et, ce, dans tous les musées du monde. Un outil de transfert, pas moins, qu’un public de jeunes voire d’adolescents, friands de technologies nouvelles ne peut qu’adopter avec enthousiasme !

Il s’agit de nous présenter, raconter, montrer la restauration de l’œuvre d’art, en ciblant 5 exemples, tous pris dans les collections du musée, et en réussissant un fabuleux deal : être le plus pédagogique possible, le plus efficacement communicant possible. Chacune des œuvres a des supports et des problématiques de restauration différents. Michel Hilaire, le directeur du musée, résume impeccablement la démarche de cette expo hors norme :« Amener le visiteur à appréhender l’œuvre d’art non pas seulement selon un critère esthétique, mais dans sa composante matérielle. Aller au-delà de la surface et se perdre dans les arcanes mystérieux de la science et de l’art ».

« La Sainte Trinité couronnant la Vierge » est un anonyme espagnol ou flamand ; panneau de bois, dont il faut connaître les recettes de fabrication, pour mesurer comment pouvoir le maintenir au mieux et le présenter au public de nos jours. Voyage dans le bois du tableau… toute une analyse d’un matériau mouvant qui réagit à la température et à l’humidité, étant ainsi hydroscopique. La restauration a placé le tableau dans une vitrine climatique, où il est soumis à des hausses et des baisses de température et d’humidité ; toutes mesures permettant de gagner un temps précieux, pour ensuite, en atelier de restauration des œuvres sur bois, être travaillé en termes d’adhérence, de collage…

Deux dessins du 18ème de Jakob Philipp Hackert ont bénéficié d’une restauration préventive. On nous montre l’état initial (taches, effacements partiels, piqûres, estompage des teintes exagérément jaunies). La sauvegarde a dû décoller des cartons abîmés (travail de fourmi à la fine spatule) parvenir (prouesse technique) à ne rien sacrifier. Le résultat tient du miracle : le dessin a retrouvé chèvres et frondaisons, les teintes sont revenues, l’espérance de vie des œuvres allongée, et l’exposition possible à nouveau.

Recueil de poèmes courts

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 09 juin 2018. dans Ecrits, La une

Recueil de poèmes courts

Mots d’amour et d’hiver (19) : «  points de suspension…

 

Points de suspension dans la nuit

L’esprit

ouvre l’espace

d’un temple pour les mots

 

L’esprit

comme un nomade

avec sa caravane

de rimes encielées et de prose peuplée

 

Intoxication

alimenlittéraire

 

Mon corps en a mangé

des mots et des histoires

 

Intoxication

alimenfunéraire

 

Mon esprit est tombé

du haut de ses pensées

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