Ma Lozère à moi…

Ecrit par Luc Sénécal le 26 octobre 2013.

Ma Lozère à moi…

Ma Lozère à moi, c’est un ami. Un compagnon de ma jeunesse. Un jeune homme doué d’un talent fou, d’une humanité prenante, d’un charisme remarquable et remarqué. Militaire au cercle national des armées, Patrick s’était déjà fait remarquer en faisant le paquebot « France » en sucre, qui a été exposé un temps sous verre. Mais artistes dans l’âme, nous allions au studio 28 voir les films d’art et d’essai qui y étaient dévoilés en avant-première. Nous y avons fait des connaissances, Yves Robert, Jean-Louis Trintignant, Brigitte Fossey, pour n’en nommer que quelques-uns.

Mais lui, Patrick, il ramenait sa fraise avec un appareil photo. Je lui ai demandé pourquoi, puisqu’il y avait un photographe attitré dans la salle. Il m’a répondu : « on ne sait jamais ». Bien vu. Le photographe s’étant rendu indisponible, mon Patrick s’est mis au service du studio et la qualité de ses clichés a fait le reste. Quand il a voulu quitter la capitale, je lui ai fait savoir qu’avec son talent et ses compétences, c’était compromettre un avenir remarquable qui lui était destiné. Mais là-bas, à VIALAS, en Lozère, son vieux père qui était taxi et ambulancier avait racheté et ouvert une auberge.

C’était donc là qu’était son destin. Je lui ai rendu visite je ne sais combien de fois. En fait, quelques années auparavant, c’est sa mère, une femme en tout point remarquable, qui m’y avait invité plus ou moins directement, compte tenu d’un cœur gros comme ça et d’une capacité d’écoute que je n’avais jamais jusque-là rencontrée. C’était aussi, il est vrai, le frère de Patrick qui m’avait attiré là-bas, au fin fond de la Lozère, après avoir été un compagnon d’aventures pendant notre séjour à Genève, dans l’école professionnelle qui nous avait mis le pied à l’étrier. Nous étions passionnés d’automobile, et j’ai souvenir, par temps d’épais brouillard en pleine nuit sur les petites routes tortueuses pleines de bogues de châtaigne (il fallait ouvrir la porte parfois pour savoir où était le bord de la route), de notre arrivée à Vialas, moi avec ma Fiat 500, lui avec sa deuche. Mais je m’égare.

Patrick donc a poursuivi son chemin, celui de sa vie, d’abord en devenant un chef de cuisine dont la réputation a atteint non seulement toute la région mais aussi l’international. Non seulement pour ses compétences et l’art de développer les goûts, les saveurs, les parfums et les couleurs, mais aussi par son côté poète qui faisait de son menu, comme un rêve, une touche absolument improbable qui donnait à ses plats et à ses assiettes un mystère gourmet et gourmand à tomber amoureux de l’endroit et de son artisan poète.

N’est-ce pas monsieur Yves Duteil ? qui l’a honoré dans sa chanson Mon ami cévenol. N’est-ce pas Renaud ? N’est-ce pas tant d’autres qui sont passés par là, à deux heures de route de n’importe où ?

Mon ami Patrick est parti un jour alors que j’étais loin et que nous avions quelque peu perdu tout contact. Mais jamais je ne pourrai l’oublier.

Et lui… c’est Ma Lozère à moi. Celle du cœur.

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.