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Cri

Ecrit par Christelle Angano le 11 avril 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Pour la jeunesse du Kenya

Cri

Je suis La Terre et je vous pleure, mes enfants.

Je saigne de votre sang, vous êtes mes larmes.

Vous si démunis face à la haine et les armes

Et moi si seule face à tous vos corps… gisants.

 

Vous tombez, vous mourez, je ne sais comment faire

Comment vous protéger contre l’Ire de ceux

Qui vous sacrifient, Infanticides, haineux

Indifférents aux cris de terreur, aux prières.

 

La planète se meurt de chaque enfant qui tombe

Du sang de ses jeunes, du massacre incessant.

Dans leurs yeux de Silence, Elle s’éteint doucement.

De notre Berceau, l’Homme fera notre Tombe.

Aux bancs accusés

Ecrit par Christelle Angano le 04 avril 2015. dans La une, Ecrits

Aux bancs accusés

Je suis pourtant là depuis longtemps. Disponible, prêt à vous accueillir, à vous recueillir même parfois. Vous avez gravé vos prénoms dans mon bois. Vos enfants ont goûté sur mes genoux puis ont fumé leur première cigarette près de moi. J’ai souvent été le témoin de leurs premiers rendez-vous amoureux.

De vos premiers rendez-vous parfois cachés aussi.

Je me suis fait lisse sous les fesses des plus belles.

L’été, lorsque les nuits sont chaudes et lumineuses, que les enfants rient de bonheur devant l’immensité étoilée, je vous ai recueillis parfois, la bouteille à la main, trop éméché peut-être pour aller plus loin. Vous étiez bien heureux alors de me trouver là pour vous allonger quand votre sol tanguait !

D’autres fois, je vous ai consolés… Il suffit pour s’en convaincre de compter les cœurs brisés et autres « Mort aux vaches » qui décorent mon dossier, par vous gravés.

Je me souviens de ce jour où j’ai supporté une femme qui donnait la vie. J’ai tenté de me faire le plus confortable possible, de rentrer mes échardes pour ne pas la blesser. Ensemble nous avons attendu et je l’ai soutenue. De tout mon hêtre.

Oh, bien sûr, il est arrivé que quelques mauvais garçons, plus tard, fassent de moi leur quartier général. C’est à ce moment-là que vous avez commencé à vous méfier. Mais cela passait encore. Et puis comment oublier que ces enfants étaient vos enfants ? Vous vous êtes donc organisés. Quelques rondes policées ont réussi à régler le problème, ou en tout cas, à l’éloigner.

Mais un jour…

Mais un jour, je suis devenu le point de rencontre des plus malheureux, des plus démunis. Des plus étrangers aussi. Je me souviens que vous parliez de « repaire ». Je devenais un refuge à des bêtes sauvages, à des malfaiteurs, voilà les mots que vous employiez… Et ça, vous ne me l’avez pas pardonné. Ce n’étaient plus vos enfants que j’accueillais.

Et là, vous vous êtes déchaînés.

Reflets à lu pour vous : Les secrets du Club des six

Ecrit par Christelle Angano le 14 mars 2015. dans La une, Littérature

Reflets à lu pour vous : Les secrets du Club des six

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler d’Henri Girard. Aujourd’hui, ce dernier nous propose son dernier roman, Les secrets du Club des six, qu’il publie aux Éditions de La Rémanence.

Les secrets du Club des six… Rien que ce titre chatouille l’imagination, titille l’envie.

Jacques Brel avait l’habitude de dire que le malheur des hommes résidait dans le fait qu’ils ne croyaient plus au Far West. Ce que j’aime chez Henri Girard, c’est que lui y croit encore et toujours. Il a même la générosité de nous aider à retrouver le nôtre, nous qui avons peut-être grandi.

En effet, se plonger dans Les secrets du Club des six, c’est retrouver des sensations enfouies au plus profond de nous-mêmes : un soixante-dix-huit tours qui craque, un air de yéyé qui tourne en boucle, le goût des roudoudous, un mistral gagnant perdu au fond d’une poche. On découvre un village perdu dans la campagne, avec sa bande de copains, François, Michel, les jumelles Hanni et enfin Garcille, personnage plein de mystère.

Et un chien, appelé… Lechien.

Un village, des enfants et un secret aussi… Un de ces secrets que savent garder les gamins.

Tel est le Far West que nous décrit l’auteur, avec ses personnages hauts en couleurs, cette bande de copains qui vous entraînera dans une folle farandole, pour peu que vous acceptiez de vous laisser prendre par la main. Alors oui, que le grand Jacques se rassure, le Far West existe toujours ; il suffit d’ouvrir Les secrets du Club des six pour s’en convaincre.

Pour conclure, Henri Girard avait à cœur de rendre hommage à Enid Blyton et aux aventures du Club des Cinq qui ont enchanté son enfance. Il lui dédie d’ailleurs son roman.

Vous pouvez me croire, le pari est réussi.

 

Vous êtes curieux ? N’hésitez pas à découvrir les premières pages du roman en visitant le site de La Rémanence :

http://www.editionsdelaremanence.fr/les-secrets-du-club-des-six.html

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Christelle Angano le 07 mars 2015. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Le royaume sans racines, Sema Kilickaya, Éditions In Octavo, 2013, 360 pages

Reflets du temps a lu pour vous

Coup de cœur

Lire Le royaume sans racines de Sema Kilickaya, c’est aller à la rencontre de l’Autre. Dans ce cas précis, il s’agit de la communauté turque, immigrée en Haute-Marne. La France, un Eldorado pour tous ces hommes, ces femmes, ces familles, venus chercher, au prix de douloureux sacrifices, des conditions de vie plus clémentes.

Née en Turquie, à la frontière syrienne, Sema se base sur son expérience d’enfant puis d’adolescente immigrée pour s’interroger, à travers son roman, sur ce rapport si intime qui existe entre la Langue et l’Identité : le Verbe qui permet d’être. Être Soi, rester soi avec sa propre culture, sa propre langue et rencontrer l’Autre, s’ouvrir à lui pour en fin de compte s’intégrer, et faire sienne une société au départ étrangère tout en conservant sa propre identité. Être digne, aussi.

Oui, le roman de Sema Kilickaya ne cesse de nous interpeller sur ce thème si important du « savoir vivre ensemble ». On accompagne ces personnages, on tremble parfois avec eux, pour eux, on s’émeut. La petite fille qui, du fait de l’école, devient la référence du groupe, de la famille, parce qu’elle comprend la langue… le mal du pays… le bonheur d’y repartir pendant des vacances durement gagnées… Sema nous embarque pour un vrai voyage, un peu dérangeant parfois (l’Eldorado n’en est pas toujours un) et dépaysant aussi. Son œuvre dégage une réelle chaleur humaine et comme pour son roman Le chant des tourterelles, elle sait faire chanter sa plume si caractéristique pour ses lecteurs.

Lire Sema Kilickaya, c’est sentir le soleil et les parfums de l’Orient, une écriture enchanteresse et terriblement juste. Et surtout, c’est toujours une leçon de vie particulièrement bienvenue en ces temps tourmentés où l’intolérance semble chaque jour faire davantage son lit dans notre société. D’ailleurs, La Chancellerie des universités de Paris ne s’y est pas trompée, qui lui a décerné cette année son très beau prix Seligmann, prix contre le racisme et l’intolérance. C’est donc à la Sorbonne qu’elle s’est vu remettre ce prix prestigieux.

Une distinction absolument méritée.

Chère Sema Kilickaya, soyez remerciée pour cette œuvre nécessaire qui ne peut qu’enrichir celui qui la lit.

Tes mots

Ecrit par Christelle Angano le 27 février 2015. dans La une, Ecrits

Tes mots

Tes mots m’enveloppent quand ils chantent pour moi

Petite cantate fait Frissonner mon Elle

Perdue dans ces pages je n’attendrai que Toi

Cette folle parole qui toujours m’ensorcelle.

 

Ces voyelles irisées effleurent ma bouche

Courent sur ma peau, suaves et sensuelles

Quand je lis alanguie Étourdie sur ma couche

Tous ces mots, ces serments, ô promesse éternelle.

 

Océan d’encre bleue aux infinis rivages

Avec Elle je voyage Avec Toi je me perds

Et ce cœur qui palpite tremblant d’être sage

Je respire tous ces mots comme un grand souffle d’air.

 

Une plume dans ta main caresse mon âme

 

Alors le livre s’ouvre et les pages s’effeuillent

Effeuillage troublant Mon regard dans le vague

L’émotion me submerge et Soudain je divague

Quand Le Verbe impérieux me possède et me cueille.

Ouragan dans un verre de whisky

Ecrit par Christelle Angano le 21 février 2015. dans La une, Ecrits

Ouragan dans un verre de whisky

L’immeuble est coquet : de la pierre de Caen et une immense porte cochère bleue. On est jeudi. Sur la place, c’est le marché. Les étals sont pleins. On se croise, on se retrouve, on bavarde, on rit. Corps et âmes se retrouvent, se découvrent aussi. Mais Emmanuelle ne les voit pas. Dix minutes qu’elle poireaute. Elle a horreur de ça. Heureusement, la porte s’ouvre enfin. D’un geste distrait, elle remet coiffure et idées en place et se dirige vers l’ascenseur. La salle d’attente maintenant : papier jauni, fausses plantes vertes, canapé deux places légèrement défoncé, trois chaises, une table basse recouverte de magazines. Une vague odeur d’urine de chat. Emmanuelle s’assied et s’empare d’un numéro de Gala, sa Bible. Elle sait tout de ces célébrités et voue un amour sans limite à la famille Grimaldi, là-haut sur son rocher, inaccessible. Oui, Emmanuelle a pleuré à la mort de Grace et, depuis, toute sa tendresse et son admiration se sont reportées sur la famille de sa princesse disparue. Elle donnerait beaucoup, tout peut-être, pour rencontrer Caroline, son modèle, et participer, ne serait-ce qu’une seule fois, à un seul Bal de la rose, à Monaco.

– Vous pouvez entrer Mademoiselle …

Il est là, debout, la main tendue, la regardant par-dessus ses lunettes. Des yeux curieux qui vous déshabillent l’âme, striés de veinules rouges. Pas très grand, un sourire un peu las, et un pull jaune. Un pull jaune taché. Cette souillure agresse Emmanuelle qui n’aime pas les gens qui se négligent. Elle décide donc d’ignorer la main qui se tend.

Alors, c’est ça, un cabinet de psy… Un bureau, une bibliothèque, deux fauteuils de chaque côté du bureau, même pas de divan. Emmanuelle laisse échapper un léger sourire, hoche la tête, avant de s’asseoir. Silencieuse, elle observe le psychiatre. Elle attend qu’il lui parle, c’est un peu gênant ce silence à la longue.

– Je peux vous emprunter votre numéro de Gala ? Je n’ai pas celui-là et je n’ai pas fini de le lire.

Après tout, c’est une entrée en matière comme une autre.

– Vous aimez Gala ?

– Oui surtout la fin, la partie « soirées de gala ». Ces bals m’ont toujours fait rêver, depuis que je suis toute gamine. Vous comprenez ?

– Peut-être… je ne sais pas. Vous voulez qu’on en parle ?

Mais Emmanuelle ne semble pas avoir envie de parler, peut-être même n’est-elle pas là pour ça. Pour l’instant, son regard s’arrête sur une photo de jeune femme, tournée vers elle.

La maison d’en face

Ecrit par Christelle Angano le 30 novembre 2013. dans La une, Littérature

Henri Girard, Dorval Editions, préface de Rufus, novembre 2013, 191 pages, 16 €

La maison d’en face

Si vous aussi avez du mal à allumer votre télé… Si la sinistrose ambiante vous pèse et vous ankylose ; que vous n’en pouvez plus de vous offusquer… je peux vous proposer une pause, un répit.

Oh bien sûr, je n’ai pas la solution mais tout de même, une pause… un peu de lumière… c’est toujours bon à prendre. Non ? Pour cela, vous n’aurez qu’à vous offrir, ou faire offrir le dernier roman d’Henri Girard : La maison d’en face, préfacé par Rufus (s’il vous plaît !) et paru aux Éditions Dorval.

Je vous avais déjà présenté Henri Girard. Eh bien, après le fameux Jubilé, et L’Arlésienne de Tidbinbilla, Monsieur récidive, et ce, il faut bien le dire, pour notre plus grand plaisir. Oui, j’aime ce roman. J’en aime l’écriture, la tendresse qui s’en dégage mais aussi les personnages. J’aime l’humour et l’émotion que l’on découvre à chaque page de ce texte.                                                               J’adore aussi les descriptions de ma Normandie. Je crois que tous ces personnages pourraient faire partie de ma famille… mais que l’on se rassure, pas besoin d’être Normand pour plonger !

Bon et puis, tenez, je laisse la parole à son auteur et vous livre l’incipit, comme une mise en bouche : « Ma grand-mère avait allumé un grand feu, et nous lavions tous sauté ». A quoi tient le sens d’une phrase ? Et le sort d’une mamie ? En l’occurrence, à la terminaison d’un participe passé que l’auteur du roman que je lis n’a pas traitée par-dessus la jambe, préservant ainsi son aïeule ! Un simple, un petit, un minuscule « e », impertinent, irrespectueux, et voilà notre grand-mère, pourquoi pas de cuir gainée, pourquoi pas équipée d’un nunchaku, d’un fouet, pourquoi pas juchée sur des talons aiguilles, transformée en héroïne dévergondée d’un happening cochon.

« Je suis content de ma trouvaille. À tel point que le rire me vient. Une crise de rire. Une vraie de vraie.

Je repose le livre en hoquetant, m’affale, la tête dans mon drap de bain, sur le carrelage de la piscine sous le regard ahuri de mes voisins de bronzette

Malaise

Ecrit par Christelle Angano le 16 novembre 2013. dans La une, Actualité, Société, Littérature

Malaise

Je ne comprends pas…

Je ne comprends pas et même, je ne veux surtout pas comprendre.

Comment est-il possible que l’on décerne un prix, une récompense quelle qu’elle soit (en l’occurrence : le prix Renaudot essai) à un auteur qui s’auto-déclare pédophile ?

Voici ce que cet auteur (G. Matzneff) écrivait dans Les moins de seize ansen 1974 (et je choisis un extrait « soft ») :

« Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être – bien plus que ce que l’on entend d’ordinaire par cette formule – le véritable troisième sexe. Seize ans n’est toutefois pas un chiffre fatidique pour les femmes qui restent souvent désirables au-delà de cet âge (…). En revanche, je ne m’imagine pas ayant une relation sensuelle avec un garçon qui aurait franchi le cap de sa dix-septième année (…). Appelez-moi bisexuel ou, comme disaient les Anciens, ambidextre, je n’y vois pas d’inconvénient. Mais franchement je ne crois pas l’être. À mes yeux l’extrême jeunesse forme à soi seule un sexe particulier, unique ».

La vraie question que je pose, que je me pose, est : peut-on décerner une récompense à ce genre d’individu, aussi talentueux soit-il ?

Plus on est de fous… plus on lit !

Ecrit par Christelle Angano le 14 septembre 2013. dans La une, Littérature

Plus on est de fous… plus on lit !

Venez nous voir…

Le 21 septembre prochain, se tiendra à Douvres-la-Délivrande (comment ça ? vous ne connaissez pas Douvres-la-Délivrande ?) le second Salon d’Ouvre des Livres. Nous sommes à une quinzaine de kilomètres de Caen… cela devrait vous éclairer un peu. Non ?

Je disais donc, si vous n’êtes pas trop loin, en vacances, en week-end (c’est un samedi)… venez nous voir. Il y aura du café, des gâteaux, et plein d’auteurs, tous sympathiques et, cela va de soi, talentueux. Et puis la mer est à un kilomètre, et l’arrière saison est belle en Normandie, avec « ses vaches rousses blanches et noires, sur lesquelles tombe la pluie »… Stone et Charden disaient n’importe quoi : il fait beau par « chez nous ».

Plus sérieusement, je tiens beaucoup à ce salon que j’ai mis sur pied l’année dernière. C’est encore un « bébé » et il faut qu’il grandisse. Pour cela, nous allons avoir besoin de vous tous.

L’année passée, nous étions 13 ; cette année, nous serons 32. J’ai déjà refusé vingt personnes. Et je commence à avoir le trac. On n’a pas idée…

Qu’est-ce qui m’a pris ?

[BestOf] Société : Ma Chérie.

Ecrit par Christelle Angano le 13 juillet 2013. dans Ecrits, La une, Société

[BestOf] Société : Ma Chérie.

Aujourd’hui, tu as 18 ans. Je me retrouve plongée dans un abîme d’incertitude.

18 ans… l’âge des premières vacances entre potes, du BAC pour certains, du permis de conduire, pour d’autres… Boîte de nuit ? Droit de vote ?

Oui, mais pas toi.

J’écoute d’une oreille distraite les parents autour de moi, leurs envies, leurs craintes, leurs ambitions pour leur chère progéniture. Certains se plaignent, « il a encore raté son bac », « il a rayé ma voiture en rentrant de boîte de nuit », « elle ne m’a pas écrit alors qu’elle est partie depuis deux mois »… Et je reste là, et je voudrais leur dire…

Et toi ?

Que te dire, ma chérie, sans trop te blesser ? Comment t’expliquer que, même si un jour tu réussis à lire suffisamment bien, tu n’auras pas le droit de conduire ? Que je ne peux pas te laisser sortir seule avec ton copain Arnaud ou ton amie Lou ? Et que cela n’a rien à voir avec la confiance, ou l’absence de confiance que j’ai en toi.

Qu’a priori, l’on ne passe pas de l’IME à la FAC ?

Toi qui veux voter, comment t’accompagner dans cette démarche ô combien citoyenne, puisque je ne pourrai pas t’accompagner dans l’isoloir ?

À 18 ans, tu resteras encore une petite fille, MA petite fille… Ma petite GRANDE fille, mon bébé.

Jeune femme, la vie va te saisir, t’emporter. Je voudrais tellement qu’elle te soit douce, avec Moi à tes côtés… aussi longtemps que je le pourrai.

Et c’est là que tu prends conscience de ton handicap, toi qui vas apprendre bientôt, l’année prochaine, à prendre le bus toute seule.

Et c’est là que je réalise peut-être encore un peu plus…

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