Articles taggés avec: Danielle Alloix

L’enfumage de la petite belette

Ecrit par Danielle Alloix le 19 mars 2016. dans La une, Ecrits

L'apparence d'un conte...

L’enfumage de la petite belette

Comme toutes les belettes, elle n’était vraiment pas grosse. A peine 65 grammes les bons jours ; ceux où elle avait trouvé à se mettre à l’abri les deux tiers de son poids en petits rongeurs, et autres mini-bestiaux du sous-bois. Autrement, ceinture ! Aussi, était-elle énergique et courageuse de saison en saison, une miette hyperactive ; n’y allait-il pas de sa survie de belette ! Pas sous les sunlights, la bestiole, plutôt dans l’ombre des mousses, et patrouillant d’arbre en arbre entre « chien et loup »… son pelage, de marron à beige foncé, n’avait jamais arrêté les regards – pas même dans les châteaux du Moyen-Age le plus ancien – sur les manteaux des belles. Sa queue, modeste, petite, banale, ne rivalisait pas non plus, en Belle Époque chatoyante, avec ces Putois qu’on portait alors, négligemment. Non, la belette, ma foi, c’était un bestiau terre à terre. Mais, d'aucuns – regard et jugement moins rapides et emplis d'acuité, peut-être, de remarquer, à l'entour :  quelle fine élégance, au fond – un peu austère, à la manière cistercienne, et à y regarder de plus près, quel pétillement agréable du petit œil vert-genre écureuil ; quels jolis sauts aussi de ce chêne multiséculaire sur ce bouleau de l’année, encore tout tremblotant. Un bois sans le froufrou de dame Belette ; au fond, personne n’y songeait…

Ainsi alla le monde – à hauteur des sept  années d’espérance de vie des belettes en liberté, qui – me dit-on – équivaudraient chez l’homme à bien quarante quatre  années tassées. Et ce bois-là, riche de ses verts multiples, et de l'odeur de ses fougères, et le fouillis de ces bouts de Garrigue, piqué du thym et de la sarriette citronnée, de passer d’an en an, au bruit léger mais si habituel – rassurant, aussi – des petits pas chassés de notre belette.

Chassés, dîtes-vous ! C’est bien, là que changea la chanson.

 Belette avait – quelques bonnes études, elle avait faites en son enfance – su, mieux peut-être que d’aucuns de ses congénères plus frustes, s’adapter au seul chasseur de son coin. Gentil, souriant, doucereux, façon mielleuse au fond, mais elle ne se méfiait pas ; confiance solide en tant d'habitudes mutuelles ! Il arpentait, silencieux, le sous-bois, le fusil bien caché. Quand, fatigué, il s’asseyait sur une grosse pierre, ne trouvait-il pas – toujours à son heure – une bonne poignée de noisettes, de noix, et – en tous cas, on le dit – parfois, dans une grande feuille de châtaignier, de l’eau la plus désaltérante qui soit… bref, on l’aura compris, belette et son chasseur, ça allait plutôt bien et ainsi, les trois quarts de leur vie respective avaient été franchis. Autant dire, un temps quasi géologique !

Quand, soudain – sur le tard du chasseur ! comme un démon de midi qui ne se serait réveillé que vers dix huit heures trente au bas mot – voilà qu’il s’enticha d’autres espèces – on parle ici et là,   d’une  hermine , se voulant   altière et mystérieuse, mais au final, pesant probablement son quota de façons  carnassières...     Rencontrée – au dire de quelques anciens, au détour de chemins creux, bordé de bouchures discrètes couronnées de mûres acides, comme en regorge encore un vieux Massif Central, demeuré à l'écart de la modernité. Au début, la belette n’y prit pas garde – enfin ! et ses noisettes, et ses gouttes d’eau et surtout ce regard aimable qu’il lui jetait en grignotant… Naïve, notre bestiole ? Sans doute ! c’est ce que lui expliqua un vieux cerf plein de sagesse et  - d’affection pour elle, aussi - il faut le dire !

Le Versailles du Président normal…

Ecrit par Danielle Alloix le 14 juin 2014. dans France, La une, Politique

Le Versailles du Président normal…

Comme un malaise… Ce raout de luxe à l’Élysée, du 6 Juin au soir, autour de la Reine d’Angleterre, était-il bien « normal » ? utile, nécessaire ??

Cela avait pourtant bien commencé. Impeccables et de bon goût commémorations du Débarquement, au bord de la Manche enluminée à la façon de la Méditerranée (en Juin 44, c’était la brume et le gros grain qui « accueillirent » les barges) ; noria des chefs d’État autour de notre François, qui, à son habitude, sait souhaiter la bienvenue, cordial et chaleureux, sans pour autant taper sur la joue ou l’épaule (on attend les fesses) comme le Nicolas et sa barbe d’année sabbatique, venant faire bisquer ceux qui bossent (se levant à n’en pas douter plus tôt que lui). Surtout – on n’en a pas beaucoup parlé – mais le président a su faire ce qu’il fallait pour inciter à des rapprochements de danseuse sur pointes silencieuses, entre Poutine – l’habile –, Obama – le malin –, et entre eux deux, le nouveau chef d’État de l’Ukraine, au bord de… pour laquelle chaque chef d’État présent retient son souffle. Et, s’il n’y avait eu que ça, le 6 Juin 2014 – a dit F. Hollande, discrètement – serait presque une date historique… une autre.

Alors, pourquoi remettre le couvert après cet « utile et nécessaire » repas du château de Bénouville ? Fallait-il honorer encore la vieille dame (certes, vétéran de la guerre, elle aussi) et ses inénarrables costumes fluo – façon lézard vert ? Et, ce, pourquoi ? Sorte d’entente cordiale moderne dans une Europe mal en point, face à une Angleterre dont un parti souverainiste et musclé aux élections européennes affichait droit dans ses bottines le désir de rompre avec l’Union… Mais, je ne sais pourquoi, l’hypothèse sent son leurre !

En voyant – vite fait – au 20H du 6, ce tapis rouge tirant sa longue langue jusqu’au milieu de la cour du Palais présidentiel, et – avançant du pas peu assuré de ceux qui n’ont pas l’habitude des mondanités – posant pour la photo, ces drôles de vétérans : le couple Rocard sorti de la naphtaline, suivi – pas mieux – du couple Lang ; en louchant sur « notre Line nationale » et son si beau sourire (résistante, certes, dans sa jeunesse, je crois me souvenir, et depuis, tout autant), on se prend à chercher le dénominateur commun ? Honorer dans le monde de la culture, de la politique, des « survivants » de ces années 40/44 ? évidemment, du bon côté ? Mais les exceptions abondent et on a vu virevolter des gamins – acteurs, journalistes ou autres… alors ? faire la fête – était-ce son anniversaire ? à Aurélie et son ministère de la culture pas vraiment tonitruant – je n’ose imaginer quelque chatoyante manœuvre pour se rabibocher avec des people en partance… Se faire plaisir ! Allez ! déjà privé de garden-partie du 14 Juillet, depuis 2 ans pour cause d’économies, se donner avec l’inamovible de Buckingham, le plaisir de jouer – en costumes et en tralala – au maître de maison (genre Napoléon III à Saint-Cloud ; soit un monarque décomplexé façon bourgeoise)… Mais Hollande dans ce rôle ? Comme une arête traitre dans le poisson (délicieux, disait ce matin sur France Inter, un quidam qui avait goûté – ah, le privilégié !). C’est bien là qu’on rit – jaune – et qu’on cherche l’erreur, comme dans les petits exercices de maternelle. Que faisait notre président « normal » voulant (il n’aurait pas renoncé, me dit-on) installer la présidence de la république et nos institutions dans le modèle scandinave – Ikéa de bon ton, pas cher et efficace… que faisait-il dans ces « ors de la république » ?

Ce crumble aux vieux restes de tout…

Ecrit par Danielle Alloix le 16 novembre 2013. dans France, La une, Politique, Actualité

Ce crumble aux vieux restes de tout…

Certes, pas des foules, mais quand même !! Beuglant dans un étrange concert d’antis, ce 11 Novembre à Paris, dérangeant – tous tabous renversés – les manifestations consacrées à la mémoire et aux victimes des guerres, de toutes « nos » guerres, donnant l’image brouillée qui va faire tâche dans les yeux des minots qui regardent ou qui écoutent l’instit…

Brouillé, c’est trop peu dire, et direct, sur FB, un L.M. Levy posta sur le soir, juste ce qu’il fallait de mots coupants, propres à déchaîner les clics : que « fachos et bonnets rouges s’acoquinaient ce jour ; que donc, porter un bonnet rouge ne protégeait pas d’être facho, ni d’être imbécile… », et les like ou les « je conteste votre honneur » de fuser, comme il sied dans FB.

Brouillé, donc, le sens des dates, des devoirs et des mémoires.  Salmigondis d’Histoire. Siffler le Président ce jour, et là, n’est-ce pas aussi siffler la République ? Brouillade définitive avec le qui est qui, dans la marmite des protestataires, crumble aux vieux restes de tout.

Bonnets rouges se disant bretonnants – immédiatement désignés comme impurs par de « vrais » bonnets restés au pays. Incongrus, ces bonnets, volant au-dessus de la «  petite » équipe surchauffée ; on s'attendait, comme dans une fin de cauchemar, sur le matin, juste sur le point d'ouvrir l'œil et de souffler – ouf, qu'est ce que j'ai rêvé là ! à voir surgir les hampes rouges et, à entendre l'Internationale... Détournement des symboles et des images de « révolte » ? Probable, on a vu ça ailleurs.

Bonnets rouges, mais de l’Ancien Régime. A ne pas confondre avec ceux – bonnets phrygiens – venus du fond de l’Antiquité des esclaves affranchis, de la Grande Révolution ; du 93 cher à notre Victor. 1675, cœur de Bretagne et révolte sur fond de taxes – l’impôt, sa réalité, son fantasme a toujours animé les émeutes d’avant 89. La Révolution s’est bâtie, via les cahiers de doléance, sur la plainte des paysans bouffés par l’impôt, que le Tiers État portait seul. La révolte fiscale est le sceau de bien des révolutions. Tout un peuple, manants  -encadrés par quelques  notables qui n’avaient pas digéré ce lointain 1532  , acte de naissance de la province française, s’élevait, bonnet rouge sur tête, contre des taxes annoncées sur les actes notariés, le tabac, et la vaisselle d’étain (autant dire, pas forcément produits de première nécessité). Révolte lourdement réprimée, cependant, par pendaisons et mises aux galères, par l’armée du Roi. En Cévennes, les Camisards ; ici, les Bonnets. Temps, dans les campagnes, de ces jacqueries brouillonnes et courageuses – un leader, quelques fourches ; fréquentes, mais – notons-le – toujours vaincues.