Articles taggés avec: Gilles Josse

Je suis libre, je peux parler ?

le 13 octobre 2012. dans Psychologie, La une, Vie spirituelle

Je suis libre, je peux parler ?

Et bien non, Monsieur, à vrai dire ! S’il y a bien une chose dont on doit se persuader, c’est qu’on a toutes les libertés, sauf celle-ci, quoi qu’il arrive, ou alors, il faut parler sans témoins, de tu à toi, sans se faire remarquer, et encore… Non, quand je fais le tour de mes fantasmes les plus orduriers, je m’aperçois qu’on touche à l’incommunicable. Cette constatation anodine, que vous pouvez sans peine faire pour vous-même, nous amène à une considération peu ordinaire ni orthodoxe : imaginez-vous le fumier sur lequel repose la couche diaprée de nos plus beaux sentiments, de nos plus pures intentions !

Bonheur, liberté, humour etc.

le 01 septembre 2012. dans Ecrits, La une, Société

Bonheur, liberté, humour etc.

 

On cherche le bonheur, mais c’est lui qui nous trouve. Le bonheur est distinct en cela de la liberté, que l’on peut effectivement conquérir en se battant contre les us et coutumes, les habitudes, tout ces trucs qui nous tiennent en laisse, un combat respectable et qui n’est jamais gagné d’avance, tant la routine peut cacher une autre routine, mais qui ne nous promet d’aucune façon d’être heureux. C’est qu’il faut du discernement dans les sacrifices qu’on fait ; quand on a jeté l’assiette et le couteau, et la fourchette, il faut bien se faire à l’idée qu’on devra manger avec les doigts !

La liberté n’est nullement nécessaire au bonheur, ou en tout cas, c’est ce que j’imagine, car je crois sincèrement que certains individus s’épanouissent au milieu d’un millier d’obligations et de responsabilités qui les rendent importants à leur propres yeux ; grand bien leur fasse. Évidemment, ça ne doit pas être drôle tous les jours, mais le sentiment du devoir accompli vient les consoler de tous ces sacrifices consentis. Ils sont patrons, pères de famille, élus, médaillés de la croix de guerre, de la légion d’honneur, ou bien récompensés des fameuses palmes académiques, qui vous servent à nager dans les cocktails. Je les hais, bien sûr, eux sur qui repose l’ordre social immuable que nous connaissons, imperméable au rêve et à l’imagination.

Pas de liberté sans solitude

le 14 juillet 2012. dans Psychologie, La une, Société

Pas de liberté sans solitude

 

Tout le monde connaît cette petite énigme, où il s’agit de réaliser quatre triangles équilatéraux avec simplement six allumettes ; la solution consiste à sortir du plan du papier et à exploiter la troisième dimension de l’espace, pour disposer les allumettes selon un tétraèdre régulier. Alors, on peut naturellement penser que tout ce qui nous semble impossible à réaliser dans notre réalité concrète habituelle, peut l’être dans une réalité augmentée d’une ou plusieurs dimensions, auxquelles on ne songe pas au premier abord. Nous sommes mortels ? Qu’à cela ne tienne, nous aurons la vie éternelle dans un éventuel paradis, ou bien nous nous réincarnerons en fleur ou en hibou. Ici, bien sûr, la dimension supplémentaire est symbolique ou imaginaire, qualifiez-là comme vous voulez, mais elle permet tout de même de répondre à la question posée.

On voit ainsi clairement le lien étroit existant entre liberté et créativité, qui semblent aller de paire, comme les bœufs d’un attelage de jadis. Qui veut créer doit prendre des libertés, sans quoi il reste un copiste ou un plagiaire, et qui veut être libre se doit aussi peut-être quelque part de faire quelque chose de sa liberté, pour lui donner un sens.

La liberté, au-delà de la réalité

le 30 juin 2012. dans La une, Société

La liberté, au-delà de la réalité

 

La réalité, c’est un leurre ! Prenez une pomme ; ça y est, vous l’avez dans la tête, comme si vous l’aviez dans la main. De quelle couleur est-elle, de quelle taille, quelle texture, quel goût a-t-elle ? Celui des mots et des souvenirs propres à chacun, ni plus, ni moins. La vôtre n’a aucune raison d’être la mienne, pour ce que nos appétences et nos expériences diffèrent de manière irréductible. Pire, prenons voulez-vous une même pomme vous et moi, et interrogeons-nous sur ce qui nous la rend remarquable ; pour vous, ce sera peut-être parce qu’elle est petite ou grosse, au contraire, et à moi, qu’elle est verte ou jaune, quand un troisième larron sera frappé par son odeur particulière.

Il y a donc la chose, et la perception que nous en avons, qui nous est propre et n’appartient en rien à celle-ci. La somme des discours qui découlent de la présence tangible de cette chose dans notre univers produit sa réalité, qui n’est autre qu’une réalité dans le langage, protéiforme, complexe, trompeuse. Cela, nous l’oublions sans aucun complexe, nous contentant de voir une simple pomme, là où réside essentiellement un mystère, riche d’un million de potentialités dont nous n’avons pas la moindre idée. Ce mystère profond, c’est celui de la chose en soi, que les mots recouvrent d’un voile fallacieux.

Méfions-nous des diseurs de vérité

le 06 avril 2012. dans Ecrits, La une, Société

Méfions-nous des diseurs de vérité

 

J’imagine que vous connaissez le paradoxe du diseur de vérité que l’on prend en défaut en lui affirmant P, « à cette phrase, tu vas répondre qu’elle est fausse ». Si celui-ci ne connaît que les deux valeurs de vérité vrai et faux de la logique habituelle dichotomique, il ne sait pas dire si P est vraie ou fausse : aucune solution ne convient.

Naïvement, on pourrait pourtant penser qu’il existe des individus un peu particuliers, qui connaissent la vérité sur toutes choses. Si je dis à un tel IPP qu’il pleut, il me répondra donc que c’est vrai, s’il pleut effectivement, que c’est faux s’il ne pleut pas du tout, et que c’est indéterminé s’il pleuvine. En ajoutant une troisième valeur de vérité indéterminée à la logique habituelle, on espère tirer notre diseur de vérité du mauvais pas dans lequel P l’avait placé.

Encore que…

Le paradoxe de la normalité

le 31 mars 2012. dans La une, Humour

Le paradoxe de la normalité

 

Il est des adjectifs qui peuvent s’appliquer à eux-mêmes, comme « court », qui s’écrit effectivement avec peu de lettres : on les qualifiera d’autologiques. En utilisant différents procédés d’écriture, on peut placer sur une page différents adjectifs qui se décrivent eux-mêmes, dans le contexte donné, comme « gras » si on a utilisé le corps gras d’une police pour l’écrire, « bleu » si on a utilisé de l’encre bleue, « manuscrit » si on a écrit ce mot à la main. Si l’adjectif, tel qu’il est écrit sur la page, ne s’applique pas à lui même, on dira qu’il est hétérologique, comme l’adjectif « monosyllabique », par exemple.

La question qui se pose est de savoir si l’adjectif hétérologique est lui-même autologique ou hétérologique.

Si on le déclare hétérologique, il s’applique alors bien à lui-même, et partant de là, il est aussi autologique, ce qui représente une contradiction.

En revanche, si on le déclare autologique, il peut donc s’appliquer à lui-même, de par la définition même d’autologique, et dans ce cas, il serait donc également hétérologique, d’où une nouvelle contradiction.

Au bout du compte, l’adjectif hétérologique n’est ni hétérologique, ni autologique.

Le dilemme du crocodile

le 23 mars 2012. dans Ecrits, La une, Humour

Le dilemme du crocodile

Un crocodile s’empare d’un bébé et propose à la mère A = « si tu devines ce que je vais faire, je te rends le bébé, sinon je le dévore ». Pour le sauver, la mère réponds B = « Tu vas le dévorer ».

En effet , si la mère dit au crocodile – B = « tu vas me rendre le bébé », le crocodile a alors deux choix possibles :

1) Il ne dévore pas le bébé et le rend donc à la mère. Celle-ci avait deviné juste et le crocodile ne se contredit pas en lui rendant le bébé.

2) Il dévore le bébé. La mère n’a donc pas deviné ce qu’il allait faire, et le crocodile ne se contredit pas non plus en dévorant le bébé.

Dans les deux cas, A est donc vraie. Si on appelle D le résultat, à savoir D = « le crocodile dévore le bébé » on a donc :

A & – B => V’(D) = – i  ou encore D est indéterminé, du type vrai ou faux, car – B  l’est aussi.

Cela correspond à la valeur v & – i  = – i => – i de la table d’implication vue précédemment. La table nous indique que cette implication est bien du type vraie ou fausse sans contradiction logique, ce qui correspond à l’indétermination de D.

La logique, le langage et la barbe à papa

le 16 mars 2012. dans Ecrits, La une, Humour

La logique, le langage et la barbe à papa

 

Supposons que l’individu I gagne un salaire mensuel de 1000 euros, et envisageons l’affirmation A(X) = « I gagne un salaire mensuel de X euros ».

 

 

Avec la logique habituelle dichotomique, on a :

 

 

V( A(1000) ) = 1

V( A(X) ) = 0  dès que X ≠ 1000

 

 

Avec notre logique à trois valeurs de vérité, on pourrait poser :

 

Une morale sans principes est-elle possible ?

le 09 mars 2012. dans La une, Société

Une morale sans principes est-elle possible ?

 

Imaginons un individu X qui ne croirait pas en l’existence de principes moraux intangibles, et que pour guider ses prises de position dans ce domaine, il ne se fierait qu’à son intuition ou son sentiment du moment.

Un tel individu X pourrait donc énoncer le « principe » P² suivant : « par principe, je n’ai aucun principe moral ».

P², comme on le constate, est un méta principe, puisqu’il s’applique aux principes de base eux-mêmes.

La question est « P² est-il un principe moral ». Dans un premier temps, il semblerait bien que oui, puisqu’il permet de répondre de manière automatique à toute question générale sur la morale, du genre « êtes-vous pour la peine de mort, comme châtiment des meurtriers ». A une telle question, P² permettrait à X de répondre que la chose dépend du meurtrier et des circonstances, et qu’il ne peut donner de réponse a priori fixée. Sa réponse est donc « sans opinion » à chaque question du même type, et même si cette réponse n’est guère variée, P² constitue bien un guide, donc un principe moral permettant de répondre à toutes les questions de ce type.

Comment chi...n...er ?

le 10 février 2012. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Comment chi...n...er ?


Oh, le gros mot ! Et pourtant, « comment maigrir », « comment bronzer », « comment draguer », la presse fourmille d’articles visant à apprendre à l’individu comment se comporter en toutes circonstances, comme s’il existait une façon de vivre particulière, qui serait celle de la femme ou de l’homme idéal.

En fin de compte, ça n’est qu’une surenchère au diktat de la normalité. Il est ainsi question d’être normal, au-delà de la norme elle-même. Quelle bêtise prodigieuse, d’où ma grossièreté, qui dit la mesure de mon agacement face à ce phénomène !

Je ne connais pour ma part personne de véritablement normal, tout juste m’arrive-t-il de rencontrer des gens si ternes, si lisses, si propres sur eux, que l’on se demande parfois s’ils ne vivent pas de l’air du temps lui-même, tout comme ces plantes épiphytes, qui prospèrent sans aucun sol, dans l’humidité des serres tropicales.

Sont-ils forcément à plaindre pour autant, semblant vivre dans l’absence de désirs et d’émotions ? Si c’est effectivement le cas, pas du tout, puisqu’il conviendrait de dire alors qu’ils ont atteint l’état d’ataraxie que recherchent les sages et méditants de tous poils.

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