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Un si grand amour...

Ecrit par Jacqueline Wautier le 29 septembre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité

Un si grand amour...

Il marche à pas trop grands ; qui le déhanchent.

Et hoche la tête au rythme d’une musique qu’il est seul à entendre.

Son nom ? Karim Ben Dolam ; mais sa mère l’appelle Kado, ça la fait rire. Lui est plutôt gêné – c’est vrai quoi, à son âge !

Pour l’heure, il frappe le trottoir de toute sa détermination ; ne sentant rien du froid qui saute à la figure des passants. Et ceux-là se retournent ; certains en souriant, la plupart en haussant des épaules fatiguées. Mais il ne les voit pas et abandonne en sifflotant une traînée d’eau de Cologne au vent glacé, une odeur de propre. Ses cheveux en désordre accrochent innocemment quelques flocons qui les illuminent de paillettes évanescentes – il a l’air d’un ange. Mais exubérant, l’ange ; avec des gestes larges – cœur emballé.

Ce matin, il a savonné une peau trop foncée à son goût, jusqu’à l’usure.

S’est lavé les dents au-delà des trois minutes réglementaires, nettoyé consciencieusement les oreilles et aspergé d’après-rasage bon marché – deux claques énergiques ont terminé le travail.

Cadavres exquis - à la marge des mots et des ondes... (5)

Ecrit par Jacqueline Wautier le 07 septembre 2012. dans Ecrits, La une, Actualité

Cadavres exquis - à la marge des mots et des ondes... (5)

 

 

Je coule dans l’encre versée, j’étouffe sous la révolte des accents…

Je voudrais dire encore pourtant l’histoire de ces frères de sang voguant sur le fil d’une histoire qui cherchait sa syntaxe – avançant sur le blanc d’une page en quête de grammaire universelle ou de parenthèse à jamais ouverte sur mille et une liaisons d’équivalence. Ils explosaient de ponctuations souvent moqueuses l’emprise sinistre des censeurs étendant leur ombre morbide sur les cœurs enthousiastes et les âmes chevaleresques. Et voulaient des déclinaisons à l’infini et des mots nouveaux pour couvrir les chapitres à venir d’une histoire sans fin où tout pourtant se terminerait bien…

Cadavres exquis - à la marge des mots et des ondes... (4)

Ecrit par Jacqueline Wautier le 01 septembre 2012. dans La une, Ecrits

Cadavres exquis - à la marge des mots et des ondes... (4)

 

Désormais, délaissée des souris et des hommes, abandonnée à une folle solitude, je m’écrase sur la barbarie à visage humain qui m’accule contre le mur aveugle : me poussant, me vampirisant tout en me promettant mille morts sans sépulture. Car la fin approche et rien ne me reste, juste quelques miettes philosophiques et un corps étranger – comment donc expliquer un tel gâchis ?

Même s’il y eut la cave du Vatican (ou vas-t’y pas ?).

Même s’il y eut le pavillon de jade ; et moi au milieu, attachée à une vieille charbonnière devenue totem où devaient se piéger les esprits des ancêtres. Et puis cette diablesse de Fantomette armée de sa baguette de sorcière, jouant avant l’heure le grand final de l’ordre du phénix : j’en ai gardé la blessure amère de l’humiliation, la honte en filigrane – insuffisante pourtant pour tout expliquer. Expliquer cette solitude glaciale, cette perdition sans  recours. Expliquer ce qui m’engloutit peu à peu dans la grande ombre.

Bien sûr il y eut aussi les disparitions : le frère des ours et des hommes, la grand-mère Lucy, la petite sœur… Et dissipée avec eux l’ombre opaline du paradis rose et bleu de l’innocence.

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (3)

Ecrit par Jacqueline Wautier le 28 juillet 2012. dans La une, Ecrits

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (3)

Je dois réfléchir, m’obstiner ; parce qu’il faut bien trouver un sens au non-sens. Celui des mensonges et des trahisons. Des monologues enfiévrés, des larmes de sables…

Trouver donc, à tout prix ; le sens de cette  souffrance qui l’entraîne et m’enchaîne et se déchaîne – comme une violence sacrificielle où nos songes d’avant s’égarent en diaspora dévastatrice. Avec quelques souvenirs au goût de miel qui électrisent encore ma peau et glacent de leurs chimères capiteuses mes nuits désertées : un orage d’été et des promesses rouge baiser… Avec, au bout du compte, dans ce tunnel des mirages engloutis, un tombeau pour les âmes mortes laissées aux seules larmes de la lune : une vie comme un arbre mort, la mort dans l’âme…

Mon dernier mot sera pour toi, lecteur inconnu, mon bel ami : car je n’aurai jamais l’âge de raison. Tout au fond des ténèbres mortifères du quotidien, une petite fille rêve encore sur l’infini. Alors, pour elle, pour tous les enfants du monde ou pour la beauté du geste, accroche-toi à tes rêves presque oubliés ! Pour elle, pour toi ou pour tous les trésors d’Egypte, prends un vol pour un univers différent. Et là, attrape ce train qui t’emmènera trois pas dans l’éternité : lève-toi et marche ! Sans peur, et sans laisser les illusions perdues t’engloutir dans l’abîme noir du sans-espoir.

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (2)

Ecrit par Jacqueline Wautier le 14 juillet 2012. dans La une, Ecrits

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (2)

Un oiseau tout là-bas bat des ailes ; qui m’emmène avec lui.

Toujours plus haut !

Si loin…

Là-bas, les cris de l’océan déchirent la zone du silence, laissant les arabesques des vagues argentées accoucher d’un fruit amer.

L’oiseau dessine un cercle magique et l’espace s’ouvre sur ailleurs…

Là-bas, le sable piège les rêves dans un présent toujours reconduit – où le tissu du temps resserre sa trame d’araignée en dentelle étoilée.

Là-bas…

Mais ici, mais maintenant, triomphant des ténèbres en lambeaux pour envelopper la maison du lac de son ombre jaune, l’arbre à palabres monte une garde pérenne. Battus par les vents mauvais, ses bruissements confus disent les temps d’autrefois et les espoirs enterrés : sentinelles oubliées, soldats sacrifiés, enfants suppliciés – rien ne reste, que deux ou trois noms à demi effacés sur une stèle branlante…

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (1)

Ecrit par Jacqueline Wautier le 30 juin 2012. dans La une, Ecrits

Cadavres exquis - A la marge des mots et des ondes (1)

 

Pris à quelque sortilège oublié.

Ou peut-être, abandonnés à une étrange mélancolie ?

L’un et l’autre sans doute : les écureuils de Central Park sont tristes le lundi ; comme moi qui les regarde sans plus les voir. Je les sais par cœur cependant. A cet instant le ballet de cuivre et de feu va au ralenti et mon cœur s’emballe d’une absence qui le déborde en éclaboussures brûlantes.

Tout près, si loin, qui nous dévore et nous oublie, la ville s’engourdit d’un songe gris. Car le temps est révolu qui nous enchantait d’une promesse enfiévrée – il nous faut rompre le charme…

Dimanche pourtant, et le précédent, et l’autre encore, eux, comme elle, comme moi, s’étaient pris à rêver au papillon des étoiles devant un ruissellement de soleil orangé…

Ou était-ce seulement l’été indien et son serment d’automne ? Ou peut-être même mon âme ; assoiffée d’absolu et s’enivrant à l’amour en sept lettres – celui qui dure toujours lors même que la nuit ne finit pas d’exploser les corps indécents d’innocence.