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RDT / 68 : Le Parti socialiste, fils de Mai ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 19 mai 2018. dans France, La une, Politique, Histoire

RDT / 68 : Le Parti socialiste, fils de Mai ?

Dans le contexte du cinquantième anniversaire des « événements » de mai 1968, je voudrais poser ici une question importante : le Parti Socialiste issu du congrès d’Epinay (en 1971) peut-il être considéré après coup, et indirectement, comme « le fils de mai » ? En effet, en tant que jeune militant socialiste, ayant adhéré en 1974-1975 (j’avais 25 ans), je me rappelle du fait qu’un des quatre leaders de l’aile gauche du parti, le CERES (Centre d’Etudes, de Recherches et d’Education Socialiste), Jean-Pierre Chevènement, avait écrit cette formule dans un de ses livres, publié en 1975 : « Le vieux, la crise, le neuf » (Champs Flammarion). Ce sera le ciblage principal de cette chronique. Mais, il me faudra voir avant cela quel fut le rôle de la gauche non communiste (comme on disait à cette époque, où le Parti Communiste demeurait dominant au sein de la gauche) pendant le mois de mai 1968, et ceci à travers le comportement de deux hommes politiques : François Mitterrand et Pierre Mendès France. J’en profite pour signaler que le Parti Communiste fit tout, au moment des « événements », pour soutenir en sous-main le pouvoir gaulliste, faisant savoir au « Général » qu’il fallait tenir bon face à ce que le « parti » considérait comme une simple révolte de « petits bourgeois » en mal d’agitation.

François Mitterrand – il faut bien le dire – passa complètement à côté de la plaque lorsqu’il se déclara prêt à exercer le pouvoir dans le cadre d’un « gouvernement provisoire », une affirmation montrant qu’il mettait en cause les institutions de la Ve République (établies entre 1958 et 1962 par le général De Gaulle). C’était au moment où De Gaulle était parti (on ne savait pas où !), semblant ainsi laisser la place vide à qui voudrait la prendre. Nous avions su par la suite qu’il était allé auprès du général Massu à Baden-Baden  pour s’assurer du soutien de l’armée, au cas où ce serait « nécessaire »… C’était le 29 mai 1968. Pour François Mitterrand, ce fut un fiasco total ; on le fit apparaître comme un putschiste potentiel à la TV, alors entre les mains exclusives du pouvoir gaulliste ! Reste à parler de Pierre Mendès France. Dès le 27 mai, il s’était laissé convaincre d’aller à la grande manifestation du Stade Charléty. Je me dois de signaler qu’alors que François Mitterrand était mal vu notamment par le mouvement étudiant (en raison avant tout de son action pendant la Guerre d’Algérie, sous la IVe République, en tant que ministre de l’intérieur puis de la justice), Pierre Mendès France (membre du PSU, ou Parti Socialiste Unifié – jusqu’en mai 1968) était très populaire auprès de ce même mouvement étudiant (rappelons qu’il avait organisé la décolonisation de l’Indochine comme président du conseil également sous la IVe République et qu’il avait une image de « gauche morale »). Mais, Pierre Mendès France (PMF, comme on l’appelait) ne voulut pas apparaître comme se plaçant à la tête de ce qui ne pourrait se voir que comme un « coup d’Etat ». De ce fait, il décida de ne pas prendre la parole à Charléty, malgré l’insistance d’un certain nombre de personnes de son entourage.

Politiques économiques : de quoi parle-t-on ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 avril 2018. dans Economie, La une, Histoire

Politiques économiques : de quoi parle-t-on ?

Dans cette chronique, je vais me limiter à ce qui se passa au XXe siècle et dans les débuts du XXIe. Donc, pas question ici de remonter jusqu’au XVIIIe siècle à l’époque d’Adam Smith et de sa théorie de « la main invisible » (le libéralisme), et encore moins au « mercantilisme » français, qui nous ramènerait à la France colbertiste (avec le rôle de l’Etat) du règne de Louis XIV. Nous allons donc essentiellement nous concentrer sur la période dite « contemporaine » (au sens large), c’est-à-dire celle qui vit s’opposer des conceptions de politique économique libérale, avec un très faible rôle de l’Etat, et des visions de politique économique interventionniste, fondée sur un important rôle de l’Etat. J’ajoute que je me limiterai – sauf à certains moments – au cas de la France, en sachant que nos compatriotes ont toujours eu un rapport à l’Etat extrêmement contradictoire, lui demandant de les laisser « tranquilles » (ces gens « d’en-haut », « ils », ou encore « eux »), sauf pour des réclamations d’aides en cas de problèmes (avec ce que j’appellerais le « Allo, l’Etat, bobo ! »).

Dans la période définie, on reconnaissait la droite au fait qu’elle pratiquait une politique dite de l’offre (ou de la production), de nature monétariste (priorité à la valeur de la monnaie) s’opposant ainsi à toute idée de relance de la demande ou de la consommation, donc d’augmentation du pouvoir d’achat (au profit de celle consistant à réduire les éventuels déficits). Il est important de signaler le fait que les libéraux – sur le plan économique – furent très influencés, au XXe siècle, par les thèmes économiques développés par l’autrichien Friedrich Hayek (1899-1992), prix Nobel d’économie (en 1974), et chef de « L’Ecole autrichienne », et l’américain Milton Friedman (1912-2006), prix Nobel d’économie (en 1976), membre du Parti Républicain, à la tête de « L’Ecole de Chicago » (les Chicago Boys). Ces économistes ultra-libéraux furent à l’origine des politiques économiques de dérégulation du rôle de l’Etat, par exemple en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher, aux Etats-Unis avec Ronald Reagan, et déjà au Chili après le coup d’Etat d’Augusto Pinochet contre le socialiste Salvador Allende en 1973 ; dans ce dernier cas, Milton Friedman considérait le Chili comme un laboratoire pour appliquer ses théories économiques.

Face à ces politiques de droite, on reconnaissait la gauche au fait qu’elle développait une politique de la demande, ou de la relance par la consommation, avec augmentation du pouvoir d’achat. Ce type de conception de la politique économique était issu des idées développées par le britannique John Maynard Keynes (1883-1946), qui n’avait pourtant rien de « socialiste », dès qu’il eût écrit son ouvrage (fondamental) sur La théorie générale ; une somme qui prônait l’abandon (après guerre) du « laisser faire » libéral. On pourrait définir Keynes comme une sorte de néo-libéral progressiste qui avait pour but de faire en sorte que le système capitaliste puisse être au service du plus grand nombre d’individus – y compris les plus défavorisés. Après sa mort, les idées de Keynes furent appliquées (plus ou moins), notamment dans le cadre de la constitution de « L’Etat Providence » (ou Welfare State) dans l’ensemble des pays occidentaux. Or, que se passait-il avec cette opposition (parfois dans le cadre du « stop and go », alternant ralentissement et relance de l’économie) entre ces deux types de politiques ? La politique de l’offre avait l’avantage de renflouer les caisses, de lutter contre les déficits ; mais elle augmentait les inégalités sociales. Parallèlement, la politique de la demande augmentait certes le pouvoir d’achat, mais vidait les caisses et provoquait en plus une augmentation uniquement provisoire du pouvoir d’achat, vite grignotée par l’inflation, ou hausse des prix.

Unions Nationales en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 avril 2018. dans France, La une, Politique, Histoire

Unions Nationales en France

Je voudrais d’abord préciser qu’il ne faudrait pas confondre la notion liée à des moments d’unions nationales avec celle de gouvernements d’union nationale. En effet, ces derniers furent très rares dans notre pays, et ne regroupaient pas tous les partis politiques (ceux perçus comme extrémistes, à gauche comme à droite, n’en firent jamais partie). Par contre, notre pays connut de nombreux moments où le peuple français se retrouva dans les rues pour manifester en communion par rapport à un événement grave, comme pour ces dernières années dans les cas de réactions face au terrorisme islamiste. Je vous propose de commencer en 1789, au début de la Révolution française, et de remonter jusqu’à nos jours, en liant ainsi l’Histoire et l’Actualité, ce qui constitue le principe de base des « Racines d’Actu », dont vous trouverez plusieurs exemples dans le cadre des chroniques que j’ai publiées pour Reflets du Temps depuis sa création comme site en 2009.

Le 14 juillet 1790 eut lieu la Fête de la Fédération, le premier anniversaire de la Prise de la Bastille. Cette fête symbolique se déroula sur le Champ-de-Mars de Paris. Louis XVI y assista et y prêta même serment à la Nation et à la loi, ceci dans un vrai climat d’union nationale, en présence des députés des 83 départements français de cette époque. Cet événement est fêté, tous les 14 juillet, depuis l’année 1880 (IIIe République), en tant que Fête nationale française et bien sûr par rapport à celle de la Prise de la Bastille. Par la suite, il y eut bien sûr la célèbre nuit du 4 août 1789. Ce fut la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle on vota la suppression des privilèges féodaux (certes uniquement rachetables, mais…). Débutée le 4 août à six heures du soir, elle se prolongea jusqu’à deux heures du matin. A côté des privilèges féodaux, il y eut l’abolition de tous les privilèges des ordres, des provinces, des villes, et des corporations, à l’initiative du futur Club des Jacobins, dans une ambiance de surenchère à la fois fraternelle et liée à la peur face à ce que l’on pouvait savoir du phénomène dit de la « Grande Peur » ; cette dernière fut un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se produisit essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, tout en se prolongeant au-delà de cette dernière date.

Beaucoup moins connu, il y eut, toujours pendant la Révolution, l’épisode du « baiser Lamourette ». Adrien Lamourette était un prêtre lazariste, favorable à la Révolution. Rallié à l’Église constitutionnelle, il devint le premier évêque constitutionnel de France. Elu député, il fut le célèbre instigateur du fraternel « baiser Lamourette », qui réconcilia temporairement les partis, lors de leurs premières grandes divisions. Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée législative, en plein débat, âpre, sur la « patrie en danger », il proposa en effet à ses collègues élus de s’embrasser en signe de réconciliation, et provoqua ainsi un court moment de réconciliation entre les partis, avec des embrassades. Cet épisode très ponctuel rappelle évidemment l’ambiance et les embrassades de la nuit du 4 août 1789. On peut considérer Lamourette comme un ancêtre de la future démocratie chrétienne, ou du progressisme chrétien en général. Demandons-nous au passage si tout ce qui fut lié à la « patrie en danger » ne représenta pas également un moment relatif de cohésion nationale, mais bien sûr uniquement pour les partisans de la Révolution, en raison du comportement hostile de Louis XVI envers celle-ci (dès sa tentative de fuite à Varennes en juin 1791), et des nobles qui avaient commencé à émigrer ; en tout cas, il y eut le célèbre discours de Danton à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1792 : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée… ».

Psycho-histoire : « L’expérience » de Milgram

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 10 mars 2018. dans La une, Société, Histoire

Psycho-histoire : « L’expérience » de Milgram

Je pense que peu de personnes – jeunes notamment, et n’ayant pas fait d’études de psychologie, de sociologie, ou d’histoire – ont entendu parler de ce qui eut lieu, dans les années 1960-1963, aux États-Unis, et qui fut présenté comme une « expérience » fondée sur des « tests psychologiques », tout ceci sous le couvert d’annonces dans un journal (afin de trouver des volontaires), et en présence de nombreuses « blouses blanches », un peu équivalentes – d’une certaine façon – à celles que l’on pouvait trouver dans un hôpital, ou une clinique. J’ajoute le fait que le très bon film français I… comme Icare, réalisé par Henri Verneuil, avec Yves Montand dans un rôle d’un procureur (un Attorney aux Etats-Unis) – une sortie en salle en 1979 –, reprit les bases de cette « expérience » ; on y trouve notamment une scène célèbre où le « bourreau » potentiel (je m’expliquerai plus loin) finissait par essayer de souffler de bonnes réponses à la « victime » (même chose), tout en lui envoyant des décharges électriques, en raison des réponses non… « valides » du second… Mais, que s’était-il donc passé dans le cadre de « l’expérience » réalisée par Stanley Milgram ?

Ma toute première connaissance personnelle de confrontation au comportement d’êtres humains face à l’obéissance à l’Autorité – puisqu’il s’agissait de cela – eut lieu lors de mes études. Etudiant en Histoire à l’Université des Lettres et Sciences Humaines de Clermont-Ferrand, j’avais eu le privilège d’assister à une conférence de Max Gallo sur le fascisme italien (dont il fut l’un des grands spécialistes), un cours d’une durée d’environ deux heures au cours duquel il nous raconta, notamment en liaison avec le slogan fasciste « Mussolini ha sempre ragione » (Mussolini a toujours raison), face à notre amphi pétrifié, ce qui s’était produit lors de ces fameux « tests » américains du début des années 1960. Je vais y venir, mais je dois vous dire d’abord que mon traumatisme fut si grand que, dès les débuts de mon professorat d’Histoire, j’avais – chaque année, en terminale, puis en première – raconté, et fait réagir mes élèves (stupéfaits, eux aussi…) sur ces éléments extrêmement troublants. Exposons donc rapidement les faits. Il s’agissait de ce que l’on appelle depuis « l’expérience de Milgram », Stanley Milgram (1933-1984) était à l’époque un psychologue américain, qui organisa ces « tests », dans le cadre de l’Université de Yale (à New Haven, Etat du Connecticut). Il voulait mesurer le degré de soumission à l’Autorité, mais pas n’importe quelle autorité… Ces « tests » furent présentés comme une sorte d’expérience d’apprentissage sur la mémorisation. Les volontaires (« bourreaux » potentiels, totalement ignorants qu’ils seraient en réalité les cobayes de l’expérience) étaient rétribués et issus de milieux sociaux et culturels diversifiés. Il n’y avait que des hommes, entre 20 et 50 ans. Les « victimes » et les représentants de « l’Autorité » étaient tous – ce qui est fondamental – des comédiens professionnels. Des questions, sur des listes de mots à retenir, étaient posées aux « victimes » potentielles, attachées à un siège muni d’électrodes, et, en cas de réponses fausses, le « bourreau » devait sanctionner la « victime » par une décharge électrique de plus en plus forte au cours du déroulement de l’expérience ! C’était la « règle »… définie par l’Autorité… 636 « bourreaux » potentiels furent testés. Alors, tenez-vous bien… En effet, si les électrodes avaient été vraiment branchées, plus des 2/3 des « bourreaux » cobayes seraient allés jusqu’à une obéissance maximale – occasionnant ainsi des lésions plus ou moins graves, ou même, dans un certain nombre de cas, le décès, pour les « victimes » !

Complot et théorie du complot

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 février 2018. dans La une, Politique

Complot et théorie du complot

A travers l’Histoire, les exemples de dénonciations de complots ne manquent pas, et il est certain qu’il y en eut un bon nombre de tout à fait vérifiables. Mais, il ne faut pas confondre complot(s) et « théorie du complot », celle-ci correspondant – j’y viendrai – à la fois à un fonctionnement psychologique, et souvent idéologique. En ce qui concerne les complots réels les plus célèbres, on pourra citer l’assassinat de Jules César, l’organisation de la Saint-Barthélemy (contre les protestants), les complots contre-révolutionnaires pendant la Convention montagnarde (qui entraînèrent une extension considérable du terme « d’aristocrate »), l’attentat contre Napoléon, la Nuit des Longs Couteaux (au moment où Hitler fit liquider les chefs SA par les SS), la façon dont Pierre Laval et Philippe Pétain étranglèrent la IIIème République en 1940 (au Casino de Vichy), etc. Pour la théorie du complot, je vais me limiter à quelques exemples concernant l’histoire contemporaine, dont j’essaierai – dans cette courte synthèse – de cerner le profil des personnes prêtes à les « avaler », et de percer à jour les dénonciateurs. Voici donc d’abord quelques exemples de la théorie du complot dans la période allant depuis 1789.

La première grande théorie du complot fut lancée par la « thèse de l’abbé Barruel », qui dénonça un soi-disant complot maçonnique. Dans l’un de ses ouvrages, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (paru en 1798-1799), cet ecclésiastique français (un jésuite), réfractaire à la Constitution civile du clergé (et avant cela aux idées des Encyclopédistes et à la philosophie des Lumières), bientôt réfugié à Londres, énonça le fait que la Révolution Française aurait été organisée clandestinement par un groupe nommé « Les illuminés de Bavière », ou « Illuminati ». Ceux-ci correspondaient en fait à une société secrète allemande (car interdite en 1785), qui avait été fondée en 1776. Elle était favorable aux idées des Lumières, et l’abbé Barruel l’accusait (là est la théorie du complot) d’avoir infiltré la franc-maçonnerie dans le but de changer l’ordre du monde et d’asservir l’humanité. Il s’agissait – selon l’abbé Barruel – de détruire la religion catholique et la royauté, en liaison avec les concepts qui avaient été développés par les philosophes du XVIIIe siècle et l’action révolutionnaire des Jacobins ! Les milieux de la contre-révolution s’emparèrent avec avidité de cette thèse, sous la Restauration (dès 1815), d’autant plus qu’un écossais du nom de John Robison avait déjà lancé la même idée dans un livre paru en 1797.

Il y eut ensuite la « théorie » comme quoi un vaste « complot juif » existerait, à travers « Les Protocoles des Sages de Sion ». C’est à Paris – par le biais d’un russe travaillant pour la police secrète tsariste –, et vers la fin du XIXe siècle (sous le règne du tsar Nicolas II), que fut entièrement fabriqué ce « document », un faux grossier, que le tsar bien qu’antisémite n’osa de ce fait pas exploiter ; notons au passage que ce faux fait florès de nos jours dans nombre de pays musulmans, et même parfois au sein de nos banlieues. « Les Protocoles des Sages de Sion » amenaient des antisémites et des obsédés de l’ésotérisme à dénoncer l’existence d’un complot des juifs et des francs-maçons dans le but de s’assurer la domination du monde, par la violence, les troubles sociaux, les révolutions, mais aussi, fait éminemment contradictoire… par le capitalisme ; tout ceci étant organisé – bien-sûr – par quelques bonnes dizaines de réunions secrètes dont le but devait consister à aboutir à « un plan d’asservissement mondial ».

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2018. dans France, La une, Politique

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Il me faut d’abord expliquer le titre de cette chronique en se demandant ce que furent, au sens historique de ces termes, l’orléanisme et le rocardisme ou deuxième gauche. L’orléanisme stricto sensu fut défini par l’historien et politologue René Rémond comme étant la famille politique la plus modérée de la droite française, en opposition avec le légitimisme ultra des monarchistes autoritaires et le bonapartisme. Quant au rocardisme ou deuxième gauche, mis en lumière notamment par Hervé Hamon et Patrick Rotman, il s’est agi d’une gauche de tradition plutôt girondine (autogestionnaire au sens des années 1970) ; et l’on pouvait l’opposer à la première gauche, de tradition jacobine (centralisatrice). A propos de cette deuxième gauche, on doit citer, comme figures de proue, la gauche qu’on appela effectivement rocardienne, mais surtout la CFDT (les cédétistes ayant joué un grand rôle dans l’élaboration de ses thématiques, surtout depuis le « recentrage » d’Edmond Maire). Il va falloir se poser la question de savoir si ce schéma global peut correspondre, au moins en partie, à ce qui se passe actuellement en France – dans une version de type XXIe siècle – depuis l’élection d’Emmanuel Macron comme chef de l’Etat avec une considérable majorité parlementaire incluant LREM (La République En Marche) et ses différents petits groupes d’alliés directs ou indirects.

Analysons d’abord dans quel contexte se produisit la connexion entre ce nouvel orléanisme et la deuxième gauche, et sous quelles formes ? Lors des débuts de la campagne des élections présidentielles de 2017, la montée du « phénomène Macron », que de nombreux médias annoncèrent comme une « bulle » (qui allait donc se dégonfler d’elle-même), correspondit en fait à l’épuisement d’un système politique partitaire à bout de souffle. En effet, les Français considéraient – à tort ou à raison – que rien ne ressemblait plus, sur le plan économique (voire social), à ce que faisait la droite classique que ce que réalisait la gauche de gouvernement lorsqu’elle arrivait aux affaires. C’est sur cette usure du « système » politique que le candidat Emmanuel Macron construisit son image, en développant d’abord le thème du « Ni droite, ni gauche », puis, plus habilement, du « Et droite, et gauche ». Ceci lui amena progressivement des soutiens issus de milieux très différents au sein de la société civile et de certains secteurs du modèle préexistant. Ce qui me frappe, en tant qu’historien, c’est une intéressante comparaison historique à faire, liée à des similitudes indirectes avec la France des années situées entre 1873 et 1875, et accessoirement de 1958 (avec le Général De Gaulle). En effet, et même s’il s’agissait, en 1873-1875, de questions centrées sur des aspects institutionnels, le Comte de Chambord ayant voulu que l’on prenne à nouveau le drapeau blanc à fleurs de lys (symbole de l’Ancien Régime), et non pas le drapeau tricolore (symbole de la Révolution), cette célèbre « querelle des drapeaux » poussa les monarchistes modérés orléanistes (qui acceptaient le drapeau tricolore) à s’allier avec une bonne partie des Républicains. Ce centre-droit orléaniste s’étant converti à une République modérée, il fut possible de mettre en place un nouveau système : celui de la IIIème République, qui, forgée autour de la Constitution de 1875, dura de l’année en question jusqu’à ce qu’elle soit étranglée, en profitant de la défaite de la Campagne de France, par le « Régime de vichy », ou de « L’Etat Français », avec Philippe Pétain et Pierre Laval.

Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 16 décembre 2017. dans Auteurs, La une, Histoire

Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Même si la campagne électorale française actuelle – pour les mois d’avril à juin 2017 (présidentielles, puis législatives) – est « polluée » par les affaires du Pénélopegate et le Fillongate, un élément central nouveau ressort lorsqu’on s’intéresse à ce que disent les principaux candidats à la magistrature suprême en rapport direct avec leurs programmes, qui, malheureusement, passent trop au second plan par rapport aux Affaires Fillon et Marine Le Pen. Il s’agit de savoir, comme ce fut le cas lors des dernières présidentielles américaines – qui aboutirent à la victoire (mais pas au niveau du suffrage universel) de Donald Trump – si nous allons nous diriger vers une société ouverte ou fermée. Je voudrais donc en profiter, avant de revenir en fin d’article sur le cas français actuel, pour faire un rappel historique de ce que furent, depuis l’Antiquité gréco-romaine et jusqu’à nos jours, en prenant des exemples clés, les grandes oppositions entre ces deux types de sociétés fondées soit sur l’ouverture soit sur la fermeture.

Dans la Grèce antique, Athènes devint progressivement une société démocratique ouverte, malgré l’exclusion de la citoyenneté des étrangers (les « métèques »), quoiqu’ayant certains droits, et surtout des esclaves de l’Attique ; une cité d’Athènes, ouverte également sur la mer, surtout à partir de Thémistocle (v. 524-459 av. J.-C.), qui lança l’idée d’une grande flotte athénienne plus celle de la construction des Longs Murs entre la ville et son port du Pirée, et de la création de la Ligue de Délos (à partir de 477 av. J.-C.). Face au système athénien, on avait Sparte, une société aristocratique fermée, particulièrement autoritaire, attachant peu d’importance à une flotte et totalement repliée sur les terres du Péloponnèse. Pour l’Empire romain, il y eut aussi une volonté progressive d’ouverture, qui déboucha sur l’édit de l’empereur Caracalla en 212, également appelé constitution antonine, et qui accorda, dès cette date, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’empire qui ne l’avait pas encore ; de plus, lors du Bas-Empire, pour se protéger des invasions des Huns, Rome sut s’ouvrir aux « migrants » d’origine germanique au niveau de la défense du Limes en échange de terres. Au Moyen-Âge, dans le cadre de l’Europe occidentale, l’opposition entre les cités-Etats des républiques maritimes italiennes (Amalfi, Pise, Florence, Venise, Gênes, etc.) et la constitution parallèle de monarchies féodales bien plus refermées sur elles-mêmes et des bases terrestres fut l’une des principales caractéristiques des XIIe-XIVe siècles, notamment en France et en Angleterre. Il est intéressant d’ajouter un mot sur la Russie à l’époque médiévale : en fait, jusqu’au règne de Pierre Ier le Grand (plus connu sous le nom de Pierre le Grand) – et sur lequel je reviendrai – l’État russe était essentiellement continental, enfermé dans une sorte de bloc terrestre européen et asiatique. Je n’évoquerai pas ici le cas du monde musulman et de son expansion puisque j’ai écrit dès mon introduction que j’allais me concentrer sur l’Europe (au sens large de cette notion) et les États-Unis. Il en sera de même en ce qui concerne la Chine et plus généralement les pays asiatiques.

Si l’on s’intéresse maintenant à l’époque moderne, puis contemporaine, on retrouva bien entendu cette opposition entre sociétés ouvertes et sociétés fermées. Pour les premières, avec d’abord l’Espagne et le Portugal : pensons aux Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe ; puis la Grande-Bretagne et la France, surtout à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, à l’assaut des mers et des océans. Pour la Russie et en revenir ainsi à Pierre le Grand (tsar entre 1682 et 1725), malgré sa volonté d’ouverture sur l’Occident et de modernisation de son pays, avec la construction d’une flotte et de la ville nouvelle de Saint-Pétersbourg (ouverte sur les rives de la Mer Baltique), ce pays-continent demeura assez largement par la suite une société fermée, malgré le rêve de la tsarine Catherine II (qui régna entre 1729 et 1796) d’accès aux « mers chaudes », c’est-à-dire à la Méditerranée, en partant de la Mer Noire. Avec la première révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, plus le grand mouvement de la Colonisation, l’Europe occidentale s’ouvrit davantage encore sur le monde, dont elle organisa assez largement l’exploitation économique. Ce fut alors l’origine véritable de la « mondialisation ». Remarquons que pendant ce temps-là, le monde musulman ne connut pas l’équivalent de la révolution industrielle et subit la Colonisation. Quant à la Chine, elle demeura L’Empire du Milieu, un pays ouvert sur lui-même par ses aspects créatifs et fermé à l’expansion sur les océans.

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Il y a longtemps que Tariq Ramadan fait parler de lui, avec la complicité d’un bon nombre d’émissions-débats du type « talk show » à la Télévision française, mais aussi sur internet, ce qui lui donna – auprès d’un certain nombre de personnes – le statut « d’homme de dialogue », correspondant à l’image d’un « islam ouvert », en opposition avec l’islamisme radical. Il devint ainsi une sorte de Monsieur fréquentable par opposition par exemple, avant tout, sur l’autre rive (si je puis m’exprimer ainsi), à un Manuel Valls vilipendé et considéré par certains comme un « islamophobe » proche des « dérives ethnicistes de l’extrême droite » (citation provenant d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon !). Ce Tariq Ramadan-là, c’est celui que j’appelle « Doctor Tariq »… Mais, il se trouve qu’il y en a un autre, en réalité cryto-islamiste à peine déguisé, et de plus vautré dans le harcèlement sexuel et même accusé de viols (tout ceci provenant de plaintes de femmes de plus en plus nombreuses). Et c’est bien sûr cet autre Tariq Ramadan que j’ai pu nommer « Mister Ramadan ». Il est temps maintenant de développer mon propos en passant à une démonstration argumentée par rapport à cette introduction.

Comment se présenta – et continue de se présenter – le « Doctor Tariq » ? Ce Monsieur naquit en Suisse, à Genève, en 1962, ce qui lui fait aujourd’hui l’âge de 55 ans. Après avoir passé un doctorat à l’université de Genève, sa thèse ayant porté sur son grand-père d’origine égyptienne (je reviendrai plus loin sur cette question), il s’adonna parallèlement à des études de littérature française, puis à l’université al-Azhar du Caire, qui lui conférèrent l’autorisation d’enseigner « les sciences de l’islam ». C’est dans ce contexte que ce Monsieur se présenta comme un « islamologue » et devint jusqu’à il y a quelques jours (puisqu’on vient de lui supprimer cette fonction en rapport avec les accusations de frasques de nature sexuelle) professeur d’études islamiques contemporaines à Oxford. Ceci l’amena d’ailleurs à être invité dans de multiples universités ! De plus, s’exprimant en plusieurs langues, le « Doctor Tariq » occupa le terrain en tant que conférencier, prédicateur, et auteur de divers ouvrages portant sur l’islam. J’ajoute que ce Monsieur est marié (depuis l’âge de 24 ans) à une française d’origine bretonne s’étant convertie à l’islam, avec laquelle il a eu quatre enfants. Soit un profil prétendument tout à fait honorable, affirmant passer des ponts « d’intégration » entre l’ensemble du monde occidental (essentiellement européen) et islamique.

JEAN ROCHEFORT

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 10 octobre 2017. dans La une, Cinéma

JEAN ROCHEFORT

Hier, c'était, pour tous les cinéphiles, et probablement un très grand nombre de français, Cinéma-deuil, avec le décès du grand acteur Jean Rochefort. Il y avait déjà eu la disparition de son très souvent « complice » Philippe Noiret le 23 novembre 2006, cela fait donc plus de dix ans déjà... Et même s'il nous reste – heureusement – l'autre « compère » Jean-Pierre Marielle, âgé de 85 ans, avec la mort de « Jean », c'est une ancienne génération-phare du cinéma français qui est en train de s'éteindre progressivement. Dans cette courte chronique-hommage, je vais essayer de parler de tout ce que le cinéma français doit à Jean Rochefort, en faisant allusion aux éléments essentiels de sa filmographie, mais aussi de l'homme qu'il était pour nous. C'est d'ailleurs par cet aspect que mon article commence.

Né à Paris le 29 avril 1930, Jean Rochefort nous a quittés dans la nuit du 8 au 9 octobre 2017, à l'âge de 87 ans. Personnellement, je n'oublierai jamais - même s'il nous reste fort heureusement ses films – sa voix chaude, son (sou)rire chargé d'un humour à peine retenu, pince-sans-rire, et disons-le aussi sa grande classe, sa mise (si je peux m'exprimer ainsi) quasi-aristocratique. Il commença évidemment sa carrière par des seconds rôles, dont je vais bientôt rappeler quelques exemples. Mais, avant cela, il faut signaler qu'il faisait partie de la célèbre « bande du Conservatoire », qui était un groupe de comédiens français, tous élèves du Conservatoire national supérieur d'art dramatique à Paris, et ceci dès le début des années 1950, époque où Jean Rochefort était âgé d'une vingtaine d'années. Ils avaient tous de grands liens d'amitié, ayant eu pour professeurs l'immense Louis Jouvet, Georges Le Roy (acteur, sociétaire de la Comédie-Française, et donc professeur), et René Simon (un acteur qui avait fondé en 1925 les cours qui portaient son nom). Parmi les membres de cette « bande du Conservatoire », je citerais : Annie Girardot, Françoise Fabian, Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Claude Rich (mort récemment), Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort (bien sûr), sans oublier l'adjonction de Philippe Noiret.

C'est à présent le moment de nommer quelques films au sein desquels Jean Rochefort se fit remarquer par sa présence et son physique particulier, voire son maintien, sans oublier sa moustache. Ainsi, comment ne pas citer ses rôles auprès de Jean-Paul Belmondo, dans « Cartouche » et « Les Tribulation d'un Chinois en Chine » ? Lui qui joua, pour le cinéma, dans 113 films (sans compter les productions pour la télévision et le théâtre), ce fut à partir de 1972 (il avait alors une petite quarantaine d'années) qu'on lui donna vraiment les premiers rôles. J'en citerais juste quelques uns, non pas forcément dans l'ordre chronologique, mais en fonction de l'intérêt qu'ils eurent pour moi, et qui firent qu'il apparut réellement comme si grand acteur. Je me limiterais donc à : "Que la fête commence" (de Bertrand Tavernier), "Ridicule" (de Patrice Leconte), "Un éléphant ça trompe énormément" (d'Yves Robert), "Le Crabe-tambour" (de Pierre Schoendoerffer), "L'Horloger de Saint-Paul" (de Bertrand Tavernier), "Le Grand Blond avec une chaussure noire" (d'Yves Robert), etc.

J'ajoute à cette chronique-hommage, en guise de conclusion illustrée, des extraits de « Que la fête commence », qui est un de mes films français préférés, réalisé, comme dit précédemment, par Bertrand Tavernier, avec Jean Rochefort dans le rôle (pour moi son meilleur !) d'un grand ecclésiastique plein de libertinage, « l'abbé Dubois », appelé ensuite « le cardinal Dubois », et principal ministre de l'Etat (sous la Régence de Philippe d'Orléans, après la mort de Louis XIV et pendant la minorité de Louis XV) ; un Jean Rochefort en bonne compagnie, aux côtés de ses Amis Philippe Noiret, le Régent, et Jean-Pierre Marielle, un marquis- gentilhomme breton. Avec Philippe Noiret déjà, et même si le grand Jean-Pierre Marielle nous reste, nous voici donc quelque part un peu comme « orphelins »...

EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 octobre 2017. dans La une, Société, Histoire

EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

Edmond Maire, dirigeant emblématique de la CFDT pendant une longue période, et qui fut l'artisan du « recentrage » de la centrale syndicale vers la fin des années 1970, est décédé dimanche 1er octobre, à l'âge de 86 ans, « des suites d'une maladie », comme l'annonça sa famille dans un communiqué ; il avait été aussi précisé que ses obsèques auraient lieu « dans l'intimité ». Il y a des moments et des événements, comme celui-là, où notre histoire personnelle (je parle ici pour moi) peut être profondément touchée par la disparition d'un homme, qui fut une grande figure du syndicalisme et – d'une certaine façon – de la politique (au sens le plus noble de ce terme), et ceci alors qu'il y avait longtemps que l'ancien leader de la CFDT avait quitté la scène dans les domaines où il fut tellement actif. Je précise qu'Edmond Maire avait fait ses dernières apparitions publiques en juillet 2016, lors de l'hommage national rendu à l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard, et en janvier dernier aux obsèques de François Chérèque, l'un de ses successeurs à la tête de la CFDT.

Né en 1931 à Epinay-sur-Seine, dans un famille catholique, Edmond Maire était chimiste de formation. Il avait participé à la création de la CFDT en 1964 ( à l'âge de 33 ans), une nouvelle structure syndicale née d'une scission avec la CFTC, sur la base d'une véritable déconfessionalisation (par rapport au christianisme) et d'un engagement politique de gauche assez radical (pendant un certain nombre d'années). C'est en 1971 qu'il devint le secrétaire général de la CFDT, et pour une période très longue, puisqu'il ne céda la main à son successeur Jean Kaspar qu'en 1988. Edmond Maire était entré dans le syndicalisme pour, disait-il lui-même, « changer le syndicat et changer la société ». Pour lui, l'un n'allait pas sans l'autre, en tant qu'intellectuel du mouvement syndical, dont la pensée continue toujours de marquer profondément l'organisation qu'il avait dirigée. Et ce n'est pas un hasard si Laurent Berger, l'actuel numéro un de la centrale syndicale, se faisant le porte-voix de ses camarades, à l'annonce du décès d'Edmond Maire, dimanche, déclara : « On perd une référence, on perd un immense syndicaliste, un des fondateurs de notre type de syndicalisme ».

Parfois imprévisible, l'homme Edmond Maire était farouchement indépendant, visionnaire pour son organisation et le rôle qu'elle pouvait jouer dans la société. En tant que leader de la CFDT, il apparut, à l'origine, comme étant véritablement issu de la culture de « mai 1968 », l'homme (un des principaux hommes) du « socialisme autogestionnaire » et de la « planification démocratique », par opposition avec les conceptions centralisatrices et totalitaires du « Gosplan » de type soviétique, en URSS et dans ses pays satellites (notamment en Europe de l'est). Dans ce contexte, et en compagnie du PSU, également très radical, du jeune Michel Rocard, il fit tout pour contribuer à transformer le nouveau PS dirigé par François Mitterrand, et qui était issu du congrès d'Epinay-sur-Seine (en 1971), en un « parti ouvrier de masse », incitant de nombreux membres de son syndicat à adhérer au PS dans le cadre des « Assises du socialisme » (en octobre 1974). Mais, les aspects « deuxième gauche » (décentralisatrice par comparaison avec la « première gauche » jacobine regroupée autour de François Mitterrand), quasiment « révolutionnaire » (dans un premier temps), se heurtèrent à de dures réalités. Edmond Maire comprit les difficultés qu'il y allait avoir à synthétiser ses aspirations autogestionnaires avec les visions qui étaient celles du PCF (encore très puissant dans les années 1970), ceci d'autant plus que François Mitterrand semblait valider certains aspects proches des conceptions communisantes. Il y eut aussi la rupture entre communistes et socialistes en 1977 – lors de la renégociation du Programme Commun de Gouvernement (signé en 1972) -, puis la défaite électorale de la gauche en 1978, ce qui provoqua une profonde évolution dans les positionnements du leader cédétiste.

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