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Amours, funérailles et orgues

Ecrit par Luce Caggini le 24 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Amours, funérailles et orgues

Le Magnifique écrivait à longueur de journée, de nuit peut-être pour ce qu’elle en savait. Il lui arrivait de lancer des appels d’amour en plein milieu de la nuit et ces mots qu’elle savait dérobés à son terroir en faisaient l’unique de sa vie. Elle avait bien compris que recevoir ses lettres c’était déjà faire partie de son existence, résonner entre ses murs. Donner un avenir à leurs billets, elle aimait ces petits mots nocturnes, ça donnait de la chair à leurs écrits.

La Séductrice s’abandonnait, remodelée, révélée comme une jeune argile, dissoute dans une mosaïque de sons et d’images, harmonieuse onde parfumée mystérieusement argentée que trois notes de musique céleste portaient au comble d’un bonheur à peine esquissé déjà estompé. Elle s’émerveillait et persistait à découvrir des voies de lumières dans les écrits de l’amant que la maturation d’un beau lâché de paroles exacerbées par un savant de la midrash avait le pouvoir d’enivrer.

Il y avait cependant une question essentielle esquivée comme ces vibrations soufflées dès l’aube qu’un jour naissant dévoile à la conscience mise hors de combat après une nuit de chair, de partages innocents et de galaxies en folie.

Grain de sable enfoui dans les sous-sols de la mémoire d’une vieille femme, La Séductrice ne pouvait se détourner de cette montagne de petites caresses, réalisant à peine la magnitude des petits riens dont le jour prenait congé. Une vie marchait à coté d’elle s’enroulait se déroulait à l’envers dans un sens rare, régulier, géométrique, avide d’un bon et juste sens mettant une mariée du Maghreb dans tous ses états à faire voler son voile sur les rives de la Tamise. Dans un envers, au sein d’un ouragan manipulant la vague du surf nageant entre trois murs de béton, se menait vent arrière la plus belle partie de rigolade d’une vie de vent fou.

Une autre aurait mené ce combat de plumes et âmes en danse de Saint-Guy mais la pauvre oie confite en adamessie caressante ensorcelante rêvait d’une confiserie musclée indolore, accouplement du mariage d’une madone avec la magie du pénis d’un roi d’Israël.

Un chaman juif les unirait, c’était sûr.

Un vent de Mars soulevé de terre, un clignotant amnésique, une révolutionnée à plat ventre sur un sommier vide, vidée, emprisonnée dans la saveur de ses rêves écrasée d’espoirs, un oracle maladroit, un contresens, un combiné à haut risque de mort littéraire enfantaient confusion de valeurs réelles et de douceurs inventées dans l’anonymat révélateur d’un amant virtuel.

Bye Charlie

Ecrit par Luce Caggini le 17 janvier 2015. dans Ecrits, La une, Actualité

Bye Charlie

Epouser Dieu au plus haut des cieux une fois dans sa vie sur un coup de tête.

Immortaliser un amour avec le même flamboiement que Dieu a mis à naître.

Faire l’amour dans une BD avec Charlie.

Générer le pardon.

Nommer Allah gisant à terre ou à genoux et narguer une croix en même temps.

Porter en pendentif un croissant une croix ou une étoile pendant toute une vie et permuter.

Amasser une quantité de générosités dans un géant petit moment de vie terrestre.

Rire.

Trois versions d’un Dieu multiple et ravi de ne parler ni français ni arabe ni hébreu mais organisé pour nomadiser entre les rives de la Méditerranée comme marin, comme arpenteur des montagnes, comme miraculé après une chute de pierres sous ses pieds ou encore comme un mortel numérotant les grains de sable entre Oran et Jérusalem.

Sautant en plein branle-bas des murs du Kotel aux murs de Médine, esquissant un signe de croix dans le Jardin des Oliviers, magistral maître du rêve de l’humanité, ondulant entre rien et moins que rien, entre immensité et particule de noosphère, Lui, le Maître des nuls et des grands rêveurs des mers incolores, maître initial uni à l’onde à l’air aux mers et aux terres, amant des Trois Orange glorifie mort et vie, musulmans, juifs et chrétiens d’un mot : adoration en l’amour de l’autre.

Vendre une imitation de vérité c’est mettre un doute sur le mot divin. Vendre une demi-vérité c’est être malade de réalité sans le moindre symptôme de fièvre, marginaliser le cri des marginaux qui exaltent les rois du massacre des dessinateurs c’est aussi mettre quarante années de lutte du monde réactionnaire sous la même narcose que Madame Le Pen.

Attenter aux amoureux du rire avant de partir du paradis terrestre sur un tapis persan de la République, et faire un pas dans un cratère brulant de l’autre coté du monde des momies de la Mer Morte dans le génie du Mal.

Artistes amants, marins et capitaines n’arrivèrent pas à en croire leurs yeux de radieux marginaux et comme au théâtre, avec malice, ils tirèrent leur révérence.

Même Dieu peut traverser le doute à pied, à cheval et en rêve

Ecrit par Luce Caggini le 10 janvier 2015. dans La une, Ecrits

Même Dieu peut traverser le doute à pied, à cheval et en rêve

Un narrateur peu connu mais souvent ânonné inaudible et marginal a baptisé en trois caresses et dix minutes de joies par seconde un destin avec un tracé de trois courbes de haut en bas puis un point final.

Ensuite avec trois monades et trente sons de silence produits par trois cents chevaux-vapeur montés uniquement par la moitié sud de la planète, manipulant ana­lysant congénères et humains, manades et nomades ces génies de la vérité, nus, petits courbés, droits dansant le menuet des sourds-muets, ouvrent le bal des anges, mettent trois gouttes de pluie sur la mémoire des petits oiseaux du monde entier et montent au ciel.

Ainsi par erreur ou mini-désillusion, marginalité ou contamination, musiciens, artistes peintres, ma­thématiciens ou savants, tous eurent la manne céleste et tous ensemble eurent le don de pouvoir lire miraculeusement l’âme de leur corps demi-heure par demi-heure même dans le Mur de Planck.

Et moi, dansant magistralement, diamétralement par-dessus les murs et les minarets, manipulant courbes et angles dans tous les coins de ma pensée traversant parois et chairs, amenant mon esprit en condition ascendante vers les monts du Rien, puisant dans l’invisible de ma personne, je mets la main sur la question qui ne me lâchera plus jusqu’à mon dernier souffle ; alors élancée sur mon radeau, puisant dans ma mémoire, je prends mon pinceau mes couleurs, je me jette sur la toile créant des visages sans yeux, sans bouche sans lèvres, stigmates en ligne directe vers ceux qui se bouchent les yeux et les oreilles, ceux qui se croisent les bras, les yeux clos, néant dans le vide, argonautes de naguère, amuseurs de cirque, comparses négatifs, compteurs d’amour mortes, excavateurs de gènes grimaçants, numéros minéralogiques sans voitures rêvant de mourir de joies destinés à recevoir en pleine chair et en pleine gueule les petits riens de ma pen­sée.

Manips d’une gageure dont les mots ne pourront jamais me­ner la sarabande comme une géométrie d’artiste qui se fixe enroulée, déroulée, étalée, épurée, putréfiée de résidus encore enrobés d’ondes veloutées de parcelles de chairs et de nuées de mouches argentées, de farandoles de mémoires des jeunes années, de nids dansant un nouveau style de joyeux airs d’opéras de quatre sous avec sa matière organique pensante, énergisante, animée.

C’est le moment que je choisis pour me jeter à genoux devant l’observateur de mon tableau.

Mishima, une révolution arabe à la japonaise

Ecrit par Luce Caggini le 03 janvier 2015. dans Ecrits, La une, Littérature

« La littérature est une fleur impérissable. Et bien entendu, une fleur impérissable est une fleur artificielle » (Mishima)

Mishima, une révolution arabe à la japonaise

Dans « Le Soleil et l’Acier », Mishima s’impose à moi comme le compositeur d’un livre d’art qui naît sous mes yeux comme naîtrait celui dont personne n’a jamais vu le visage, le sans-pa­piers, celui qu’on aime, dont on ne sait rien et qui nous tient en haleine depuis deux mille ans, à se demander si même il a foulé la terre que d’autres souillent de leur sang sans savoir pourquoi.

Si je fais légèrement cabrioler la chronologie de l’un et de l’autre, c’est que tous deux ont participé volontairement à la mise en scène de leur calvaire, le premier en écartant les bras vers le ciel, le second en repliant ses bras sur son ventre ; le premier en expirant, le second en expirant aussi mais sans ardent soutien.

Un jour, le premier fut prêt à mettre à feu et à sang les annonades des médias de l’époque ardemment nourris des marginaux perni­cieux asservissements de l’oracle de Delphes. Depuis je n’ai cessé de lui parler, de le tutoyer même, convaincue d’avoir passé une partie de ma vie à ses cotés en parfaite osmose, finissant même par le peindre. Tous les blessés, les humiliés, les faibles de la terre, lui parlent comme à un frère bien aimé.

Le second est un réglo, origine connue, artiste célèbre, portrait of­ficiel, Madame Marguerite Yourcenar en a même fait une œuvre littéraire qui, soit dit en passant, n’étant pas une artiste elle-même, l’a regardé avec les yeux de la raison.

L’un, phagocyté par les mots, aveuglé par un soleil où Dieu est absent, témoin érotisé sur les pas du sacrifié par anticipation, al­laite avec une disposition naturelle et une assiduité due à mille ans de tradition sa démarche vers la mort déjà vécue à la fin de la première page du livre : un résidu… Il nous arrache à un matin de printemps pour nous admettre dans une twilight zone, une dimension différente de celle de l’homme abouti. « Ma mémoire des mots a nettement antécédé ma mé­moire de la chair ».Une action de la mort par l’intérieur, une pa­thologie des mots qui étripent le sens des mots dans un décalage de deux mémoires. Le danger dans le danger de la longue durée de la méditation. Les mémoires d’un nageur de combat dont les écailles d’or perdirent leurs couleurs éclatantes singulières parce que, enfin, un jour il manipula le vocable impressionnant : seppuku.

L’autre, nomade aussi, innommable par avance, roi des sables sans en avoir le moindre grain, agité par les muses de mer des or­gies des temps anciens, réanimant les morts et les moitié-morts, ne disposant que de deux mots, le premier : rarement ; le deuxième : alors. Dans les deux cas, pas une réponse ne fut com­prise, donc la lumière clignote toujours !

Dans les moments de grâce que Mishima eut dans sa vie, aucun ne fut aussi puissant que celui du « petit garçon qui regardait les jeunes gens porter en cortège les châsses mobiles par les rues, lors de la fête locale religieuse ».

Billet fou Soleil !… Délivre-moi pendant que j’embrasse la mer

Ecrit par Luce Caggini le 13 décembre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Soleil !… Délivre-moi pendant que j’embrasse la mer

Magnétisme d’un artiste dont l’identité ne put être dévoilée

Un amusant pari de l’Initiateur de ce billet

A ma connaissance Renaissance et Connaissance ont en commun de ne garder en permanence que deux missions fondées sur celle de convier les hommes à s’accorder un jour de gloire uni au mariage de deux réelles personnes et l’autre de montrer à des béni-oui-oui que leurs oreilles n’ont pas collé leurs réelles ouïes dans le cœur authentique de l’art depuis plus de 3 milliards d’années.

Un initié de ma connaissance m’a soufflé qu’un ordinateur de haute sémaphore a pu combiner en un seul coup de marteau deux cellules dans un cerveau en imitant parfaitement un nerf optique et un nerf auditif.

Pour la majorité des humains, qu’ils soient pourvus de dons brillants ou détestables, si leur mémoire, vision et imagination ne sont nourries que de communications mâchées par des ondes nu­mérisées, entre une vie et une mue de vie, ils sont prêts à entrer dans un monde où ils seront tout à fait aptes à être outillés comme Ste­phen Hawking.

Ce nerf de substitution harmonisant un procédé créateur de génie astrophysique, de musicien, d’agitateur d’idées, de méninges complémentaires ne pourrait jamais mourir et donc jamais évoluer.

Mozart, cet agitateur de notes inspiré divinement n’a jamais montré dans ses compositions que deux notes ne s’aimaient pas. Le meilleur d’entre elles étant des actes d’amour.

Dans le monde des robots humains, c’est avec grande aisance que sont conjuguées musique et initiative numérisées dans des manifestations artistiques où s’amusent des meneurs de show comme des singes se prenant pour des amants de rêve, mais ils vivent morts, criblés de la maladie où s’accouplent finance et communication.

Mais quand on a « menuetté » en mi mineur, et qu’on a réalisé combien la musique était juste audible pour des agitateurs de mé­dina, pour renaître il faut tenter de devenir sourd avec un cran d’arrêt, se payer un aller-retour sur Mars, ramener un divertimento mozartien et ânonner jusqu’à la fin de sa vie la chanson « J’ai la mémoire qui flanche » comme si on l’avait entendue de la bouche même du Créateur.

Même mort, Mozart est le plus vivant des morts dans le monde des réalités. Dans le mode organique de la chair et des os, même Beethoven, sourd, aventuré qu’il était dans les silences de l’univers, humainement marginal, a été radicalement dominé par l’amour des notes qui s’aiment.

Une symphonie mozartienne est la liaison la plus rapide entre le cœur et l’au-delà des notes de musique, là où Marie et son fils mettent le royaume des cieux à la portée des hommes.

Billet fou Mémoire du nomade perdu dans les mers des Sargasses, pareil à la Menorah dans les murs de l’oracle de Delphes

Ecrit par Luce Caggini le 06 décembre 2014. dans La une

Billet fou Mémoire du nomade perdu dans les mers des Sargasses, pareil à la Menorah dans les murs de l’oracle de Delphes

Non-sens du peintre à l’envers de sa toile.

Il y en a dont la vie a été bouleversée par un livre.

Moi, ma vie s’est déroulée à l’envers, mais dans un vache de bon sens, un sens agissant sans donner le tournis à la mariée du Maghreb arabisée par sa mère mais qui avait fait voler son voile en éclats sur les brouillards de la Tamise.

– Mais à l’envers de quoi ?

– A l’envers d’un agenda historique qui aurait pu faire de moi une héroïne révolutionnaire. Je ne sais pas pourquoi, je le comprends alors que, artiste ingrate, mûrissante et ardente comme une fleur de serre vulnérable qui se serait développée par courbes migratoires en terres étrangères, je suis arrivée au bout.

– Une vie droite, ça ne veut rien dire, une vie ce n’est pas une géométrie.

– Oui c’est une géométrie, tu pars d’un point et tu arrives à un autre point par une série de points qui ne passent pas tous par le même axe.

– Ce n’est plus de la géométrie, c’est de la broderie.

– Oui c’est de la dentelle de Calais, du délire, un fantasme comme signe de bonne santé, oui j’ai bu ma vie comme une vigne en folie, non je n’ai pas de poches sous les yeux car artisterie et géométrie ont été deux doigts d’une Main dont les Musulmans me disent : « même ta vie est dans le génie de la danse des trois murmures du monde des sens des trois religions car tu es en même temps l’amie des nomades de l’art et des nomades du Mur des Dessins de Allâh.

– Ça veut dire que j’ai vécu de peu avec faste menant rarement reines et rois dans mon sillage, menant des combats magnifiques contre mes propres oscillations au-dessus d’un nid de gerfauts.

Un vertige muré dans un mausolée de marbre : Vestiges d’un monumental Mur des Lamentations

Ecrit par Luce Caggini le 29 novembre 2014. dans La une, Ecrits

Un vertige muré dans un mausolée de marbre : Vestiges d’un monumental Mur des Lamentations

Ce n’était plus une question d’écriture, d’ailleurs l’écrire c’est le livrer aux vents, aux poussières de l’asphalte du coin de la Rue Commandant Compagnon et de la Rue Général Ferradou juste en face du stade Gay, à trois pas de la Place Fontanelle.

Poursuivre c’est se retrouver par inadvertance sur l’une de ces voies dont la ligne droite s’est tirée et qui vous plante là, toute nouvelle, dans une clairière où votre arrivée ne surprend personne mais où personne ne vous connaît.

Un est devant moi

– Comment êtes-vous arrivé là ?

– Je ne sais pas.

– Et les autres ?

– Ils ne savent pas non plus.

– Par où puis-je repartir ?

– Nous sommes comme vous, nous ne savons pas…

Fallait-il crier, se réveiller, ou partager cette clairière avec cette assemblée de muets réunis là par passion ou par hasard… je ne sais pas, mais tous vivants, tous debout, la forêt tout autour. Une forêt debout, sans frémissement, sans orage en vue.

La brèche est inondée d’un soleil doux et ces gens sont dans une enceinte suspendue, dans un silence figé.

Je ne saurai jamais y retourner.

Retrouve-t-on un îlot dans un océan ?

Quand il a perdu son nom ?

Un petit morceau de terre dans un océan, c’est voué à la roulette d’un grain de sable qui partirait en guerre pour se singulariser.

Les gens n’en sauront rien, seuls nous trois l’avons encore dans nos veines, à fleur de peau. Nous les enfants de Gambetta qui donnions le nom d’un faubourg de la ville à la maison de notre famille.

Billet fou « Véritatis Splendor »

Ecrit par Luce Caggini le 22 novembre 2014. dans La une, Ecrits

« Vous n’êtes pas plus sûrs qu’un tison ardent sur la glace », F. Nietzsche

Billet fou « Véritatis Splendor »

Délivrée de ses rites,

bouleversée

Reconduite, remodelée

par le signe transparent

le plus puissant qui

puisse parvenir jusque

Sur la terre,

« L’Amitié du Ciel », Luce Caggini

 

Même des centaines d’ordinateurs ne sauraient contenir mes frénésies ondoyantes retraçant mes orageuses nombreuses mers animées de montagnes nouées de ramifications amoureuses inondées dans des mondes manichéens sans que je puisse marginaliser mes passions.

« La vérité est dure ».

Sale histoire de rêves qui partent en fumées à Long Island.

Faire disparaître une ombre après une autre, ça ressemble à un programme de destruction bien ciblé.

Raser les vestiges d’un passé habité c’est un emploi à plein temps.

Cette demeure appartenait au film de Gatsby. J’ai rêvé grâce à lui, j’en ai eu plein les yeux.

Je n’ai pas le sens du pèlerinage, je n’ai pas en moi ce temps de pèlerinage.

Voir est un bonheur, savoir est aussi un bonheur éblouissant.

Un souvenir ressuscité vaut mieux que l’objet qui le matérialise.

Une maison éventrée est une provocation, un serrement du cœur.

Je sais Long Island, je connais Long Island et cette demeure mythique que je n’ai jamais vue, seulement inaccessible à ceux qui ne savent pas que la mémoire de la vérité c’est la magie du rêve. Mais un envers c’est comme un marin dans une mer sans sel ! Long Island a vécu des heures qui me sont étrangères, mes propres vécues.

Fallait-il le faire en douce sans exhiber la brutalité d’un pragmatisme exterminateur !

Entretien avec Robert Colonna d’Istria (Troisième partie)

Ecrit par Luce Caggini le 15 novembre 2014. dans La une, Littérature

Entretien avec Robert Colonna d’Istria (Troisième partie)

Luce Caggini : « Djélertha »… ça ressemble à quoi ?

Robert Colonna d’Istria : Mystère. Je n’en ai pas la moindre idée. Pourquoi voulez-vous que je le sache ? Si je l’avais su je l’aurais dit…

LC : Je ne sais pas si vous l’auriez dit mais on veut savoir après… on cherche.

RC : Bien sûr tout le monde veut savoir. Mais chacun voit midi à sa porte…

LC : C’est votre secret ?

RC : C’est une façon d’inviter chacun à mettre en branle son propre imaginaire, ses rêves, ses aspirations les plus intimes… Je suis assez autoritaire dans la façon de dire, j’impose les choses de façon si tyrannique – je frise volontiers maniaquerie, esprit de système, provocation… – qu’elles finissent – du moins me semble-t-il – par être un peu rigolotes… Tout cela pour dire que j’impose à chacun d’écrire son histoire singulière, sa propre conception du luxe… C’est la leçon supérieure de ce petit texte…

LC : Ah ce n’est pas un petit texte, vous savez c’est comme un antiseptique contre la vulgarité… pas un petit texte…

RC : Je ne le renie en rien, je l’ai écrit il y a vingt-cinq ans, et demeure prêt à le défendre… Mais il ne faut pas non plus le prendre pour ce qu’il n’est pas. C’est un petit livre d’humeur. Comme tous mes livres – sans doute méritent-ils tous d’être considérés, parce qu’ils comportent tous des petits éléments pas inintéressants… – L’Art du luxe ne manque pas de mérites… Pour moi, je suis amusé de voir certaines choses écrites il y a fort longtemps revenir à la surface, parce que vous venez de lire ce livre.

LC : Est-ce que vous vous sentez un peu prisonnier de votre livre… de votre attitude ? N’avez-vous pas parfois envie de casser les codes ?

RC : Je ne veux pas non plus devenir un théoricien de ce que j’ai écrit rapidement… Je comprends très bien que ce soit critiquable, insupportable, odieux même d’un certaine façon.

Entretien avec Robert Colonna d’Istria (deuxième partie)

Ecrit par Luce Caggini le 08 novembre 2014. dans La une, Littérature

Entretien avec Robert Colonna d’Istria (deuxième partie)

Luce Caggini : Vous rendez bien compte tout de même que la vie c’est autre chose, c’est tout ce qui bouge, qui est vulgaire, c’est la masse, ce qui nous entoure, que l’on ne choisit pas systématiquement, ce bouillonnement de choses vulgaires, laides, souvent irritantes, grotesques, blessantes pour « l’homme de luxe »… tout ce qui fait qu’à un moment on est avec les autres, on vit l’instant avec eux, ils prennent votre main, on avance ensemble… Or cet « homme de luxe », dans cet amalgame, est un solitaire, il devient un alien dans votre livre…

 

Robert Colonna d’Istria : Vous avez raison, parfaitement raison sur le fond. La vie, c’est les autres, qui contrairement à ce qu’en a dit Sartre ne sont pas du tout l’enfer… Les autres, c’est nous, c’est chacun de nous… c’est évident que la vie ne vaut que par les contacts avec les autres… évidemment… là, je me situe sur un plan précis, je ne prétends pas embrasser toute la vie, je décris un comportement esthétique ; c’est l’avantage de ce genre de travail, de mon métier… vous parliez de peinture… je suis un peu comme le peintre qui choisit, qui pose son chevalet dans une certaine direction… il choisit à la fois un cadre et un plan… Moi j’ai choisi le plan esthétique… je ne prétends pas rendre compte de la vie telle qu’elle est entièrement, totalement… je rends compte de certains aspects de la vie intérieure, je ne prétends pas être exhaustif… je n’ai pas écrit un roman de quinze cents pages... je propose un petit essai esthétique…

Votre question, cependant, évoque solitude et aridité de cet « homme de luxe »… ce livre est effectivement placé – parmi d’autres invocations – sous le signe du désert, de la pureté… il y a en permanence une quête de pureté… une dimension un peu monacale… Il est évident que c’est une dimension absolument insupportable… parce que d’une certaine façon desséchante, trop exigeante, asphyxiante… mais elle est aussi enrichissante parce qu’elle invite à se trouver… à devenir ce qu’on est… Mais encore une fois, ce n’est qu’un aspect de l’existence que décrit cet ouvrage, qui ne prétend pas du tout embrasser toute la vie.

 

LC : Aspect nietzschéen… (J’avais lâché le mot, mais je me suis bien gardée de dire à l’homme assis en face de moi que je suis dans le même temps en train d’impliquer mon ami F. Nietzsche dans notre conversation. Un luxe auquel j’ai déjà soumis les lecteurs de Reflets du Temps. Et voilà ce qui se passa par-dessus nos verres de ce vin blanc délicieux qui accompagnait nos carpaccios de rougets : – Fréderic Nietzsche : Ma chère lune, manager rêve et réalité, c’est dans cet état d’esprit que le géomètre de l’amour est un maître de l’art du luxe. Mais c’est un autre luxe de rêve, car rien ne peut imiter le monde des sensations comme la réalité des sensations, donc mets dans son verre un point d’interrogation et videz la coupe de la vérité des peuples en transit de civilisation…).

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