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Entretien avec Robert Colonna d’Istria (première partie)

Ecrit par Luce Caggini le 01 novembre 2014. dans La une, Littérature

Entretien avec Robert Colonna d’Istria (première partie)

Luce Caggini :Bonsoir Robert… Merci d’avoir accepté de vous entretenir avec moi et aussi de répondre de votre livre. Nous sommes au « Cabanon » chez Loic et Nadine, Rue Bonaparte à Ajaccio. Si vous voulez bien, faisons de cet instant de luxe un instant « sans passé sans avenir à Djélertha ».

 

Robert Colonna d’Istria : Ecoutez… avec grand plaisir, on va essayer.

 

LC :Vous avez écrit « L’Art du luxe, Court traité du luxesuivi d’un catalogue raisonné des lieux, des objets, des attitudes et des pensées y contribuant ». Un essai d’une élégante présentation sur fond noir avec une police légèrement dorée.

Dès les trois premières pages, vous donnez le tempo d’une façon assez impérative… faites… ne vous pressez pas… puis s’ensuit un pseudo adoucissement comme celui d’une musique incroyablement légère comme la neige désaccordant les cloches pour citer Hölderlin l’un de vos référents parlant de la musique de Tchaïkovski. J’ai le sentiment que votre livre désaccorde quelque chose alors qu’il est silencieux.

 

RC : C’est vous qui dites cela.

 

LC :Je le dis parce que vous ouvrez les portes de la « La Città ideale », or ce tableau de la Renaissance est muet avec une perspective magnifique, parfaite mais muette.

 

RC : C’est ce que vous avez vu, pourquoi pas ? Le silence aussi existe, c’est aussi important dans une composition musicale… c’est aussi important que les notes jouées, et l’espace qui sépare plusieurs notes participe à l’harmonie de l’ensemble… sans doute le livre vaut-il aussi par ses silences, par ce qui n’est pas dit… le silence auquel il invite, le silence qui effectivement passe un peu pour autoritaire dans les premières lignes que j’impose au lecteur… surtout ne lisez pas mon livre dans un endroit bruyant… dans le métro… au milieu de la foule (pendant que j’écoute parler Robert Colonna, je me demande si l’écrivain ne me joue pas le mouvement lent de l’opus 20 numéro 3 de Haydn…). C’est vrai que cette injonction est un clin d’œil, il a pour objet de dire au lecteur que vous entrez dans un monde un peu à part qui est mon livre, qui est cet univers livresque… comme au théâtre les trois coups qui disent voilà… le spectacle va commencer… Mesdames et Messieurs, taisez-vous… Ce spectacle est fait de jubilation… de silences (Robert Colonna parle légato entre chacune de ses paroles. Y aurait-il distance entre la voix qui pense et la main qui écrit, au final une dichotomie du temps ? J’accepte son explication très volontiers).

Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

Ecrit par Luce Caggini le 25 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Vie et passion d’une reine des tarots avec le chantre de la chrétienté

L’Algérie ne devait pas être française.

Mon père ne devait pas être nommé en Kabylie en catastrophe.

Mon point de chute avec le ciel aurait eu les quatre fers en l’air.

Mais voilà je suis née dans cette Algérie-là et n’ai connu qu’elle dans ma jeunesse. Elle me possédait.

Je me retrouvais dans ses ruelles, ses herbes sèches son henné, son écrasante beauté, les mains de ses femmes aux yeux cernés de khôl. Ventre en majesté qui fit de moi un corps lissé comme un galet. De ses eaux je fus déracinée, et je m’en fus les os calcinés, exilée, ivre, rebondissant de capitales en chemins de terre sans trop faire de différence entre leurs ombres et leurs lumières.

Renaître. Un mot terrible, aussi menaçant que celui de meurtre. Démolir un soi, des images de chair, couper dans le vif les Chefaa, les Aoula Meni, les Aïn-El-Turck, les Jijel pour se couler dans les artères enrobées de cholestérol d’un continent peuplé de fantômes. Ils l’appelèrent rapatriement et il fallut réintégrer un autre corps, mais les chaînes de la terre qui dort un peu plus loin reprirent de plus belle dans les chants berbères de Taos elle-même tirant ses accents des pierres chaudes de la Kabylie…

La Mère parlait au fils de son monde, croyant agripper quelques pans de vie aux sons entrelacés de guitares andalouses et de flûtes des cimes alors qu’elle quittait le centre des nudités ardentes sans en être consciente.

Alors le fils lui dit :

Sonnets de lune

Minotaure

Magnitude mille

Mur de soie

Mer de ciels en putréfaction

Et, Paumes ouvertes au soleil, les volutes de rien se perdirent dans les voûtes des vastes dômes du Passé.

Nourrir ma mémoire des gènes de ma mère me mit dans un tel état que je pus naître mille fois en une ; peu de gens eurent ces émotions car mon aptitude à prendre le Pont des Arts plutôt que les petites rues de la capitale m’amena à perdre le fil du monde des vivants et m’engager dans les petites rues dansantes d’une médina imaginaire chantée magnifiquement.

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Ecrit par Luce Caggini le 18 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Le Tao du voyage ou comment ne pas arriver au ciel en touriste

Le Tao ? Même en peinture c’est un impromptu.

Accompagner ses bagages c’est un mode de transport à la portée de tous, tous ceux qui m’agacent parce que je suis comme eux aussi.

Faire ses adieux à la routine me lancer à la tête des gens, je préfère, sans conditions, sans longue-vue, sans joint, sans certif de nationalité.

Le top ? Se laver au savon et à l’eau de mer.

J’ai aussi parcouru un max de km un 4 juillet, pour aller prendre un bain en partant de NYC et fini par atterrir à Virginia Beach sur un terrain militaire après Norfolk : il y avait trop de monde ailleurs et je ne supporte pas la promiscuité !

Sans parler d’un back and forth Nice-Santa Margherita Ligure pour une coupe de cheveux à l’italienne.

Je l’ai fait et j’en suis revenue riche et misérablement riche, mariage de mondanité et mariage de modestie.

Les amours d’une vie, les amants d’un jour ou d’une nuit m’ont conditionnée amoureusement, vivante, réanimée de notions réalisant parties et contreparties d’être tour à tour vorace et habitée de nausée d’un complet ras-le-bol pour devenir en partie et en solo une personne bien sous tous rapports.

Durant cette balade réconciliant mes retraits et mes avancées, ma solitude et ma convivialité mon attachement à la vie et mon cœur à la mort, amie de limitation des uns et des autres, rien ne me fait plus plaisir que le mot de maman dans ce mois d’Octobre, Tichri un mois où les Juifs et les arabes unis dans le rhodanien fleuve de la Méditerranée se jettent tous à plat ventre, imams et rabbins célébrant ce mémorable Octobre au moment même où mon père et ma mère à quarante ans d’intervalle se rejoignaient le même jour dans une ardente combinaison de chiffres et de données secrètes.

Je flânais à la librairie à la BN, ou plutôt je croyais flâner, alors que je cherchais. J’aurais voulu acheter tous les livres, les avoir tous, comme le plus grand nombre d’entre nous.

Je me cherchais, je finis par me trouver.

Mon choix se fixa sur Le Double de Dostoïevski, Le Zéro et l’infini de Koestler, et La Faim de Knut Hamsun. A bien y revenir, je croyais faire un choix alors que c’est eux qui m’avaient choisie. Moi j’y vis le doigt du moi me criant : ma rouée si tu croyais être la meilleure de la classe tu ne manques pas d’air.

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ecrit par Luce Caggini le 11 octobre 2014. dans La une, Arts graphiques

Reflets des arts : « Piss Christ » Fora or not ? Andres Serrano le contesté, Musée Fesch, Ajaccio

Ma première ingénuité devant ce tableau est de dire voilà une compréhension momentanée du Christ uni à notre idée centenaire de la mue rarement géniale d’un monarque unanimement moqué par des Romains et des Juifs romanisé par les nomades du Dieu de la Judée avec son sang marinant dans le fluide des rues d’Ajaccio à l’époque du Christ.

En réfléchissant bien je mûris dans l’urine de ma mémoire, réalisant mon odeur de naissance. Même un « Piss Christ » ressemble à une magnifique image de montage réalisée avec un bocal et un moqueur puritain dont la raillerie fut faite de modalité et de croisement sonnant le glas des rameurs des redites orantesques dans la musique des vierges et des dorures d’un siècle soumis à la mode des premières réalisations rageuses et modernes du monde soi-disant chrétien.

Dans un grand rire de condensation de ma part odoriférant agité de modération ingénue je valide le terme d’œuvre d’art du montage béatifiant de Andres Serrano unissant le mourant romain à la musique des sous de la Galerie Lambert.

C’est alors qu’il m’a semblé que celui même dont le nom suscite toujours autant de tapage avait le devoir de nous faire savoir comment il prenait la chose et nous le droit de connaître sa position dans cette affaire.

Sans trop savoir où me tourner je place un micro dans un coin du musée :

– Ma chère jeune monarchiste anarchiste communiste mélenchoniste analogiste et journaliste de la Rue Fesch à Ajaccio, même un orateur de ma condition modeste en art ne fait aucune différence entre peinture et argumentation de conservateur de fluides humains fussent-ils romains juifs ou musulmans car non seulement la vie est un combat de rires et de rues mais un conduit de sang et d’urine uniquement réanimés par moi dans les semailles de Dieu vu et connu partout où l’art est entendu comme la voie de chacun à conduire le mot via les marges et les mondes de l’art par des ondes réelles ou pas dans une réalité naissant et mortelle. Alors un aromate de choix est un aromate soit d’urine soit de sang mais jamais de souillure.

Et, ma chère étourdie ne te satisfais pas de ta modique et innocente vision de peintre immolant les uns et les autres uniquement parce que tu te vois comme la reine d’Ajaccio mais comme le ventre du pilier central de la prochaine réalisation artistique de ta nouvelle ré-édition du réalisme de la pensée pendante et rendue possible grâce à la montée en flèche de ton amour pour la Méditerranée.

Billet fou : Enfin l’accord parfait de deux cloches sous un même clocher

Ecrit par Luce Caggini le 04 octobre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou : Enfin l’accord parfait de deux cloches sous un même clocher

Le même jour où je découvris mon corps, je suis devenue murissoire, un amas de chair et de neurones chœurs et chapelets compris par souci de conservatisme de ma personne. Mais en même temps une disposition à nourrir espoirs en abondance maudissait les mots vénales de or et argent.

Enfance et Amour ne me permirent jamais de circonscrire mon inimitable imagination d’artiste suralimentée par la maladie du « voir ailleurs avec d’autres yeux ».

Être nomade sans en douter c’est le rêve dans l’âme de l’écrivain béni au plus haut des cieux mais partir avec ses pinceaux et ses couleurs au pays des rudes réalités de la monnaie couleur verte, c’est en même temps la vie et la mort du petit cheval.

Être nomade et ne pas le savoir c’est le rêve initiatique de la noble condition de la mère des arts sur terre sur mer et sur le dos d’un chameau.

Un nomade n’est jamais emboité dans un imaginaire de bourgeois, c’est un amoureux exclusif des mers romanesques, romanisées, romantiques et non magellanisées. On dit que ni les marins ni les géographes n’ont jamais eu vent de ces mers-là. Moi-même ai eu un rude boulot pour en découvrir les rivages. Dans le moment où je parvins à mettre le premier pas dans le pas de Antoni, mes romans et mes gamineries romaines eurent le même rythme que la mer des Sargasses avec le même monticule de vagues, la même ruée des oiseaux de mer dont les ailes ont été coupées dès leur plus jeune âge par des parents voraces et munis de montres sans aiguilles mais amoureux de la beauté de la musique des sphères.

Un jour, la nomade et l’artiste eurent cet engouement pour une vie de monastère et émirent un ordre à l’honneur avec trois mots : Moi, moi, et moi, car mon idéal étant chrétien, arabe et musical, même ma nomadisation entre Algérie, Amérique, Canada et Europe fut maraudage unissant ondes, rondes, ramifications de monticules et arsenal de manigances d’ensembles entre malentendus et art du moratoire pour enfin initier une intimité imaginée dans l’organe le plus puissant de ma mesure américaine : le regard des new-yorkais sur ma peinture figurative.

En effet mes personnages inspirés de l’imaginaire gagginiesque de la Renaissance ouvrirent aux collectionneurs innommables de ce pays de nouvelles vues mûries aux arts munificents de l’amour des monastères italiens de la Sicile et de la Corse du quinzième siècle au vingtième siècle.

Ajaccio… même les palmiers sont heureux

Ecrit par Luce Caggini le 27 septembre 2014. dans La une, Ecrits

Ajaccio… même les palmiers sont heureux

Ajacciu ne donne pas comme Gènes ou Florence une leçon d’art dans ses ruelles : son enseignement de la Beauté est ailleurs. Une certaine douceur ourlée de palmiers, de lauriers roses, un glissement de l’âme sans heurts sur un sol embrasé de la grande Histoire, mais surtout Ajacciu parle la langue du cœur-passion de l’île. J’attrape un mot à la volée, il suffit pour me sentir reliée à mon grand-père comme un San Sebastian atteint des mille flèches de l’appartenance. Injustice pour les pinzutti amoureux de la Corse qui n’ont pu charrier leurs cathédrales, alors que la montagne m’ouvre son entrée, son honneur, sa loi quand aucune pierre de France n’a pu m’accorder cet émoi de vie qui s’accroche sous mes pas et me guide. Ni générosité ni munificence ni marginalité plus justifiées que mon nom de famille qui me donne miraculeusement droit d’asile, moi, l’unique gagnante dans un jeu de hasard amenant mes mules de satin sur le sentier des amants de la Beauté où l’énigme de la mort se révèle comme un interdit de l’angoisse enserrée dans un parfum d’émerveillement.

Et soudain incapable de brider sa passion de latine, une question emporte La Mère.

La Mère :

– Antoni l’âme qu’est-ce que c’est ?

Antoni :

– L’âme réanime la mort en vie éternelle uniquement avec un petit anagramme du mot oma. Même ce petit mot narguerait une montagne de doutes : Beauté dort sous chaque pierre de Corse. Beauté est un engagement musical car les ondes sont des accordailles artistiques, une addition de montagnes de générosités et de douceurs mûries à la gloire de Dieu.

La Mère :

– Pas de bol pour les innocents qui n’ont pas reçu le la divin ; moi j’en connais une palanquée corsetée dans leurs raisonnements, magnétisés par le rude article des nombres premiers dont aucun juge n’a jamais été capable de dire si zéro et zéro étaient pareils à deux zéros. Dans l’affaire des premiers chrétiens montée par une bande de meneurs animés de haine et de racisme même les immolés emmurés dans leur foi, agneaux de Dieu ou nourriture des lions, irradiés de peur ou robotisés par la mort, martyrisés : ils misèrent sur deux chiffres, 1 et 2 jusqu’au bout de leur vie. Nul n’a eu la certitude de savoir commenter le nombre 1 du chiffre 1, car dans les composantes omega et alfa, mon instinct me dit : rien de magnanime comme un homme sans armes et sans tuerie au bout des doigts, armé de religion, ce nom faiseur de miracle dont Dieu se fout comme de l’an quarante.

Antoni :

Racines de ciel, Ajaccio, août 2014

Ecrit par Luce Caggini le 20 septembre 2014. dans La une, Littérature

Racines de ciel, Ajaccio, août 2014

Je nommerai ce week-end initié par Mychèle Leca à Ajaccio de magnitude dix sur mille ans de civilisation méditerranéenne.

Je suis assise sous un grand arbre dans la cour du Lycée Fesch. Je suis revenue en Corse pour être dans l’intimité du lieu que j’habite, et pendant trois jours je serai présente face aux arches de cet ancien collège de Jésuites pour la sixième édition de « Racines de ciel » comme si mon arbre miraculeux unissait cinq branches deux fois centenaires aux immenses murs de cette croisée des langages uniquement justifiée pour dominer un danger d’isolement dans un monde babélien. Babel, c’est le thème choisi par Ysabelle Lacamp, conseillère littéraire de ces rencontres. Albert Dichy, Alexandre Najjar, Georgia Makhlouf, des pointes d’excellence de la littérature de la part de ces écrivains libanais qui m’ont enthousiasmée, ce qui, j’en ai la certitude, aurait ravi mon ami Roger Caratini à qui je pense avec affection.

Au fait d’une actualité qui nous concerne autant par la violence des images que par la perte progressive qui s’insinue de façon perverse dans notre comportement médiatique sur un chemin élargi chaque jour d’une langue basique appliquée au tampon qui serait en train de perdre son sang et ne se reconnaîtrait plus que dans des résidus de mémoire, Ysabelle Lacamp pose la question « comment la littérature s’enrichit-elle du métissage des cultures ? »

Alexandre Najjar, dans l’Orient littéraire, illustre brillamment à 3000 km de Paris cette union des conditions de métissage des cultures dont les résidents de Babel usèrent pour ne pas se comprendre.

Albert Dichy, directeur de l’IMEC, Institut Mémoires pour l’édition contemporaine, né à Beyrouth, biographe de Jean Genet, aussi passionnant que l’auteur dont il parle.

« Il faut donner à l’œuvre sa puissance ». A. Dichy n’est pas un documentaliste, pas un détective. « L’historien ne reproduit pas la vérité mais peut faire reculer ce qui est faux ».

Il a croisé Jean Genet, « le sans domicile fixe, le voleur, l’aventurier, l’incarcéré, qui s’arrête d’écrire à 50 ans et ne reprendra l’écriture que 2 ou 3 ans avant sa mort quand il est en position de faiblesse, il fait alors son dernier livre et l’écriture sera son évasion ».

Samedi : « Encrage, transcender les frontières de l’imaginaire, un enjeu littéraire », je me risque à poser une question à Jacques Fieschi :

– Transcender les frontières, n’est-ce pas aussi penser l’impossible, ouvrir une brèche dans l’impensable ?

Billet fou Amendement numéro mille e tre : mettre Mozart en mémoire de moi, Christ

Ecrit par Luce Caggini le 13 septembre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou Amendement numéro mille e tre : mettre Mozart en mémoire de moi, Christ

Les uns vers les autres.

Le temps est un élément traître et en même temps accordons-lui de remettre chaque chose à sa place pour autant que nous gardions la tête froide sous le bonnet, mais que nous jetions la toque du juge par-dessus les moulins.

Aller jusqu’aux frontières invisibles où tout ce qui tient encore debout est noyé où tout ce qui se voit devient transparent où la vitesse se met brusquement au ralenti où l’observateur pour traverser la planète croyant lire son destin dans les écailles d’une tortue est saisi de l’ignorance et de la cécité en attendant la fin de sa quête.

Il n’entend que les gamins rieurs, les marchands de beignets, les souffleurs de feu.

Les uns, les autres, ceux d’hier et ceux qui ne savent même pas que ceux d’hier mangeaient des beignets de fleurs de courgettes sur le marché d’Ajaccio.

Ce qui revient à dire ?

Traverser l’hémisphère-nord jusqu’à l’hémisphère-sud en petite culotte et sans sous-tif avec innocence et furie qui ignorent l’impatience, l’effroi, la peur de Han Fu-Kiu devant les Japonais.

Explorer ce que les grands savants mettent des lunes à décrypter, l’œil collé sur leurs savants outils et que l’artiste, parce qu’il a d’autres yeux pour voir ailleurs, se contente de raconter.

À 14.644 kms de Paris, Singapour m’avait poinçonnée. Désormais j’étais empreinte d’enchantement : charme des jolies femmes appartenant à ce pays de fleurs que la blonde la plus sexy des Europe réunies ne pouvait que refléter une fleur de plastique fabriquée dans un atelier clandestin du 13ème et qui aurait eu l’incongruité de vouloir être…

Combien les fièvres sont bonnes à vivre, pourvu que les déchaînements soient les nourriciers des âmes des artistes et leur fassent perdre la raison pour aller marcher sur leurs mirages, dans des routes qui n’en finissent jamais…

« Le mot chinois est un signe complet en lui-même, réalisant une manière d’être, différent de ce qu’il dit et déjà très supérieur à ce qu’il daigne signifier ».

Immensité du vide pris la main dans le sac.

J’ai besoin d’écouter le Requiem de Mozart, pour la première fois j’en ai besoin.

Billet fou : de la lune à la terre, du Trottel à Ajaccio

Ecrit par Luce Caggini le 06 septembre 2014. dans La une, Ecrits

Billet fou : de la lune à la terre, du Trottel à Ajaccio

J’avais quitté l’île en courant.

J’avais écrit un scénario dans lequel les avions de l’île ne faisaient que des départs.

C’était un scénario cruel qui correspondait à une période où je n’avais pas vu que les montagnes étaient bleues.

Je suis revenue au pas de course pour m’y réfugier.

Les rochers m’appelaient, les pierres me donnaient le courage de m’enivrer.

Je regardais mes pieds sous l’eau comme des œuvres magnifiées et plus rien ne circulait dans ma tête, rien de bon, rien de mal.

Antoinette Scala, « Nini », était devenue mon amie, et le soir, à « La Paillotte chez Gérard », elle chantait pour moi « Domani » en me tenant la main. J’avais le sentiment d’avoir échappé au monde des formatés, des automates de l’art des gueulants, des peintres reproducteurs, des poètes à la noix, du toc, du ready-made parisien. Le toc je le portais au poignet, luxe de mon arrogance : trois petits rubans de monoprix assortis à une bague à deux sous d’un vert de mer. Le vrai bijou, c’était que je recevais de cette grande dame de la chanson corse : « Il faut laisser quelque chose de soi dans une chanson » ! Elle avait la réponse à une question essentielle qui me taraudait depuis que je me prenais pour un écrivain.

Mais qu’est-ce que je fabrique dans ce monde putride où il fallait s’inquiéter à partir de 1350 morts en Afrique de l’Ouest, car « la situation commençait à devenir insoutenable ». Un mort m’aurait suffi. Les barbelés de West Point à Morovia qui enclavaient les 75.000 malheureux dans leurs eaux usées me donnaient la nausée, mais j’avais les pieds dans le bleu d’Ajaccio sur le sable du Trottel et je m’endormais avec la mer et les vagues. Enfin loin des microcosmes de la capitale où j’avais vu passer et s’agiter des têtes gonflées de mousse à raser, où je n’avais pas ma place.

A Grenoble, Jean-Luc Mélenchon avait demandé d’être briefé par Laura de mon cœur. Garder ma connivence avec Jean-Luc Mélenchon c’était une alliance de pureté et de vaillance. J’aime bien ce mec qui parle de courage qui ne triche pas et à l’occasion ravive l’Histoire sans avoir appris à ronronner.

Avec Gérard nous élaborons un événement musical à Ajaccio.

Je peins mes murs dans une sienne brulée très douce. La comète Lune me reprenait dans ses bras. Dans la Rue des Trois Marie rêve et réalité se muent dans un élan brillant de chaque monumentale minute dans une douce substance confondue à mon quotidien et je suis entourée d’eau de tous côtés. Je foule à nouveau la terre de mon grand-père A. P. Caggini, le marin sage et aventureux. Dans mes mains jointes je pris de l’eau de la mer et par trois fois je la buvais. Je recevais ainsi le baptême d’une armée de rois et de reines magiciens dans l’art de donner à ma vie enfin un rite de petite païenne en quête d’amour centenaire pour un berger du Mont Kyrie.

Billet fou : Entre moi et moi ! Vertiges d’entre les pierres… Tatsumi Hijikata… Dis-moi

Ecrit par Luce Caggini le 30 août 2014. dans La une, Ecrits

« Nous sommes les pierres vivantes de tous les murs que nous construisons en nous-mêmes, au plus inconnu de notre mémoire »

Billet fou : Entre moi et moi ! Vertiges d’entre les pierres… Tatsumi Hijikata… Dis-moi

L’un

Mur de la Mort ?

Mur de la Vie ?

Mur du pari de mettre en valeur le nom de Marie sur la voie de la célébrité, quand elle donna naissance au fils de l’homme ?

L’Autre

La providence du mur du savoir du peintre est le mot mémoire,

Le magique mot de la vie de la mémoire est vie de l’âme.

L’Un

Est-ce l’artiste ou l’écrivain que tu attends au coin de la rue ?

Souviens-toi de Kandinsky : « notre époque est celle d’une collision tragique entre matière et esprit ».

L’Autre

L’art pictural a cessé depuis longtemps d’être uniquement décoratif !

Et quel serait ce mot, si le Temps n’avait pas un père ?

Mais, Le Temps a un père, c’est le magnanime orageux don de la vérité. Celui que tu ne cesses de rechercher, au risque de te blesser…

Dis-moi, je t’en prie, la condition initiale pour frôler cet élan créateur.

Le maître mot de la vie des écrits est une fatuité suffisante des peuples dotés de joie de la vie sur terre, sans le savoir.

Et je ne peux m’empêcher de te le dire et redire en jetant cette bouteille à la mer.

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