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Enfants de Raqqa…

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Enfants de Raqqa…

… Qu’en fait-on, maintenant, de ces petits, nombreux – combien ? vague – Français pour un bon nombre, abandonnés au fond des pick-up de la fuite des Djihadistes, sur le bord d’improbables fossés de ces terres de poussière, avec parent(s) ou sans ; je parle de ceux qui sont encore vivants, car combien pourrissent sous les pierres de la ville pilonnée…

On en parle si peu. L’autre soir, quelques images glacées au 20h, d’une ville détruite, miettes de maisons ouvertes sur un ciel dur et bien sûr silencieux, rues – ce qu’il en reste, images qui nous poursuivent du temps de la Seconde Guerre, en passant par Beyrouth, et finalement toutes les guerres contemporaines ; quelques chats efflanqués, dont on pouvait difficilement détourner le regard, tellement ils semblaient le souffle ténu de la vie. Ruines, après la bataille de Raqqa, suivant quelques mois avant, celle de Mossoul. Légitime soulagement de chacun, partout : car enfin ! des points décisifs marqués contre le cancer Daech, sur leur terrain, dans leur califat noir de tous les malheurs ; d’où partait l’ordre des attentats, où se déroulait leur ordre et leur terrible gouvernance, où allaient tant de nos jeunes, pour vivre ce Djihad, terreur à l’ancienne des temps de maintenant.

Deux ou trois journalistes TV, une pincée d’articles documentés, illustrés parfois d’entretiens cachés ou vaguement consentis de ces anciens habitants de Daqqah-côté Djihadistes, ont courageusement soulevé un coin de la couverture : que fait-on à présent de ces « ressortissants » français, pour ne parler que des nôtres, ayant un temps, plus ou moins long, volontaires, le plus souvent, été « citoyens de Daech en sa ville de Raqqa » si toutefois, on dit ainsi. Ces daechisés, comment les nommer à présent ? Prisonniers, à l’évidence, de ces troupes Kurdes (ceux qui, une fois encore, ont fait le travail, et qui campent en ce territoire revendiqué), de ces soldats Syriens, versant El Assad, prêts à toutes les vengeances contre Daech, soit, mais bien autant contre ces « occidentaux, versus droits de l’homme ». Des troupes de la coalition aussi, dont un pan de militaires français, qui du haut des avions et de la technologie de pointe est depuis si longtemps sur ce terrain d’opération, et qui, n’en doutons pas, a rassemblé la plus haute haine de ces djihadistes occidentaux, émigrés à leur façon, au Moyen Orient. Prisonniers, donc, à moins que terroristes, au titre de ce à quoi ils ont participé, de ce qu’ils ont signé en quelque sorte en arrivant là-bas. Responsables, du coup, partout où ils passeront et en particulier devant nos cours internationales… Évidemment. Passe pour les parents, encore que certains d’entre eux, certaines femmes entre autres, nécessiteraient forcément le cas par cas. Il semblerait que les adultes vont être remis aux juridictions locales (Syriennes, notamment) sous couvert de ces lois internationales qui accompagnent la fin des guerres, dont on connaît, de fin de bataille en balbutiement de paix, le cortège d’erreurs. Mais, les enfants ! il y avait dans ce simulacre infernal d’État beaucoup de jeunes ; des arrivés avec parents, à la suite d’une mère rejoignant le père, des nés sur place, avec place notoire occupée pour les accouchements des « fiancées des princes », esclaves sexuelles des combattants de l’EI. A peine enregistrés, du reste, ou perdus dans la flopée des archives de la débandade, ces enfants, au point que leur nombre et leur existence est plus qu’aléatoire. Pour autant, ayant vécu les restrictions, les apprentissages de secte autoritaire, le dur d’un pays en guerre, ces petits perdus de parents non moins perdus, pour une bonne partie d’entre eux. Ils ont grandi, joué, ri, évidemment, là-bas. Mais leurs yeux ont enregistré des exécutions en pleine rue, une violence à peine croyable, et le drapeau noir hissé sur les pick-up de Daech leur a servi de projection dans l’avenir. Alors, oui, qu’en fait-on ? On nous dit que bien entendu « on traitera les enfants à part », ce qu’on veut croire. Mais sera-ce si aisé que ça ? Ces petites bombes à retardement, petits fauves en devenir (formules dures mais de bon sens) font déjà frissonner nos « Une » ; à quel niveau sont-ils radicalisés, et plus tard radicalisables, au regard par exemple du sort subi par leurs parents ; ces orphelins d’un genre inédit finiront leur pousse où, comment, accompagnés ou laissés à leur sort… il faudra, là, porter la plus grande attention aux outils de déradicalisation dont on a vu que beaucoup étaient peu opérationnels. Enfin, que dire des familles d’ici qui voudront récupérer leurs petits-enfants ?

Bazar, Bernard Pignero

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 novembre 2017. dans La une, Littérature

éd. Encre toile, juin 2017, 236 pages, 20 €

Bazar, Bernard Pignero

C’est un récit – précis et géographique en diable – ou bien une fable bourrée d’allusions métaphoriques, dont on guette l’arrivée de la morale de page en page, sans doute aussi un roman échevelé d’imaginaires. Bref, c’est un livre de Bernard Pignero.

Un tour du monde – rien que ça ! À la proue de bateaux improbables, par tous les temps, et bien plus, les époques. On y trouvera tout ou presque de ce qui nous importe ; la guerre et la misère, dans un coin d’Europe – Est /Sud, mais il se pourrait qu’on se trompe ; des machettes de djihadistes ou bien de quelques autres a-humains, si nombreux à peupler le monde de leur haine, la fuite pour survivre, évidemment, et l’amitié – souvent imprévisible, l’amour, bien sûr, toujours incandescent. Le grandir de tout un chacun, pas moins. Des ports, comme dans les chansons de Brel, des paysages des tableaux de Gauguin, des regrets – tellement – et le pied qu’on remet sur le pont de l’embarquement pourtant. L’ailleurs, toujours. Des pans entiers de littérature, la nôtre, nous visitent en clins d’œil élégants ; Diderot, Montaigne, plus d’une fois, Voltaire, ma foi, et Proust – ça c’est pour l’écriture. Chacun du reste fera sa propre cuisine en l’affaire, s’équipant à sa guise pour cette traversée conjuguant avant tout la liberté, et son prix.

« J’ai traversé tous les océans du monde pour me laver et ça n’a pas suffi… on ne se coupe ni des conflits ni des vanités du monde, on les étale devant soi, comme les cartes marines, avec le même risque de faire naufrage en cas de mauvaise lecture… le premier être que je croise en débarquant dans un port, c’est moi-même… cet étranger familier que j’essaye de semer… ».

L’homme qui parle, dont on ne sait ni le nom, ni l’origine – pardon, dont on connaît tous les noms et toutes les origines – est d’abord un enfant – facture classique et chronologique du récit – dont le grand-père tant aimé tient un « bazar », à moins qu’un souk (on sait que tous ces mots anciens ont fait sens dans ce qu’on appelait joliment jadis notre « entendement »). Dans ces pages – nos préférées du livre – on renifle des odeurs, des bruits, de la poussière et de ces ciels immuables, de ces bleus trop pétants pour être de vacances, du Mali, d’Albanie, ou bien de quelques terres d’ancienne Yougoslavie. De misère, sûr, d’instabilité, de menaces tant politiques que religieuses. De violence, enfin, inouïe, celle de ces massacres vieux comme la haine et inscrits dans la litanie de nos mémoires les plus actuelles : « L’un des petits était fou. Il avait vu exécuter ses frères, ses sœurs et tous ses cousins dans la cour de l’école, et depuis, il délirait ».

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Dans son numéro d’automne, la revue de PE de l’IFRI nous emmène en deux endroits du monde, à la fois connus de chacun d’entre nous, mais souvent embarrassés de représentations fantasques ou incomplètes. L’Arctique d’abord, qui fera l’objet de cette recension, mais aussi L’Arabie Saoudite en question qui nourrit deux articles passionnants et complémentaires de la rubrique Contre champs (ainsi de celui intitulé « Arabie Saoudite, faux ami ou vrai ennemi ? »).

En dehors de l’introduction, « Les dynamiques géopolitiques de l’Arctique », pas moins de trois forts articles nous emmènent là-haut, dans les glaces qui fondent, où les appétits se déchaînent, et où, probablement pourront se jouer, demain, quelques cartes maîtresses d’importance du monde à venir. L’introduction le pose d’emblée sur la table : « Les dynamiques s’inscrivent à la fois dans un contexte régional caractérisé par des revendications territoriales, et dans un contexte global marqué par des tensions accrues entre Russie et Occident ».

« Comprendre les rivalités arctiques » revient utilement sur un espace qui fut stratégique durant le dernier conflit mondial, ainsi que pendant la guerre froide, pour ensuite s’assoupir. Territoires – 15% de la planète pour 4 millions d’habitants – qui actuellement concentrent bien des regards, tant inquiets (marqueur terriblement spectaculaire du réchauffement climatique) que concupiscents ; réserves considérables en matières premières et sources d’énergie, mais aussi route nouvelle Est/Ouest, rendue possible dans des eaux devenues plus navigables, sans oublier l’usage des mers, la pêche, et l’extension des plateaux continentaux. Tout étant en partie lié – d’un mal, un bien ? – à la fonte des glaces.

Les états de l’Arctique (Russie, Canada, USA, Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande) sont tous membres de l’OTAN sauf évidemment la Russie. On saisit donc la portée stratégique de la zone dans la géopolitique actuelle, d’autant que passent le nez à la fenêtre, la Chine, ou l’UE, intéressés au plus haut point, bien qu’extérieurs.

Immenses anciens « déserts blancs », à la gouvernance particulière, ce que montre le second article « Le conseil de l’Arctique, la force des liens faibles ». Créé en 1996, ce conseil s’est d’emblée positionné en « soft law » ; le dialogue, la mise en place de projets de coopérations, notamment scientifiques, étant le mode choisi de fonctionnement. Une forte dépolitisation caractérisait les débats, considérant comme extérieurs à leurs pouvoirs toute position de médiation ou de prise en mains des conflits. Le sujet pressant du changement climatique et de ses diverses implications bien au-delà des frontières de la zone arctique, exige depuis peu un fonctionnement – et des institutions – moins « soft ». Des états observateurs (dont la France depuis 2000) participent dorénavant au conseil ; les ordres du jour se penchent sur des revendications de peuples autochtones, la délimitation des lignes côtières, la souveraineté au-delà des zones économiques exclusives. Même si la construction institutionnelle impose encore à ce jour une gouvernance non coercitive, se tenant fortement éloignée des problématiques militaires, le climat général change, et le conseil évolue, piloté par faits et demandes même extérieurs à la zone.

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 octobre 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Lorgnette, balance et premiers de cordée. Où va le Macronisme ?

Il était là, comme dans l’Ancien monde tellement brocardé par les siens, copié-collé des ancêtres, tous ces présidents, assis, raides, coiffés des drapeaux, sur l’immuable fond d’écran des jardins élyséens. Tout pareil. Sévère, pas une mèche ne bougeant, l’œil à peine plus glacé que d’habitude. Plus jeune – cette blague – qu’un Giscard, plus beau gosse qu’un Sarko, plus enfant bien élevé de retour de sa messe de communion qu’un Hollande, plus tout ça et le reste, mais, Président de la vieille Vème, en face d’une brochette de journalistes de la TV du soir (existe-t-il du reste d’autres journalistes ?), même d’un Pujadas ressuscité et tiquant sur presque tout ; dents longues de bêtes longuement affamées ; un parfum de fauves – petits – juste avant l’arène : la première parole-TV de Jupiter, nous dit-on ; réservez votre soirée…

Que tous ces experts bavards, cherchant à épuiser le sujet – pourquoi parle-t-il, maintenant, là ?? – rentrent un peu à la niche ; un Président sous la Vème et avec nos institutions, c’est « normalement » quelqu’un qui nous convoque, nous ses administrés – traînant les pieds ou sautant de joie – de temps à autre, événement grave ou suivi des affaires courantes. Pourquoi faudrait-il couper le son au Président, rouage principal et de loin de notre vie politique. Moins on vous entend, plus on vous écoute ? À d’autres ! La politique passe par la parole, et, ce depuis les pierres chaudes des agoras antiques ; il suffit qu’elle soit de qualité, pratiquée à bon escient. Point barre.

Alors, celle-là ? personne n’ira contester que l’homme au gouvernail soit autre chose qu’intelligent, cultivé, réactif, plus deux ou trois autres babioles. Mais, a-t-on appris autre chose que ce qu’on subodorait, savait, pressentait, et déjà ressassait. Bref, le système macronien, où en est l’entreprise ? Flash-back, retour sur images, pieuses ou moins ; ce qu’on voulait faire, chemins et obstacles, honnête reddition de comptes à l’employeur – nous ! Et l’œil bleu vissé sur l’horizon ouvert, ce qu’on pourrait faire demain ; genre, haut-les cœurs les Éclaireurs, chers à mon enfance…

A priori, apprendre que la montagne est haute, le chemin escarpé – du Raymond Barre pur sucre – qu’on doit consentir tous les efforts présents en magasin, n’est en rien un scoop, et n’a pas justifié cette soirée devant la TV. Tous adultes et vaccinés des rêves fous d’antan, on convient peu ou prou de s’arrimer à quelque chose de raisonnable et de patient. Jusqu’à un certain étiage, et en pesant ce « peu » et ce « prou » ; « à quel prix ? » lit-on partout. Le vote de mai ne stipulait-il pas en bas du contrat du donnant-donnant ? (à moins qu’écrit en minuscule – vous savez les contrats ! – n’aient été précisées ces opérationnalités à perpette, que vous ne connaîtrez pas, même assorti d’une espérance de vie d’un siècle). Obligeant, nonobstant, le Président à cet exercice vieux comme changeurs médiévaux : balance et lorgnette.

Macron et les territoires

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2017. dans France, La une, Politique

Macron et les territoires

Jupiter devrait redescendre sur terre, et peut-être assez vite : il gouverne un pays – voyez-vous ça – où sont des territoires !

Communes (mille fois trop de ces confettis, certes), départements (faisant double emploi souvent, certes), Régions (un échelon pas vraiment bien fini, certes). Mais…

Incontournables comme leur longue Histoire, doublant la grande, ces découpages administratifs, si souvent en attente de changements annoncés à grands coups de cymbales, pour finir dans le pschitt de bricolages de couturière, rapetassés (certes) plus que réformés. Mais, eux et leur (immense, certes) armée de fonctionnaires territoriaux, leur population « locale », celle des fins fonds de l’hexagone, ayant en fond d’écran quasi constant ce bras levé contre « eux, là-haut » ; entendons Paris, l’Exécutif et ses Chambres législatives plus ou moins suiveuses ou grondantes… eux, ces territoires de la république, existent et font plus que bouger ces temps-ci ; ils sont peut-être la première vraie menace d’envergure visant la geste Jupitérienne. Chanson vieille comme l’Ancien Régime et la Révolution rassemblées : Centralisation, Jacobinisme, Décentralisation à couleurs plus ou moins Girondines… ah, Emmanuel, quand on dérange l’Histoire !

Incontestable aussi – en même temps ! – ces territoires en France n’ont jamais fonctionné au top ; loin s’en faut, et le récit de leurs manquements, quand ce n’est pire, vaut son pesant de chroniques. Sans doute dus, ces grincements, ces x ajustements inappropriés, à la naissance du Jacobinisme, successeur, presque frère, mais aussi ennemi juré de la centralisation de l’Absolutisme. Probablement à mettre au compte, également, d’un temps trop long de son existence, subi plus que choisi, cahotant du XIXème en XXème très avancé, progressivement figé dans l’ambre, comme un vêtement de grand enfant qui finirait par lâcher les coutures sur l’adulte devenu qui l’endosse. Souvenons-nous de ces manifs des années 70, toutes colorées sus à la centralisation parisienne. Exigences de libertés locales en mal de reconnaissance, et certes, les Bretons, les Basques, et Corses réunis, mais pas que : les affiches « OC vivra » hantent encore nos mémoires, et frétillent toujours en pas mal de lieux. Alors, la Gauche arrivée enfin aux affaires, ne pouvait qu’aller dans ce sens, dès 1982, même si le vieux lion Gaston Deferre, à l’Intérieur, méfiant, à moins que profondément jacobin, mitonna dans le pot d’importantes demi-mesures visant à décentraliser, mais pas tout, et surtout pas complètement ; mixte réussi sur le papier ; autre chose dans la réalité (ne vit-on pas tous dans un – qui fait quoi, constant ?). Depuis, d’autres trains de mesures ont remanié, bricolé, toujours à demi, le tissu administratif local, jusqu’à cette – prétentieuse et bien mal placée dans le calendrier, pardon,  ami François ! Réforme des territoires du quinquennat précédent, accouchant avant tout de hautes bannières encolérées au fronton des hôtels de région, frémissant à l’idée de leur disparition, au nom de regroupements devant coûter moins cher, et rendre dix fois plus de services… On connaît le reste !

Surfant – un peu à la va-vite – sur la réalité territoriale et le supposé mécontentement des électeurs, le candidat Macron et le président qui suivit n’eurent de cesse de pourfendre en cet hexagone territorial des signaux de « l’ancien monde ». Macron, lui-même, jamais passé par la moindre case d’élection locale (son seul succès n’est-il pas d’avoir été tout droit, tout neuf, élu président de la république), portait haut dans le ciel jacobin-parisien ces évaluations à la fois d’insuffisances, voire d’inutilité, de ces territoires lointains, lents, d’un autre siècle. Tout bon !

ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans France, La une, Politique, Actualité, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

Aux alentours…

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 septembre 2017. dans Ecrits, La une, Voyages

Aux alentours…

Comme une expression un peu surannée. On va si vite à présent jusqu’au bout du monde : – ah oui ! elle revient de New-York ; je ne sais qui me l’a dit…, ponctuait, d’un revers de mémoire, pas plus tard qu’hier, une bobo à l’accent d’ici, chez ma coiffeuse.

Les alentours, cet autour, de voyage presque chiche, sentant son pas de diligence. Cette merveille, fine comme sel réservé à l’aristocratie de ceux qui savent le goûter, tenant dans si peu de kms-compteur. J’en reviens tout juste.

 Chaque début septembre, nous avons pris cette douce habitude, une amie et moi ; butiner, pas seulement à pied – trop sportif –, en voiture, mais la carriole à cheval serait probablement l’idéal. Quelques kms entre cette étape et l’autre ; on se perd un peu, tant mieux, on se promène, on a le temps, et tout le sens de nos jours de retraitées, de se révéler là, dans ces moments alanguis, contemplatifs – un vague guide vert un peu usé à la main – dans ce temps qu’on se donne, précieux évidemment à l’aulne de la fin de la pelote… Chacune a quelques voyages à convoquer pour l’autre, et de communes émotions, naguère, dans des criques grecques, par exemple. Mais le mode de communication est économe, parcimonieux – on se connaît si bien, et de tellement longtemps – juste ce qu’il faut pour ne pas effaroucher ce bonheur simple, au ras de terre, d’être là, aujourd’hui, de savoir « profiter », ce mot tant usité.

Le Nord-Est de Montpellier, la métropole suractive, était au menu de ces grands-petits jours. De petits cercles guère éloignés de 15 à 20 km de la place de la Comédie. Une étrangeté de paysages, passés les premiers tournants : plis calcaires endormis en vrac, foutoir de pierres, garrigues desséchées, « oueds » attristants, tel le bébé Lez parti je ne sais où ! Chênes kermès, moins sensibles au feu que le cousin liège – se réjouissent les habitants - cystes, thym, romarin… odeurs de Pagnol. Quel été sec encore cette année ! planait dans ces bouts du monde presque peureux, la menace de l’incendie, loup du Gévaudan des temps modernes, aussi imprévisible, menaçant, sautant d’une colline à l’autre, que celui du fond de l’Histoire, à moins que des légendes. Silence – non, silences – ceux des insectes murmurants, et des souffles de vents difficiles à identifier : une pointe de tramontane, un zeste de mistral, un rien de marin égaré ? c’est vrai que la mer est à trois coups d’ailes de mouettes. Par instants – les soirs surtout – un oiseau, mais lequel ?

On a tourné autour – on n’a pas grimpé ; mon amie, chevrette de haute valeur, doit le regretter encore à cette heure – de ce Pic Saint-Loup, veillant du haut de ses 600 et quelques mètres sur la plaine. Immense et massif – un quasi Mont Blanc - quand on le recherche depuis la mer, ou les étangs, les rues de la ville, les chemins d’oliviers. Un phare pour tout le pays montpelliérain ; une mémoire, une assise et maintenant un vin plus que renommé. En s’en approchant, c’est son côté pierreux, solitaire, même avec le flot des vignes à ses pieds, rébarbatif, qui rebute ou fascine (moi, c’est clairement rebute). Comme on lit dans les revues touristiques, la nature domine, prend le dessus. Une mâle montagne, qu’imaginer l’hiver fait presque frissonner en cette fin d’été.

Le temps de l’exil portugais (1926-1974)

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 septembre 2017. dans La une, Histoire

Collectif, Riveneuve Editions, Continents n°22, janvier 2017, 20 €

Le temps de l’exil portugais (1926-1974)

                        « Quand la patrie que nous avons nous fait défaut

                             Même la voix de la mer devient exil

                             Et la lumière autour de nous forme des grilles »

                            (Sofia de Mello Breyner Andresen, Exil)

 

Les éditions Riveneuve Continents proposent avec leur revue thématique, animée par des collectifs de haut niveau, des voyages méritant plus que le détour.

Ce numéro-ci s’inscrit dans la série : exils et migrations ibériques au XXème siècle, dont le précédent opus (15) cernait les « cultures de l’exil » tandis qu’un plus ancien (2) abordait « travail et politique migratoire ». Ce numéro d’hiver 16/17 se révèle une mine d’informations – et de recensé de sources – sur l’exil portugais en France, Espagne, Afrique du Nord, laissant de côté celui qui, naturellement, allait de tous temps vers les rives brésiliennes, le grand frère historique, culturel, linguistique. Ce temps d’exil s’ouvre avec l’installation de la plus longue dictature européenne, celle de Salazar, en Mai 1926, installant l’« Etat nouveau », suivie de celle de Caetano, à partir de 1968, et se ferme sur la date de 1974, Révolution des Œillets portée par les capitaines d’Avril.

Un demi-siècle d’histoire portugaise, une des plus sombres, sous la botte de ceux qui voulaient faire vivre les représentations d’un Portugal stéréotypé à travers le « viver habituelmente » (vivre habituellement). Il s’agissait de protéger un monde paysan archaïque, mais qu’on voulait mythique, de refuser tout changement d’un Portugal vieux de huit siècles, pluri-continental, donc impérial, de faire vivre la population dans la répression calibrée, la peur, le népotisme, et de contraindre de facto une partie du peuple à l’exil.

Se souvient-on encore aujourd’hui « des 120 familles tenant le commerce et la banque, dans un pays où la sécurité sociale n’existait pas… ». La PIDE, police politique de sinistre mémoire, décapitait sans fin le monde enseignant et intellectuel ; les professeurs étant démis sans autre forme de procès, la censure bâillonnait la presse et s’attaquait jusqu’à la recherche scientifique, tandis que les prisons du régime, dont le fort de Peniche, plus grande prison politique du pays, regorgeaient. Est-il besoin de rappeler que les oppositions n’existaient plus que dehors, où, par ailleurs, partout en Europe, les filets du Salazarisme demeuraient dangereusement tendus. C’était – là aussi – « un temps déraisonnable où l’on a mis les morts à table », aurait dit Aragon.

L’exil s’imposa pour nombre de ces intellectuels, politiques, syndicalistes, une partie notoire de leur vie fut en cet autre Portugal posé ailleurs que chez lui. Exil mélangé, mêlé, à l’exil économique, dont les racines plongent également dans les mécanismes de la dictature. Entre 1957 et 1974, un million et demi de Portugais quittent leur pays, émigration dirigée dorénavant surtout vers l’Europe, 900.000 pour la seule France, largement clandestine – « à salto » – qui du coup, pour la période, donne au Portugal l’étrange visage d’un pays – le seul en Europe – qui perd sévèrement de la population. Mélange entre ces pauvres qui recherchent par exemple en France les retombées des Trente glorieuses, fuient la dictature et son poids quotidien, et plus tard veulent éviter de participer aux guerres coloniales africaines où se débattait – le dernier en Europe – le Portugal. Avril est bien né en Afrique, ce livre nous le rappelle.

Dans les articles, charnus, documentés, pilotés par des chercheurs de haut niveau en Histoire, tous universitaires de renom, plusieurs retiendront l’attention du lecteur béotien ou moins : ainsi « une vision commune du républicanisme ; coopération entre exilés portugais et républicains espagnols de 31 à 39 », combats autour d’un idéal républicain, laïc, anticlérical, socialiste et maçon. Ces coups de main à la jeune république espagnole du Frente Popular, qui tournent le dos à des siècles de divergences notoires entre les deux territoires de la péninsule ibérique, firent entrer en Espagne l’exil politique portugais en quête de « reviralho » (pour un retour à la république d’avant Salazar). Sonnant le début de la présence portugaise aux côtés des républicains espagnols, tout au long de la guerre civile. Un autre article éclaire les « solidarités antifascistes pendant la guerre d’Espagne, en cernant le périple méditerranéen de Roberto de Melo Queiroz ». Homme de confiance du leader républicain Afonso Costa, ancien président du conseil, voulant étendre la lutte antifasciste au-delà du cercle occupé par les seuls Communistes. Queiroz est ainsi amené à œuvrer dans les territoires de l’exil portugais, entre république espagnole en guerre, Front Populaire français, Maroc, très utilisé par sa situation géopolitique.

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

La bête ne tuera pas, comme le Médiator de sinistre mémoire, se contentera de mettre dans l’inconfort force 10, d’heure en heure et jusqu’à quand, pas mal de gens dans les millions (3) d’utilisateurs du correcteur thyroïdien. Presque rien, presque tout, selon que vous appartenez ou non à l’armée des otages du problème qui raffutent dans tous les médias ces jours-ci.

Sire Levothyrox, qu’on peut nommer tel un monarque, vu qu’il trône seul en son rayon médicamenteux. Seul, en compagnie de son père, le laboratoire Merck Serono, de Lyon, seul aussi à fabriquer de telles pilules – le(s) concurrent(s), on voit pas… otages bien en main, allez ! disons seulement patients captifs dont Levothyrox-Merck démarre et finit l’alphabet… Mais que serait Sire Merck sans les consommateurs de sa pilule, écrirait n’importe quel écrivain public d’antan.

Affaire de solitude, donc – mot que vous avez le droit impératif de traduire illico par monopole (essayez donc de mendier dans vos officines autre chose que Levothyrox !), – de silence au fond des locaux impeccables et quasi futuristes de ces grands labos pharmaceutiques, gloire de notre industrie, en passe de devenir intouchables ; de dysfonctionnement sanitaire, pour autant, au bout. Que de (s) dans la chose… seul à manquer, peut-être, celui de santé ?

Le petit cachet blanc ; goût insipide, molécule essentiellement iodée, que l’on prend – que je prends – chaque matin, compense le dysfonctionnement (ou l’ablation totale ou partielle) d’un tout petit organe à la forme presque jolie de papillon à la base du cou : la thyroïde. Si petite qu’on en viendrait à négliger sa présence ; rien, à comparer, d’un poumon, d’un foie, alors d’un cœur, n’en parlons même pas ! Et pourtant, ce micro robinet de poupée, goutte à goutte, distille rien moins que l’équilibre. Il régule et sans lui, on est mal, soit excité à n’en plus finir – dysfonctionnement hyper, soit épuisé à ne plus pouvoir se lever – hypo, en ce cas. Je fais trop vite à l’évidence, mais le gamin de 10 ans qui me lit ne manquera pas de laisser tomber ce « mince, c’est embêtant ça ! » qui comme tout ce que saisissent les enfants, n’est pas loin d’une certaine vérité.

Jusqu’à la fin de l’hiver dernier, notre armée de dopés au Levothyrox, tous dosages confondus, était quasi inconnue, car, bon an mal an, « corrigée ». Progressivement, montèrent alors de loin en loin des plaintes argumentées : qui perdait ses cheveux, qui voguait de vertiges en nausées, qui se réveillait dans les crampes, qui était épuisé, perdait le sommeil, et j’en passe. Pour ma part, la fatigue ressentie était d’une intensité et d’une nature telle, que, presque naturellement, elle me renvoyait au souvenir de l’état d’hypothyroïdie que j’avais traversé avant « mon dosage ». Mais, comme les autres « nouveaulevothyroxés », d’autres causes firent alors office de présumés coupables, cachant le papillon et sa nouvelle boîte bleue ; nous vivions depuis si longtemps en compagnie du petit cachet blanc !

L’info finit pourtant par passer le bout du nez – articles, brèves, bouche à oreille, reportages : le labo avait modifié – presque rien, se défendit-il – un excipient de son médicament (remplaçant le lactose pas toujours toléré). Presque rien, et pour certains, quasiment tout. « Notre » Levothyrox était changé, aux marges, certes, mais changé. Or, dans ce domaine des régulateurs, un rien, une tête d’épingle peut – pas forcément chez tout le monde – perturber grandement l’organisme. Exit donc, la réponse cinglante et inqualifiable du labo monopolistique : « les effets secondaires évoqués sont imaginaires ». Assorti d’un revers de main méprisant : « les plaignants se montent le coup via les pétitions internet »(la principale atteignant à ce jour, sous le patronage de l’association des déficitaires thyroïdiens, le nombre infime de plus de 200.000 signatures).

 

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Inattendu, peut-être, ce regard sur la revue de PE de l’IFRI, cet été, mais bien réel. Que d’idées reçues, en effet, toutes faites et boulonnées, dans nos représentations, et en géopolitique, pas moins qu’ailleurs ! Le propre des chercheurs étant de les désigner et de tenter de les redresser. Dans ce numéro, la pêche est particulièrement bonne pour les lieux où stagnent les idées reçues, et réjouissants, leur déboulonnage et, sans doute, la saine déstabilisation qui suit, seule capable de faire avancer notre regard sur le monde, première mission que se donne l’IFRI.

Le sujet principal, ASEAN ; 50 ans d’une expérience singulière, est un nid d’idées reçues, notamment par sa situation périphérique dans les informations quotidiennes que nous utilisons, et, par ces monceaux d’ignorance, ces lacunes, et autres trous d’ombre, dans « notre » géopolitique personnelle, se révélant reléguée à un « quelque chose d’uni, aux bords de la grande Chine ». Fondée en 1967, l’ASEAN, allie Indonésie, Malaisie, Singapour, Philippines, Thaïlande, Brunei, Viet Nam, Laos, Birmanie, Cambodge, unis en cercles progressifs. Union d’Asie du sud-est, à la fois comparable, au premier regard du moins, à notre Union Européenne, et tellement différente – parallèle pédagogique énoncé dès l’introduction. On a là une marche discrète et continue, des « procédures et institutions légères, sans gouvernement central, ni fantasme d’unification politique » ; l’idée reçue chez nous étant – là, comme ailleurs, mais là, significativement – de penser tout à notre aulne, que nos analyses, procédures et même difficultés sont modélisables à l’infini. Or, si l’ASEAN sera demain bien obligée de marcher différemment avec l’émergence chinoise et son poids, l’IFRI rappelle à notre point de vue européen que « le monde est tout humain, mais nous ne sommes pas toute l’humanité ». Cinq forts articles devraient participer à « nous caler » le regard, sur cette fondamentale partie du monde.

La rubrique Contrechamps s’attaque avec deux articles essentiels à l’Union européenne, particulièrement :« Zone Euro : sous les dettes, la croissance ? ». Crise, croissance, dettes… triptyque d’importance en matière de représentations tenaces et peut-être fallacieuses, en matière de thèse, point de vue arrêté, genre front contre front, encore davantage. Quel débat, chez nous, n’aborde pas, même aux marges, ce sujet ?

Un premier article, très argumenté : « Les politiques européennes et le futur de l’Euro » met à mal « l’interprétation politique dominante accusant les excès de dette publique accumulés par des pays du sud, dits indisciplinés, ayant ainsi financé leur État providence ».Idée reçue, s’il en est, dans l’imaginaire de chacun sur les problèmes actuels d’une Europe en dérive, voire en échec. Des responsables désignés, pas vraiment loin du bouc-émissaire, toujours utile. On reconnaît dans le développement des pans entiers d’opinions politiques, partitaires, en France et en Europe. Mais, les compétences économiques de l’auteur, sa capacité pédagogique à poser les idées reçues, les décrypter avant d’avancer d’autres hypothèses étayées, donnent à cet exposé une force convaincante et armée qui manque à plus d’un débat. Le second article se pose « en face », et nous y reconnaissons là aussi l’argumentaire face B, prôné dans maints débats ; les mêmes évidemment : « stabilité et croissance en zone euro ; les leçons de l’expérience ». Le « retour au réel » est fortement convoqué ; « la croissance et l’emploi ne proviennent pas des miracles de la manne répandue par les États ou des fabricants de bulles spéculatives, mais bien du travail productif, de l’épargne et de l’investissement ».

Confrontant ces deux lectures, toujours étayées, comme d’usage à PE, de références multiples et précises, faut-il dire qu’on en sort, interrogés, mieux armés face à ce temps européen qui est notre logiciel indépassable.

En rubrique Actualités, chaque article est de nature à fusiller quelques idées reçues, mais c’est celui sur « L’état islamique, l’autre menace » qui peut paraître le plus urgent (l’autre, consacré à la Turquie, pas moins pour autant !). A la veille des défaites sur le terrain du califat, Mossoul et Raqqa, faudrait-il « souffler » et considérer Daech comme une menace derrière nous ? Outre le fait que les attentats de cet été sur le sol européen démontrent la puissance de nuisance des terroristes parfaitement capable de s’adapter à leurs défaites, mais aussi – c’est là l’argumentaire de l’article – l’hydre existe, prolifère, voire naît ailleurs dans le monde : Afrique, Asie du Sud-Est, et ceci, même en termes d’assises territoriales.

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