Articles taggés avec: Martine L_ Petauton

Ce que Hollande dit à la gauche

le 16 juin 2018. dans Auteurs, France, Politique

Ce que Hollande dit à la gauche

Son livre-bilan, Les leçons du pouvoir (dont on a déjà parlé à RDT)est intéressant à plus d’un titre. Lecture souvent passionnante où le pavé se mange sans faim, à la manière d’un roman réussi, expliquant sans doute les foules assez impressionnantes qui se pressent aux séances de signature, un peu partout sur le territoire.

Ce qu’on aime dans ce livre, c’est peut-être pêle-mêle, cette faculté que Hollande a en 10 lignes, pas une de plus, de dire – exactement – ce qu’il faut savoir et retenir de tel ou tel point, pourtant si complexe, le précieux (et le piquant) de raconter là où il fut, et ceux qu’il croisa, ses justifications, plus que son seul point de vue, sur le déroulé du quinquennat ; à mon sens, une miette trop « je » et un poil glissade parfois monarchienne (mais oui, même lui !). La partie dite privée étant, enfin selon moi, largement inutile…

Mais c’est à la fin du livre que l’œil s’aiguise particulièrement, et c’est de ces courts chapitres dont il sera question ici – 50 pages à peine – quand F. Hollande parle à la gauche d’aujourd’hui et à celle de demain, et qu’il décortique, démonte, puis remonte et même recrée le sens du socialisme ; merveille d’horlogerie dont on guette le tic-tac qui suivra, et le « ça marche ! » qui pourrait aller avec. Vraiment intéressant en soi, historiquement, politiquement, et plus, car venu de celui qui a si difficilement tenté d’accommoder le mot et ses composants pendant 5 dures années, qui écornèrent l’image et bien plus le rêve socialiste, souvent à tort, mais que voulez-vous ! les représentations accompagnent tout dans le politique.

C’est de la social-démocratie dont il s’agit, Hollande en ayant été comme une marque de fabrique, tout au long d’une vie politique grandie à l’ombre de Delors. Son plus que solide argumentaire rassemblé en deux forts chapitres commence par le « constat », avant d’ouvrir sur « espérer ».

« Elle était la reine de l’Europe, elle a perdu sa couronne », constate-t-il en arrivant aux affaires ; dans les années 80/90, elle était partout : 12 gouvernements sur les 15, « le capitalisme s’était soumis à ses injonctions, concédant les lois sociales, acceptant des mécanismes de redistribution, admettant des protections pour les salariés, leur ouvrant de nouveaux droits face aux aléas de la vie ».Quand il est arrivé au pouvoir, elle avait disparu de l’Europe et ce ne fut pas le moindre des obstacles qui s’opposèrent à lui, dès le début, quand il aurait voulu mettre à l’ordre du jour la relance en Europe. Aujourd’hui, seuls Suède, Malte et le Portugal parlent encore « le social-démocrate » ! L’état providence marque le pas, on exige de la rigueur ; « budgétaire » est devenu comme un nouveau drapeau. Sa victoire en 2012 est plus l’échec de son prédécesseur qu’un élan « en faveur des valeurs de solidarité »admet-il.

La femme murée, Fabienne Juhel

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 juin 2018. dans La une, Ecrits

Le Rouergue, La brune, avril 2018, 187 pages, 18,80 €

La femme murée, Fabienne Juhel

Il faut définitivement être reconnaissants à Fabienne Juhel pour ses livres : écriture magnifiquement poétique dans un format toutefois économe ; sujets variés alternant le peri fantastique, aux bords de récits de voyages, aux franges souvent inattendues mais toujours pertinentes de la grande Histoire… Romans – « romanesque » étant peut-être le second prénom de Fabienne – baignant dans les vents de la lande, le granite des villages, la houle et la tempête de sa Bretagne, qu’il faut vouloir aimer pour lire Juhel.

Une fois de plus avec La femme murée, embarquons pour un voyage-Juhel. Enfin, une excursion – balade appellerait trop l’insouciance - qui reste bien à quai dans Brest, son pays, ses rues, et qui nous amarre à un pan de son histoire récente, celle des destructions massives des villes de l’Ouest durant la seconde guerre mondiale. Comme médium, une femme – en vrai, comme diraient les enfants à qui on raconterait son histoire, car le troisième prénom de Fabienne est sans doute « raconter ».

Jeanne Devidal, qu’on nommait « La folle de Saint-Lunaire »,a traversé pas moins de 100 ans de malheurs croisés, tous plus étranges, originaux, les uns que les autres, sans perdre de vue la mer, depuis une… construction ? habitation ? fabriquée de bric et de broc au long (cours) de sa longue vie ; tout en récupérations diverses et farfelues, ayant laissé pousser un arbre au milieu d’une pièce, et barricadant ouvertures et couloirs-labyrinthes, à coups d’un peu n’importe quoi. Cela ne ressemblait à rien de connu ou concevable, si ce n’est la maison du facteur Cheval ; ça galopait en dehors des règlements d’urbanisme les plus élémentaires, et s’insinuait sans gêne dans l’espace public et dans celui des voisins ; « et si on a le malheur de lui dire quelque chose, elle vous jette des pierres ! ».Si l’on ajoute que des hordes de chats l’accompagnaient, qu’elle restait – sauvage, disait-on, à l’abri de ses grands yeux verts – dans son univers, criant parfois à la brune, on aura compris les conflits inévitables et inexorables entre la « folle » et le reste de Brest…

« Disons qu’elle fait un avec sa construction. Qu’elle a autant le bâti dans le corps que le bâti est en elle. Une double carapace. Elle n’a jamais fait la différence entre sa constitution et sa construction. C’est peut-être une maladie. Elle dit – sous mon toit logent des souris, comme elle dirait que des idées lui courent par la tête. Et inévitablement, des araignées au plafond… ».

Mais Fabienne Juhel a encore un prénom, double cette fois : « observer et comprendre ». Elle a mené ce qu’il faut d’enquêtes croisées et fines, pour remonter jusqu’à la jeunesse de Jeanne, sa famille, ses frères, tout ce monde anéanti dans les feux des guerres – aujourd’hui les psychologues parleraient de la violence post-traumatique qu’elle a dû porter à même le dos. Et si la femme de la bicoque s’asseyait parfois la nuit au milieu de ce nulle part qui était son chez soi, c’était pour écouter et humer ses fantômes, les « invisibles ».

« Dans le secret des œuvres d’art » Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 juin 2018. dans La une, Arts graphiques

« Dans le secret des œuvres d’art »  Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Il est des gens, nombreux, qu’un musée fait bailler, qu’une expo fait fuir. Il est des personnes pour qui art rime seulement avec vague posture sociale, si ce n’est ennui. Alors, l’exposition temporaire de Fabre, démarrée ce printemps, est pile cousue pour eux. Parce qu’ils vont adorer et en ressortir passionnés, comme chacun d’entre nous en revient, changés dans le regard futur qu’on portera sur n’importe quelle œuvre d’art, et, ce, dans tous les musées du monde. Un outil de transfert, pas moins, qu’un public de jeunes voire d’adolescents, friands de technologies nouvelles ne peut qu’adopter avec enthousiasme !

Il s’agit de nous présenter, raconter, montrer la restauration de l’œuvre d’art, en ciblant 5 exemples, tous pris dans les collections du musée, et en réussissant un fabuleux deal : être le plus pédagogique possible, le plus efficacement communicant possible. Chacune des œuvres a des supports et des problématiques de restauration différents. Michel Hilaire, le directeur du musée, résume impeccablement la démarche de cette expo hors norme :« Amener le visiteur à appréhender l’œuvre d’art non pas seulement selon un critère esthétique, mais dans sa composante matérielle. Aller au-delà de la surface et se perdre dans les arcanes mystérieux de la science et de l’art ».

« La Sainte Trinité couronnant la Vierge » est un anonyme espagnol ou flamand ; panneau de bois, dont il faut connaître les recettes de fabrication, pour mesurer comment pouvoir le maintenir au mieux et le présenter au public de nos jours. Voyage dans le bois du tableau… toute une analyse d’un matériau mouvant qui réagit à la température et à l’humidité, étant ainsi hydroscopique. La restauration a placé le tableau dans une vitrine climatique, où il est soumis à des hausses et des baisses de température et d’humidité ; toutes mesures permettant de gagner un temps précieux, pour ensuite, en atelier de restauration des œuvres sur bois, être travaillé en termes d’adhérence, de collage…

Deux dessins du 18ème de Jakob Philipp Hackert ont bénéficié d’une restauration préventive. On nous montre l’état initial (taches, effacements partiels, piqûres, estompage des teintes exagérément jaunies). La sauvegarde a dû décoller des cartons abîmés (travail de fourmi à la fine spatule) parvenir (prouesse technique) à ne rien sacrifier. Le résultat tient du miracle : le dessin a retrouvé chèvres et frondaisons, les teintes sont revenues, l’espérance de vie des œuvres allongée, et l’exposition possible à nouveau.

La Comédie du livre 2018 de Montpellier ; le livre face aux réels

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 juin 2018. dans La une, Actualité, Littérature

La Comédie du livre 2018 de Montpellier ; le livre face aux réels

Tellement autre chose qu’un salon du livre ordinaire, La Comédie du livre de Montpellier. On le ressent chaque année, en se baladant sous les chapiteaux de la Promenade, en écoutant les mille conférences, entretiens, débats qui, un peu partout dans le vieux Montpellier – gratuitement, s’il vous plaît – nous permettent de découvrir, d’engranger, de réviser, et de rencontrer toutes ces intelligences venues de tout près ou d’ailleurs. Car Montpellier est, depuis la nuit des temps, ville de culture et de rencontres, de mélanges, et tout ce précieux savoir être, si rare parfois de nos jours, c’est en « sa » Comédie que la ville, Montpellier Méditerranée métropole, la région Occitanie, tous leurs partenaires, chaque fin Mai, aime à nous le servir. Alors, prêts pour une dégustation littéraire, artistique et non moins citoyenne ?

La 33ème Comédie ouvrait ses étals et ses conférences aux Littératures néerlandaises et flamandes, et comme chaque année, l’occasion nous était offerte de découvrir ou d’approfondir une littérature d’ailleurs, avec des affiches prestigieuses ; une manière de voyager de pages en pages. L’immense Margriet de Moor a ainsi clôturé – œuvre et présence – une Comédie où nous avions pu aller vérifier si les « Pays Bas étaient bien terres de Noirs », rencontrer les« Nouvelles voix des littératures néerlandaises et flamandes »,prendre le temps de revisiter, fort bien accompagnés, « La peinture hollandaise du Musée Fabre, et son influence ». Un de mes regrets a été de n’avoir pu assister aux rencontres professionnelles « 20 ans d’ateliers d’écriture, et après »,mais ausside n’avoir pu voir aucune expo, soutenir aucun projet pédagogique présent sur site, et finalement loupé pas moins de 20 à 25 entretiens avec ! Mais cette année, comme toujours, le vrai héros de cet événement, c’est probablement le choix et son deuil accolé…

Est-ce l’histoire si brillante de ces petits territoires européens, leur niveau de civilisation, des ruelles de Bruges, à Rembrandt et à Amsterdam (« la plus belle ville du monde », disait un auteur intervenant), leur haute capacité en tolérances en tous ordres ; est-ce tout ça qui, dressés face à l’actualité si sombre – montée des extrêmes droites et des populismes, terrorisme racinant en Molenbeek – m’a presque naturellement fait choisir mon itinéraire : le livre et la littérature face aux réels. Autrement dit, là, au cœur de cette vieille Europe, géographique, ou institutionnelle (le Benelux des origines), comment bouge la citoyenneté, sa facette intellectuelle comprise, et que peut le livre et sa réflexion face aux orages en devenir. Vaste question, simple question ?

« Petite magouille 98 ? » Le dilemme des footeux

Ecrit par Martine L. Petauton le 26 mai 2018. dans La une, Actualité, Sports

« Petite magouille 98 ? » Le dilemme des footeux

Et voilà qu’on en cause, et que partout, des tables familiales aux gradins des matchs-petite série, ça bruisse et ça enfle : – t’en penses quoi, toi de la magouille dont a parlé Platini ?

Chez moi, itou, et le résultat interfamilial : 1 choqué « quand même », 2 plutôt pragmatiques, me conduit à venir vous entretenir, toutes affaires cessantes, de la chosette…

Jalons pour suivre le match : 1998 ; la France est pays organisateur de la coupe du monde de football, le Brésil tenant du titre (les deux sont qualifiés d’office) et Michel Platini est co-président du comité d’organisation de la coupe. C’est vous dire s’il sait de quoi il cause, le Michel, respecté et respectable joueur, sélectionneur, administrateur (ça, en gros seulement, quoique !). Pas plus tard qu’hier, notre Dany (Cohn-Bendit), que je valide autant pour ses qualités footballistiques que politiques et citoyennes, a dit : – Platini, un homme de Droite, qui quand il s’occupe de foot est de Gauche, car il veut rationaliser, bouger le réel. Je signe.

Mais, de quelle « magouille » est-il question ? Pas mince, ni inoffensif, le mot, même si Platini l’amoindrit d’un « petite », derrière lequel n’importe qui n’entend que – grosse – magouille, tripatouillage, tricherie, passe-droit, bref, du pas très propre, du trouble, si ce n’est glauque. Quoi ! Notre« et 1, et 2, et 3 »de 98 serait-il moins blanc que blanc ?? Et dans votre entourage, comme dans le mien, commence le chant persifleur des pleureuses – qui dit sport, dit tricheries, dopage, dessous de table, et notamment le foot, où le ballon ne circule qu’à coups d’achat de match ! Et l’un d’entre eux de pointer le menton et d’y aller du Bernard Tapie / OM / Valenciennes qu’on garde tous en sinistre mémoire. Pôvres ! Comme on dit à Montpellier, où l’on connaît le foot…

Logiquement, pour placer les équipes de la coupe dans les séries, s’affrontant, comme vous le savez, en petits galops d’éliminations réciproques (avec des histoires de points ici, et non là, qui bonne coupe, mauvaise coupe, continuent de me parler chinois, tant d’années après ma conversion au foot – justement 98), logiquement, donc, on tire au sort, un peu comme dans ces quines d’écoles de village, d’où sortent des jambons et une couette passée mode, et chacun de s’étriller avec ceux de sa série. Ça, c’est la règle. Or, si l’on s’y tient, on pouvait – en 98, et juste demain, en juin – faire se tuer les équipes sélectionnées d’office, en 3 jours de matchs. Terminé ; le champion du monde en titre retourne chez lui, l’équipe du pays organisateur (mesure-t-on ce qu’on entend par là !) campe en survêt dans les tribunes…

RDT /68 - 68 et ses affiches

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Société, Histoire

RDT /68 - 68 et ses affiches

Des milliers d’affiches pour dire le monde et l’Histoire qui se fait… Celles de mai 68, qui ne les a encore au coin de l’œil ? (il paraîtrait qu’on se les arrache à prix d’or, en brocantes).

Je les ai retrouvées, exposées (trop petit nombre et surtout trop peu, voire pas, exploitées) aux archives de Montpellier. On comprend mal du reste ce parti pris de simple illustration, semblant ne mériter rien d’autre qu’un vague coup d’œil. Défraîchies, si fragiles (quand il s’agissait de rares originaux sous verre), le reste reproduit.

Assez petit format ; nous parlerions d’affichettes, à peine plus conséquentes que de gros flyers, aux couleurs et traits presque enfantins, mais tellement signifiantes entre slogan, banderole et message. Un discours bien autant qu’une image, presque un trait publicitaire parfois. Naïves, penseront certains ; pas du tout, profondément efficaces et inscrites dans l’époque, diront d’autres, presque sérieuses au fond. Fond d’air très soixante-huitard, que ces affiches en noir, rouge et blanc, couleurs hautement symboliques, avides de libertés de tous ordres, mais aussi réfléchissant une période d’abondance, montrant en creux, en la refusant, la société de consommation. Que de bonheur, finalement, dans ce monde si lointain du nôtre… L’affiche et 68 ; « sous les pavés la plage » et sur ses murs, l’image qui veut faire sens. Ne pas perdre de vue l’importance de la Chine de Mao, dans les imaginaires d’alors, ses dazibao – fresque murale portant message – en guise de langue politique.

Il faut souligner que communiquer en 68 – le nerf de la guerre en toute époque – ne pouvait comme maintenant s’offrir le Net et la fabuleuse machine des réseaux sociaux ; un 68 et ses face books ! imaginons juste un peu : le rapport au nombre, au temps, aux messages ; mobiliser en deux clics ! Mais également les risques, notamment en fake news ; cauchemardons aussi de ce côté-là…

J’ai compulsé, proposé parallèlement à l’expo, un livre intéressant sur « les affiches de 68 ». Des pages d’images ; aucun texte accompagnant, ce qu’on peut regretter ; mais quelle somme ! Toutes les stars y sont avec une tonne de pépites inconnues en sus. Toutes chronologiquement classables en ce Mai, une marque de fabrique, pas moins. Qui (au pluriel sans doute) pour dessiner ? imaginer ? façonner le message. Quelqu’un, quelque part, au début, a probablement donné le genre, appuyé à la fois sur les murs chinois ou d’Amérique latine, et sur les affiches proprement syndicales, et tout a suivi, reproduit aussi vite que les rotatives de ce temps, préhistorique face à nos imprimantes et leur vitesse de la lumière.

Etats : Quel nouveau souffle ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 avril 2018. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Etrangère de l’IFRI, Printemps 2018

Etats : Quel nouveau souffle ?

Les Etats, leur concept, leur évolution récente et actuelle ; quel sujet phare pour une revue de géopolitique…

« Les Etats n’étaient plus à la mode. Au soir du siècle qui les avait installés, par la décolonisation, jusqu’aux confins du monde habité, après une bipolarité qui avait porté au paroxysme leur concentration de puissance, voici qu’ils semblaient être les empêcheurs d’accueillir la nouveauté ; et que les empires étaient cloués au pilori comme hystéries des perversités étatiques. C’étaient les sociétés civiles qui désormais imposaient leurs logiques à des politiques démonétisées. Qui tissaient sur la toile des solidarités d’un nouveau type. Qui annonçaient la naissance d’une opinion publique mondiale, dont les ONG garantiraient le sens moral et l’efficacité. Les années 1990 voyaient ainsi fleurir les débats sur le dépassement des Etats » (éditorial PE).

Où en sommes-nous, où en sont les débats sur la question : les Etats sont-ils en perte de vitesse (thèse décliniste) ou redressent-ils la tête (thèse de la résistance) ?

« Danser avec les Etats »(Serge Sur) dresse depuis les années 90 le tableau de la fragmentation des Etats, en Europe notamment, happés parfois par des empires « mal disparus ou renaissants », alors que de nombreuses tentations de sécessions secouent d’autres Etats européens. Tableau étendu à l’évolution de la notion d’Etat en Asie, Afrique.

Mais qu’est-ce qu’un Etat ? « Remplir pour sa population des missions telles qu’éduquer, protéger, favoriser son emploi, garantir la santé publique, reconnaître ses droits, assurer sa vie paisible, et l’épanouissement individuel de ses membres, dans un cadre juridique et politique, accepté sans discriminations par tous ».Ensemble fragile – Serge Sur parle de l’Etat Titanic – multipliant les défaillances, précipitant moins les sécessions par attaques extérieures que par faiblesses intérieures. Riche article faisant un point très précis et clair sur l’historique, fourmillant de notions définies ; ainsi du rappel de l’Etat nation dont le creuset intègre, et dont l’appartenance est de l’ordre d’une solidarité subjective, librement consentie (conception française ou américaine). Modèle qui cède souvent à présent le pas à une conception d’origine germanique, reposant sur une communauté ethnique.

« Les débats contemporains sur la fin des Etats »(Frédéric Ramel) : remarquable éclairage sur la somme des débats d’experts sur la thématique de « la fin des Etats » depuis la fin des années 70, alimentés par la fin de la guerre froide, relancés par le 11 Septembre, la crise économique et financière de 2008, le Brexit, bien sûr, et la victoire de D. Trump en 2016. Traversés par la crise des migrants dès 2015 en Europe, la montée des populismes. Où en sont les Etats dans ces difficultés et profondes modifications ? L’auteur examine ces débats à travers trois prismes : stratégique – désétatisation du fait guerrier, mais aussi retour des guerres entre Etats – économique – du G20, et de son utilisation – et morphologique – entendons, où en est le désir d’Etat aujourd’hui, et les représentations qui l’accompagnent ? De très utiles repères notionnels nourrissent l’article ; ainsi de l’évolution de l’Etat gendarme, de l’Etat providence, mais aussi de l’Etat virtuel, ou de l’Etat région. La mondialisation – élément fondamental dans le jeu étatique, oblige de fait à des adaptations incessantes (l’exemple éclairant est pris du Brexit dans ses origines, mécanismes, conséquences). Les Etats n’ont donc pas disparu, mais leur tectonique agitée, leur façon de se mouvoir dans le système international fait l’objet de constants changements.

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2018. dans Monde, La une, Politique, Actualité

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Que de mots en R dans l’affaire : le r de répondre, celui de riposte et de résister. En face, c’est de celui de recul et non moins de renoncer qu’il s’agit…

Refus des frappes en Syrie, évidemment, à moins que peurs, peut-être indifférence, ou tout bonnement ignorance…

On ne s’étendra pas ici sur ce qui a été martelé partout depuis à présent plusieurs jours : les frappes annoncées puis exécutées par USA, France et Royaume Uni sur des lieux de Syrie contenant ou ayant à voir avec des armes chimiques ; ceci après que la reprise de la Ghouta ait été « parachevée », bouquet du feu d’artifice à sa façon, par des déversements de chlore et de gaz sarin, faisant leur lot de blessés et de morts, toutes populations civiles confondues. Ceci, après les 1300 morts de l’été 2013, sous les mêmes armes chimiques et – déjà – le recul de B. Obama, laissant Hollande seul, face à la « ligne rouge » franchie, sans plus de réactions du monde occidental « démocratique et civilisé », que ce lamentable dos américain qui se tourne.

On résumera ce qui colore l’argumentaire des « anti » (frappes), parce qu’on en a tous, de ces voisins, amis, cousins, autour de nous. Ceux qui admettent ou soutiennent le passage à l’acte occidental seraient d’une espèce – à bon droit honnie – les va-t-en-guerre et les faucons, tenants de la violence, de l’œil pour œil, satisfaisant dans l’affaire une confortable guerre par procuration. Et puis, la peur chantée sous tous les tons, de l’engrenage possible, du terrible jeu de dominos amenant – on l’entend ça et là - la déstabilisation de tout le Moyen Orient, et au bout du bout « la » guerre mondiale de plus. Arguant – incontestable, pour autant – que depuis 2013, sont arrivés dans le théâtre d’opérations rien moins que l’armée russe, le califat de Daesh, et un Iran démultiplié. On entend aussi – plus dans le champ classiquement politique des camps et des alliances – ceux qui « font confiance » à l’ami Russe, Poutine de son prénom, pour calmer le jeu et faire preuve de pragmatisme. Il y a peu, notre Mélenchon hissé sur un balcon de Marseille discourait en ce sens dans une posture d’imperator aux arènes, larguant comme autant de bombes la « honte » que nous aurions à passer sous le joug des américains, le ton de sa voix calée carrément sur celle d’un De Gaulle face au refus de l’OTAN…

Il y a, enfin, le boucan de tous ceux qui ne croient pas au gaz – le mythe du complot en a vu d’autres sur le net et les réseaux sociaux, où toutes les 5 minutes chacun donne son avis sur tout ; et de ceux qui, via les mêmes tuyaux percés, vous disent que ce n’est pas Bachar qui est à l’origine de cet énième massacre, mais d’autres fumeuses engeances, rejoignant en cela l’argumentaire inamovible du dictateur de Damas face à sa troupée de « terroristes » supposés. On entend – c’est curieux – par contre assez peu de tirades autour des participants à l’affaire côté occidental ; l’inexpérience ? d’un Macron, et bien plus, la présence d’un Trump, ses insuffisances, ses foucades, sa loyauté ?? sa détermination (nous ne parlons pas de son côté obsessionnel) et sa cohérence (ici, ne pas entendre de quelconque allusion à l’âne têtu) ???

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans France, La une, Politique, Actualité

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 avril 2018. dans La une, Education, Actualité, Société

UNIVERSITES, un printemps d’escholiers de plus ?

Au Japon, ils ont le printemps des cerisiers, nous, c’est rituellement celui des « escholiers » (sachant que des tréfonds du Moyen Age, ça bougeait déjà pas mal dans les rangs ; mes rues de Montpellier, la savante et la rebelle en ont vu défiler de l’étudiant, une manière de record en termes de battre le pavé !).

Selon les années, c’est plus ou moins jeune – lycéens encore boutonneux, étudiants des – premiers, le plus souvent – cycles des facs – quelquefois spécialisés, les élèves infirmiers ici, cette formation d’ingénieurs là. La parité flotte le plus souvent sur les cortèges, ça c’est au moins une solide avancée. Pas de printemps sans son quota d’étudiants en colère. Haussement d’épaules des nantis/insérés, surtout insérés. Alors, dit mon voisin rigolard (et retraité) – je me disais aussi, 50 ans après 68, ils vont bien se mettre à sortir !!

Ils sortent en effet. Plus de 10 grandes universités ont débrayé – ce n’est qu’un début, continuons le… qu’on disait, nous – les rues se peuplent, même quand il pleut, et ce n’est visiblement pas le lancement des commémorations du grand Mai. Pourtant, l’opéra n’a plus rien à voir avec le grand ancêtre, ni le décor, ni le livret, ni les chanteurs, ni les costumes, ni rien, si ce n’est l’âge des participants. – Quand on est jeune, on gueule, ponctue mon toujours voisin d’un rire indulgent. Tendez pourtant un micro dans les manifs actuelles, et risquez « 68 ? » ; on peut d’avance lister le résultat du sondage : ce temps festif ! de consommateurs gavés ! d’enfants de bourgeois en crise d’adolescence ! avides de toutes les libertés, de fait individualistes en diable ! cette époque roulant dans les idéologies abstraites ! ce rêve coûteux !!… de rejets doux en rejets forts, rien, semble-t-il, d’un quelconque culte aux grands ancêtres, en vue… Car on est, à présent, là, comme dans le reste de la société, plus qu’inquiet, et sérieusement, sur l’avenir de son « moi, je », et les slogans, les pancartes sont aux antipodes de ces – interdit d’interdire et autres sous les pavés, la plage… les méga crises et le chômage de masse sont passés par là, ainsi que – évidemment – la philosophie politique d’un E. Macron. La mine de l’étudiant, ou de celui qui est en partance pour l’être, cette année 18, est sombre, et n’a plus grand-chose à voir avec le sourire narquois et définitivement historique de notre Dany face au CRS. Un tout autre monde, mais un monde qui comme tous les autres, et même celui de 68, parle de formation, de diplôme, d’insertion professionnelle, bref, d’avenir et finalement de vie. Pas une brindille, on l’aura compris.

De quoi causent nos banderoles actuelles ? A Montpellier, comme cela n’aura échappé à aucun citoyen attaché aux valeurs de la république, on nous résume l’attaque par des nervis d’extrême droite, il y a quelques jours, d’un amphi occupé en Droit ; les gourdins volaient, en guise de procédé négociatif, et, ce, avec l’apparent accord, tacite ou pas, du doyen de la faculté. Important incident ou bavure, ayant violé la traditionnelle indépendance des universités, blessé des étudiants, au motif que le contexte socio-politique si sécuritaire et avide de protection de quelques-uns choisis au milieu de tous, suffirait à faire passer la pilule.

[12 3 4 5  >>