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Peut-on "dire" un génocide ? (4)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 25 mars 2011. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Peut-on

Pour se poser la question du voyeurisme supposément intrinsèquement constitutif de la photographie de guerre (47) (ainsi évidemment que du reportage filmé), il est nécessaire de se figurer un instant la dynamique regardant-regardé, avec au centre l’appareil photographique ou filmique, et de s’y arrêter (48). Il est nécessaire, en théorisant, de s’interroger sur la légitimité de cette dynamique (propre à ces situations extrêmes que seuls – quasiment – connaissent les reporters de guerre).
Ce qui me semble ici extrêmement problématique, c’est que le regard devenu vérité du regard par la preuve qu’il fabriquera (la photographie ou l’image animée) conforte autrui, même à son insu (la personne souffrante est d’emblée autrui, puisque l’appareil enregistreur fonde de facto cette distance : il trace une ligne infranchissable entre deux mondes, celui des vivants – qui reviendront intacts avec leurs images – et celui des presque-morts) dans le rôle que les circonstances lui font prendre, et en quelque sorte légitime ce rôle de souffrant, de mourant. Prendre une photo devient l’inverse d’une main tendue, laquelle a pour force première d’être cela même qui peut changer, même à un degré infinitésimal, la situation présente, la renverser.

Peut-on "dire" un génocide ? (3)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 17 mars 2011. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une

Peut-on


Le génocide aurait pu tout simplement être évité. Le 24 janvier 1993, soit plus d’un an avant les faits proprement dits, Bruno Masure reçoit, dans son journal télévisé (Antenne 2), Jean Carbonare, afin qu’il puisse s’exprimer sur les massacres qui ont lieu (déjà) au Rwanda. Jean Carbonare indique alors que le pré rapport que la fédération internationale des droits de l’homme a rédigé parle (déjà) de génocide. Après avoir rappelé que la France, « qui supporte militairement et financièrement ce système, a une responsabilité », il prononce ces quelques mots : « J’insiste beaucoup : nous sommes responsables ». Prenant à partie le présentateur, il lance : « Vous aussi, monsieur Masure, vous pouvez faire quelque chose, vous devez faire quelque chose. Pour que cette situation change, car on peut la changer. »

Peut-on "dire" un génocide ? (2)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 11 mars 2011. dans Monde, La une, France, Société

Peut-on


Mais nous, où étions-nous pendant ces massacres ? Oui, que faisait la communauté internationale ? Pourquoi n’a-t-elle pas été alertée ? Car il est évident, non ?, que si cela avait le cas, elle aurait immédiatement réagi et aurait fait cesser les tueries. Etant donné la façon rudimentaire dont les miliciens Hutu ont perpétré ces massacres (très peu d’armes à feu, très peu de grenades), il aurait été, on peut l’imaginer, relativement facile de faire cesser ce génocide, sans le secours d’un grand nombre d’unités terrestres, de blindés, de parachutistes. Il aurait sans doute suffi pour cela que quelques photographies ou reportages soient diffusés. Faut-il rappeler pourquoi l’image est à ce point importante, primordiale même, dans pareille situation, contrairement aux mots ? Pour deux raisons. Tout d’abord, l’image (qu’elle soit le fait de la photographie ou du reportage filmé) est seule à même de dire « qu’il y a du réel » (18). Ensuite, « les mots ne suffisent jamais, tout simplement. Les yeux voient, la raison sait, le cœur ressent. Mais il n’existe pas de mots capables de nous faire voir, savoir ou ressentir la réalité des faits, l’horreur de ce qui se passe vraiment. » (19)

Peut-on "dire" un génocide ?

Ecrit par Matthieu Gosztola le 04 mars 2011. dans Monde, Racisme, xénophobie, La une, Histoire

Peut-on


« Reflets du Temps » commence ici la publication d’une étude et d’une réflexion saisissantes de Matthieu Gosztola sur le génocide de 1994 au Rwanda. Ce travail sera présenté en douze parties s’étalant sur douze semaines.


L’Afrique. Ses paysages qui n’ont pas leur « égal sur la Terre entière » (1), offrant luxuriance et beauté infinie modélisée par les cris des animaux, leurs mouvements furtifs ainsi que ceux de la flore commandés par le vent, ou la pluie, offrant également, à chacun d’entre nous, la possibilité de constater le bonheur, à chaque fois, et c’est souvent, que nos yeux cherchent à reprendre souffle (2).

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