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« Mauvais fils, Raphaële Frier »

Ecrit par Myriam Bendhif Syllas le 05 décembre 2015. dans La une, Littérature

Aux éditions Talents hauts.

« Mauvais fils, Raphaële Frier »

Les éditions Talents Hauts s’engagent à défendre des valeurs d’égalité, de liberté et en particulier, le droit de chacun et chacune à être qui il/elle est, dans ses particularités, ses différences. Ce roman en est un nouvel exemple. Fort, incisif et sans fioritures, comme les autres titres de la collection Ego. Mauvais fils relate comment un jeune homme nié dans ce qu’il est par ses parents, parvient à s’extraire de cette gangue familiale pour faire éclore l’homme qu’il est profondément.

Ghislain se laisse lentement couler, il ne va plus que rarement au lycée, hantant les parcs et se réfugiant dans la fumette. Ses parents forment un couple à la dérive qui ne se supporte plus mais reste viscéralement uni.

« Ça gueule derrière ma porte. Mon père dans son rôle de looser, plus de boulot depuis six mois, conquis par le règne de l’immobilité, télécommande en main, tout va bien… Ma mère, furax, crevée de sa journée à gratter des papiers, elle voudrait la jeter par la fenêtre, la télécommande. La broyer dans son mixer et la liquider dans le vide-ordures ».

Ghislain a peur de qui il est, il a peur d’accabler ses parents, de ne pas être « digne » d’eux. Il ne veut pas leur faire porter la responsabilité de cette erreur de parcours, de cette mauvaise voie. Il aime les garçons et ne sait pas quoi y faire.

« Chaque jour, je le tais en espérant que mes pensées prendront le bon chemin. En priant pour que mes mauvaises idées finissent par me lâcher. […]

Sauf que le temps passe et que je continue à m’endormir en rêvant de Mounir ».

Ses parents passent à côté ou refusent de voir la vérité. Ils réclament de rencontrer ses petites amies et surtout son père se met en tête de transmettre des connaissances pratiques à son fils. Un vrai métier, un truc manuel, un truc d’homme. Voilà Ghislain transformé en apprenti électricien, au diable le lycée. L’adolescent accepte parce qu’il voit bien que ça redonne vie à son père, que ce dernier retrouve ainsi un but chaque jour et qu’en plus, il a la satisfaction de s’occuper de son fils. Cet apparent équilibre permet au jeune homme de se risquer vers les autres et d’entrer pour la première fois dans un bar gay. Moment initiatique, libération. Mais les soirées et les nuits s’enchaînent et bientôt la transgression n’est plus qu’oubli de soi et dégoût pour celui qui aspire à autre chose qu’à une rencontre des corps. Ghislain cherche en vain « l’âme-sœur » ou plutôt « l’esprit-frère ».