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LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Ecrit par Patrick Petauton le 17 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Une progression sociale figée

 

Un jeune couple qui s’installe dans une exploitation agricole est toujours soumis à un choix un peu délicat : fermage ou métayage ?

La première alternative, qui peut sembler plus intéressante, car elle permet en fonction des aléas de la récolte de produire des bénéfices plus importants et laisse aussi une plus grande part de liberté, n’est, à vrai dire, pas dénuée de risques importants, car elle nécessite un investissement de départ en argent. Il faut donc très souvent emprunter sur une durée réduite ; mais pourra-t-on rembourser ?

Aussi beaucoup, prudents, optent pour un métayage basé sur le partage des produits récoltés et des bénéfices réalisés, solution qui peut sembler idéale pour qui ne roule pas sur l’or.

Qui dit partage, sous-entend honnêteté, ce qui très souvent n’est pas la vertu principale des propriétaires. Petits bourgeois aisés et sans scrupules, ils exploitent facilement leurs métayers qui presque toujours analphabètes, et ne sachant guère compter, sont des proies faciles. De plus le contrat toujours profitable au bailleur, qui peut refuser son renouvellement, voire l’annuler sans préavis, impose au locataire un certain nombre de travaux corvéables : fourniture et transport de bois de chauffage, entretien du jardin du propriétaire, réfection de certains bâtiments…

Pourtant fils de fermier, Jean Durin enfant se devait d’occuper, dans l’église du bourg, la chaise capitonnée de sa riche patronne, les dimanches où elle n’assistait pas à l’office. Devoir qu’un jour il oublia, préférant aller musarder à quelques jeux de son âge. La Dame rapidement informée convoqua les parents et les menaça de renvoi. Encore au tout début du XXe siècle les propriétaires ne plaisantaient pas.

Métayers durant quatre générations, les Durin devront attendre Jean-Baptiste et Marie Bourgeon, parents de Jean Durin, pour devenir fermiers, accédant ainsi à une relative ascension sociale.

En 1919, et bientôt suivis de leur fils Jean, vivant, mais blessé et brisé par une guerre inutile et cruelle, ils quitteront définitivement La Garde pour devenir propriétaires d’une exploitation à Teillet-Argenty, réalisant ainsi le rêve récurrent et toujours inassouvi de leurs ancêtres. Tombé sous les balles ennemies quelque part en Macédoine, Antoine,le second fils, ne partagera pas cette accession tant méritée à la propriété. Quant à Marie-Louise, la sœur, elle épousera un paysan de Lavault-Sainte-Anne, en surplomb du cher…

Cette stagnation de la progression sociale fut surtout liée à l’absence quasi totale d’instruction chez les gens de la terre, et à l’impossibilité de l’obtenir ; nulle école dans nos campagnes. Qui sait lire, écrire et compter, à part quelques bourgeois devenus châtelains qui règnent en maîtres et méprisent les paysans.

LES DURIN, LA SAGA 7

Ecrit par Patrick Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Le Cher, un allié dont il faut se méfier

LES DURIN, LA SAGA 7

L’actuel randonneur qui chemine sur les chemins escarpés des Gorges du Cher, pourrait penser que la rivière que n’enjambait aucun pont fut une barrière presque infranchissable entre les villages des deux rives, et limita fortement les contacts entre leurs habitants. Cela serait une grossière erreur, comme le prouvent les mariages assez fréquents par le passé entre les Lignerollais et les habitants de Saint-Genest ou de Sainte-Thérence qui n’eurent jamais peur de se mouiller les pieds…

Ainsi Jean Petauton, mon lointain ancêtre, venu de Saint-Genest un peu après la Révolution, franchit la rivière pour épouser Elisabeth Chicoix et s’installer à Lignerolles comme vigneron.

Semblablement, les ravins du Cher qui nous semblent de nos jours sauvages et déserts représentaient autrefois des lieux d’activité et de passage importants et fréquentés. Chaque parcelle était cultivée et de nombreux chemins serpentaient dans les côtes et longeaient le cours d’eau.

Indispensable, cette rivière, car les hommes de la terre devaient passer par elle pour transformer les céréales en farine dans les moulins hydrauliques installés sur ses berges, et la profession de meunier souvent héréditaire et très ancienne fut longtemps présente à Lignerolles comme l’atteste son blason représentant trois roues à aube.

L’ancien cadastre de 1814 mentionne sept moulins sur la commune de Lignerolles. Tous disparaîtront, concurrencés par les grandes minoteries électriques du début du XXe siècle.

Si les premiers Durin confient le grain au proche moulin de Labique pourtant situé à Sainte-Thérence sur la rive opposée, mais dont un batelier assure le transport de la marchandise vers l’autre berge ; leurs descendants doivent se rendre au moulin de Prat un peu plus en amont, car le meunier de Labique a réduit sa pratique à la seule commune de Sainte-Thérence.

Emportant tout dans leur colère, soudaines et parfois imprévisibles, elles font trembler les riverains, ces crues du Haut Cher, tant elles peuvent être terribles. Malheur aux bestiaux trop près du cours d’eau, ils seront emportés par le courant. Une passerelle construite dans le méandre de Labique se révéla très pratique mais n’eut qu’une durée très éphémère, la première crue la détruisit sans merci, ne laissant que quelques traces encore visibles de nos jours.

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Ecrit par Patrick Petauton le 03 mars 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

Et pourtant on se distrait...

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Si les journées de travail sont interminables, il demeure cependant un peu de temps pour le repos et les loisirs. Béni par l’Église, le dimanche est le jour de la détente bien méritée. Certes, quelques travaux sont néanmoins indispensables, les animaux ne connaissant pas la trêve dominicale et il faut bien les nourrir, mais du moins on s'abstiendra d'aller travailler dans les champs ce jour là.

       Les plus anciens prendront la direction du bourg pour vider une chopine dans un cabaret , et rencontrer les gens du village. On échangera de nombreuses paroles et les quelques récentes nouvelles de la paroisse : François Chicois serait à l’hôpital, le père Liconnet d'Argenty n'en aurait plus pour longtemps, trois vaches seraient  crevées au domaine des Barchauds et le jeune Antoine Chappy fréquenterait officiellement la Marie Gaume de Saint Genest. ..

        Le cabaret n'est pas le domaine des femmes , qui elles, ne disposeront que de peu de temps à la sortie de la messe pour obtenir les mêmes informations mais ne s'en priveront pas.   

       « Tu veilleras ben a surveiller ta sœur ,coquette comme elle est !dit Gilbert à son fils, et surtout revenez avant la nuit »

         Il faut bien que jeunesse se passe dans ce siècle comme dans un autre, et ce dimanche  de Juillet,  Antoine et Catherine sa sœur cadette partent au bal à Saint Genest. Ils danseront au son de la vielle et de la cabrette, Antoine boira quelques verres avec des connaissances, mais pas trop, car les chemins du retour sont escarpés, pourvu qu'un orage n’éclate pas, car alors franchir le Cher pourrait s’avérer dangereux, voir   impossible.

        Comme de tous temps, les grandes étapes de la vie sont l'occasion de réjouissances et réunissent les membres de la famille ; noces et baptêmes permettront d'oublier un peu le labeur et de rencontrer souvent quelques cousins venus d'autres villages. Selon un usage ancestral, même les funérailles pourtant tragiques  se clôturent par un repas ; il serait impensable et inconvenant  de laisser repartir   un parent ou un ami le ventre vide.

            Chaque année au mois d’Octobre le grand pèlerinage de Saint Marien en Creuse, mais très près de l'Allier offre de nombreuses réjouissances,et rassemble beaucoup de personnes ; on s'y rend à pied pour la journée et plus tard en chemin de fer .

        D'origine religieuse et très anciennes, les fêtes patronales disparues de nos jours sont très suivies ; on n’hésite pas à faire dix kilométrés à pied pour y participer.

        Je me souviens, pour y être allé à l'age de six ans, de celle de Lignerolles encore bien présente à cette époque. Ce jour de Saint Martin de Novembre, Grand mère très généreuse m'avait donné une petite somme d'argent destinée à la fête dont une grande partie fut vite investie dans l'achat de friandises qui eurent comme conséquence immédiate de me déclencher  une forte soif digne des déserts d'Arizona. Ne désirant pas retourner à la maison, et pourvu d'encore quelques pièces, je  pénétrai droit et fier comme un homme dans le proche débit de boissons et criai d'une voix forte et puissante  « Un canon, Patron ! »

         

        Un tonnerre de rires s’éleva de la salle comble et, généreusement offertes, ce ne fut pas une grenadine mais dix qui me furent servies, chacun, y  compris le mastroquet voulant participer à étancher  ma soif.

        L'anecdote allait faire le tour du village - il promettait le petit fils de Marie Louise !

LES DURIN, LA SAGA - 5 -

Ecrit par Patrick Petauton le 23 février 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

La vie au domaine, un système autarcique.

LES DURIN, LA SAGA - 5 -

Si on se réfère aux fiches de recensements,  on  ne trouve que peu d'artisans dans le bourg de Lignerolles, en ce XIXème siècle où la population est surtout constituée de vignerons et d'agriculteurs. Aucun épicier, boucher ou boulanger ; ceci n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence d'un mode de vie particulier.

    En effet, les hommes de la terre vivent repliés sur eux même et  produisent ce qui leur est indispensable, la nourriture, le chauffage, la matière première de leurs habits et parviennent même à fabriquer certains outils.

 

     Les produits nécessaires à l'alimentation proviennent tous de la ferme et sont variés : nombreux légumes, fruits venus du verger, volailles, lapins domestiques, cochon tué une fois par an, dont la viande salée aide à  passer l'hiver sans problèmes. Le lait des vaches et des chèvres permet  la production de beurre et  de fromage. Le dessert n'est pas oublié, car plusieurs ruches assurent la production d'un miel excellent.   Le vin pressé sur place est bien présent – lequel ? toutefois - à la table de ces agriculteurs également vignerons.  « Il y avait à l’époque beaucoup de noix, me confiait Jean Durin, nous les récoltions pour les porter chez l'huilier afin d'avoir de l'huile ».Totalement gelés au cours d'un terrible hiver, les nombreux noyers des ravins du Cher devaient presque disparaître à jamais.

   Confiés aux soins du proche meunier, le blé et le seigle permettent  la confection du pain qu'on arrive à conserver plusieurs jours. Une  fois par semaine, le pétrissage et la cuisson dans le grand four de la ferme étaient  la tâche de mon jeune grand père qui devait ainsi nourrir sept personnes.

    Indispensable ,il n'est bien que le sel qui doive être acheté.

 

  Plantées de chênes, frênes, ou autres feuillus,  ainsi que les fruitiers, les haies des nombreuses petites parcelles nécessitent un élagage régulier ;  le  boiscoupé ne sera pas perdu ; devenu sec, il assurera le chauffage de la maison durant l'hiver, qui peut parfois être long et rigoureux. Honte à qui n'a pas prévu suffisamment de bois ; semblable à la cigale de la célèbre fable, il ira chez son voisin emprunter quelques bûches.

 Si un arbre doit être abattu il sera débité en planches destinées à la fabrication de coffres ou de meubles grossiers.

 

 La chènevière est une parcelle de terre spécialement destinée à la culture du chanvre. Lavé, broyé, puis séché, il sera remis au savoir faire du tisserand pour le transformer en une toile solide utilisée par les femmes pour confectionner des draps et quelques habits très rudimentaires ; cette étoffe servira aussi à constituer le trousseau de la fille à marier.

LES DURIN, LA SAGA - 4 -

Ecrit par Patrick Petauton le 17 février 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA  - 4 -

Déjà la polyculture et l’élevage

 

Concernant le Domaine de La Garde, l’ancien cadastre de 1814 nous montre une certaine irrégularité au niveau des parcelles. Si elles sont petites et très morcelées autour des bâtiments d’exploitation, on trouve cependant de grandes prairies sur le plateau, et même assez près de la rivière, ce qui n’est pas le cas dans le bourg de Lignerolles qui surplombe un véritable ravin pourtant entièrement planté de très petites vignes établies sur des terrasses.

« Au pays des chênes et du raisin », telle est la devise de Lignerolles. Bénéficiant d’une bonne exposition sur le versant le plus ensoleillé des Gorges du Haut-Cher, le pampre y prospère avec succès depuis très longtemps et, en ce début de 19è siècle, les vignerons demeurent encore nombreux ; certains d’entre eux se limitant même à cette unique culture que le phylloxéra allait éradiquer à partir de 1880.

Aussi, rien d’étonnant à ce qu’on trouve à La Garde un important vignoble nommé le « Clos de La Garde ».

Inventaire assez précis, le séquestre du domaine datant de l’an V nous apporte quelques renseignements. On y apprend qu’on y cultive du blé, de l’avoine, du seigle et des pommes de terre.

L’élevage quant à lui comprend plusieurs bœufs, taureaux, vaches, de très nombreux moutons des volailles et des cochons. Sans doute cela ne changera guère durant le siècle. Utilisé comme moyen de transport par le riche propriétaire, le cheval ne sera employé pour les travaux des champs que beaucoup plus tard ; pour l’heure on lui préfère le bœuf ou pour les moins fortunés, deux vaches couplées sous un joug un peu plus court. Économique, l’âne sera presque indispensable pour descendre le blé aux moulins du Cher et en remonter la mouture.

Bien présente à Lignerolles, la culture du chanvre est très pratiquée et d’un bon rapport. Destinée surtout à la marine pour la confection des voiles et des cordages, la demande de ce textile est constante mais on l’utilise également localement car les peigneurs de chanvre et les tisserands sont bien représentés même à La Garde. Un peu plus tard, le chanvre sera concurrencé par le coton d’importation et sa culture finira par disparaître.

La mécanisation n’arrivera que bien plus tard, début XXe siècle. Les travaux nécessitent donc de nombreux bras et chaque membre de la famille, quel que soit son âge ou son sexe, se doit d’y participer. N’importe qui ne fait pas n’importe quoi toutefois et selon un code bien établi et quasi ancestral, chacun a une tâche bien définie. Ainsi, vers sept ans, le jeune garçon se verra confier la garde de quelques cochons puis plus tard accédera à la fonction de berger ; ce ne sera que vers quinze ans qu’il apprendra à tracer dans la terre son premier sillon, âge à partir duquel il travaillera comme un adulte.

Sans doute Jean Durin dût-il franchir toutes ces étapes incontournables.

Nullement épargnées les femmes collaborent pour les foins, les moissons, les vendanges et même les semis ; elles devront en plus nourrir les volailles, fabriquer les produits laitiers et gérer les travaux ménagers. L’office religieux dominical sera souvent leur seul moment de repos.

Si le récent chemin de fer, arrivé à la fin du XIXe siècle, fait déjà partie du décor de Jean Durin, il représenta certainement un grand bouleversement pour son père Baptiste qui ne vit sans doute pas d’un très bon œil ce colossal chantier dirigé par la Compagnie d’Orléans ; de nombreux ouvriers y participèrent et plusieurs furent logés à La Garde.

Ce nouveau moyen de transport participera à désenclaver progressivement les campagnes mais entraînera à Lignerolles la disparition de la culture de la vigne, car du vin de meilleure qualité en provenance d’autres régions concurrencera rapidement la piquette locale.

LES DURIN, LA SAGA – 3 -

Ecrit par Patrick Petauton le 10 février 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

La famille, une communauté patriarcale

LES DURIN, LA SAGA – 3 -

Les premières feuilles de recensement de la population de 1836 montrent pour la famille Durin, à La Garde, la composition suivante :

Le père et la mère : Gilbert Durin et Marie Mye.

Le fils Jean Durin, sa femme Marie Jouannet, et leur fils Gilbert, 15 ans.

La fille Marguerite Durin et son mari Joseph Parrot Marguerite Durin une autre fille.

Ce schéma qui est le même dans toutes les fermes ou métairies, et demeurera longtemps en usage, peut se résumer ainsi :

Les Anciens, leurs enfants non mariés, leurs enfants mariés ainsi que leurs maris ou femmes, et leurs propres enfants.

Sept ou huit personnes vivent ainsi sous le même toit, y compris un ou deux domestiques. En 1841, 35 personnes vivent à La Garde dans les deux métairies réparties sur cinq maisonnées.

Les places sont cependant limitées dans la famille, ou règne déjà une sévère promiscuité, et plusieurs Durin devront s’installer au bourg de Lignerolles ou dans une métairie voisine. Les enfants épousent assez souvent un voisin ou une voisine ; le domaine deviendra ainsi rapidement une grande communauté quasi familiale, et sera bientôt constitué des familles Durin, Parrot, Michard et Gominet, toutes unies par des alliances successives.

On pourrait penser que cette exploitation familiale est régie par une redistribution équitable des bénéfices ; il n’en est souvent rien. Seul le père chef de famille dispose de la trésorerie des ventes et des achats et les gère comme il l’entend, ses enfants étant considérés comme ses employés. Très rarement contestée, son autorité en matière de gestion de la métairie est totale. Vers la fin du siècle, dans certaines familles, elle aura cependant tendance à s’assouplir.

Les grands sentiments ne sont pas de rigueur, car le mariage est avant tout une nécessité incontournable pour le bon fonctionnement de l’entreprise. Peu de place pour le coup de foudre ; le choix de la future ou du futur est mûrement réfléchi, souvent davantage par les parents que par le principal intéressé, qui du reste s’aligne généralement sur leur décision. Difficile de convoler en justes noces sans le consentement des parents, lorsqu’on sait que la majorité matrimoniale est à cette époque à 25 ans pour les garçons*.

LES DURIN, LA SAGA 2

Ecrit par Patrick Petauton le 03 février 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA 2

Avant La Garde, les origines

Encore bien présent de nos jours dans les régions de Montluçon et Commentry, le nom fut extrêmement répandu, et on en compte dans de nombreuses branches et familles.

Déjà au XVe siècle, des Durin sont présents dans les Combrailles, comme l’atteste un document signalé par Perrot des Gozis, dans lequel Gilbert Durin en 1494 reconnaît devoir un cens annuel au Duc de Bourbon comme copropriétaire d’une terre située à La Celle sous Montaigut. Raison pour laquelle il ne faut peut-être pas sous-estimer un arbre généalogique, un peu fantaisiste, présenté sur Internet, nous révélant entre autres un Jehan Petauton décédé durant la guerre de cent ans (1390) dont le petit fils Pierre aurait épousé une Pasquette de Montendraud (famille peu connue de noblesse incertaine retrouvée au XVIIIe dans le village de Montvicq, et qualifiée à cette époque de bourgeoise). Malheureusement ces éléments, dénués de sources précises, ne peuvent être retenus de façon objective et nous appellent à la plus grande prudence.

Nous nous bornerons donc à retenir comme notre plus lointain ancêtre Blaize dit l’Ancien, né vers 1540 et décédé en 1622 dans le village de Beaune d’Allier. Nous ne possédons aucun renseignement concernant Marie Beaune, son épouse.

Vers la même époque, des Durin sont également présents dans d’autres villages proches, dont La Celle et Hyds ; Beaune ne fut donc pas le seul berceau des ancêtres. Le couple Blaize/Marie aura deux fils connus : Sylvain né en 1622 et décédé en septembre 1692 à Louroux-de-Beaune, et Blaize le jeune (1590-1654) qui sera maréchal-ferrant à Beaune. Il faut noter que cette profession sera reprise par de nombreux fils et petits-fils, véritable dynastie de taillandiers jusqu’au XIXe, et que ceux qui ne l’exercent pas sont le plus souvent laboureurs. Les nombreux descendants donneront naissance à de multiples branches car les familles de huit enfants ou plus ne sont pas rares à l’époque.

Concernant Gabriel, petit-fils de Blaize le Jeune, nous savons seulement qu’il fut laboureur et épousa Marguerite Dubeuf née en 1677 et décédée en 1722 à Chamblet. Le couple aura trois fils, dont Jacques, né vers 1707 à Louroux-de-Beaune, marié avec Marie Boudignon (1707-1787) à Hyds en 1736. Jacques meurt jeune à quarante ans et Marie épouse en secondes noces la même année Jacques Saunier. C’est donc en compagnie de son beau-père et de sa mère que son fils Gilbert Durin partira à Prémilhat vers 1750 pour y être laboureur ; son frère Antoine quant à lui fondera une famille à Saint Victor.

François Durin, un cousin, les rejoindra quelques années plus tard, fils – encore ! – d’un maréchal-ferrant, il apportera son savoir-faire et s’installera dans le village de Ouches ; un second François, son fils, lui succédera à la forge.

LES DURIN, LA SAGA-1

Ecrit par Patrick Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, Souvenirs, Histoire

LES DURIN, LA SAGA-1

« Le tombeau des morts est dans le cœur des vivants »,J. Cocteau… et dans les souvenirs.

 

Durant plusieurs semaines, un petit feuilleton vous sera proposé : autour de ces Durin de La Garde, en pays bourbonnais, plus largement en terre de très petits paysans, tenaces et taiseux, du XVIème siècle aux bords du XXème entrant… famille, travail de la terre, usages et façons d’occuper ces territoires de part et d’autre du Haut Cher…

Mais au-delà, l’intérêt de l’histoire posée au coin de la toile est plus vaste : richesse du tissu, entre chaîne des trouvailles généalogistes, trame recoupée des savoirs historiques, et couleurs – inégalables – des bribes de récits de Pépé Jean, le fanion de l’enfance de l’auteur – lui, étant le fil cousant l’ensemble…

Ce que vous dit cet ensemble de chroniques d’un temps retrouvé, comme un cadeau d’hiver ? Qu’attendez-vous, amis lecteurs, pour reproduire la démarche, de la Bretagne à la Franche Comté, du Languedoc aux terres de Gascogne ; à vous !! et venez ensuite nous en parler…

 

La rédaction

 

PARTIE  1

HIER ET BIEN AVANT

 

* 10 avril 1960, Teillet Argenty – Allier / limite Creuse

A vrai dire je n’y croyais plus beaucoup et pensais que ces bons mots lancés par Jean Durin mon grand-père, l’année dernière au cours d’un repas, n’étaient en fait qu’une plaisanterie :

« L’année prochaine tu seras en âge de semer, je t’apprendrai »

Entre le fromage et le dessert, toute la famille en avait bien ri. Quelle bonne blague !

J’avais grand tort de douter, car ce matin d’Avril c’est du sérieux, comme le prouvent les petites bottes noires en caoutchouc achetées spécialement par maman. Demain je sèmerai le blé…

Encore mal réveillé, je retrouve grand-père à la ferme ; tout est prêt.

Généalogie

Ecrit par Patrick Petauton le 16 décembre 2017. dans La une, Souvenirs, Histoire

Généalogie

Un sport, bien autant qu’une passion. Bien française, dit-on. Passés les 60, on généalogise – parallèlement souvent à quelque rituel de rando – presque automatiquement comme en se retournant sur le chemin, tendant le cou pour en voir le début : déjà, tout ça !

Je me souviens que chaque fois que j’ai fréquenté les Archives – mémoire de maîtrise universitaire, quelques menus recherches en vue d’architecturer de petits livres sur la Corrèze – bruissait, telle ruche en pleine activité, le petit peuple génélogisant en salle de travail, ouvrant avec un respect sacré le grimoire poussiéreux derrière lequel se cachaient quelques-uns des siens. Que seraient les Archives sans ces amateurs passionnés, me confiait récemment l’issu de l’école des Chartes de mon coin. Quoique, là comme ailleurs, la dure concurrence du net se fasse sentir. Sites dévolus à la généalogie foisonnent sur la toile ; certains de haut niveau – on y perd vite son enthousiasme – d’autres, plus pédagogiques, vous guident comme recette de cuisine – d’abord, ensuite, enfin – images et schéma à l’appui. Et puis – pièges d’Internet – là-aussi, il y a les fausses pistes, les arnaques, les rêves… Il en sera question, vous verrez.

Comme un peu tout le monde, mais à la mesure de compétences informatiques, qui ne sont pas celles du chacun de base, ce Patrick, que je connais un peu, enfourcha lui aussi les chemins de qui est derrière qui, aboutissant à des paysans-vignerons aux très petits biens, sautant d’une rive à l’autre du Cher, avant que d’aller épauler en Montluçon l’ouvrière, les débuts de la grande industrie, et même – fleuron ! – de marcher aux côtés de Jean Dormoy aux temps du premier socialisme. Dans cette randonnée, de saison en saison – de pépite, disait-il, en chou blanc – la poursuite, non du diamant vert, mais du nom de Petauton, le tint sur le métier un grand pan d’heures. C’est de cela qu’il vous entretient ici, en deux ou trois tours de Reflets du Temps.

Martine L Petauton /RDT

 

Petauton, quel drôle de nom ! (1)

Patrick Petauton

 

« Le nom du père » a dit un Lacan…

Rare, presque inconnu, d’origine incertaine, quasi louche, ce nom posait problèmes, à moi, d’abord, à mes camarades d’école ravis d’une telle aubaine de récré méchantisante.

Ingrate ou simplement négligente, ma marraine la fée avait oublié de se pencher sur mon berceau pour me renommer ; j’aurais pourtant donné n’importe quoi pour être débarrassé de ce fardeau ; mon fidèle canif, mon lance-boulettes préféré et même beaucoup de ces savoureux caramels qui faisaient mon bonheur, mais hélas je dus faire avec.

J’eus droit à toutes les déclinaisons possibles ignorées de la grammaire latine : Peton, Petanton, Pito, Petiteton,sans parler du terrifiant et incontournable Peticon qui revenait bien trop souvent, et l’instituteur lui-même ne voulant pas demeurer en reste en rajoutait parfois, et de meilleures. J’étais l’unique gamin de l’école et même du quartier à porter ce nom maudit et sans doute étais-je moi-même maudit.

Généalogie et légende familiale

Ecrit par Patrick Petauton le 25 novembre 2017. dans La une, Souvenirs, Société, Histoire

Généalogie et légende familiale

Ce n’était que lorsque le soleil disparaissait derrière les collines, et qu’une douce quiétude vespérale s’installait dans sa maison ouvrant sur le haut cher, qu’elle nous parlait de son passé, Marie-Louise notre grand-mère.

Lorsqu’elle naquit en décembre 1893 dans le petit village d’Epineuil-le-Fleuriel, à la limite du Cher et de l’Allier, la bonne fée des berceaux devait être retenue ailleurs, car sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille bordé de miel et autres fils de soie.

Fille de Louis, journalier agricole, et d’Eugénie, elle épousa en novembre 1911, à 18 ans, son voisin Sylvain Denizard, qui trois ans plus tard devait tomber sous les balles allemandes quelque part dans la Meuse, et comme tant de ces jeunes poilus, y demeurer, où, on ne sait, loin des siens jusque dans la mort…

Ne pouvant représenter une charge supplémentaire dans une famille pauvre, elle dut envisager de trouver un emploi loin de sa terre natale. L’occasion lui fut fournie parHenry Guilhomet, riche propriétaire et employeur de son père, alors son garde particulier, qui la prit à son service comme domestique dans sa maison parisienne. C’est surtout de cela qu’elle nous parlait.

« Dame ! j’en ai vu du beau monde chez les Guilhomet ! »

Elle évoquait alors des souvenirs chargés à la fois de plaisir, de fierté et de mélancolie. Les somptueux dîners des Guilhomet fréquentés par nombre de princes, princesses russes, duchesses et comtesses ! résonnaient à nos oreilles enfantines comme autant de contes de fée.

L’argent ne manquait pas, disait-elle. Accompagnés des domestiques, Henry et son épouse partaient chaque année hiverner au soleil et partager leur vie entre spectacles et réceptions mondaines, c’est ainsi que Marie-Louise, petite paysanne, aurait eu l’opportunité de vivre à Nice plusieurs fois.

Elle nous confia plusieurs anecdotes.

Un matin où elle coiffait Madame Guilhomet, elle fut intriguée par un tableau suspendu au-dessus du miroir et n’hésita pas à demander à sa patronne ce qu’il représentait. Celle-ci lui expliqua qu’il évoquait une scène de la vie paysanne en Russie ; un ouvrier agricole était knouté pour avoir mal travaillé. Profondément choquée par de telles méthodes, notre grand-mère qui n’avait pas sa langue dans sa poche fit part à sa maîtresse de son peu de respect pour ce pays bien peu civilisé à ses yeux, et la conversation aurait pu s’envenimer si Madame Guilhomet n’avait eu une parole forte pour couper court : « Marie-Louise ! Espèce de bolchevique ! » dit-elle en lui arrachant la brosse à cheveux des mains.

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