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Le Cimetière marin au boléro, un commentaire du poème de Paul Valéry, Michel Guérin

Ecrit par Pierre Windecker le 20 mai 2017. dans La une, Littérature

éd. Encre marine, janvier 2017, 160 pages, 19 €

Le Cimetière marin au boléro, un commentaire du poème de Paul Valéry, Michel Guérin

Le titre doit être entendu simplement « dans la langue des peintres » : « comme Vermeer a peint La Jeune fille à la perle ou Matisse un Intérieur au violon ». Aucune superposition à chercher, donc, entre le ballet de Ravel et le poème de Valéry, aucun échange sémantique, aucun commerce de contenus. Mais seulement l’essai, par le commentaire, de « les faire entendre ensemble », de « les mettre en situation de se faire écho en nous » (p.37-38). Cet écho tout simple susurre à l’oreille que le sens, dans le poème, advient par la musique et la danse, le rythme et le mouvement.

Mais ne nous y trompons pas : la modestie du rapprochement place en réalité la barre très haut. De quoi s’agit-il en effet ?

Certes, il s’agit de suivre de sizain en sizain Le Cimetière marin comme une véritable expérience poétique. C’est-à-dire comme une expérience de vivre, mais qui ne se traverse et ne s’accomplit que dans la fabrique (la « composition » dirait Valéry) d’un dire poétique. En guise de rappel, même si ce n’est pas le sujet, il faut bien la résumer en quelques traits grossiers. Tout commence, depuis le site du cimetière marin, par un spectacle (celui de la mer et du ciel) tellement saturé d’être qu’il semble exclure le spectateur. Mais celui-ci, peu à peu, s’insinue, s’élève, gagne son altitude intérieure, lance au ciel de Midi le défi de sa propre fragilité. Mortel qui regarde et médite auprès des tombes, il lui faut repousser l’attirance morbide d’un ersatz de vie qui serait « l’immortalité ». Dans une décision soudaine, alors que la conscience, inquiète, pouvait encore hésiter à s’égaler à l’Etre dont elle est le défaut (comme on dit le défaut de la cuirasse), le corps, mon corps, court vers la mer pour y plonger. Il sait, lui, et me fait savoir qu’il vit du commerce du monde, « (fricotant) derme à derme avec la mer, échangeant sueur contre sel » (p.143).

Mais s’il ne s’agissait que d’aller chercher quelque chose qui serait censé être le sens du poème, ce ne serait rien encore, et cela se ferait évidemment sans le soutien du boléro. Ce qu’il faut, c’est autre chose : faire entendre comment les expériences du vivre, et les péripéties du sens avec, ont besoin de se caler sur l’ostinato de la cellule rythmique du poème – le sizain – et de suivre le crescendo qui l’emporte du calme du premier à l’explosion du dernier. Et pour cela, il faut que le commentaire aussi participe de la danse et du poème. Le poème, avec le boléro (son boléro ?) tapi dans un coin, est là comme une partition qu’on ne peut interpréter qu’en artiste.

Entendons-nous. L’essai de Michel Guérin ne cherche pas un instant à s’installer dans le genre poétique. On pourrait dire qu’il fait le nécessaire pour s’en préserver. Mais il commente un poème bourré de philosophèmes portés à leur incandescence sensible et poétique par un commentaire, littéraire et philosophique à la fois, qui ne cesse lui-même de poétiser au détour de chaque phrase. Et de mener la danse, d’un court chapitre au suivant (chacun commentant un sizain), entraînant le lecteur selon un rythme libre, impétueux, dans un mouvement rapide, qui insiste, opère des voltes sur lui-même et avance résolument, conjuguant la surprise avec la nécessité, jusqu’à l’éclat final.

Après les primaires de la gauche

Ecrit par Pierre Windecker le 04 février 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

(et petite parenthèse sur le système électoral français)

Après les primaires de la gauche

Ainsi, Hamon prend dans l’enthousiasme et assume avec témérité le risque de trois éventualités.

Ou bien il ne parvient pas à faire l’union avec Jadot et Mélenchon, et il ne réussit qu’à mettre en danger la candidature de Macron, c’est-à-dire à favoriser celle de Fillon. Ou bien il obtient d’eux cette alliance, et il peut bien arriver alors qu’il devance Fillon et se trouve en face de Le Pen au deuxième tour. Là, ce sont à nouveau deux possibilités. La première, qu’on n’a évidemment pas le droit d’exclure dans cette configuration, est qu’il perde, et que le FN parvienne au pouvoir, se renforçant au passage d’une partie de la droite. La deuxième est qu’il gagne et entreprenne d’appliquer un programme qui aura recueilli au mieux 30% des voix au premier tour. On a vu avec Chirac II, Sarkozy et Hollande (et on pourrait bien voir la même chose avec Fillon) à quelle déroute cela mène, sinon en tout temps, du moins dans le moment politique où nous sommes.

Pour résumer les choses avec une brutale simplicité, Hamon envisage sérieusement d’œuvrer à la victoire de Fillon, à celle de Le Pen, ou encore à un désastre pour lui-même si d’aventure il parvenait à gouverner.

 Quant à Jadot et Mélenchon, ils ne semblent pas se précipiter pour chercher un accord avec Hamon. Pour l’heure, ils font donc comme s’ils avaient choisi Fillon.

(Parenthèse. Ce qu’il faut se demander, c’est pourquoi les « politiques » (et leurs sympathisants) se comportent ainsi comme des enfants capricieux. [Parenthèse dans la parenthèse. Les noms propres, ici, désignent en fait des élans collectifs, des mouvements de sympathie. « Hamon » c’est évidement Hamon, ses soutiens et tous ses électeurs de la primaire, etc. Dans ce qui suit, je continuerai de faire comme s’il n’y avait que les têtes d’affiche : ce sera plus simple, et il sera facile de transposer l’analyse à tous les noms qui pourraient figurer aussi en petits caractères sur l’affiche, c’est-à-dire à tous les sympathisants, à des gens comme nous tous.] Retour à la première parenthèse. Si les politiques (ne parlons plus de leurs sympathisants) se comportent comme des enfants capricieux, il n’est pas vraisemblable que cela ne tienne qu’à eux : ce sont les institutions qui ont opéré leur sélection naturelle et les ont poussés à se formater selon un certain schéma. On ne doit donc pas se cacher à quel point le système électoral pèse sur le fonctionnement et le « positionnement » des partis les uns par rapport aux autres, forçant certaines alliances, en excluant d’autres, et, pour cela, poussant tantôt à maximiser les « petites différences » (Hollande), tantôt à chercher au contraire à produire réellement les écarts les plus « clivants » (Sarkozy, Fillon, Montebourg, Hamon). Dans ce jeu, il ne s’agit au fond que secondairement de s’assurer ce qu’on pourrait appeler des rentes de circonscription, même si l’on ne doit pas occulter cette dimension. Il s’agit d’abord, tout simplement, de savoir comment gagner de l’audibilité (et de cette « visibilité » qui va avec), comment assurer à sa parole les espaces, les occasions, la force et l’autorité dont elle a besoin, en bref comment pouvoir occuper des tribunes, car il n’y a pas de politique sans cela. Mais, medium is message, ce sont ces tribunes, ou plutôt la manière dont elles doivent être conquises et conservées, qui imposent à ces paroles leur adresse et leur forme, et finalement, à travers elles, une part de leur contenu. Et, toujours medium is message, cela tend à faire de ces paroles, au lieu de vrais mots d’ordre qui pourraient décider d’un ordre du jour effectif, avant tout de simples messages chargés de porter le témoignage identitaire (pour ne pas dire narcissique) des appartenances et des filiations partisanes. Je ne développe pas : les institutions françaises ne paraissent pas très bonnes. Il faudrait regarder un peu à côté. D’autres pays en ont sans doute de meilleures. Fin de la parenthèse).

Revenons aux primaires : et Valls ? Lui aussi se serait trouvé face aux mêmes dangers électoraux. Il lui aurait donc fallu, en choisissant le meilleur moment, se rallier à Macron s’il voulait éviter Fillon.

Savoir croire et savoir vivre

Ecrit par Pierre Windecker le 06 juin 2015. dans Philosophie, La une, Littérature

« La croyance de A à Z – Michel Guérin »

Savoir croire et savoir vivre

La croyance ? « Un des plus grands mystères de la philosophie » disait Hume. Et pour nous, en ce début de siècle ? Nous pouvons répondre aussitôt : un des plus grands problèmes qui se posent à la politique, à la civilisation, à la vie. Pas un problème scolaire, une urgence existentielle, où se joue le destin humain, au plan d’un monde qui a fait le plein comme dans l’intimité de chacun. Partout fleurissent des pathologies de la croyance (et de l’incroyance) : complotisme, négationnisme historique ou scientifique, manifestations fantasques de crédulité. Au fond de toute cela, nous entrevoyons la menace la plus grave : la croyance semble emportée par deux vertiges extrêmes et de sens opposé : par la déprime mélancolique de qui « ne croit plus à rien » et par la fureur maniaque du fanatique meurtrier.

Comment prendre ce problème à bras le corps ? L’essentiel est d’écarter les obstacles. Avant tout, ne pas opposer la croyance au savoir, comme si celui-ci avait à faire table rase de celle-là. Croire n’est pas la conséquence d’un manque de savoir, ni d’un manquement au savoir, c’est simplement la réponse immanente que l’on donne au mouvement de vivre : c’est toujours un acte de croyance, gestuel et charnel, différent selon chacun, que de se lever le matin. En suite de quoi bien sûr, on ne doit plus chercher à peser les croyances sur la balance de la vérité. Plutôt que de « croyances vraies » ou de « croyances fausses », c’est de « croyances saines » (légères, fluentes, compagnes du doute) et de « croyances malades » (lourdes, indurées, fanatiques) qu’il faut parler : si les croyances intéressent la vie, c’est à peine parler par métaphore que de les partager sur cette ligne. Enfin, puisqu’on vit de la croyance, il est de croyance saine, quelles que soient les alarmes que ses extravagances peuvent nous donner, de ne pas se laisser aller à la dénigrer, mais de s’inquiéter surtout de voir comment la soigner et la sauver par une démarche attentive à relever aussi ses tours les plus heureux.

Or, quoi qu’on fasse, un traité systématique de la croyance pourrait apparaître encore comme une manière de chercher à s’en excepter soi-même pour lui régler son compte du point de vue d’un savoir. Par là, on risquerait de renforcer la détresse présente du croire par une autre croyance, prenant la première pour objet, mais tout aussi dépressive. Mieux vaut donc parler de ce problème lourd avec légèreté, et en refusant de faire trop vite système. Quoi de mieux pour cela que la forme de l’abécédaire ? Pour aider la croyance à « s’aérer » loin des miasmes et tout en évitant l’angoisse de l’apnée, les chemins buissonniers conviennent mieux que des autoroutes à glissières de sécurité. Mais ne nous y trompons pas : les analyses tiennent ensemble, s’éclairent mutuellement, et frayent une voie de recherche. Et les entrées ne sont pas dictées par les hasards de l’alphabet, mais choisies pour ce qu’elles permettent de dire. L’enjeu, en effet, ce n’est rien de moins que de dessiner à grands traits la carte d’une anthropologie philosophique de la croyance. Mais l’ordre conserve la contingence nécessaire pour laisser le lecteur libre de choisir son itinéraire (de lecture et d’interprétation) et de conclure, si l’on peut dire, comme il croit opportun pour lui de le faire. Il peut d’ailleurs tout simplement dévider le fil, et aller de l’Automate au Zapping, en passant par le Bonheur, le Conte, Dieu, l’Espoir et l’Espérance, la Foi, le Goût, l’Histoire, l’Imagination, le Jeu, le Kred, la Libido, le Monde, le Nihilisme, l’Opinion, la Politique, Que suis-je ?, la Religion, le Scepticisme, la Tolérance, les Us et coutumes, le Veau d’or, When (is art) ?, la Xénophobie, le Yin et le Yang.

Réflexions sur le procès du Dr Bonnemaison, (précédées d’un Hommage à mon père ou des Mémoires d’un parricide ?)

Ecrit par Pierre Windecker le 14 juin 2014. dans La une

Réflexions sur le procès du Dr Bonnemaison, (précédées d’un Hommage à mon père ou des Mémoires d’un parricide ?)

Mon but est ici de confronter aux principes juridiques qui orientent l’interprétation des lois les faits qui ont conduit le Dr Bonnemaison aux Assises après avoir provoqué sa radiation de l’Ordre des Médecins. L’interprétation du droit est, en effet, inséparable de son application. C’est la raison pour laquelle le juge, toujours à la recherche du sens de la loi qui pourra la préserver de l’injustice (et ce sens peut se trouver parfois en décalage apparent avec sa signification obvie), se trouve toujours au centre de l’interprétation du droit, et souvent en position d’éclaireur par rapport une avancée législative devenue nécessaire et qu’il ne lui appartient pas de faire.

        Mais précisément parce que le sens du droit se joue dans son application aux faits, il m’est impossible de me situer ici d’emblée sur plan des principes. Je ne peux éviter un détour narratif à travers une expérience personnelle. Si, en effet, un verdict venait simplement confirmer la qualification criminelle des actes reprochés au Dr Bonnemaison, seule la prescription des faits m’éviterait d’être moi-même, aux yeux de la loi, l’auteur d’un parricide aggravé par l’état de faiblesse de la victime.

Nous sommes en 1982. Mon père, âgé de 82 ans, est atteint de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années. Sa mémoire est limitée à l’unité temporelle de la phrase ou du geste. Il ne répète pas le geste parce qu’il en voit le résultat. Mais il répète indéfiniment la phrase, tant qu’on ne détourne pas son attention, parce que le sens advenu n’est déposé dans nulle archive. Se sentant en décalage dans les conversations et les situations, il tend à s’enfermer dans un mutisme presque complet.

        Par ailleurs, il se déshydrate et se dénutrit, n’éprouvant presque plus la faim ni la soif. Il faut, comme on dit, le « forcer », par des admonitions sanitaires et des encouragements moraux qui sont surtout le véhicule d’un chantage au sentiment, à boire et à manger. Veut-il, au retour d’un voyage en train sous la chaleur de l’été, s’arrêter pour boire quelque chose au buffet de la gare ? La réponse est chargée d’étonnement, et même de révolte, devant l’ingénuité confondante de la question : « Mais qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ?! ». Au vrai, il n’a plus de goût à rien, ni d’intérêt pour rien.

        C’est dans ce contexte qu’un affaiblissement cardiaque est diagnostiqué au début de l’été. La pose d’une pile est proposée comme une urgence vitale. Mon père ne dit rien, n’acquiesce pas et ne proteste pas. Mais personne ne lui demande non plus formellement de prendre une décision : on hésiterait à tenir pour « décision » une réponse donnée à une question, quand la réponse et la question elle-même seront oubliées l’instant d’après. Ce n’est donc pas lui, mais ma mère, ma sœur et moi qui consentons à la pose de la pile, non sans éprouver de doute sur la légitimité de ce que nous faisons.

La vie en grand

Ecrit par Pierre Windecker le 29 juin 2013. dans La une, Education, Culture

A propos de l’exposition du Museum consacrée aux grands dinosaures

La vie en grand

Se livrer à une critique négative n’est pas seulement désagréable : cela crée aussi une dette. Ce petit billet est une manière de m’acquitter de celle que j’ai contractée en exerçant dans Reflets du temps une critique suspicieuse à propos de l’exposition du Museum Au fil des araignées.

Pour résumer d’un mot, je m’y inquiétais d’une débauche d’interactivité ludique qui faisait de l’ombre à des explications déjà par elles-mêmes trop dispersées et, par-là, trop fuyantes. Un processus anti-didactique me paraissait travailler dangereusement le dispositif et l’itinéraire de l’exposition et en subvertir en partie l’intention.

La visite de l’exposition La Vie en grand – à l’intention des mêmes petits-enfants, n’ayant grandi depuis que d’un an – me donne cette chance : pouvoir parler favorablement cette fois du travail du Muséum, tout en ayant le sentiment de lui rendre justice.

Je conserve intacts mes doutes à propos des écueils sur lesquels butait l’exposition précédente. Mais la nouvelle exposition permet de replacer l’autre dans la continuité d’un effort didactique et muséal qui, malgré des erreurs toujours possibles, peut mériter approbation et, pourquoi pas aussi, quelque admiration.

On doit d’abord reconnaître un mérite partagé en fait par les deux expositions (et par bien d’autres antérieures), mais qu’il m’avait paru hors de propos de signaler dès lors que c’était la pertinence didactique elle-même qui faisait problème : ces expositions sont en soi de pures réussites esthétiques, tant par leur art de « l’installation » que par celui dont elles font preuve dans l’utilisation des ressources techniques classiques (mécaniques) ou technologiques récentes (numériques).

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Ecrit par Pierre Windecker le 22 décembre 2012. dans La une, Education, Actualité, Société

(Best of 2012) EDUCATION: L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Que ceci soit dit d’abord : j’adore le Jardin des Plantes du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. L’enfance – la mienne, celle des mes enfants et celle de mes petits-enfants – m’y ramène sans cesse, guidant les jambes et réveillant les émotions. J’aime cette longue esplanade qui s’ouvre comme les fleurs dont elle est constellée, ces allées d’arbres rêveuses et à demi cachées, ces serres où la végétation explose, ces bâtiments recelant un passé parfois en coma dépassé, si bien ramené à la vie par l’imagination de Tardi. J’ai aimé toutes les affiches créées par le Muséum. Je n’aborde jamais une exposition abritée dans ses locaux – qu’il s’agisse de la vie dans les abysses ou des fresques de la route de la soie - sans éprouver d’avance la douceur d’une jouissance assurée. L’humeur étant celle-là, les préjugés sont, forcément, toujours favorables.

C’est au point qu’il m’a fallu visiter avec mes petits-enfants deux expositions destinées principalement aux enfants pour comprendre. Après l’exposition A l’Ombre des dinosaures, peut-être avais-je éprouvé une petite déception, mais sans chercher à m’interroger davantage sur ses motifs. Mais en sortant d’Au Fil des araignées, c’est tombé comme une évidence, simple, carrée, indiscutable, excessive aussi sans doute, mais seulement dans sa formulation littérale : si on faisait comme ça à l’école, il n’y a pas photo, les enfants n’apprendraient rien. Ce serait presque comme si l’on fermait boutique.

L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Ecrit par Pierre Windecker le 19 mai 2012. dans La une, Education, Actualité, Société

L'anti-didactique à l'oeuvre ?

Que ceci soit dit d’abord : j’adore le Jardin des Plantes du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. L’enfance – la mienne, celle des mes enfants et celle de mes petits-enfants – m’y ramène sans cesse, guidant les jambes et réveillant les émotions. J’aime cette longue esplanade qui s’ouvre comme les fleurs dont elle est constellée, ces allées d’arbres rêveuses et à demi cachées, ces serres où la végétation explose, ces bâtiments recelant un passé parfois en coma dépassé, si bien ramené à la vie par l’imagination de Tardi. J’ai aimé toutes les affiches créées par le Muséum. Je n’aborde jamais une exposition abritée dans ses locaux – qu’il s’agisse de la vie dans les abysses ou des fresques de la route de la soie - sans éprouver d’avance la douceur d’une jouissance assurée. L’humeur étant celle-là, les préjugés sont, forcément, toujours favorables.

C’est au point qu’il m’a fallu visiter avec mes petits-enfants deux expositions destinées principalement aux enfants pour comprendre. Après l’exposition A l’Ombre des dinosaures, peut-être avais-je éprouvé une petite déception, mais sans chercher à m’interroger davantage sur ses motifs. Mais en sortant d’Au Fil des araignées, c’est tombé comme une évidence, simple, carrée, indiscutable, excessive aussi sans doute, mais seulement dans sa formulation littérale : si on faisait comme ça à l’école, il n’y a pas photo, les enfants n’apprendraient rien. Ce serait presque comme si l’on fermait boutique.

Tout ce dont vous vous doutiez à propos de l'économie sans avoir jamais su ou osé (vous) le dire

Ecrit par Pierre Windecker le 20 janvier 2012. dans Monde, La une, France, Politique

Tout ce dont vous vous doutiez à propos de l'économie sans avoir jamais su ou osé (vous) le dire

 

A propos d’André Orléan, L’Empire de la valeur, Seuil, 2011

 

 

Vous avez l’impression de ne pas comprendre grand-chose à l’économie et d’être trop souvent d’accord avec le dernier article que vous avez lu sur le sujet et c’est, il faut l’avouer, par les temps qui courent, une impression désagréable pour le citoyen du monde. Pourtant, vous êtes persuadé qu’il n’y a rien de mystérieux là-dedans. Vous êtes convaincu que les processus les plus complexes de l’économie financière se ramènent à une logique très simple, qu’on peut appeler spéculative : c’est une logique paradoxale, qui contraint ceux qui lui sont soumis à prendre leurs décisions à chaque instant en fonction d’anticipations de l’avenir qui résultent des conjectures qu’ils forment sur les anticipations des autres… dont ils savent, évidemment, qu’elles sont établies de la même façon. Vous êtes également convaincu que ceux qui utilisent cette logique (les détenteurs de capitaux) ne le font pas d’abord pour allouer des biens au service du public, mais pour leur profit.

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

Ecrit par Pierre Windecker le 02 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Education

Enseigner les droits de l'homme, une contradiction performative ?

 

Un article de Léon-Marc Lévy dans Reflets du temps montre qu’il serait vain de vouloir transmettre la compréhension et le souci des droits de l’homme sous la forme d’un enseignement qui leur serait expressément dédié. La transmission scolaire, ici, ne peut être qu’oblique, s’effectuant par l’enseignement de savoirs critiques d’une part, par la vie de (et dans) l’institution scolaire de l’autre.

Mais demandons-nous un instant ce que pourrait être un « enseignement des droits de l’homme ».

Tout droit est ce qui permet la transposition d’un conflit potentiel sous la forme d’un litige susceptible d’être réglé, c’est-à-dire de recevoir une solution partielle, relative, fondamentalement problématique, mais acceptable tout de même, au nom de la justice, par toutes les parties en cause. Les droits de l’homme, au premier abord du moins, ne portent pas trace de cette conflictualité qui rend le droit possible et nécessaire : ils apparaissent plutôt comme une totalité harmonieuse, chaque droit pouvant se déduire de l’autre dans une évidence continuée : c’est ainsi que la propriété, ou la faculté de résister à l’oppression, se déduisent aisément de la liberté.