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RDT / 68 - Jours de Mai, Jean-Baptiste Harang

Ecrit par Stéphane Bret le 26 mai 2018. dans La une, Actualité, Histoire

Verdier, février 2018, 109 pages, 13,50 €

RDT / 68 - Jours de Mai, Jean-Baptiste Harang

Jours de Mai n’est pas une histoire détaillée de Mai 68, ni une tentative d’élucidation des significations de ce mouvement, imprévu, multiforme. Non, c’est une série d’articles, un par jour, sur le mois de mai, écrits dans Libération cinquante ans après l’événement. Chaque article d’une journée est accompagné d’une mini-revue de presse de l’époque, et c’est pour le moins comique. Ainsi apprend-on que le 5 mai, Le Figaro s’émeut de l’inconduite de ces manifestants : « Etudiants, ces jeunes ? Ils relèvent de la correctionnelle plutôt que de l’Université ». Ce même jour, Georges Pompidou et Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, visitent la ville historique d’Ispahan, en Iran. Le 7 mai, Alain Geismar annonce « Nous sommes prêts à négocier avec le gouvernement », tandis que la presse annonce l’ouverture de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis en construction depuis quatre ans. On trouve d’autres détails, révélateurs, de la tension sociale de cette époque, déjà perceptible depuis un an ou deux. Les ouvriers de Sud-Aviation séquestrent leur patron, Monsieur Duvochel, qui sera libéré quelque temps plus tard.

Autre anecdote piquante : un jeune secrétaire d’Etat, un « jeune loup » de l’UDR (les Républicains de l’époque) négocie secrètement avec la CGT pour arrêter la grève qui concerne alors plusieurs millions de salariés. Ce jeune ministre s’appelle Jacques Chirac ; certains affirment à ce moment qu’il se serait rendu au lieu de rendez-vous muni d’un revolver. Tout l’ouvrage de Jean-Baptiste Harang est ainsi composé, surfant entre l’événement de chaque journée, manifestations, prises de paroles, débats improvisés de l’Odéon ou de la Sorbonne, prises de positions de leaders syndicaux, et un rappel des éléments du décor de l’époque, de l’ambiance de la France gaullienne engourdie dans un certain conservatisme. La France de l’ORTF, dont les titres du journal télévisé sont écrits au ministère de l’Intérieur… Il y a beaucoup d’ironie engendrée par le mode de rédaction des articles de Jean-Baptiste Harang : ainsi constate-t-il que la Conférence de Paris qui a lieu avenue Kléber ne sera pas trop perturbée par les événements. En ce temps-là, il y avait la guerre au Viêt-Nam, Aragon était chahuté par les étudiants de la Sorbonne. Le 13 mai, on scandait « Dix ans ça suffit ! De Gaulle au couvent ! ».

Jean-Baptiste Harang nous rappelle que cette période va célébrer ou commémorer, c’est selon l’importance donnée à ce moment dans notre histoire, son cinquantenaire. Il nous replonge dans l’esprit de l’utopie, il nous fait entrevoir à nouveau tous les changements qui ont, depuis, impacté la société française. Et oui, Jean-Baptiste, cela nous rajeunit pas mal…

 

Stéphane Bret

 

Recension déjà publiée dans La Cause littéraire

 

Jean-Baptiste Harang est écrivain et journaliste. Il a obtenu le prix du Livre Inter pour La Chambre de la Stella, en 2006.

Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan

Ecrit par Stéphane Bret le 25 juin 2016. dans La une, Histoire, Littérature

Gallimard, mai 2016, 131 pages, 10 €

Tout a une fin, Drieu, Gérard Guégan

avec autorisation de la Cause littéraire

Ce n’est pas une biographie de Drieu la Rochelle que nous livre Gérard Guégan. Non, dans ce livre où apparaît sur la couverture le mot « fable » en-dessous du titre, c’est une apostrophe adressée à l’écrivain, dont les passages en italique peuvent refléter les différents états de conscience de Drieu, ou ceux du rédacteur de la fable, lui-même. L’ouvrage se focalise plus spécialement sur la période 1944-1945. Il débute au moment qui suit la première tentative de suicide de l’écrivain, survenue en août 1944, au luminal. L’ouvrage de Gérard Guégan tente d’éclairer l’attitude de Drieu, face au fascisme, au communisme, à la littérature, et il y parvient en confrontant l’écrivain avec des personnages issus de la Résistance, qui procèdent à son interrogatoire, avant sa mise à mort, que Drieu croit inévitable en raison des circonstances.
C’est le choix, entre fascisme et communisme, qui suscite les propos les plus significatifs, on sait que Drieu a longtemps hésité entre ces idéologies avant de basculer au mitan des années Trente, vers le fascisme : « C’est bien là la faiblesse des fascistes. Il leur faut constamment dialoguer avec d’imaginaires forces invisibles. (…) Tout autres sont les communistes de chez Staline qui dédaignent l’abstraction, qui honnissent le mysticisme. Avec eux, un innocent doit se déclarer coupable dans le seul but d’innocenter le tribunal qui va le rayer de l’histoire ».
Un autre aspect sur les prises de position de Drieu est soulevé ; il n’est pas moins significatif et concerne l’attitude de Drieu vis-à-vis de l’antisémitisme. On sait que Drieu a, dans sa jeunesse, publié un essai intitulé Mesure de la France, dans lequel il apparaît très philosémite : « Je te vois tirant et mourant derrière le tas de briques ; jeune Juif, comme tu donnes bien ton sang à notre patrie ». L’un des interrogateurs, Maréchal, tacle Drieu sur ce point, en évoquant un personnage de l’un des romans, Gilles : « Quoi qu’il en soit, avec Carentan, on tient peut-être la clé de votre antisémitisme. (…) C’est Carentan qui s’adresse à Gilles : Je ne peux pas supporter les Juifs parce qu’ils sont par excellence le monde moderne que j’abhorre. Mais le monde moderne, s’exclame Drieu, c’est moi, et le Juif, c’est encore moi ».
Le récit de Gérard Guégan nous fait découvrir, ou redécouvrir, la vie et l’œuvre de Pierre Drieu La Rochelle ; il s’insinue avec grande efficacité dans les méandres de sa conscience et le juge avec recul et lucidité, même si ce tribunal est imaginaire.



Gérard Guégan est l’auteur de très nombreux romans et essais, parmi lesquels : Dictionnaire du cinéma, Éditions universitaires, 1966, Debord est mort, Le Che aussi. Et alors ? Embrasse ton amour sans lâcher ton fusil, Cahier des saisons, 1995, La Demi-sœur, Grasset, 1997, Les Irrégulières, Flammarion, 2001, Ascendant Sagittaire, Parenthèses, 2001, Qui dira la souffrance d’Aragon ? Stock, 2015, Tout a une fin, Drieu, Gallimard, 2016.