Présidentielles ; noir, c’est noir

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 mars 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Présidentielles ; noir, c’est noir

…Chantait Johnny, bêlant, là-dessus, un « il n’y a plus d’espoir », si j’ai bonne souvenance… Atmosphère…

…Noir, bien sûr, comme ce qui qualifie l’offre formidablement déroutante, la période, les questions sans réponses ; des points d’interrogation, en guise de seule ponctuation. Noire, la couleur de tout, de matines en JT du soir (si, d’aventure, on ne prend pas les infos de midi, on perd le fil). Noir-suie ; genre on voit rien, on respire mal (vraiment loin de l’Outrenoir du Seigneur Soulages).

Chacun s’accorde à en convenir : nous sommes dans la campagne électorale la plus sombre, indécise, la plus ahurissante, grotesque et par moments pitoyable, de la Vème République. Drôle de tableau pochoir coloré quasi uniquement au « contre ça », la menace FN, bien entendu.

Un couloir de cave, mal éclairé, aux pavés disjoints ; des chausse-trappes à gogo, partout, et en guise de sol, du glissant, du moisi… une odeur, je ne vous dis pas ; mais où-c’est-y-que je m’en vais poser mes cartons d’archives – moi, qui émerge à peine de mon déménagement, ça m’inspire…

Vous, je ne sais pas, moi, j’ai un mal fou à me repérer dans la chose, pour tout dire, à certains moments, je n’y vois goutte. Dans un peu plus de 40 jours, les urnes ! C’est peu dire que c’est bien ma première année d’électrice vaccinée, où j’en suis là (« tombée là » disait-on chez moi) : un mélange d’épuisement, de lassitude intense, d’absence de route en vue ; une espèce de coupure nette dans l’arrivée d’énergie, moi, dont la passion pour la chose publique était d’ordinaire à un niveau plutôt de bon aloi, en intérêt, voire en enthousiasme, quand sonnait l’heure des Présidentielles en partance. Bernique, tout ça ; oublié, loin dans des siècles passés. J’ai comme l’impression, parfois, qu’il ne manque plus que le service psychologues pour traumatisme, auprès de nos hésitations et de notre désarroi parkinsoniens.

Cul par dessus tête, la temporalité de la campagne, et c’est peut-être là que siège une partie du malaise – le mien, c’est sûr. Une autre dimension. Quelque chose d’un voyage intergalactique, ses troubles, et par pulsions, sa bizarre et dangereuse euphorie. Une musique contemporaine, aussi, sérielle, par moments, tuant certaines oreilles, en ravissant d’autres. Assurément, guère harmonieuse. Coups d’accélérateurs – on s’en souvient à peine – depuis le « se présente ou pas » du Président, suivi de son renoncement début décembre (combien de jours, au fait, cette Préhistoire là ?) ; symphonie – concertante, je n’oserai dire – des Primaires de la Droite. Résultats à la hauteur des amateurs d’émotions fortes. Primaires de la gauche, dans la foulée. Re-résultats ; re-grand huit des manèges. Valls au cœur de la tourmente ; mais, Valls, qui s’en souvient à c’t’heure… ? Et puis le roman Fillon ; mieux que les « mystères » d’Eugène Sue le feuilletoniste ; même process, l’écriture au jour le jour du suspense du moment… la totale du manège. En une pincée de jours – autour de 30, pas plus – tout le « plus belle la vie » d’un quinquennat entier, ses personnages, ses presque morts, puis résurrections fulgurantes, ses répliques « tellement vraies » : « mais c’est qu’ils vont me le faire suicider ! » frissonnait une vieille voisine au fond de mes bois de Corrèze… Dans une même journée, des retournements dignes d’Agatha ; démissionne, renonce, s’accroche (et se ré-accroche), plan B, C, que sais-je ; tous les mardi, un Canard, tous les soirs, un C dans l’air vibrant… elle est pas belle la vie du militant de gauche, donné mourant, il y a peu, qu’en peut plus de ce Noël juste un peu en retard ! C’est vrai qu’on s’amuse, jusqu’au moment – pile – où on s’arrête de rire devant ce passage imminent de la démocratie (la nôtre aussi, bigre) dans son cercueil. Quant à la Droite « raisonnable » des alternances, celle de gouvernement, celle des Institutions respectées et du pouvoir judiciaire reconnu, je ne vois guère plus que Juppé pour tenter de lui correspondre, et ce jour, je l’en remercie.

Si encore, à Gauche… mais, là, non, le miracle ne cause plus. Ni Mélenchon et ses troupes dans le formol, malgré la chaîne YouTube, ni le PS ramené aux frondeurs en partance pour le Congrès, sauf que ce sont des Présidentielles. J’ai quelquefois voté – en Congrès – pour l’ami Benoît, ses motions, ses rêves plutôt bien construits… Dans 30 ans, on peut en reparler.

Pour lors, que reste-t-il en magasin ? Un étal bringuebalant de lendemains de guerre – on attendrait la demande du ticket de rationnement. Mais, enfin, direz-vous, que faites-vous du vote Macron, du produit jeune, branché, innovant, transgressif et j’en passe ! le seul possible, ses grandes jambes « en marche » tentant le grand écart Droite – vous avez dit, raisonnable ! – Gauche des possibles. Désolée, pour lors, le bulletin m’apparaît peu lisible, brouillé, séduisant seulement par sa sauce (Jean-Jacques Servan Schreiber, on s’en souvient ? seconde mi-pente du siècle dernier) mi-y-a-du-bon dans tous les partis, mi-société civile, arrimé par un vibrant : tentons une fois de plus le bon vieux Centre.

 Même dans cette disette en passe de famine dans notre camp, attendons quand même de lire à tête reposée le programme, ses inévitables contradictions, peut-être ses bonnes surprises. Mais chèque en blanc, non. Acheter à défaut, une fois de plus ; gare ! Attendons donc avant d’acquérir – de louer, plutôt – la boutique.  Restons vigilants, attentifs, préoccupés du fond de l’affaire, capables de comparaisons et de convoquer l’Histoire. 40 jours encore, et puis le duel du second tour. Dans cette curieuse temporalité actuelle, il est urgent d’attendre. Je n’ai pas dit, mais vous l’aurez compris, de s’apprêter à s’abstenir ; la pêche n'étant guère notre sport, à nous, vieux militants des lendemains qui chanteront peut-être.

 Pour lors, sous le pont de notre vie politique, coule la Seine d’Apollinaire. A ce jour, rien à faire, c’est encore largement noir, à moins que gris foncé – bien belle chanson de l’ami Goldman, celui, on s’en souvient, du Changer la vie… D'aucuns agitent un futur de recomposition de la vie politique ; encore une autre chanson.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (2)

  • bernard péchon pignero

    bernard péchon pignero

    12 mars 2017 à 19:09 |
    Bien entendu chère MPL (voir commentaire sous chronique Petauton) nous vivons une période sombre. Mais il y a toujours des raisons d’espérer sinon de se réjouir.
    - Que F.F se maintienne est un coup dur pour MLP.
    - Que B.H. introduise des réflexions utiles à long terme pour le PS en toute impunité puisqu’ il n’a aucune chance d’être élu, ce n’est pas mauvais.
    - Que F.H. soit le candidat possible qui ait fait le premier le choix de se retirer restera dans l’histoire. A.J. n’est qu’un suiveur à ce titre.
    - Que J.L.M ait fait la démonstration qu’une grande gueule ne suffit pas à accréditer un mélangé hétéroclite de bonnes et de mauvaises proposition fera date.
    - Qu’il ne nous reste que le jeune E.M . et son mouvement sinon parti éponyme n’est certes pas folichon mais il a de bons soutiens (énumération trop longue), il se soucie sincèrement de l’Europe et il a de très beaux yeux.
    - Que la lutte continue. Ben heureusement camarade !

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    11 mars 2017 à 13:13 |
    Oui, drôle de campagne que celle-ci, comme il y eut, de 1939 à 1940, une drôle de guerre…
    Hypothèse, « drôle », en vérité : et si les candidats, conscients du désamour dont il sont l’objet, cherchaient à séduire le peuple en le divertissant, au sens pascalien du terme ? Il s’agirait, en effet, d’introduire du spectacle (cf. Guy Debord, La société du spectacle, 1967 ou encore Roger-Gérard Schwartzenberg, L’état spectacle, 1977) dans la politique ; soit involontairement (les « affaires », Fillon), soit volontairement : Macron et ses shows à l’américaine, Mélenchon et le don d’ubiquité que lui confère son hologramme, voire – plus subtilement encore – Hamon et son « spectacle » à l’intérieur même du programme présenté : sa proposition, si tonitruante et si « glamour », d’un « revenu universel d’existence ».
    Baudrillard dit, dans un essai célèbre (De la séduction, 1988), que celle-ci consiste à faire scintiller quelque chose aux yeux du public cible : sidération – au sens de sidera, l’étoile – épatante et laissant sans voix les séduits en puissance… malheureusement le truc, le « gimmick », comme on dit outre-altantique, ne marche pas. L’électorat, fût-il « diverti », ne vote pas pour autant. Les sondages laissent prévoir un taux d’abstention record, inhabituel pour une présidentielle. La stratégie « divertissante » - si tant est qu’elle ait été vraiment choisie – a failli. A Rome, l’auctoritas, véritable mode de gouvernement à l’époque impériale, reposait sur la gravitas, le sérieux émanant du Prince. Un plaisantin, comme Néron, subit, après sa mort, une damnatio memoriae.
    Un « enfer » mariniste se profilerait-il à l’horizon de 2022 ?

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