Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 novembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

… 4%, dont dégouline chaque « une » – quotidien, hebdo, voire pseudo-journal-photos du coiffeur –, dont résonnent en étrange boucle tous – j’ai dit, tous – les 1/4 d’heure des radio-infos (du café du matin, qui vous sale la tartine de confiture, comme un coup de mer inattendu, au repas de 13h juste derrière le jeu des 1000 euro – écoutez bien, machin : quel est le président de la Vème république le plus mal en point dans les sondages ? Réfléchissez ! Mais machin n’en a pas besoin, il fuse, il sait, et lève le doigt comme le petiot de la maternelle : François Hollande ; salve d’applaudissements : il a gagné !

Qui n’imaginerait le président, par ces heures glaçantes ou brûlantes, ces mal-heur(e)s médiévaux, se lever le matin – bon sommeil, on en doute une miette – ouvrant sa boîte à infos perso – presque intéressé, au fond – en se demandant, si c’est le jour où il va se trouver en-dessous de 0% d’opinion favorable et enfin être sûr d’entrer dans les livres d’histoire…

Oui-da, le Hollande-Bashing le plus hard du quinquennat s’annonce en fanfare. Bruits de tous genres, du concours de pets malodorants aux restes de tonitruances quasi wagnériennes, en passant par toutes les imitations de cris d’animaux, saugrenus, dangereux, inconnus et peut-être même inventés de toutes pièces. De ci, de là, glisse la mielleuse fadeur d’un Mozart raté, en guise de peau de banane bien sûr. On se demande finalement comment ça tient, un Hollande, là maintenant, et on interprète la hargne perfectionniste qui l’accable, par des interrogations du type : – C’est pas vrai, pas encore mort ! S’agite encore, la bête ! Remettons-en une couche, qu’on en finisse enfin ! Et les pelles de s’abattre, de Droite, de Gauche – on en compte vraiment beaucoup, là : Hollande lâché par son camp, par les siens, la meute hurle contre le président… un livre, pour le coup, de tous ces titres alléchants. Que d’honneurs on lui fait finalement… Serait-il si gênant ? Si important, incontournable ? Sait-on. Dans les temps médiévaux ou de la si douce inquisition, n’en doutons pas, le bûcher fumerait dare-dare… l’hérétique Hollande… on hallucine.

L’accusation fulmine avec dans les mains deux – définitives – pièces à charge. Le fameux livre de confidences, dont je vous ai parlé dans une précédente chronique avec l’ire qu’on aura remarquée. Je maintiens à cette heure que l’absence de congruence historique quant au temps de parution du livre, est l’erreur majeure de l’affaire. En doublette avec cette non moins curieuse absence de volonté de relecture. Par contre, j’ai eu depuis l’occasion de lire de forts pertinents articles, ainsi que de très hauts débats Facebook, signalant que chaque élément « confié » était bien assorti de son contexte (ce dont je doutais). Résultat fort différent du coup et éclairage cru du côté tronqué des phrases ou bouts de conversation hachés, hors-contexte – ainsi, le fameux passage sur les magistrats, entre autres : en pleine affaire Taubira-savait-elle, il défend sa garde des sceaux, bec et ongles, arguments solides à l’appui. Difficile de l’appréhender hors du livre lui-même, convenons-en. Pour autant, le président bavasseur, jacassant au comptoir de la république sur un tel et l’autre, est-il défendable ? Je ne pense toujours pas. Mais la façon dont les médias ont alimenté le feu de jour en jour – pages ouvertes sous le nez – tendant le micro à tout ce qui arpentait le chemin, pour s’ébaudir sur ces « tronqueries », est plus qu’indélicat, c’est obscène. Manipulation, malhonnêteté intellectuelle ? Évidemment. Comment se prétendre, dès lors, encore favorables à une candidature d’honneur, à défaut de gagnable, d’un tel personnage ? Et, pour le président, comment ne pas faiblir dans son projet de candidature ? Si l’on ajoute – fabuleuse coïncidence – la valse des Concurrents se jetant sur l’aubaine en se voilant tout soudain la face – Cambadélis ? Bartolone ? Et pourquoi pas Valls (au jeu des chaises musicales, qui resterait en piste ?). Tous ont eu des propos où la honte le partageait au déshonneur, les larmes de déception nous aspergeant presque dans le bruit feutré des vestes se tournant à moins que ce soit ce chuintement des rats quittant le navire… Vous savez bien.

C’est alors qu’arriva « le » sondage qui tue ou devrait tuer. Porté par Le Monde, qui, sentant le fagot, s’empressa d’ailleurs de le nuancer dès parution. Rappel des chiffres ; se déclarent : Très satisfaits de la politique de F. Hollande, 4%. Pas satisfaits, près de 70%. Et… les ni-ni, Ni satisfaits, ni non satisfaits, 26%. Cette dernière catégorie jamais ou très peu utilisée en pratique sondagière, surtout politique, notons-le (mais on ne se voit pas plus être un ni-ni en matière de Danette, caramel surtout). Si on donne au camp des favorables la moitié des ni-ni, et la moitié aux autres, Hollande campe imperturbable sur son – petit – socle de 15 à 17%. Par ailleurs, ce très fermé (aristocratique) cercle des 4% ne contiendrait que des très satisfaits et non des satisfaits globaux. Si j’avais été sondée, j’aurais dit que j’étais plutôt satisfaite, ou satisfaite mais en aucun cas très satisfaite. Bref, le sondage bouffe ses Hollandais, et que dire des Hollandaises – quelles dénominations ridicules non porteuses de sens, au passage ! comme cuisses de grenouilles à la sauce bécasse…

A voir la malhonnête et fielleuse constance avec laquelle les médias (les occurrences du net parlaient d’elles-mêmes les jours suivant le sondage), de tous poils et toutes tendances, ont relayé et amplifié la chose. A entendre, à sentir presque physiquement ce rejet généralisé de la présidence, au point que le nom seul de Hollande provoque des rires gênés. A se trouver devant ce spectacle navrant – une fois de plus, une fois de trop – de jeu de massacre orchestré, ne laissant plus nul espace pour la réflexion politique, la pensée, l'observation du bilan – on ne dira pas objectif, mais honnête - et non le compulsif, le passionnel, l’émotionnel… On en vient – naturellement – à siffler la fin de la corrida. Trop, c’est toujours trop. Trop ne sert jamais à rien, qu’à limer toute capacité citoyenne qui ne peut qu’être mature… ce qu’on sait tous.

Des 4%, si je n’en suis pas – mathématiquement – je viens pourtant de soutenir l’appel à pétition un peu drolatique, beaucoup loyal et parfaitement réfléchi, qui circule, sous ce titre. Étant dans mes terres de Corrèze, donc les siennes, ces temps-ci j’entends dire que F. Hollande ne vomit pas son quatre heures chaque après-midi. Ce Culbuto de légende aurait donc encore quelques réserves…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (6)

  • Martine L

    Martine L

    06 novembre 2016 à 13:21 |
    En relisant le discours d'Albi de Jaurès ( que nous conseille D. Alloix) je dédie à notre président ce passage, non pour qualifier son quinquennat ; ce serait trop prétentieux, bien que non ridicule, mais plutôt pour inspirer l'avenir : «  …ces œuvres vastes en qui survit quelque chose de nous ... ». Désolée pour ceux du hollande bashing que cela fera plier de rire.

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    05 novembre 2016 à 14:18 |
    Je partage entièrement le contenu de votre chronique, et bien que n'étant absolument pas adepte des "théories du complot" (même s'il y eut de nombreux et tangibles complots dans l'Histoire), je dois dire que, dans cette "affaire des 4%", je me pose de bien curieuses interrogations. Première question : pourquoi les grands médias continuent-ils de parler de 4% de "satisfaits" (et non pas de "très satisfaits"), car moi non plus, si l'on m'avait sondé, je n'aurais pas fait partie de cette catégorie, mais - disons - des plutôt satisfaits, une catégorie habituelle dans les sondages et ici inexistante... ?! Seconde question : comment se fait-il que ce que je vais appeler "l'opération des 4%" eut lieu au même moment que le grand interview de François Hollande dans le Nouvel Observateur et qui devait être le point de départ d'une reconquête de popularité par le chef de l'Etat... ?! Troisième question : pourquoi n'est-il pratiquement jamais question dans les appareils médiatiques des nombreux aspects positifs (il y en eut aussi de négatifs - comment le nier ?) du bilan du quinquennat du président et de ses deux premiers ministres successifs ?! Complot politique... ? En fait, pour certains, sans aucun doute... Mais, pour la plus grande partie des médias, complot commercial avant tout, car le "bashing" cela se "vend" toujours extrêmement bien... ! En tout cas, si je suis sondé de cette façon un de ces jours prochains, je répondrais désormais que je suis... "très satisfait", et j'ai signé "L'appel des 4%" auquel vous avez fait allusion...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    05 novembre 2016 à 13:16 |
    Que les soutiens de François Hollande dépassent les 4% du dernier sondage, bien sûr ; que le « Hollande bashing » atteigne des sommets, suite au fameux livre de « confidences », certes (dernier qualificatif dénigrant en date, celui du New York Times du 29 octobre, le comparant – Halloween oblige – à un « mort vivant »). Mais ce mépris quasi généralisé, au-delà des ses excès et de ses injustices manifestes, veut quand même dire quelque chose. Hollande l’a, d’une certaine manière, suscité. Par ses hésitations – prudence facilement interprétable comme une faiblesse consubstantielle à une indécision chronique – Hollande a donné l’image d’un président constamment en train de faire un pas de deux : d’avancer puis de reculer.

    Discours du Bourget de la campagne de 2012 : « je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre (qui pose la fameuse « règle d’or » des 3% de PIB maximum de déficit autorisé) pour lui apporter la dimension qui lui manque ». Quelque semaines après son élection, il avalise ladite règle d’or en échange d’un codicille évasif sur la nécessité d’une croissance plus forte…ouvrant ainsi la voie à un tournant de la rigueur – modèle 1983 – mais cette fois-ci immédiat.
    Autre exemple : La fameuse déchéance de nationalité. Au départ, conçue pour répondre au choc des attentats de novembre et souder l’unité du pays, Hollande avouera plus tard que la mesure ne l’avait jamais convaincu en elle-même…et de la retirer face à la bronca de son propre camp.

    Hollande, ainsi que vous l’avez fort justement décrit, est « un homme qui réfléchit ». Mais cette qualité constitue également son principal défaut : il hésite, il a peur de se tromper ; bref, il ne sait pas. Ce n’est d’ailleurs – restons honnêtes – pas toujours le cas : pour l’affaire du Mali, il a décidé, et vite. Oui mais, Hollande sait calculer ; il savait qu’il avait, en l’occurrence, la totalité de la communauté internationale derrière lui. Inversement, bousculer frontalement la règle d’or revenait à affronter abruptement Angela Merkel et la commission de Bruxelles, au risque de provoquer un crise européenne majeure.

    Hollande n’a jamais trahi son électorat, il a simplement…réfléchi ! Et c’est précisément son overdose de « réflexion » qui lui vaut l’opprobre, parfois ignoble, dont il est actuellement couvert.

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    • Martine L

      Martine L

      05 novembre 2016 à 13:45 |
      Oui, c'est un réfléchi, et probablement un re-fléchi. C'est en partie pour ça que je l'apprécie. Mais, cette absence de compulsivité ( qu'avait, quant à elle, Ségolène à ses côtés, et ça compte dans l'analyse), ce trop plein de – j'invente le mot : matoisité attentiste et attentive, a paru être – et ce n'est pas prêt de s'éteindre, de l'incapacité à trancher, à décider, ou pire, a fabriqué le Culbuto. F Hollande sera de tous les présidents de la Vème, non, le moins bon, mais bien plutôt un des moins mauvais, mais surtout, un que les représentations auront tué. Jusqu'à ce que l'Histoire lui rende justice. Avant qu'il soit mort, y compris politiquement, j'espère.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        05 novembre 2016 à 15:32 |
        Le "bilan" d'un président n'a pas de rapport avec son dynamisme. Sarkozy - tout excité qu'il était - a laissé un bilan plutôt maigre. Qu'en est-il du placide Hollande? Trop tôt, sans doute, pour le dire...

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        • Martine L

          Martine L

          05 novembre 2016 à 19:36 |
          Mais c'est bien là, justement que s'installent ces représentations pas toujours objectives et quelquefois fantasmées. Si, en fait, Hollande souffre bien de cette image moins dynamique ; dite molle pour les détracteurs. Mais, Sarkozy, est-il dynamique ou simplement hyper actif, voire agité ? encore les représentations. Et dans ce fatras , le bilan c'est aussi - hélas - les représentations jusqu'à ce que l'Histoire reprenne le volant. La vie politique actuelle en crève et les médias bien entendu y ont une part énorme.

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