The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 novembre 2016. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

The Donald et La Marine ; comparaison fait-il raison ?

Depuis ce jour où l’Amérique, blottie dans ses sondages et dans la suffisance de ses habitudes, a basculé dans quelque chose, dont, chacun de par le vaste monde cherche désespérément le nom, de jour en jour. Depuis, on est au moins sûr que la trouille des grandes invasions – barbares et inconnues pour le moins – diffuse, gagne à la manière des antiques pestes. Quelqu’un chez nous, à Reflets, ne disait-il pas : – c’est pour quand, notre Trumpette à nous ?

L’équation avait été posée bien avant les résultats : en France on agitait le FN et Marine ; idem partout en Europe où la gens populiste en déguisements divers bruissait dans l’ombre des urnes à venir. Les States avaient naturellement ce produit en magasin – une forme d’automatisme propre à l’époque. Le refrain était le même partout : les Populistes arrivent ! La vague nauséabonde déferle ! Depuis le mardi noir américain, les basses ont pris une sacrée ampleur dans le concert... Vrai, évidemment, que le poids du tout en tout d’un Trump sur le podium aux USA, demeurant la première puissance mondiale, notamment, dans les imaginaires de tous, a barre sur un FN annoncé à 30% au premier tour du printemps 17 en France, sur la quasi victoire imminente des pires en Autriche, l’échec sur le fil en Hongrie, le Brexit et ses pulsions folio-économiques ; j’en passe, sans oublier les vagues froides en Scandinavie, Allemagne et le toutim. Ce n’est pas à Reflets du temps, où peu de semaines échappent à un article avertisseur en la matière, que nous vous dirons le contraire… Il y a des parallèles nombreux et récurrents qui s’installent à plus ou moins bas bruit – les « dormants » n’étant pas les moins dangereux.

Ne serait-ce que dans ce franchissement des digues, que peaufine, plus que signe, l’animal roux d’outre Atlantique. Parce qu’enfin – là, on a d’évidentes comparaisons – l’électeur, et son à présent sérieux collègue, l’abstentionniste, beuglait plus qu’il ne passait à l’acte, dans nos années pré-Trump, pré-FN au pinacle. Il poussait d’an en an, davantage et de plus en plus près de la ligne d’arrivée, avec sur son dos ses rancœurs, ses frustrations, ses peurs, bien entendu. Frileux, il craignait par-dessus tout l’extérieur, siège de ses plus prégnantes angoisses. Il poussait, mais – on avait pris l’habitude d’avoir dans l’oreille le bruit du freinage – au dernier moment il n’allait pas plus loin, regagnait ses pénates hostiles en bougonnant, et, parfois, donnait en grognassant le bout de la main à ceux du camp de « la raison », autant dire du réel. Front Républicain chez nous, et ailleurs, Raison/Clinton au pays de l’Oncle Tom (un beau slogan qu’on aurait dû tester). Mais les digues ont cédé, comme avec le Brexit, on a voulu voir le bruit que ça fait quand on renverse la table. Qu’est-ce-qu’on fait après, qu’est-ce-qu’on-fait de ça ? Refrain un brin austère et redondant qu’on entend à présent. Et qui ne fait ni sens, ni programme.

« Les » populismes – plus que « le » populisme –, le problème c’est qu’ils floutent sous la focale, dès qu’on les zoome un peu, alors que dans le regard initial, ils ont l’air de se ressembler tous. Passé le moment des gueulantes, des peurs surtout pas vérifiées, des défilés des laissés pour compte, des vieux métiers qui meurent, du bruit de l’industrie qui s’est fait la malle, et du silence de mort des campagnes en chagrin… passé ce temps du renverser-la table-on-va-bien-voir, tout ce qui se compare donc, dont la grille marche au poil ; quand on mire de plus près, ça change et pas qu' un brin. Justement parce que ces mouvements populistes ne font jamais dans la dentelle, que leur côté protestataire tient bon au lavage, qu’ils brassent trop large et que la déception à venir est comprise dans le package de départ… j’en oublie, forcément.

Alors, La Marine ?? jubilant, que c’en était un plaisir – que dis-je, un honneur, pour elle et les siens – de la voir contente comme une mariée sur le départ pour l’église. Verrait-elle à la TV son avenir-boule de cristal ? Pas sûr. Quelques bribes parmi tant d’autres, en vrac, non exhaustives. Vos commentaires en listeront d’autres, et c'en sera une vraie mesure de citoyenneté. Ses gueulards, ses déçus de tout, elle en a certes un paquet, parlant français comme là-bas, l’américain avec l’accent des États, mais ça s’arrête globalement là. Notre tissu socio-économique diffère tellement des USA et surtout notre construction par l’Histoire. Vieux (petit) pays jacobin, entre autres, pour qui, nationaliser reste encore un mot vivant en cas de péril industriel, et ça peut s'entendre dans des meetings FN, même là ; gens attachés coûte que coûte à l'aide de l’État  providence, et à ses aises. Pays politique – tellement plus que les USA – qui a connu la Gauche au pouvoir, des siècles de Socialisme dans les livres et les têtes ; pays de mémoire pour qui Vichy ne rime pas qu’avec de l’eau… Que le veuillent ou non les dirigeants du FN, c'est en ce pays-là qu'ils avancent.  Le libéralisme bon teint, apanage du capitalisme en gloire, n’existe quasi pas dans la bouche des Frontistes, agitant plutôt le repli souverainiste face à l’Europe honnie, même si la sortie de l’Euro n’est pas partagée par tous au FN. Nos syndicats pourraient – encore - mordre méchamment en cas de victoire mariniste, et la « foule » de nos fonctionnaires faire une chorale d’importance. Notamment. La constitution de la Vème république, surtout – merci De Gaulle – aura du mal à laisser passer le flot ; nos institutions, jusqu’à plus ample information, si elles n’empêchent pas le FN de gagner les hauteurs au soir du premier tour de la Présidentielle, bloquent l’envol au second tour au nom d’un principe pas encore dévalué : pas de victoire sans alliances. La mode des majorités d'idées n'a pas encore gagné l'Assemblée ; blocage des institutions, justement. Sans grand parti, difficile d'envisager également de vaincre ; or, qu’est-ce que le FN en tant que parti, sauf assemblage de circonstances assez hétéroclite que ne cimente guère (en dehors de la haine) ni un quelconque et solide référentiel idéologique, ni – rebattu – un programme valide.

Mais on ne peut dégager en touche l’indescriptible joie enfantine des petits de chez nous – blancs, pas directement, et déguisés comme là-bas, du nom de peuple, que donne à entendre ces jours-ci chaque micro tendu au hasard du trottoir. Et s’il suffisait de passer, via quelques sondages foirés, qu’après nous soit le déluge, et le wouah ! des yaka de battre la mesure… A moins que le goût retour de bombance trop alcoolisée ne sonne finalement comme une alerte, même chez certains de ces presque séduits…

Mon père, bonne gauche citoyenne, aurait dit de Trump : c’est un tololo ; mi chemin entre l'aliéné et le fantasque ! Voire un arcandier, ce qui, en Bourbonnais, veut dire celui qui n’est ni fiable, ni sérieux, sous ses mines alléchantes, et dont il faut se tenir éloigné.

 A vos méfiances, donc, et bien entendu, à vos vigilances. A vos peurs paniques. Non.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (3)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    19 novembre 2016 à 13:05 |
    Non, Marine Le Pen ne passera pas en 2017. Et ce pour au moins deux raisons :

    l’une technique ; à la différence des Etats-Unis, le scrutin présidentiel, en France, est à deux tours et non à un seul. Pour passer, il faut atteindre ou dépasser les 50%, Trump n’a fait que 47%...
    L’autre raison est psychologique ; le Front National est encore – moins , mais encore un peu – diabolisé. Il a encore l’image d’un parti extrémiste, donc peu fréquentable. A l’inverse, le parti républicain outre-Atlantique est une composante historique du système bipartisan. En son sein (comme au sein du parti démocrate), on trouve tout aussi bien des radicaux que des modérés.

    Mais, pour 2022, c’est tout autre chose : après le naufrage sans précédent d’une gauche/Titanic et la présidence, mollassonne et ultra-libérale à la fois, d’un Juppé ou d’un Fillon, le pays sera prêt.
    Il faut donc se projeter vers l’après. Car il y aura un après Le Pen, de même qu’il y aura un un après Trump. Ni the Donald, ni la Marine ne sont la fin de l’histoire ou apocalypse now ; ni l’une, ni l’autre ne sont Hitler ou Staline ou même Mussolini. L’imaginaire – hystérique et apocalyptique – de la gauche doit donc se calmer : la raison, dont vous parliez à juste titre, c’est aussi ça.

    Répondre

    • bernard péchon pignero

      bernard péchon pignero

      19 novembre 2016 à 18:02 |
      Il semble que l’art de gagner une élection consiste désormais à asséner un maximum de contre vérités jusqu’à ce qu’elles passent pour des vérités ou au moins des présomptions. L’originalité de Trump a été de pousser le bouchon à un point inouï et de l’accompagner d’injures cyniquement odieuses à l’égard d’électeurs qui pouvaient éventuellement voter pour lui. S’il n’avait pas eu derrière lui un grand parti historique et surtout la constitution américaine et son suffrage indirect à un tour, il n’avait aucune chance. En nombre de voix il a d’ailleurs été battu. Donc, chercher à comparer cet « exploit » avec ce qui pourrait se passer en France avec le FN ne semble pas pertinent. Mais il est certain que la candidate du FN et son staff vont continuer à accumuler des mensonges que le « désintox » d’Arte/Libé dénoncera en pure perte. Je suis donc doublement d’accord avec vous, Jean-François : pas de risque immédiat mais pour ce qui est de l’après Marine, avec un fort contingent de parlementaires FN qui vont « intoxiquer » l’électorat sur leur mode habituel pendant le prochain quinquennat, on peut s’attendre au pire en 2022. Ce pourrait bien être « Marine le retour ».

      Répondre

    • Martine L

      Martine L

      19 novembre 2016 à 13:29 |
      Hélas, la diabolisation du FN perd furieusement en puissance et ce n'est pas récent ; pour preuve, un votre de moins en moins caché ; une Extrême Droite décomplexée, en somme. Donc, à ce niveau, méfiance. Quant à noyer le vote Trump dans un vote Républicain, non. Le nid des Trumpistes est largement ailleurs, et c'est en cela qu'ils sont dans les familles populistes. L'alternance sempiternelle aux States, entre le vote Démocrate et Républicain, s'il fallait définir « le système », il serait là, et The Donald – qui n'a franchement pas grand chose à voir avec celui de Disney, à part peut-être ses glapissements quand il s'énerve – the Donald, donc, ne veut-il pas être le candidat anti -système ?

      Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.