Un champ de ruines

Ecrit par Jean-François Vincent le 26 novembre 2016. dans France, La une, Politique, Actualité

Un champ de ruines

« Règlement de comptes à OK primaire », titrait récemment le Huffington-Post. Nous n’en sommes pas si loin. Sarko gît déjà à terre, plombé par toutes les affaires qu’il traîne comme autant de casseroles. Fillon, le 28 août dernier, dans un meeting, en rajouta une louche à l’endroit de son ancien patron, laissant son staff sans voix : « il ne sert à rien de parler d’autorité quand on n’est pas soi-même irréprochable. Qui imagine de Gaulle mis en examen ? ».

Un ultime – mais décisif – coup de grâce lui fut donné par les électeurs du camp adverse. « Les gens de gauche qui sont allés aux urnes pour s’assurer que le vilain petit canard ne pourrait plus voler, peuvent se satisfaire du résultat », écrivait Laurent Joffrin dans son édito du 21 novembre. Et c’est juste ! Je suis du lot. D’aucuns affirment que Fillon leur doit, au moins en partie, son score si inattendu ; d’ailleurs le taux de participation dans les départements traditionnellement de gauche le confirme. Un exemple : 68.655 votants en Haute-Garonne.

L’ancien chef de l’état avait tenté une dernière manœuvre en accablant François Bayrou, soutien de Juppé – qui en 2012 appelait à voter Hollande. Las ! « Notre opération a trop bien marché, concluait une éminence sarkoziste. On a fait le boulot pour Fillon ».

Papi Juppé, quant à lui, sort groggy d’un premier tour qui préfigure une défaite au deuxième. En dépit du tee-shirt optimiste – la « super–pêche » – qu’il distribuait généreusement lors des réunions de sa campagne, il n’a jamais pu se départir de l’indicible fadeur qui exsudait de sa personne pendant les débats télévisés. Prudent, sûr de ses chances (sans doute trop), il jouait la montre, avec bonhommie, attendant que la victoire tombe à ses pieds, tel un fruit mûr. A l’instar de Sarkozy, son espérance présidentielle – sauf demain un renversement de situation fort improbable – s’en est allée. En 2022, il aura 76 ans…

Reste, bien sûr, celui qui a toutes les chances de devenir le 9è président de la Vème république, l’année prochaine : François Fillon. La trahison lui sied à merveille. Après s’être rallié à Sarkozy contre Chirac en 2005, parce que ce dernier lui préférait Dominique de Villepin pour succéder à Raffarin au poste de premier ministre, après le référendum perdu sur la constitution européenne, il a creusé la tombe de celui qui le nomma à cette fonction tant désirée, en critiquant vertement un bilan – ou un non-bilan – dont il était lui-même comptable, ayant été aux affaires pendant cinq ans.

Les « nuitdeboutistes » et autres marcheurs anti loi travail vont devoir en rabattre.

Côté économique et social, s’il est élu en 2017, plus de 35 heures, des référendums d’entreprise pour contourner les oppositions syndicales, un dépeçage accru du Code du travail avec de nouvelles procédures de licenciements « collectifs ».

Côté sociétal, interdiction du Burkini, plus de cartes de séjour accordées sans une « perspective d’intégration », des quotas d’immigration par pays et une abolition de la loi Taubira.

A cet égard, Fillon passe pour être le chouchou de la « cathosphère » : adoubé par le mouvement Sens Commun, l’un des principaux protagonistes des Manifs pour tous, il leur a promis de « mettre la famille au cœur de toutes les politiques publiques »… et il ne regrette pas d’avoir voté contre la dépénalisation de l’homosexualité en 1982.

L’on souhaite au futur président Fillon bien du plaisir lorsque les grèves succèderont aux défilés dans les rues, et les affrontements avec la police aux blocages en tout genre. Un grand vent de nostalgie soufflera sur une gauche radicale en grand deuil de François Hollande. Et Marine le Pen, en embuscade, n’aura qu’à placidement attendre le moment propice : 2022.

Oui, un vrai champ de ruines…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (3)

  • BENAYCH Simon Paul

    BENAYCH Simon Paul

    27 novembre 2016 à 16:03 |
    Vous ayant lu dans votre chronique du 26 novembre, je veux vous dire que j'ai aussi beaucoup de sympathie pour NKM et que l'analyse que vous proposez de ce second tour de la primaire des droites me convient pour l'essentiel. Certes, je suis loin de souscrire à toutes les idées de NKM, mais il faut savoir soutenir le talent et les qualités de cette femme courageuse et pugnace. Les talents n'ont pas de frontières politiques, surtout quand on voit le marigot de la future primaire des gauches.
    Pour la suite des mois qui viennent, je dirais tout de même que contrairement à ce que nous disent les tableaux de conjugaison, le futur est rarement simple. Et je me souviens que début février 1995, tout le monde donnait Balladur vainqueur de la présidentielle face à Chirac. On sait ce qu'il advint en mai...

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  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    27 novembre 2016 à 08:26 |
    Je suis d'accord avec l'essentiel de votre chronique. Je vais reprendre quelques points. La partie du "peuple de gauche" qui est allée voter pour Fillon et non Juppé, afin d'éliminer Sarkozy, montre trois choses. D'abord, le terrible appauvrissement de la culture politique (sur l'analyse approfondie des programmes) dans notre pays... Ensuite, un calcul machiavélique consistant à propulser le candidat de la droite qui avait développé les idées les plus extrémistes, ceci afin - en pratiquant "la politique du pire" - d'avoir face à "un" (?) candidat de gauche celui de droite apparaissant comme le plus réactionnaire depuis 1958 ! Enfin, l'incroyable campagne des grands appareils médiatiques (avant tout télévisuels, plus internet), qui fit monter "la mayonnaise filloniste" durant les trois derniers jours (!) avant le dimanche du premier tour des primaires de la droite et du "centre". Sur un autre plan, certains, chez les "frondeurs", à la gauche de la gauche et à l'extrême gauche, vont découvrir ce que seront les ordonnances fillonistes, si François Fillon est élu, comme c'est probable, au moins pendant les trois premiers mois de son éventuelle présidence ; elles vont faire regretter à certains irresponsables d'avoir utilisé le qualificatif de "dictature" à propos de l'utilisation de l'article 49/3 de la Constitution, sachant que l'Assemblée nationale aurait très bien pu faire tomber le gouvernement de Manuel Valls ! Par contre, avec des ordonnances, également légales cependant (mais !), que nenni... !!

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      27 novembre 2016 à 10:41 |
      Personnellement, j'ai voté NKM au premier tour et je ne vais pas voter au second :-)...

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