Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

L’éléphant, le symbole du Grand Old Party, le plus vieux parti des Etats-Unis, celui d’Abraham Lincoln et des anti-esclavagistes du XIXème siècle, le parti qui « vira » à droite à partir des années 30 et de Roosevelt ; ce parti rejoint-il maintenant le chœur de tous ceux qui – en Europe et ailleurs – prônent le repli identitaire ?

Passons sur l’extrême médiocrité de la campagne – frasques sexuelles de Trump, correspondance privée de Clinton, néo puritanisme affolé et avidité de nouvelles croustillantes… le fond est ailleurs.

Aucune des mesures inouïes proposées par le candidat républicain – comme l’érection d’un mur à la frontière mexicaine ou l’interdiction d’accès au sol américain pour les musulmans étrangers – mesures qui avaient suscité doutes et réprobation, voire défections, au sein même de son camp ; tout cela n’aura pas suffi : la pression était trop forte.

Au fait, la pression de quoi ?

Les explications pullulent bien sûr : sentiment de déclin, paupérisation des classes moyennes (le syndrome du « petit blanc »), menace terroriste… allons plus loin. Frédéric Lordon a raison au moins sur un point : la politique est une affaire d’affects. D’affects plus que de raison. Ce sont les sentiments plus que la rationalité, le cœur – ou les tripes – plus que la tête qui guident les électeurs.

Or si l’affect de gauche est la colère, l’affect de droite est la peur. Une peur du chaos, en France, en 1968, qui a donné à De Gaulle une chambre introuvable ; une peur du djihadisme, en Espagne, en 2008, qui a porté à nouveau au pouvoir un PSOE, par ailleurs discrédité.

La peur. Peur du déclassement – individuel et collectif – peur de l’Arabe (terroriste ou non), peur qu’à terme, le salut au drapeau ou la dinde du Thanksgiving ne soient menacés. Peur de ne plus être soi-même (ou ce que l’on croit être).

L’Amérique avait besoin que quelqu’un la rassure, comme les Hongrois qui ont ont élu Orbàn ou les Autrichiens qui s’apprêtent à élire Norbert Hofer ; de même qu’en 1933, les Allemands – eux aussi – n’avaient de cesse que quelqu’un les rassure…

La protection, économique (protectionnisme), physique (sécurité publique), culturelle (identité nationale), focalise les aspirations. Le reste, justice sociale, droit des minorités, en un mot tout ce qui concourt à l’égalité, passe au second plan.

L’inégalité suscite l’affect colère, lequel provoque un soulèvement, voire une révolution. L’affect peur au contraire suscite un besoin de protection, un souci de conservation.

La conservation, le contraire de la révolution. Ou alors une révolution nationale ? Conservatrice ? Bref, avec un sénat et une chambre des représentants à l’unisson, une révolution « neo con »…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (3)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    12 novembre 2016 à 19:01 |
    A propos des "affects" ou des "tripes", oui, bien sûr, et l'envie de "renverser la table". Mais, quelle table ? Celle des "élites" - qui auraient toutes failli ?! Ou du "système", y compris - allons-y ?! - de la démocratie libérale (au sens politique), certes en crise... ! "La colère", à gauche, effectivement ; "la peur", à droite, oui. Mais, je vais aller encore plus loin, hors du "politiquement correct", en ce qui concerne cette dernière. "La peur" (du terrorisme islamiste, d'être déclassé socialement, et même jusqu'à celle de son voisin - qui est plus que souvent armé...), tout cela n'explique pas tout. En effet, ces "électeurs de l'angoisse" (pourrait-on dire) ne sont pas forcément toujours des "victimes". Ils ont élu un candidat qui leur "ressemble" : xénophobie, racisme, homophobie, sexisme, anti-avortement (en rapport indirect avec le "Tea Party", même si Trump, à la différence de Bush fils, n'est pas dans le "trip" religieux évangélique)... Oui, la recherche de quelqu'un qui leur "ressemble", et - comme vous le dîtes très justement - qui les "rassure". En France, sur le plan historique, cela s'appelle la recherche de l'homme (ou de la "Jeanne d'Arc"... ! suivez mon regard...) providentiel(le), qui fut illustrée par le bonapartisme, le boulangisme, puis le gaullisme (celui de 1958). Si "la protection" passe devant "l'égalité", c'est avant tout en rapport avec une tradition américaine plus que séculaire : celle du "struggle individualism" (ou "individualisme forcené"). Il ne s'agit pas d'une "révolution", et Bernie Sanders, s'affichant clairement comme "socialiste" très à gauche (aux Etats-Unis... !), contrairement aux délires que l'on entend depuis quelques jours dans la bouche de certains hommes politiques (de gauche, y compris au Parti Socialiste), ou dans les médias, aurait forcément fait un score moins bon - pour les Démocrates - que celui d'Hillary Clinton. Je suis atterré par le manque de culture historique des gens auxquels je viens de faire allusion ! Une contre-révolution "néo-conservatrice", oui, mais bien plus à droite que celle qui fut engagée sous Reagan (qui était un intellectuel par comparaison à Trump, et qui s'appuyait sur "l'establisment" du Parti Républicain, à nouveau à la différence du "candidat X" élu, issu de la "télé-réalité"...). Au fait, quel fut donc le rôle de la télévision en général (je ne veux pas parler ici des infos en particulier), dans ses mécanismes globaux sur les esprits, pour le choix d'un Trump... ?!

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  • Martine L

    Martine L

    12 novembre 2016 à 16:39 |
    Mais Trump est-il un éléphant – au sens républicain américain du terme ? On peut en douter, car, certes il a été sans aucun enthousiasme embarqué au titre de la candidature républicaine, mais surtout, abandonné par plus d'un – et de grands notables, en cours de campagne, au point que certains aient publiquement annoncé leur vote pour H Clinton. Plus que de la détestation, de la haine circule. Donc, quand on voit que le Congrès en entier est aux mains des Républicains, il ne faudrait pas, en faisant une lecture « française », crier au facile et à la toute puissance pour Trump. Il aura des bâtons dans les roues constamment, de la part de son propre camp, et comme disent les gamins, ce sera «  bien fait pour lui » : on ne peut pas à la fois se prétendre le candidat contre le système et l'establishment, et, une fois élu, s'empresser de vouloir s'abriter justement sous l'aile du parti républicain, donc, du système. A voir la tête et la posture de Trump- petit garçon timide, assis aux côtés d'Obama, il y a quelques heures, on jurerait d'ailleurs que c'est cette pensée qui l'agitait.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      12 novembre 2016 à 16:56 |
      Le fait d'avoir un congrès (sénat + chambre des représentants) de son bord est malgré tout un atout appréciable (que n'avait pas Obama). De plus et quelles soient les réticences, se présenter sous l'étiquette "républicain" a été décisif : à extrémisme égal (plus accentué d'ailleurs côté Trump, Marine Le Pen est handicapée du seul fait qu'elle représente un parti ouvertement extrémiste. Si elle se présentait au nom de Les Républicains, elle aurait toutes ses chances...

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