Un tour du monde des utopies

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 mai 2017. dans La une, Littérature

Recension du livre de Bruno Fuligni, « Royaumes d’aventure », éditions Les arènes, mai 2016

Un tour du monde des utopies

Bruno Fuligni, maître de conférences à Science Po et chroniqueur sur la chaîne parlementaire LCP, illustre, dans ce nouveau livre, les propos de Frédéric Lordon (cf. ma chronique du 1er octobre) sur l’« horizontalité » nécessaire pour rendre une société démocratique.

Les « micro-nations » qu’il décrit, souvent fondées par un seul individu, vont jusqu’au bout – quasi narcissique – de la théorie rousseauiste de la souveraineté populaire : « Si chaque citoyen, écrit Fuligni, est détenteur d’une parcelle de souveraineté, pourquoi ne reprendrait-il pas cette parcelle à son propre compte, pour y cultiver son projet politique ? ». On n’est jamais si bien servi que par soi-même : dans ces états utopiques, l’horizontalité se confond avec un groupe d’« égaux » ou – coïncidant alors avec la verticalité – se concentre dans une unique personne…

Il y a, bien sûr, le pur folklore. Ainsi la « sérénissime république de l’île Saint-Louis », à Paris. Son instigateur, en 1926, le poète, journaliste et imprimeur Roger Dévigne, voulait promouvoir « l’émancipation ludovisienne ». En fait, l’« exécutif » ludovisien siégeait dans l’appartement de ce monsieur qui s’est, malgré tout, donné le mal de rédiger une constitution ; laquelle peut se résumer comme suit : « l’île Saint-Louis jouit d’un régime oligarchique tempéré par la bonne humeur. Le gouvernement est invisible et secret, comme la pensée ».

Plus politique, le royaume gay et lesbien de la mer de Corail, situé sur l’île de Cato, au large de l’Australie. Son fondateur, l’activiste Dale Anderson, auto intronisé « empereur Dale 1er », hisse chaque jour le drapeau arc-en-ciel de son domaine, au son de l’hymne national, I am what I am… une chanson de Gloria Gaynor ! Anderson a même fait imprimer des timbres et envoyé une supplique à l’ONU.

Enfin et plus sérieusement, Christiana, la « ville libre », autogérée, sise dans les faubourgs de Copenhague. Créée en 1971 par une communauté hippie qui s’était installée là, Christiana est une sorte de Nuit Debout permanent. Palabres, cannabis (voire plus dur), trafics en tout genre. Les « Christianites » se sont en plus dotés d’une monnaie, le « lon », orné d’un escargot psychédélique…

Au fond, l’intérêt du l’ouvrage de Fuligni consiste à montrer qu’ultimement le projet révolutionnaire se dégrade en farce. La farce comme stade suprême de la révolution, pourrait-on dire, en paraphrasant un célèbre essai de Lénine. Le rêve se fracassant inévitablement contre la réalité – et l’utopie, comme son nom l’indique, ne pouvant se trouver nulle part – les plus radicaux (ou les plus fantasques) ont tout simplement décidé de continuer à dormir…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • bernard pechon pignero

    bernard pechon pignero

    27 mai 2017 à 18:00 |
    Je ne saurais trop vous recommander de compléter votre étude par une visite de la République du Saugeais ; ça se trouve dans le Jura français et c'est un endroit charmant plein de bons fromages et d'humour.

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