Economie

Économie mondiale : le commencement de la fin ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 janvier 2016. dans Economie, La une

Économie mondiale : le commencement de la fin ?

« Quand la bulle chinoise éclatera, le monde tremblera » aurait pu dire, non pas Napoléon (qui n’a jamais prononcé la phrase célèbre), mais Alain Peyrefitte, qui se l’est appropriée.

Le lundi 4 janvier fut, en effet, un « black Monday » : 7% de baisse à la bourse de Shanghai, qui a dû fermer, 4% à Frankfort et 3% à Paris… la Chine a entraîné dans son sillage toutes les places financières.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? Une baisse de 0,6% du yuan face au dollar, suite à la décision de la Banque Populaire de Chine de diminuer son taux directeur. Mais le vase était déjà très plein. Le graphique ci-dessous le montre ; la bulle s’était reconstituée après la crise de 2008, et la correction intervenue l’été dernier n’était pas suffisante. Le marché devait replonger afin de se purger.

 

Tina or not tina ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 septembre 2015. dans Economie, La une

Tina or not tina ?

« There Is No Alternative ! », c’est ce que n’a cessé de répéter Margaret Thatcher, tout au long de ses trois mandats. Pas d’alternative ? Mais à quoi ? C’est là qu’il convient de distinguer deux choses qui, tout en convergeant, ne se recoupent pas tout à fait.

Il y a d’abord le monétarisme, la défense mordicus de la devise sur le marché des changes. Dogme de la BCE, hérité de la Bundesbank et gravé dans le marbre par le TSCG (traité de sur la stabilité, la coordination et la gouvernance), signé sous Sarkozy et ratifié sous Hollande. Il instaure la règle (d’or !) des 3% maximum de PIB pour les déficits publics. Le mark étant devenu l’euro, l’Allemagne – tous partis confondus (à part Die Linke) – hantée par l’hyperinflation des années 20, se cramponne à ce symbole de la renaissance et de la puissance du pays dans l’après guerre. Ce n’était pas l’attitude de Thatcher, qui a laissé s’effondrer la livre sterling durant les premières années de son règne.

Et puis, il y a ce que j’appellerais l’économie de l’offre (je récuse les termes de « libéralisme » ou « néolibéralisme », en raison de la polysémie trompeuse de ces mots : « liberal », en anglais actuellement, comme en France, au XIXème siècle, signifiant « de gauche ») : réduire les coûts de production – en gelant les salaires et la dépense publique – afin de vendre moins cher. Pour ce faire, il faut – en partie – démolir l’état providence. C’est très exactement ce que fit Thatcher en Grande-Bretagne, ou Schröder en Allemagne avec le plan Hartz IV.

D’où la question : est-il possible de procéder autrement ? Bref de choisir une autre politique ?

Alexis Tsipras s’y essaya en se battant sur les deux fronts à la fois. Son programme initial prévoyait un accroissement du nombre des fonctionnaires, une revalorisation des salaires et des retraites, ainsi qu’une augmentation des budgets sociaux (assurance maladie, allocations familiales, etc.), le tout entraînant inévitablement de l’inflation, donc un affaiblissement de l’euro. Yanis Varoufakis, son ministre des finances, lutta, pendant des mois, au sein de l’eurogroupe (instance réunissant périodiquement les ministres des finances de la zone euro)… en vain ! « Il n’y avait pas de réponse, explique-t-il dans une série de longues interviews. La seule interprétation que je peux donner est : « oui, ce serait une bonne idée, mais ce serait difficile. Alors, ou bien vous signez sur la ligne en pointillé, ou bien vous prenez la porte ». De fait, Tsipras, malgré son référendum gagné, courba l’échine et finit par avaler toute une liste de mesures d’austérité, pires encore que celles, dont le refus par le gouvernement grec, avaient été à l’origine du fameux référendum…

Économie mondiale : la rechute ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 août 2015. dans Economie, La une

Économie mondiale : la rechute ?

-5,35% à Paris, -4,70% à Frankfort, -4,61% à Tokyo, mais surtout -8,49% à Shanghai… Ce lundi 24 août fut, selon les termes du très sérieux FT (Financial Times) un « black Monday ». We must be prepared that it’s going to get worse because a major bear market is now clearly underway : « on doit se préparer à ce que les choses empirent, car maintenant se profile, en toute clarté, un marché fondamentalement baissier », annonce, sans ambages, The Aden forecast, une des « lettres financières » les plus influentes de États-Unis.

Alors que s’est-il passé ? Simplement que LA principale locomotive de l’économie mondiale se grippe : avec 4% de croissance (chiffre qui ferait rêver les économies européennes !), la Chine entre en récession (techniquement une baisse consécutive sur deux trimestres du produit intérieur brut). Or la Chine, à elle seule, constitue 10% du PIB mondial ! La raison essentielle en est que la consommation des ménages n’arrive plus à suivre l’emballement de la production. En particulier, une bulle immobilière s’est créée avec un taux de vacance (c’est-à-dire de logements construits et non vendus) de 20%.

Les analystes – et les gouvernements ! – européens se veulent rassurants : « les marchés ont cédé à l’irrationnel », tempère Éric bourguignon, chef économiste à AM Swiss Life ; « réaction excessive » lâche tel autre de ses collègues, en haussant les épaules. Il reste que l’analyse graphique, l’étude de l’évolution des bourses sur la longue durée n’incite pas à l’optimisme, ainsi l’indice DAX de la bourse de Frankfort (un exemple parmi tant d’autres) (cf.infra source www http://www.boerse.de/langfristchart/DAX/DE0008469008).

On le voit : la crise des subprimes de 2008, si dévastatrice fût-elle, ne représente qu’une infime correction. La purge d’une expansion maladive et artificielle, car reposant sur du crédit facile (taux d’intérêts au plus bas), est loin d’être terminée. Pour qu’elle le soit, il faudrait que les marchés redescendent – au moins ! – jusqu’à leur niveau des années 90. L’autre locomotive de l’économie globale, l’Amérique, elle-même monstrueusement surendettée, ne saurait suppléer à la défaillance de son client et déboucher numéro un. L’Europe, quant à elle, à peine en convalescence, ne peut pas grand-chose…

Il a fallu dix ans et une guerre mondiale pour résorber la crise de 1929 (laquelle ne réagissait qu’à une surchauffe de seulement une décennie). Combien de temps faudra-t-il pour mettre à la diète un monde économique, dont la boulimie dure depuis trente ans ? Et quel en sera le prix ? Ce qu’on appelle « économie de l’offre » – des coûts de production toujours moindres avec des salaires gelés, compensés par des crédits attractifs – montre ainsi ses limites. A une croissance artificielle – en vérité, plus virtuelle que réelle – répondent, comme en écho, des crachs non imaginaires, eux. Non, la fin de la crise n’est pas là, seulement le commencement de la fin…

Le modèle allemand et sa face cachée

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 06 juin 2015. dans Economie, Monde, La une, Politique, Histoire

Le modèle allemand et sa face cachée

Les médias – surtout télévisuels, et tout particulièrement lors des JT – ne nous présentent en général que les aspects montrant la réussite du « modèle allemand », par opposition à ce que seraient les insuffisances notoires et les blocages du « système français ». Je vais donctenter de montrer, dans cette chronique, à la fois les aspects positifs de ce modèle allemand, mais aussi sa face cachée. Bien sûr, je serai amené à me concentrer prioritairement sur la situation actuelle, mais aussi à remonter aux sources historiques de ce qui contribua à mettre en place un modèle allemand et ce que certains ont même pu appeler « le miracle économique allemand ».

Les sources historiques des réussites allemandes proviennent d’abord de la fin du XIXe siècle et au début du XXe. En effet, l’Allemagne connut sa première unité politique très tardivement ; précisément en 1870-1871. Sous le régime impérial du Deuxième Reich, deux points très importants se firent jour : les mesures sociales prises par le chancelier Bismarck durant la décennie 1870et l’essor de la puissance économique allemande (avec le fameux « made in Germany », marque de fabrique et gage de qualité). Le Deuxième Reich profita d’une grande prospérité, allant jusqu’à développer une colonisation en Afrique noire(notamment au Cameroun, au Togo, dans le Sud-Ouest africain et en Afrique Orientale) ; ceci jusqu’à ce que sa défaite de 1918 le privât de ses colonies lors du traité de Versailles.

Pendant la République de Weimar (1918-1933), une organisation économique et sociale assez avancée pour l’époque fut mise en place grâce à la politique établie par « La coalition de Weimar » (SPD ou Sociaux-démocrates, Zentrum – parti catholique centriste – et Démocrates). Des droits importants furent donnés aux travailleurs dans les entreprises, après l’écrasement de la tentative révolutionnaire des Spartakistes (Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) ; ainsi, avec les conventions collectives (dès 1919) et les comités d’entreprises (en 1920). Le patronat allemand prit dès lors l’habitude du dialogue socialavec les syndicalistes. Mais cela fut stoppé avec l’arrivée au pouvoir des nazis, qui interdirent les syndicats en 1934.

Après la défaite du régime hitlérien en 1945, le SPD, mais même la CDU/CSU (Démocrates-chrétiens), mirent en place, par étapes, l’économie sociale de marché et la co-gestion, à l’intérieur des entreprises. Ce système, au sein duquel patronat et syndicats ouvriers collaboraient pour la reconstruction puis l’essor économique du pays, fut théorisé par le libéral Démocrate-chrétien et ministre de l’économie Ludwig Erhard – ceci en tant que troisième voie entre le capitalisme pur et dur et le socialisme démocratique ; nous dirions aujourd’hui une politique de « social-libéralisme ».

L’œil de Claude : En rafale, la Droitisation... des Droites

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 18 avril 2015. dans Economie, La une, France, Politique, Actualité

L’œil de Claude : En rafale, la Droitisation... des Droites

A droite toute !

Récemment, dans le JDD, Nicolas Sarkozy donnait de la République la définition suivante : La République, c’est le travail, la responsabilité, l’autorité, le mérite, l’effort, la laïcité, le progrès et, bien sûr, la liberté ! Une sorte d’inventaire à la Prévert, d’où sont curieusement absentes les notions d’égalité et de fraternité. Cela ne compte peut-être pas beaucoup pour l’ancien président de la République, devenu, comme il le laisse accroire, le nouveau chevalier sans peur et sans reproche de l’UMP !

Dans la perspective des élections régionales en Paca, le fondateur du FN vient d’adouber sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen. Un geste qui en dit long sur le président d’honneur du parti à la flamme, qui, en grand seigneur, a montré que, tout compte fait, sous l’armure, sommeillait un papy gâteau… Dédiabolisation oblige ?

Rafale

Ne serait-il pas prématuré d’évoquer des commandes en Rafale ? Certes, après l’Egypte, c’est au tour de l’Inde. 60 appareils au total, et ce n’est peut-être pas fini. D’autres pays sont en lice, comme les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Indonésie et la Malaisie ! Tout cela est bon pour Dassault Aviation, donc pour la France, et, par voie de conséquence, pour l’industrie de l’armement et le budget des Armées, qui, depuis quelque temps, a fait des coupes sombres sa principale stratégie. En attendant, cocorico à tous les étages, avec l’espoir que ce ne soit pas qu’un mirage ! Depuis sa mise en service, en effet, cet avion aurait dû servir plus souvent de monnaie d’échange, mais il n’en a rien été. Grâce à cette vente exceptionnelle, notre balance commerciale s’en portera mieux pour un temps, mais il est dommage, voire dommageable, que ce soit principalement par ce biais-là. Reconnaissons tout de même que notre pays, grâce à Airbus et au Centre National d’Etudes Spatiales notamment, a su magnifiquement exploiter ces mannes tombées du ciel et redonner du sens au mot coopération, surtout à l’échelle européenne !

Le tout bon des Reflets : « Fait Maison »

Ecrit par Luc Sénécal le 23 août 2014. dans Economie, La une, Gastronomie, Société

Le tout bon des Reflets : « Fait Maison »

Le nouveau logo « Fait Maison » destiné aux restaurants prête à confusion. En effet, il y a un amalgame entre les produits de base et la confection du plat en cuisine. Aussi il serait intéressant de resituer correctement les données pour mieux comprendre ce qui devrait correspondre à ce logo.

Tout d’abord, nombre de « chef de cuisine » s’intitulent ainsi alors que ce sont de bons cuisiniers certes mais en aucun cas de véritables « chefs de cuisine ». A l’inverse, nombre de patrons se gardent bien de nommer leur cuisinier « chef de cuisine » pour ne pas avoir à appliquer le barème salarial que cette appellation suppose.

Un véritable chef de cuisine a au moins quinze ans d’expérience. Il possède un nombre respectable de fiches recettes. Ce qui a créé à une certaine époque une difficulté pour qu’ils acceptent l’informatique, tant ils craignaient que celles-ci, étant leur propriété, soient divulguées et copiées par d’autres.

Un chef de cuisine est capable de sortir un plat avec une rigueur et une précision qui font de lui le véritable artisan de ses compétences. Cuisson, température, décor et présentation, assaisonnement, alliance des couleurs, des parfums et des goûts, tout doit être parfait. C’est remettre en question ses compétences à chaque plat produit.

Un chef de cuisine doit être capable de connaître parfaitement tous les produits qui vont servir de base à la confection de son plat, quels qu’ils soient. Origine, fraîcheur, saison mais aussi les réactions à la cuisson ou à la préparation. Aussi c’est lui qui fait les commandes et lui qui donne la « mercuriale » pour sortir les produits de l’économat.

Un chef de cuisine est compétent pour connaître les coûts correspondant à la confection de son plat, directs ou indirects et fixer son prix de vente à sa clientèle. Il doit faire des propositions cohérentes pour toutes les manifestations comme un mariage, un baptême ou pour un banquet comme pour les repas proposés lors de réunions d’affaires ou autres.

Un chef de cuisine doit savoir commander une brigade. Il faut savoir qu’il y a là toute une différence entre être un excellent cuisinier et avoir les compétences pédagogiques pour donner à son personnel en cuisine la motivation nécessaire afin que ce soit non pas des personnalités séparées qui officient mais bel et bien toute une équipe. Ce, en reconnaissant les compétences ou les manques de chacun, en distribuant les postes et en donnant des instructions claires et précises avant de commencer le travail.

Maintenant pour en revenir au logo « fait maison », on comprendra que la restauration englobe nombre de restaurants fort différents les uns des autres. Les restaurants gastronomiques n’ont que faire de ce logo, puisque par principe même, tout est fait maison à partir de produits frais. C’est dans la charte même de l’appellation.

Finance et Ethique

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 mai 2014. dans Economie, La une

Rapport pour les Nations Unies, Arthur Cohen, Emmanuel Rocques, Juin 2014

Finance et Ethique

Merci à ces deux éminents économistes de nous permettre d’utiliser leurs propositions pour un enjeu majeur du monde actuel, un enjeu-cœur : énoncer des solutions pour l’assainissement des comportements financiers.

Éthique de la finance ? « un paradoxe ? un oxymore ? ». Nous prendrait presque l’envie d’en sourire. « La finance, voilà mon ennemi » a dit un jour de sa campagne, notre Président, et c’est assurément ce dysfonctionnement constant amarré dans les représentations de chacun qu’il désignait.

Aussi, ce rapport, au contenu exigeant, et à la forme accessible à tout un chacun, est-il, non seulement bienvenu, mais semble être la vraie urgence du moment.

Quelques pages serrées au bout d’un long travail d’amont, et en belle compagnie (J. Peyrelevade, ou JC Trichet, pour n’en citer que quelques uns, parmi autres chercheurs et acteurs de tout premier plan du secteur financier), posant sur la table une constatation : « l’homme moral quitte la salle quand l’« homo oeconomicus » y entre » (Daniel Cohen), et – non moins fermement – un objectif : « des pratiques financières s’astreignant à se conformer à des principes et des procédures, visant à garantir que tous les autres acteurs concernés soient traités équitablement avec respect et responsabilité ».

Un utile balayage des théories économico-financières, de l’Antiquité à nos jours, s’arrête à Smith, au XVIIIème siècle. L’émancipation économique construit un « homo oeconomicus » vécu comme froid, calculateur, déterminé. Les comportements égoïstes de l’individu priment, et l’autorisent à se libérer de la morale – de la religion, aussi, assises sur le code binaire juste/injuste, bien/mal ; laquelle morale admet que l’individu puisse faire preuve d’altruisme. Le divorce éthique/finance est là, acté. Un autre penseur, plus contemporain – il a reçu le prix Nobel d’économie en 1978 – Herbert Simon, est convoqué, lui, pour souligner que la « rationalité procédurale » a été pratiquée de long temps, de façon erronée dans le domaine financier. Il s’attache à démontrer à l’appui des acquis des sciences humaines et sociales, que l’esprit humain, là comme ailleurs, ne raisonne pas de façon linéaire, et que les outils et instruments de mesure fournis aux décideurs ont été défaillants, par exemple, lors de la crise 2007/2008. Jean-Claude Trichet, n’hésitant pas à avouer : « appelé à prendre des décisions importantes dans la crise, je n’ai trouvé pratiquement aucune aide dans nos instruments de modélisation conventionnels pendant presque 3 trimestres ! Nous nous sommes sentis abandonnés par l’ensemble de nos outils analytiques ». Et de souligner, avec force, la faillite notamment des modèles mathématiques, en matière financière (« tous les évènements futurs ne sont peut-être pas probabilisables »).

Paupérisation ou embourgeoisement ? Fortunes et infortunes françaises

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 septembre 2013. dans Economie, La une, Société

Recension/commentaire du livre de Thomas Piketty, Le capital au XXIème siècle, Paris, Seuil, 2013

Paupérisation ou embourgeoisement ? Fortunes et infortunes françaises

Thomas Piketty est professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Son ouvrage commence par la célèbre prophétie de Marx dans le Manifeste communiste de 1848 : « le développement de la grande industrie sape, sous les pieds de la bourgeoisie, le terrain même sur lequel elle a établi son système de production et d’appropriation. Avant tout, la bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. Sa chute et la victoire du prolétariat sont également inévitables ». Le système de production capitaliste reposant sur la misère des ouvriers, à terme, leur révolte est une nécessité historique, et avec elle, le renversement de tout l’ordre social.

Tout faux, Marx ? Oui, quant à la prophétie, nous le verrons plus loin ; mais son observation du monde qui l’entoure est juste. Piketty – et c’est là l’une de ses originalités – manie parfaitement l’outil statistique et compte en déciles et en centiles. En 1900, 10% de la population française (le décile supérieur) possédait 90% du capital (sous toutes ses formes : immobilier, industriel et financier) et 1% (le centile supérieur), à lui seul, 50% de celui-ci. Le fantasme des 200 familles, dans l’entre-deux guerres (par référence aux 200 membres de l’Assemblée générale de la Banque de France, non encore nationalisée), avait par conséquent quelques fondements. Pourquoi une telle inégalité ? À cause d’une loi que Piketty définit comme r > g, r étant le rendement du capital et g la croissance (growth en anglais). Depuis l’an 1000 (les données de Piketty remontent très loin) jusqu’à l’orée du XXème siècle, le capital, d’abord exclusivement terrien, puis financier, puis industriel, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, rapportait un revenu de l’ordre de 4 à 5% par an, alors que la croissance, c’est-à-dire le volume des richesses produites, est resté faible au moins jusqu’au XIXème. D’où un décalage entre une accumulation – continue sur des siècles – par les plus riches et un enrichissement très limité et très lent des autres.

Le pouvoir politique a-t-il abdiqué face à la finance internationale ?

Ecrit par Luc Sénécal le 17 novembre 2012. dans Monde, Economie, France, La une, Politique, Actualité

Le pouvoir politique a-t-il abdiqué face à la finance internationale ?

A défaut de parler « d’abdication », ou « d’alliance », disons… « intégration », « réajustement » ou… Ou peu importe en fait.

Il s’agit plutôt de considérer point par point l’ensemble de l’échiquier. De savoir où se trouve la force de persuasion des foules ? Ensuite d’en trouver les propriétaires. On comprendra mieux ce qu’ils en font et pourquoi. De savoir par ailleurs ce qui, dans le système électoral dont le principe démocratique n’est pas à remettre en question, crée une faiblesse dramatique pour que l’action des élus puisse être pérenne. Déjà que l’intention de base générant le projet politique, qui est celui proposé aux électeurs, est déviée, faussée, perturbée par la suite, avant même que d’être proposée et que le projet ainsi modifié soit voté ou mis en action. Nous l’avons constaté maintes et maintes fois. Nous continuons à subir cette situation sans chercher à la comprendre ou à y remédier.

« L’électoralisme » dont il est question est la faille principale du pouvoir politique, dans  tout gouvernement, qu’il soit de droite ou de gauche (ou même d’un milieu qui se cherche et ne se trouve pas).

La sanction de la fraude

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 16 septembre 2011. dans Economie, La une, France

La sanction de la fraude

Nos gouvernants qui ont poussé dans ses derniers retranchements l’art d’informer ont mis au point une campagne de communication radiophonique consistant en de courts dialogues : une voie insidieuse suggère à un chef d’entreprise de ne pas déclarer toutes les heures supplémentaires que font ses ouvriers, à une commerçante de ne pas déclarer toutes ses ventes, et ainsi, dans plusieurs sketchs interprétés par des comédiens dans un registre nettement surjoué, diverses autres « tricheries » habilement mises en situation. Dans tous les cas, l’intéressé répond avec véhémence que tricher c’est frauder et qu’il a trop à y perdre, lui (ou elle), son entreprise, sa famille, ses employés et que s’il cédait à la tentation il risquerait un contrôle du fisc se soldant par une loure amende. La voix du gouvernement rappelle alors que tout le monde à trop à perdre dans la fraude et que les services de l’état sont vigilants sur ce chapitre.

On ne peut que souscrire à la pertinence de cet avertissement bien que des esprits chagrins objecteront que ce donneur de leçon n’est peut-être pas le mieux qualifié pour dénoncer toutes les formes de fraude. A moins qu’il ne s’agisse par analogie d’une autocritique visant à accepter d’avance la sanction qui le menace à l’issue du contrôle par les urnes. Peu probable !

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