Ecrits

Goutte à goutte

Ecrit par Gérard Leyzieux le 17 juin 2017. dans La une, Ecrits

Goutte à goutte

Goutte à goutte laisser couler

S’écoulent les gouttes d’eau de la glace

Sous les coups s’écrouler à terre

Branches du cerisier, feuilles du pommier

Du blanc, du rose, du sang rouge

Et des gouttes qui maculent le temps passé

Battent les cœurs, bruissent les feuillages

Elles t’écoutent ces oreilles ouvertes à tout

Elles t’écourtent aussi la vie ces paroles estompées

Inattendues et presque inentendues

Gommage feutré, sourdine du jour

S’écrouler dégoutté des journées infinies

Écouter et goutter ces quelques gouttes des glaciers

En découdre les fils anciennement tissés

Puis les observer s’évaporer

Sous la chaleur du feu qui te consume

Vie à mort de ce goutte à goutte

Enveloppe percée d’où filet s’égoutte

Il te reste encore quelques gouttes

Avant d’assécher ce torrent quotidien

Où corps s’écroule sous les coups de ta nature

Goutte après goutte, coup sur coup

En découdre avec l’amour déchu

Brûlant du dégoût de vivre

Faith (Part II)

Ecrit par Ricker Winsor le 10 juin 2017. dans La une, Ecrits

Faith (Part II)

A consideration of these things depends on an understanding, a knowledge or belief that there is life beyond this life, that there is continuity even if we don’t know the details. A poet friend of mine, David Kherdian, said : « The evidence is everywhere », which it is for the believers.

Paul, who was formally Saul, a hunter of the followers of Jesus, put it this way in his letter to the Romans, « …ever since the creation of the world, the invisible existence of God and his everlasting power have been clearly seen by the mind’s understanding of created things ».

In these current days, it should be easier to see than ever before since our understanding of the magnitude of the universe has expanded exponentially in the last few years and it keeps expanding, becoming more complex, vaster beyond the mind’s capacity to grasp, adding other dimensions, throwing into doubt everything we know of time, cause and effect, logic. Even the fundamental accepted notion of a « big-bang » is under reconsideration, a new idea being that there never was a beginning and there never will be an end. It is in sync with a prayer in the Catholic Liturgy : « Glory be to the father, to the son, and to the holy spirit. As it was in the beginning, is now and ever shall be, world without end, Amen ». « Now and ever shall be, world without end ».

Instinctively, to me that seems right that we manifest for reasons we cannot know ; we play our part and move on when it is time to do so. The eastern view is that we keep coming back to this life until we « get it right » have come to completion. Then we don’t have to incarnate any more, at least not here.

Most spiritual thinkers I have studied consider our inchoate longings, our alienation, just a desire to return to unity with LOGOS, the assumption being that, at some point, we knew that state and miss it deeply. We were in the garden of delight and then out of it, a perfect metaphor for how we feel. The farther we are from « the garden » the more painful it is.

Perhaps « playing our part » well in life allows us to « move on » to a situation that gets us closer to that ultimate completion we seek. This is a satisfying way to think and suggests logical assumptions about the fates of saints and criminals beyond this life.

Spiritual progress does not depend on faith. In more than one place in the Bible it is stated that « if someone does his best according to whatever understanding he has, he is justified ». And that also makes sense. I have known many people, including atheists and agnostics, who did very well in spiritual terms according to their understanding. Faith is pleasure, like icing on the cake, a comfort but not a necessity to living a great and generous life.

Louise Wade was black and from South Carolina. Her grandmother was a slave. Louise ironed shirts and underwear and pants for rich white people in the town where I was raised. Her son had died, been killed somehow back in the South. All her hair had fallen out. That is all we knew. She only wanted to iron down in the basement by the washing machine and the furnace, an unfinished basement. She would never enter through the front door of the house. She sang hymns softly while she did her perfect work.

Un état supérieur de conscience (suite et fin)

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 juin 2017. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor traduit par Jean-François Vincent

Un état supérieur de conscience (suite et fin)

La Foi

Etudier toutes ces choses suppose que l’on comprenne, que l’on sache ou que l’on croit qu’il existe une vie au-delà de cette vie, un continuum dont nous ignorons les détails. Un ami poète, David Kherdian, dit : « partout il y en a la preuve ». Ainsi en est-il pour les croyants.

Paul, autrefois Saül, qui pourchassait les disciples de Jésus, le formule de la manière suivante dans son épitre aux Romains : « depuis la création du monde, l’invisible existence de Dieu et son pouvoir éternel ont été perçus par tout esprit qui comprend les choses créées ».

De nos jours, comme jamais encore par le passé, il serait plus facile de le percevoir, car nous avons compris, au cours des dernières années, l’immensité exponentielle de l’expansion de l’univers, une expansion continue, qui se complexifie et dépasse les capacités intellectives de l’esprit, multipliant les autres dimensions, mettant en question tout ce que nous savons sur le temps, les causes et les effets, la logique. Même la notion – qui fait consensus – de « big-bang » est remise en cause ; la nouvelle idée étant qu’il n’y a jamais eu de commencement et qu’il n’y aura jamais de fin. A l’unisson d’une prière de la liturgie catholique « Gloire au père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement, il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ». « Comme il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ».

D’instinct, il me paraît normal que nous venions au monde pour des raisons dont nous ne savons rien : nous jouons notre rôle et nous partons quand il est temps de partir. La conception orientale, au contraire, est que nous ne cessons de revenir jusqu’à ce qu’enfin nous ayons fini par faire ce qu’il est juste de faire.

La plupart des auteurs spirituels que j’ai étudiés considèrent nos aspirations initiales et notre aliénation actuelle comme le désir de retourner à l’unité, à l’union avec le LOGOS, partant ainsi du principe qu’à un certain moment dans le passé, nous connaissions cet état et que celui-ci nous manque profondément. Nous étions dans le jardin des délices, puis nous l’avons quitté ; une parfaite métaphore de la manière dont nous ressentons les choses : plus nous nous éloignons du jardin, plus nous sommes dans la douleur.

Peut-être bien que « jouer correctement notre rôle dans cette vie » nous permet de nous diriger vers un état se rapprochant de l’accomplissement final que nous recherchons et il est satisfaisant intellectuellement, en se fondant sur des hypothèses logiques, d’imaginer ce qu’est le sort des saints et des criminels dans l’au-delà.

Le progrès spirituel ne dépend pas de la foi. Plus d’une fois dans la Bible, il est écrit que « si quelqu’un fait de son mieux en fonction des facultés qu’il possède, il sera justifié ». Et cela aussi se conçoit. J’ai connu bien des gens, y compris des athées et des agnostiques, qui, en termes spirituels, agissaient parfaitement en fonction de leurs moyens. La foi, c’est du plaisir, comme le glaçage sur un gâteau : un confort, mais, en aucun cas, la nécessité de vivre une vie grande et généreuse.

Louise Wade était une noire de Caroline du Sud. Sa grand-mère était une esclave. Louise repassait les chemises, les sous-vêtements et les pantalons des riches de la vile où elle avait grandi. Son fils était mort, tué d’une manière ou d’une autre, dans le sud profond. Tous ses cheveux étaient tombés. C’est tout ce que nous savions. Tout ce qu’elle voulait, c’était repasser, en bas, dans la cave, à côté de la machine à laver et du fourneau, une cave bien mal équipée. Elle ne pénétrait jamais par la porte de devant. Tout en accomplissant parfaitement son travail, elle chantait des hymnes d’une voix douce.

A Higher state

Ecrit par Ricker Winsor le 03 juin 2017. dans La une, Ecrits

A Higher state

In nineteen sixty-eight I was part of a Hindu meditation group that included Alan Ginsberg. Earlier, Jack Kerouac and others had brought an awareness of Buddhism into popular culture. A flood of influence was coming from the east. At the core of it was the idea of bliss, that it was achievable through practice, dedication, and discipline.

In our monthly meditation group in lower Manhattan we repeated the mantra « Ram » silently and sat in meditation. Swami Kumar, a philosophy student from India, told us about the goal of « realization ». At one point, he asked our group of about twenty-five aspirants, « Who among you believes he will be realized in this lifetime ? » I was the only one who raised a hand, naively maybe but still… Kumar looked shaken and asked me to explain my answer. I backed off and mumbled something about « to the extent that I can » or some such thing, which made him relax a bit. But truthfully, I raised my hand in sincerity, the hand of an idealist, someone who has slipped the grasp of this world to an unusual degree.

This is not to suggest that I, at age twenty-four, felt perfect in any way ; quite the contrary. I felt lost, struggling, confused, not sure of myself, and mal adapted to the adult world I was suppose to be joining. And yet I was aware of something untouchable by the world and a sense that no matter how bad things got in this life it was still ok. How to explain that ? Where did that come from ? I expect it is something all people have in common but mostly without being aware of it. Speculating about that makes no sense. It is hard enough to know our own truth. My interest has always been in my own experience, my perceptions, my reactions to the world. It sounds selfish, but for me it is all I have.

There was nothing egoist in my gesture at that meeting, just a reaction, but one that now seems particularly interesting after forty-eight intervening years, years which have included the practices referred to above, to study, to time spent in monasteries, to conversations with priests and poets, a lifetime of years.

The pitfall of this topic is self glorification. I know a man, a pastor, self-appointed, an ex alcoholic who was saved by Jesus and has dedicated his life to spreading the gospel. He runs workshops and evangelizes all around Southeast Asia. He is intense, intelligent, and knows the Bible very well. At a gathering recently, we ran into each other and I mentioned that I had taken on reading every word of the Bible, something that seemed important to do for many reasons. If nothing else, the Bible qualifies as an essential part of a classical education in the same way that knowing Homer does.

I mentioned to him that I felt there was a benefit beyond knowledge to this activity I had taken on, that there was a mystical type of support coming from the activity itself, something I felt. He laughed and said, eyes gleaming, « Thanks for telling me, Ha Ha Ha », the idea being that I couldn’t tell him anything he didn’t already know and better than I did. He went on to say, in so many words, « When, like me, you can see it all from the other side, then you will know something ». He followed up with, « I don’t mean to say I am better than you or other people », but it was too late. The ego had already reared its head. Spiritual superiority is insidious and ugly.

So, what is this really all about ? I long had the suspicion that « realized » people were among us and not necessarily sitting on pillows surrounded by tambura music, incense, and « followers ». They would be barbers, maids working in houses of rich people, teachers, farmers, anybody. And it is not clear that they would even consider themselves « realized ». The only thing the Buddha said about the state he achieved after huge effort was, « I am awake ». It wasn’t the epileptic ecstasy we think of as a nirvanic state. I use that term because I witnessed epileptic ecstasy.

Un état supérieur de conscience

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 juin 2017. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor

Un état supérieur de conscience

En 1968, je faisais partie d’un groupe de méditation hindouiste dans lequel se trouvait également Alan Ginsberg. Précédemment, Jack Kerouac – et d’autres – avaient fait prendre conscience du bouddhisme au grand public. Tout un influent courant de pensée affluait depuis l’est. A sa racine, l’on trouvait la notion d’un bonheur extatique, accessible par la pratique, l’assiduité et la méditation.

Dans notre groupe mensuel de méditation, situé au bas de Manhattan, nous répétions le mantra « Ram », assis, en méditant. Swami Kumar, un étudiant indien en philosophie, nous parlait du but de l’« éveil ». A un moment donné, il demanda à notre groupe, qui comptait quelques 25 néophytes : « qui parmi vous croit qu’il atteindra l’éveil en cette vie ? ». Je fus le seul à lever la main, naïvement sans doute, mais quand même… Kumar parut interloqué et me demanda d’expliquer ma réponse. Je me recroquevillais et bredouillais quelque chose dans le genre de : « pour autant qu’il m’est possible », ou une phrase analogue, ce qui le fit se détendre un peu. Mais en toute honnêteté, j’avais levé la main sincèrement, la main d’un idéaliste qui a – d’une manière peu commune – échappé à l’emprise de ce monde.

Ce qui ne veut pas dire qu’à 24 ans, je me sentais parfaitement bien à tous égards. Au contraire, je me sentais perdu dans des conflits intérieurs, en pleine confusion, manquant de confiance en moi et inadapté à ce monde d’adultes que j’étais censé rejoindre. Et pourtant, je sentais qu’il existait quelque chose sur lequel le monde n’avait pas de prise ; au fond de moi et même si les choses allaient très mal en cette vie, je me disais : « quand même, ça va ». Comment expliquer ceci ? D’où cela venait-il ? Il y a là, je suppose, quelque chose que tout le monde ressent, mais sans, la plupart du temps, en avoir pleinement conscience. Spéculer à ce sujet ne rime à rien : il est suffisamment difficile de connaître sa propre vérité. Mon centre d’intérêt a toujours été ma propre expérience, mes sensations, ma manière de réagir au monde. ça paraît égoïste ; mais je n’ai pas d’autres références, je n’ai rien d’autre.

Or il n’y avait pas une once d’égoïsme dans mon geste à cette réunion, c’était juste une réaction, une réaction qui prend tout son intérêt à 48 ans de distance, 48 ans de pratiques telles que mentionnées plus haut, d’étude, de temps passé dans des monastères ou en conversation avec des prêtres et des poètes, une vie entière d’années.

L’écueil en la matière réside dans une glorification de soi. Je connais un homme, un pasteur auto-proclamé, un ex-alcoolique, qui a été sauvé par Jésus et qui a voué sa vie à répandre l’Evangile. Il dirige des ateliers et évangélise un peu partout en Asie du sud-est. Il est intense, intelligent et connaît très bien la Bible, chose importante pour de multiples raisons : rien qu’en elle-même, la Bible constitue un élément essentiel d’une éducation classique, exactement comme Homère.

Je lui ai dit qu’il y avait, au-delà de la connaissance, un profit à tirer de cette d’activité, à laquelle je m’adonnais : il y avait, à l’intérieur même de celle-ci, un réconfort de type mystique, quelque chose que je ressentais. Il rit et me dit, les yeux brillants : « merci de me raconter ça, ah, ah, ah ! ». Dans son esprit, je ne pouvais rien lui dire qu’il ne connaisse déjà, et mieux que moi. Il continua à parler à profusion : « lorsque, comme moi, vous verrez les choses de l’autre côté, alors vous apprendrez quelque chose ». Il ajouta : « je ne veux pas dire que je suis meilleur que vous ou que quiconque ». Trop tard ! L’ego avait déjà pris le dessus. La supériorité spirituelle est d’une insidieuse laideur.

Little girl from Manchester

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 mai 2017. dans La une, Ecrits, Actualité

Little girl from Manchester

Little girl from Manchester,

Come with me and take my hand :

You have to listen to the rainbow,

Just become light, forget the shadow !

Our song so glad like a funny big band…

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

 

Little girl from Manchester,

All your dreams a blossom in the night…

Your sweet laugh like butterfly’s dancing,

Stay like a princess in roses, so charming,

Whisper of gold calming your soul, so bright.

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

 

Little girl from Manchester,

The entire world is singing with you

And you can be sure we’ll never forget :

In the raindrop, in the smiles forever and yet,

In every second: eternity will come true.

 

Come with me, the sun is waiting,

Don’t be afraid, the night is shining.

Histoire racontée à Emmanuel

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 mai 2017. dans La une, Ecrits, France, Politique, Littérature

Histoire racontée à Emmanuel

Ne disait-on pas de vous, jeune lycéen, que « vous saviez tout sur tout », formule, soit dit en passant, qu’à présent devenu chef de l’État vous feriez bien de retirer de la circulation… Alors peut-être connaissez-vous, Emmanuel, Monsieur notre jeune Président, cette lointaine tribu des fins fonds de la Nouvelle Guinée – les Baruya. Il se trouve que moi – dans une autre vie – pourtant professeur de géographie, j’ignorais tout et même au-delà, de ces Baruya de l’autre bout du monde, sauf qu’à présent, après une lecture plus que passionnante d’un livre édité par Thierry Marchaisse, que je m’apprête à recenser dans La Cause Littéraire, je sais « un peu » de choses multiples sur ces gens-là, qui m’ont – on comprendra pourquoi – donné envie de vous écrire trois mots, sachant que vous avez sans doute encore l’âge d’écouter des histoires, pour peu qu’elles soient vraies ou autour…

Maurice Godelier, l’éminent ethnologue, a suivi, ainsi que plusieurs collègues (on dit « faire du terrain »), cette tribu installée en altitude entre deux hautes vallées, au milieu de chaînes de montagnes des origines, pendant quasi un demi siècle. Dans ce livre à la portée de chacun, sans jamais déroger pour autant au contenu exigeant de ses observations, comparaisons, recherches, on en apprend des vertes, des mûres, sur cette tribu, sur l’outil incomparable qu’est l’ethnologie, dans l’appréhension du monde et sur nous, comme en miroir. Magnifique livre, donc ; ma future recension le dira, mais ce n’est pas le sujet ici.

Ce qui m’a intéressée (lecture très contextualisée faite ces derniers jours à l’abri de votre présidentielle) et vous intéressera, Emmanuel, c’est que ce livre éclaire, décrit, ma foi, des pans entiers de votre programme, et carrément votre philosophie…

Posons la scène de l’étude : « Cette petite société tribale, jusqu’en 1960, se gouvernait elle-même, ne connaissait ni l’état, ni l’économie de marché, encore moins la “vraie” religion, celle du Christ… quelques décennies pour tout changer, sous l’impact de la colonisation australienne – 1951 – de l’accès à l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle Guinée – 1975 , de l’économie marchande autour du café et de la Christianisation protestante… ».

La tribu – celle des Baruya, comme d’autres – obéit à un ordre social composé de groupes de parentés, revendiquant un même territoire, pratiquant l’échange des femmes (ne froncez pas d’entrée vos sourcils !) ; ordre fondé sur la domination des femmes par les hommes (ne partez pas !), scandé par des rituels et des initiations. Une société, un ordre, des usages ancestraux, un vieux système, des changements, des ouvertures, et peut-être des choix, le vieux, la crise, le neuf… (c’est bien, vous restez…). Je me contenterai d’utiliser deux points, deux moments de l’étude, mais votre écoute attentive en subodorera bien d’autres.

« Tous les trois ans, les Baruya construisent une vaste maison cérémonielle, la Tsimia ». En fait, corps symbolique de la Tribu (vous dressez l’oreille, forcément). Le poteau central est appelé « grand-père » ; un opossum vivant est précipité du haut, puis ce gibier est offert à l’homme le plus âgé de la vallée, rappelant que la mort arrive, et que les jeunes entrent dans la carrière (vous lorgnez derechef sur les logos des LR et du PS, soit ! vous éviterez évidemment la mort de l’opossum). Les hommes mariés et pères plantent « en même temps » (vous avez bien entendu) les poteaux des murs de la Tsimia, montrant « qu’à ce moment-là, symboliquement, toutes les différences, toutes les contradictions qui pourraient diviser les Baruya sont effacées. Seule l’unité face aux dangers, intérieurs comme extérieurs, persiste » (je vous sens frétillant – certes, le Louvre est passé, mais les occasions reviendront).

Avis de recherche

Ecrit par Jean-François Joubert le 13 mai 2017. dans La une, Ecrits

Avis de recherche

Non, non, je n’ai pas fait exprès, si mes mots illusionnent et s’abandonnent vagues sirènes sans alarme, ils sont fous et traversent la foule, « je suis tombé du ciel ». Je me foule une cheville quand une cochenille longe l’autoroute de la désillusion, la boule de billard vient de quitter son nid, sans le savoir elle cherche déjà de l’évasion. Est-ce de ma faute si les mots klaxonnent et sonnent le glas, l’heure du tocsin ? Non, non, je n’ai pas fait exprès d’entrer dans le jeu, gai, de l’envie de vivre puis, ton sein et ta valise ont foutu le camp, alors végétal carnivore je dévore et divorce en perdant l’écorce de mes racines, le tronc de la vie, le zeste de citron, l’écume du miroir celui de s’asseoir, boire une goutte d’eau rosée et de rêver Espoir ! Champagne. Je sais, tu as mis la grand voile, celle qui croise les étoiles Orion la croix du Sud, je reste berger étrange et étranglé sur une plage, je sais que tu écoutes le son de l’étrave d’une goélette et mes lettres se décomposent au passé supposé, alors quand l’aube pointe son nez de noir goéland, que le soleil déplie ses ailes, j’évite les cauchemars et je m’invite où moi qui ne danse pas ? J’écoute la Ballade pour Roger.

Tu te souviens de nos propos sur un banc dans le bois, on était loin de Versailles, une écharpe au cou, on s’échappa vers un ailleurs, remplis de désirs d’aller traverser les océans, fini l’Europe, et vive l’Amérique pas celle du nord, celle du sud. Seul, dans le vasistas du réel, je construis une aventure dans la devanture de mes névroses, j’ose t’offrir une palette de couleurs, des pastels, et un livre blanc. Dessines-tu toujours ?

Depuis l’œil de Londres, sans tes bras, je compte les rats d’eau, et puis je m’ennuie alors je passe la nuit sous les aurores boréales à t’attendre, je joue de la cornemuse au Highlands, c’est faux mais c’est juste que je ne sais pas jouer, aucun instrument de musique n’est en accord en ma compagnie, mais avant d’aller jouer au gondolier à Venise, je change de chemise et dévale une piste bleue en avalant mon arrogance de n’être que moi un lego, un jouet sans enfant, une personne si fragile.

A mon avis, j’irais chercher ta jupe, en Asie, si tu es à Nagano en train de prendre un bain dans une source chaude, ou si ton corps embrase le sourire des hommes qui t’entourent à la fête des lanternes de Hong-Kong, je jouerais à « qui cong ? » J’aime l’accent grave et je visiterais ni indien enfin peut-être un peu, et certainement pas cow-boy ni sur un destrier n’aimant guère la guerre et le cheval, pas plus le trot que le galop, je serais cet âne à pied qui te sourit en Patagonie. Au carnaval de Douarnenez ou à Rio, tu entendras battre mon cœur, et cela sur n’importe quel continent, tic, tac…

Mon cœur bat encore par vos mots de « poète », chansonnier fou et si Humain !

Un grain de sable dans l’univers, futur ver de terre… Mon fils du vent tient mon Histoire mineur, et pleure…

Voter blanc, c’est noyer un migrant

Ecrit par Sabine Aussenac le 06 mai 2017. dans La une, Ecrits

Voter blanc, c’est noyer un migrant

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est regarder des noirs de Louisiane, lynchés par des blancs.

Voter blanc, c’est aimer la balle qui a tué Lennon, JFK ou Martin Luther King.

Voter blanc, c’est comme une quenelle.

Voter blanc, c’est tenir le lance-flamme qui tue Romy dans Le Vieux Fusil.

Voter blanc, c’est dénoncer Anne Franck.

 

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est violer Jeanne d’Arc.

Voter blanc, c’est interdire Woodstock.

Voter blanc, c’est faire asseoir Rosa Parks et couper les cheveux d’Angela Davis.

Voter blanc, c’est porter des galons de Waffen SS.

Voter blanc, c’est passer le 93 au karcher.

 

Voter blanc, c’est noyer un migrant.

Voter blanc, c’est brûler l’église d’Oradour.

Voter blanc, c’est conduire les enfants du Vel d’Hiv jusqu’au train.

Voter blanc, c’est dessiner un cochon sur une mosquée.

Voter blanc, c’est apprendre à son chien à mordre les Arabes.

Voter blanc, c’est rêver de gégène et d’Algérie Française.

Ils vont voter… dit Boubou

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 mai 2017. dans La une, Ecrits

Ils vont voter… dit Boubou

A peine remis des angoisses quand même existentielles du grand déménagement ; pénates Montpelliéraines tout juste appropriées, voilà qu’« ils » me refont un psychodrame, bien typique d’eux, les gens à deux pattes : ils vont voter disent-ils, et c’est en boucle, des matines de France Inter, où, au grand jamais, il n’est question de chats, aux discussions ininterrompues, entre eux – des fois, ça hausse le ton, alors que dans la gamelle repose, semble-t-il, le même nom de futur président ; mais – voyez s’ils sont drôles ! il y a le vote « à défaut » et le vote « d’adhésion »… selon mes moustaches, au bout, c’est pour autant d’un seul tenant ; croquettes au poulet, point barre…

Coups de fil aux copains au creux de l’après-midi, pour Elle – ce Jean-François qui trouve hilarant d’aller « Macroner » dimanche, tandis qu’elle s’esclaffe – après on ira  maronner » ; mais quel âge ont-ils ? Lui, c’est page FB les unes après les autres, à répondre aux « amis » – que je n’ai jamais vus – comme si son déjeuner en dépendait, pas moins, au point qu’il en oublie parfois de vider ma caisse ! Non, mais ! ça prétendrait, après, avoir son avis sur gouverner le pays !!! j’hallucine (oui, nous les chats  juniors on parle « jeune »)…

A la TV – celle qu’ils regardent, absolument jamais « 30 millions d’amis » – on ne parle plus que de ce vote ; des chiffres, comme pluie d'hiver ! Ça couine beaucoup sur ces batailles, après, dans les discussions entre fraises et fromage ( - 60/40… tu crois, et les cachés ?? t’en fais quoi ?). Cachés ? Dans mes tendres souvenirs de mon herbe corrézienne - hélas, une autre vie - n’étaient cachés que les mulots apeurés que je débusquais en un grand bouquet d’heures ; faut moult patience pour les cachés ; ont pas l’air de savoir... Slogans, banderoles, aux JT, et jusque sur La Comédie d'ici : « ni-ni » ! dit celle-ci ; faut-il avoir passé autant de temps sur les bancs d’école pour être aussi gamins, je ne veux pas dire « bête », ce serait par trop stigmatisant pour les miens… du coup, ça rigole dans la maison : « ni-ni-non-non ! », comme une imitation de ronronnement qui ne trouverait pas son rythme...

 Hier – j’ai dormi la plupart du temps malgré le raffut que ça faisait – ils m’ont imposé le « débat » ; l’homme de la gamelle, tout en statistiques de plus en plus précises, qui avait l’air de tout savoir – n’avait rien d’écrit devant lui, tout dans la tête, mazette !! – et une femme blonde, agitée à n'y pas croire ( nous les chats, nous détestons les agités), au regard parfois inquiétant, qui de temps à autre aboyait en secouant sa crinière… elle avait quelque chose de mon pire ennemi là-haut en Limousin, le chat roux du voisin qui m’en a fait des pires que pires ; il louchait (j’en cauchemarde encore), elle, j'ai pas bien vu…

 Voilà donc ce qui les agite depuis toutes ces semaines ! Ce qui occupe leur esprit, leurs espérances, va savoir, leurs peurs ? la crinière, sans doute… Comment voulez-vous que je puisse les faire profiter de ma haute sagesse animale, orientale, qui plus est ; pas un mot sur les chats dans les deux heures d’hier... pfft ! j’ai pourtant tendu l’oreille, et je l’ai fine.

Par contre, dans les images qui accompagnaient le bla-bla de la blonde, est passé un chat, gris cendré – magnifique, et sauvage, de luxe assurément ( bizarre pour celle qui veut représenter le peuple, non ? Que voulez-vous, mes critères sont mes critères !)  Pas forcément sympa, genre fauve qui va tout boulotter dans la basse cour. L’autre, celui des chiffres, pas un seul chat en vue, ni même du reste un chien, aucun des labradors des deux François ! Drôle d'époque...

Faudrait vraiment lui dire – s’il sort du chapeau-gamelle ce dimanche, le beau gosse aux yeux bleus – qu’un président sans animal, « cela » (il dit souvent ce mot) ne saurait le faire ; parole de Boubou !

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