Carpe Diem…

Ecrit par Luce Caggini le 31 mai 2014. dans La une, Ecrits

Une entrevue élémentaire entre l’auteure, Kateb Yacine et Ajaccio, le premier Mai 2014

Carpe Diem…

Algérie 2014 m’apparaît comme un paysage mythique dont j’aurais eu une vision éblouie, surprise en pleine extase de ma jeunesse, en robe à fleurs à bretelles, espadrilles en couleurs, ambre solaire parfumée, soleil incandescent, dans un tango bleu cadencé pour n’émouvoir que les sables innombrables qui longent la mer de mon adolescence.

Tango bleu dans une cour de village à quelques kms de Mostaganem ! Une transmission historique !

Histoire de moi.

J’ai le vide dans le présent, la cité dans mes gènes, ma vision prise au piège d’une amourette en couleurs depuis le djebel Tarik jusqu’au Bosphore. Les minarets portent des croix, les synagogues aussi, celles que les hommes portent sur leur dos sans savoir qu’ils sont des frères couleur terre.

Kateb Yacine, mon amant de pays, tu as pris naissance dans mon ventre :

– « J’ai même adoré vénérer ta féminité en faisant mon devoir d’amant primordial ».

Yacine ton étoile couvre toute la sensualité de mon corps nomade, je cours derrière la djellaba, à humer tes pas, tes parfums. N’as tu pas découvert la viole de gambe avant la flute du berger de Kabylie ?

Nous cheminons main dans la main, nos corps enlacés dans une sorte de communion de notre appartenance pendant que les poussières de la terre s’entassent dessous nous.

Je te dis que je pars rejoindre l’île des cimes et des lacs, la terre de la violence qui ne m’a jamais quittée des yeux pendant que les anneaux m’encerclaient, gonflaient de bulles irisées les allées menant dans une partie de moi périphérique.

J’ai réuni mes mains en coupe et par trois fois j’ai bu l’eau de la Mer. Un geste en trois dimensions, initiatique, saisissant le cœur d’une réalité présente, pleine du vide que je venais d’accomplir. Le réel venait de toucher ma chair, mes sens, mon inner-self. Heureuse de ne pas trouver le mot juste, il eut été incongru.

Il y avait là du mystérieux, de l’humain, du non-humain.

Plénitude de cette inner-vérité dégagée du processus du temps.

– « Je suis sauvée » ai-je entendu sans avoir jamais prononcé le mot.

Une étoile de mère, c’est ce que je venais de découvrir à mes pieds.

C’était la plage de l’enfance de Antoni sur les Sanguinaires.

Dans la soirée, les moules dégustées dans une paillote en plein vent me donnent la sensation d’être une fille du ciel dont le garçon de café un peu pataud n’avait aucune idée. Je n’aurai jamais existé pour lui ; c’était ça la liberté. J’avais pris possession de l’amour sur le toit du monde auquel j’avais entraîné et le garçon de café et l’empereur de la mystification de l’amour avec son chapeau à larges bords et ses chants exotiques sur le rythme d’un tango bleu irisé.

C’est ainsi que « Fin » et « Commencement » furent l’épilogue de la maîtrise de mon sujet : « Mère Méditerranée ».

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

Commentaires (2)

  • Mona Ondalo

    Mona Ondalo

    19 juillet 2017 à 08:42 |
    Voilà ! Je viens de trouver ce lien et je comprends mieux.
    Soyez enfin heureuse !
    Mona

    Répondre

  • Sabine Vaillant

    Sabine Vaillant

    01 juin 2014 à 11:41 |
    Je lis votre texte et j'entends sa musique profonde!
    Sabine V.

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.