Clic Clac

Ecrit par Colette Bonnet-Seigue le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits

Clic Clac

Faire sa valise, y enfermer le toit perdu que l’on quitte par soir d’orage. Y mettre un peu, beaucoup, rien, presque rien, un petit bout de lui, le meilleur, un bout de rien du tout, juste pour le cœur en panne. Son regard sur ma robe à fleurs, le cachemire de sa peau à mailles douces.

De moi, à l’intérieur, une mise à nu, pas de superflu, seulement un trou de souris, un vide, la place d’un nouveau départ. Mais, plus de ces encombrants entassés là sur piles rangées, trop bien rangées pour embroussailler les mélis mélos d’un bonheur voilé.

Et puis, les indispensables mouchoirs aux roulis des yeux les jours de haute mer. Les talons sans aiguilles pour la sobriété du pas à l’envolée des invisibles monts à parcourir.

Valise à cases vierges libératrices, coffret ambulant vers des bémols sans arpège, pelisse de soi, sans artifices !

Faire sa valise comme on largue sa vie, sans amarres. Ne pas oublier le spi pour le vertige des vagues engrossées de regrets, de larges enivrants.

Pas de poids superflu qui leste les matins peureux. Seulement le musc de sa peau accroché au bastingage d’un pyjama. Y mettre tout en vrac, tout le léger des sourires, des espoirs, des souvenirs pas trop perdus. Dans le profond de son abîme, y déposer avec respect les premiers baisers, les premiers bras ouverts, les premiers regards.

Valise des quais perdus, pour d’impossibles voyages au bout de l’autre, au fond de soi. Bagages express à fil de rail sans retour confié à nos racines.

Clic clac du dernier tracé à clé de ciel ouvragé d’opale, de désinvoltes arabesques, de pieds de nez rauques et sourds.

Valise encore trop lourde d’enfance hirsute, aux jeunes poupées ridées de brume, de rêves salvateurs.

Valise, mon sédentaire toit aux errantes mouvances des étés voyageurs. Dans ton creux, un petit bout de lui, le meilleur, un petit bout de rien du tout, juste à entrebâiller, à caresser pour le vertige de ses murs…

A propos de l'auteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.