Le Fou Pharaon...

Ecrit par Luc Sénécal le 01 novembre 2010. dans La une, Ecrits

Le Fou Pharaon...

 

Ferme les yeux mon amie et écoute mon coeur

 

.. "J'étais un oiseau,

j'étais comme un prince
accroché à la falaise abrupte
surplombant la vague traîtresse,
frappant le roc de rage.

J'étais un oiseau
alors que mes doigts pincent
la prise dans la pierre brute
survolant la mer maîtresse
vivante de ces rivages.

Au loin l'oeil de l'île au phare
gardien de granit, clignote son message
d'amour à la lanterne, encore sage
de son voisin qui répond et pique un fard.

Alors que les soldats de ronce
griffent mes mains et mon visage,
déchirent la cuirasse de ma peau
et marquent la mémoire de mes voyages
par la brûlure de leur sceau
en défendant ce terrain à chaque once.

Soudain un cri retentit au-dessus de ma tête
suivi du rire goguenard en saccade
de mon ami le goéland dont le coeur en fête
m'accueille et salue le terme de mon escalade.

Car désormais je suis sur le dos du dragon
dont le museau endormi hume
plongé dans les lames, leur écume.

Car désormais je suis tout en haut,
au sommet de la pointe du château,
sur un trône patiemment conquis.

Car désormais tourne sur ses gonds
la porte de ce majestueux domaine
où le temps s'arrête tel un dieu au sein de qui
se fond merveilleusement, ma forme humaine.

Aussi je peux m'envoler pour rendre une visite
aux phoques gris installés mollement à Malban,
aux princes des sept îles, fous de Rouzic,
se jetant des cieux, telles des flèches, sur les bancs

qui filent dans les fonds perdus d'émeraude,
alors que rapace, le goéland marin rôde.

L'oeil bleu entouré de rimmel, tels pharaons,
trait que souligne un peu de pollen jaune,
ces seigneurs de la mer englobent pêle-mêle
dans leurs regards perçants, le taon
agaçant leur nid, qu'ils retrouvent dans la faune
de cet asile bruyant que le soleil emmêle.

Ainsi je peux voler pour aller voir
les macareux fugaces dans leur parade,
accompagnés, brunes sentinelles en croix
par les cormorans voleurs et le vol des mouettes,
survolant la sieste du phoque au repos.

Ainsi je peux virevolter pour aller voir
le clocher résonant au-dessus de la rade,
granit rose et froid de la sentinelle de foi,
retentissant en éclats sous la frêle girouette,

gardien du temps passé dont il garde le dépôt.
Ainsi vers la côte, je peux plonger dans ce miroir
admirant parmi les rochers, ces petits mondes,
miniatures bordées de corail et d'anémones
où l'algue verte cache le crabe qui sonde
le granit que la crevette ramone.

Ainsi je peux planer dans l'air du soir,
sur les vagues, ces tumultueuses géantes
polissant le rocher lisse dont les volumes
sans cesse recouverts créant, obsédantes,
avec patience, des formes que gifle leur écume.

Ainsi dans les courants chauds, je peux croire
que glissant pour regarder ces enfants de la mer,
ils partent courageux et forts, le matin dans la brume
pour revenir au soir, fourbus, riant et heureux.

Ainsi la tête penchée, je peux planer pour aller voir
ces bateaux réfugiés côte à côte, comme peureux,
accostés les uns les autres dans les odeurs de mer,
sur l'étal du port, tandis que je les énumère.

Ainsi dans un songe, je peux me faufiler comme le loir
pour quêter comme un grain de ce rêve de peintres
toile vivante et fraîche de cette palette de couleurs.

Ainsi je m'émerveille du haut de ma tour d'ivoire,
comme au-dessus de la scène, dans les cintres
admirant sans retenue ces formidables acteurs
de la Vie, toujours charmante, toujours émouvante.

Ainsi mon amie, aperçois-tu par la fenêtre
un peu de mon âme de poète,
car du haut de mon rocher,
lorsque je contemple la baie,
je contemple aussi l'Univers.

Je suis comme ce champion au moment crucial,
comme ce marin dans l'océan glacial,
cet alpiniste au rire génial,
un astronaute en orbite spatiale.

Ainsi mon amie, je suis heureux de naître
Encore lorsque l'âme en fête,

je redescends de mon rocher
et que j'ouvre la porte qui bée
sur la vie transparente comme du verre.

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.