Le rite abrahamique : du mythe à la réalité

Ecrit par Anna Othman le 24 novembre 2010. dans Ecrits, La une, Religions

Le rite abrahamique : du mythe à la réalité

A la croisée des mondes, j'ouvre cette page en cette période où le rite abrahamique m'éclaire, m'illumine et me transcende. Mythe ou réalité ? Longtemps cette question m'a traversée. Longtemps j'ai cru en l'Homme comme être de conscience, revenir au lieu de sa naissance. Cette naissance où la lucidité de l'unicité a fait de lui un être de raison. Ne s'est- il pas entendu dire: "Ne raisonnez-vous donc pas ?".

Cette lucidité lui a permis de grandir et de s'éloigner de ces divinités qui faisaient de lui un être soumis plus à son ignorance qu’à Celui sans qui la vie n'aurait aucun sens. Qu’en  est-il de ce choix d'un homme qui d'une rage extrême a brisé les chaînes en détruisant les statues qui l’entouraient ?

Abraham, cet homme qui par la force de son caractère,  a  su s'opposer à son père en le mettant face à son hypocrisie, à son polythéisme intéressé, à ce commerce de l'âme et à ses égarements ...

Oui, cet homme qui a interrogé la lune, le vent, le soleil et tous les éléments de la nature, a rendu honneur à l'évidence. L'évidence de l'unicité.

Cet homme a su être à la hauteur de son rôle de fils juste, de frère juste, de l'époux juste, de père juste et de croyant juste. Au travers de ses différents rôles, il a su rester le même au service de l'Unique en ouverture vers la multitude.

C'est cette multitude qui  est à l’origine de nos différences et c'est l’unicité qui nous rapproche. Oui, Abraham du bateau dans lequel ton  ancêtre a été sauvé tu as préservé la lignée de Sem. Qu’en est-il aujourd'hui de cet héritage ?

L'héritage d'avoir fait sortir un peuple et ses enfants des ténèbres pour  les diriger vers la lumière. Du miracle engendré par l'Unique, tu as su rire à cet âge de sagesse et de cheveux blancs. De ce sourire, tu en témoignes par Isaac et de ce que Dieu a entendu tu en témoignes par Ismaël. Ces deux miracles se traduiront par une épreuve à laquelle tu réussis avec brio en attestant  avec force ta foi.

Cette épreuve au-delà de l'Acte est celle de l’Intention. Celui qui lit dans les cœurs a su entendre au-delà de tes peurs et de tes doutes la soumission à sa volonté. Ces deux frères ont donné naissance à deux lignées, deux tribus, deux peuples qui au fil du temps se regardent en chiens de faïence comme deux inconnus. Heureux sont ceux qui raisonnent à la lumière de l'Unique pour se rappeler à toi. De l'Aïd à Roch Hachana, d’Ismaël à Isaac, du désert  au mont  Moriah, toi le père de la multitude tu sais réunir les plus humbles à tes principes.

Du mythe du peuple uni par le père de la multitude à la réalité de ses enfants déchirés par la turpitude. Je partage avec vous mes pensées et mes peurs d’oublier ce qui fait de moi un être de foi, universel par son âme et individuel par son histoire.

A propos de l'auteur

Anna Othman

Anna Othman

"Je suis née un jour bleu à l'aube de mes 30 ans, une lumière m'a traversé et a illuminé mon être pour me révéler à moi même. Et c'est cela que je veux partager avec vous en toute simplicité. Pour mieux me connaître lisez mes écrits."

Commentaires (7)

  • luce caggini

    luce caggini

    25 novembre 2010 à 01:01 |
    Chère Anna
    Revenir au lieu de sa naissance ,le rêve des exilés, des nomades par procuration; pour tous ceux que nous sommes, à la recherche du mythe , sans dogme, à tâtons , parce que rien n ‘est donné . Quand le mythe s’ illumine,comme ce mercredi 1 er Décembre an 5771 avec la l a première bougie de Hanoucca ,avec un chemin croix, ou une incantation de muezzin, un souhait , avec le premier qui a brisé ses chaines , avec sa rage ou sa patience, nait le lien le plus précieux , le plus fragile aussi dans toute sa vivance .

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    24 novembre 2010 à 20:30 |
    Les enfants d’Abraham se disputent la place sur le bûcher du sacrifice. Est-ce Isaac,comme c’est écrit dans la Bible ? Est-ce Ismaël comme c’est écrit dans le Coran ? L’unité dans la foi est mal barrée. C’est toujours insupportable les histoires de famille.

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  • Kaba

    Kaba

    24 novembre 2010 à 20:19 |
    Il est certain qu'Abraham est un mythe. Réécoutez ou écoutez l'émission "2000 ans d'histoire" du 13 octobre 2010, au cours de laquelle Patrice GÉLINET recoit Pierre GIBERT qui analyse l'apparition du monothéisme ("Enquête sur le Dieu unique", Bayard, ouvrage collectif). Le récit de la conversion d'Abraham est, selon Pierre GIBERT, un "texte fondateur qui, comme tous les textes fondateurs, est un texte tardif, élaboré, mis au point, au mot près, quand on a une connaissance, une conscience suffisante de ce qu'on dit, de ce qu'est à ce moment-là le monothéisme mais aussi Israël, ce qu'il veut être. Tous les récits de commencement sont toujours des récits tardifs qui présentent le condensé, le dynamisme du désir, de l'expérience du peuple, de la nation qui se projette dans le commencement, dans ses fondations."
    Sans doute ce mythe a-t-il "permis de préserver la lignée de Sem".
    Mais voyons une autre interprétation du mythe donnée par Yasmina KHADRA dans "les agneaux du Seigneur" (sans doute l'auteur a-t-il voulu provoquer une impulsion d'achat en permettant une évocation du "Seigneur des anneaux"). Un groupe de jeunes extrémistes harcèle un village ("son village"). Haj Salah, l'imam est entre leurs mains. Qu'il me soit permis de vous livrer une longue citation :
    "Haj Salah émerge de sa perplexité. Faiblement. Il n'a pas la force de passer la main sur son visage ruisselant. Il regarde tour à tour Kada, Tej, Youcef, Smaïl et dit :
    "- Savez-vous pourquoi Dieu a ordonné à Abraham de lui sacrifier son fils chéri ?
    "- Bien sûr.
    "- Pourquoi ?
    "- Pour tester la foi d'Abraham, dit Youcef.
    "- Blasphème ! Oserais-tu insinuer que Dieu doutât de son prophète ? N'est-il pas Omniscient ?... Dieu avait seulement un message pour les nations entières. En demandant à Abraham de tuer son enfant en haut de la montagne puis en lui proposant un bélier à la place de l'enfant, Il voulait faire comprendre aux hommes que la Foi a ses limites aussi, qu'elle s'arrête dès lors qu'une vie d'homme est menacée."
    Cette lecture du texte, placée par Yasmina KHADRA dans la bouche du vieil imam me semble plus précieuse que celle, qui me fut dite, lancée par le jeune Youcef.

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  • Martine L

    Martine L

    24 novembre 2010 à 20:15 |
    Très joli commentaire, Elisabeth! permettez-moi de vous demander de le co-signer!

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    24 novembre 2010 à 19:39 |
    De nos places opposées, de ma foi têtue et recréée chaque jour en rien qui m'accompagne, de ma croyance en la force de l'homme et de la femme à se libérer du Père, je vous dis bienvenue.

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    • Eric Thuillier

      Eric Thuillier

      25 novembre 2010 à 08:08 |
      Je trouve, chère Elisabeth, le terme « opposé » mal choisi. L’opposition est entre ceux qui regardent et ceux qui ne regardent pas. Ceux qui regardent sont penchés sur la margelle du même puits. Les uns y voient l’absence, les autres la présence et à la distance où ces choses se situent, il faut pour les distinguer l’une de l’autre disposer d’une vue surréelle. L’opposition est entre ceux qui penchent et ceux qui ne penchent pa

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    24 novembre 2010 à 19:37 |
    « Un être de foi, universel par son âme et individuel par son histoire ». Merci, chère Anna, de résumer aussi justement la vocation abrahamique, et de façon plus générale, la vocation du peuple juif. Il s’agit, en effet, d’un sacerdoce universel. Abraham ne sacrifie pas seulement pour lui-même et sa famille ; il sacrifie pour les générations futures et pour l’humanité toute entière. Le rav Shimon ben Jochaï (IIème siècle) écrit dans Pesikta 154 : « Abraham a œuvré pour la réconciliation depuis son temps jusqu’au mien, je veux œuvrer pour la réconciliation de mon temps jusqu’à la venue du messie . Si je n’y arrive pas, que s’unisse à moi Achiya de Silo (le maître de ben Jochaï) nous voulons réconcilier le monde entier avec Dieu ». Réconcilier le monde entier avec Dieu, tel est le sens du sacrifice d’Isaac, telle est la mission de ce goy kadosh, ce peuple saint, ce peuple de prêtres qu’est le peuple juif.

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