Pétrarque : Passion Chrétienne. Sonnet III du Canzoniere

Ecrit par Luce Caggini le 11 avril 2015. dans La une, Ecrits

Pétrarque : Passion Chrétienne. Sonnet III du Canzoniere

Ultime croisière dans un monde irréaliste médiatiquement pulvérisé par le vol de bourdons assoiffés de pouvoirs.

Imitons les grands compositeurs de musique : Même eux mûrissent les sons avant de leur donner un nom ; car les mémoriser c’est avoir déjà magnifié une donnée sans l’avoir jamais énoncée.

Quand un musicien de génie oralise une centaine de notes, il a dû mener un aller-retour de toutes leurs composantes mouvantes, puisant dans les ramures de la harpe céleste un ton petitement mesuré car accords musicaux, mesures complètes, miracles et péages du ciel à la terre sont rarement traités numériquement dans le même ordre dans les mêmes normes chez tous les musiciens. Ardentes musiques dans la tête, vies et morts dans le corps, magie et artifice sous la plume.

Les harmonies puisées dans le monde nuageux des croix du sacrifié de Dieu dirigent en chef d’orchestre une géométrie intégralement rigoureuse appelant le compositeur à ignorer jusqu’au sens de la composition pour introduire une partie de la croix dans les arpèges du chant des mouettes qui volettent au-dessus de sa plume.

Dans la mémoire du grand Plutarque il y eut un jour un réel coup de passion exaltée par la beauté du visage de Laure. Pendant que l’ardeur de son amour grandissait générant un choc de grande intensité, amoureux mais engourdi par cette rencontre, le vieillard mit Dieu en contentieux et invita Laure à communier un instant avec le géant divin.

Il y eut instantanément un croisement étrange et magistral de minuscules cristallines numéraires gagnées par le mouvement des ramifications des trois canons de la mosaïque : Passion, Douleur et Résurrection.

Imaginant beauté, musique dans un même miraculeux médium de misère et de munificence, mourant d’unification et de médiumnité, le vieil homme amoureux analyse une vie sous les trois aspects de l’Amour inaltérable et sacré.

Reliant magie et crucifixion, navigateur dans la nuée des réseaux sociaux, il sillonna des montagnes d’oreilles et de bouches avant de murmurer aux médias de la planète : « Christ est prisonnier de dieux fous armés de toutes les maladies des discours religieux ».

 

Era ‘l giorno ch’al sol si scoloraro

per la pietà del suo Factore i rai,

quando i’ fui preso, et non me ne guardai,

ché i be’ vostr’occhi, Donna, mi legaro.

Tempo non mi parea da far riparo

contra colpi d’Amor ; però n’andai

secur, senza sospetto : onde i mei guai

nel comune dolor. s’incominciaro.

Trovommi Amor del tutto disarmato,

et aperta la via per gli occhi al core,

che di lagrime son fatti uscio et varco.

Però, al mio parer, non li fu honore

ferir me de saetta in quello stato,

a voi armata non mostrar pur l’arco

 

« Le soleil vint à décolorer ses rayons,

Quand, ne me gardant pas, je fus fait prisonnier,

De vos beaux yeux, Dame, je me vis enchaîné.

Il ne me semblait pas qu’il fallût me défendre,

Contre les coups d’Amour, et ainsi je marchais

Tranquille et sans soupçon : c’est pourquoi mes malheurs

En douleur universelle initièrent prise.

Dieu Amour me trouva tout entier désarmé

Et sut s’ouvrir la voie par les yeux jusqu’au cœur

Où larmes ont trouvé la porte et le passage.

Pourtant, me sembla-t-il, ce lui fut peu d’honneur

De me percer de flèche en l’état où j’étais,

Et à vous, bien aimée, de ne pas montrer l’arc.

Il traite Amour de lâche, pour l’avoir frappé un jour où il devait être sans défiance ».

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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