Poé Zie

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 07 août 2010. dans Ecrits, La une, Littérature

Poé Zie

Ce texte est un manifeste d’écriture, un “trousseau de clés” des poèmes d’Elisabeth. Je me permets de le publier, dans “Des textes à la loupe” bien sûr !

LM Levy

 


Donc, il se pourrait que je me sente dans une période d’audace.

Que je doive aller et venir pour m’approprier mon dû.

Alors allons-y.

Art du langage (cit. 1), traditionnellement associé à la versification*, visant à exprimer ou à suggérer au moyen de combinaisons verbales où le rythme, l’harmonie et l’image sont essentiels.  Le Grand Robert.

Ce dû est à nous tous, comme sont à nous tous les “libre comme l’air” ou les ” à ras des pâquerettes “.

Suivent des définitions étincelantes attribuées par les pontes, les notoires, les érudits.

De Sartre l’inévitable à Lautréamont, de Mme de Staël à Gide, les beaux, les grands, ceux qui parlent pour nous faire lire.

Un genre qui ne se définit qu’à travers le miroir de la métaphore, un cercle, la poésie.

Et ce qui semble jaillir de ces multiples et brillantes tentatives de calibration c’est l’impossible.

Parce que, peut-être,  il n’est aucune possible “définition” d’un mouvement initié au moment de l’écriture par le rapport entre ce qui doit se décrire et ce qui se groupe, se colle, s’agglutine d’images verbales pour le poser hors de soi.

Il n’y a peut-être pas de possible explication, d’analyse, de ce mouvement.

Totalement privé, totalement intime et d’une précision obsessionnelle.

Il n’y va pas d’un remue-ménage des SENS.

Non, ou alors convoqués de surcroît parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre, dans une sorte d’impérialisme.

Des SENS en amont, évidemment présents là parce qu’où seraient-ils ?

Il n’y va pas de ce qu’on nomme une quelconque “musique” des mots, ou de leur “disparition vibratoire” *.

Il n’y va pas d’une acoustique.

Il n’y va pas d’une vision, “la poésie des lacs” *, sollicitant une relation particulière au regard en lui attribuant un pouvoir de mise en forme que, seul, il n’aura jamais.

Non plus d’un rythme ou d’une suite de pulsations qui, si ils sont bien présents, ne le sont en quelque sorte que parce qu’ils marchent au pas du lecteur.

Vouloir encaisser l’écriture poétique dans un sas entre le verbe et la physiologie, on en est là.

Parce que justement, personne ne sait non pas d’où elle vient, ni où elle va, cela, on le sait avec toutes les réserves nécessaires touchant n’importe quel processus créatif.

Mais ce qu’on ignore et complètement et peut-être pour toujours, c’est où elle est.

Des choses à défendre, des choses à donner, des choses à prononcer en toute colère ou piété, le poème en a.

Des idées donc.

Des images, oui, bon, on ne va pas revenir là-dessus.

Revenir sur les sons non plus, on a tout dit sur ces zones là même si peut-être on s’est trompé par omission.

Ce qu’on peut évoquer c’est l’écriture poétique comme un lieu de pratiques foncièrement malhonnêtes.

Comme le recours à des subterfuges pour éviter de s’expliquer ou d’expliquer.

D’avoir à décrire pour ce que c’est.

Parce que tout cela, expliquer, décrire c’est tout à fait ennuyeux.

L’explication est ennuyeuse parce qu’elle se doit d’être ajustée à une présumée réalité partagée.

La description est ennuyeuse pour les même raisons.

Un commun accord tyrannique cherché à la racine de l’écriture, par la forme, par la nécessité de donner aux mots choisis suffisamment d’orthodoxie, mais pas plus ni trop, une dimension temporelle plus ou moins définie, une dimension spatiale, tout ce qui s’avère indispensable quoi qu’on en veuille, pour devenir “intelligible”.

C’est le roman, c’est la nouvelle.

Des libertés surveillées.

Qui demandent de l’écriveur ce fieffé travail de ne pas laisser complètement ses recherches en spéléologie aller dans tous …les sens.

La poésie est pernicieuse et toute-puissante là, à pouvoir épargner à l’immédiateté de la relation entre la recherche et sa mise en place le labeur de la construction de l’autre.

Ce n’est pas qu’elle ne soit pas destinée, comment serait-ce possible qu’un écrit ne se destine pas ?

C’est qu’au moment de sa mise en acte, elle compresse le destinataire en lui ôtant pour un temps le pouvoir de réception.

Même si ce pouvoir il le récupère et ne l’a sûrement jamais perdu, il ne l’a qu’une fois le forfait accompli.

Ce n’est donc pas dans une magie particulière des évocations et dans une cacophonie des sons, pas non plus dans une sensitivité où le corps parlerait a capella pour dévoiler son obscur message que l’écriture poétique se loge.

C’est dans la fraude, la délinquance à l’égard des règles du jeu de l’altérité.

Dans un rapport momentané, symbiotique, et là oui, manifestement jouissif, entre LA langue qui perd de son ubiquité pour devenir propriété exclusive de MA langue.

MA langue que je parle sans avoir à l’adresser, sans avoir à en rendre de compte, dans une réminiscence des borborygmes produits dans la jubilation immense et totalement gratuite de son tout premier usage.

Au moins jusqu’à ce que le lecteur potentiel ou majeur me rappelle à son ordre et revienne me signifier qu’il la partage et qu’elle est aussi sienne.

-

* Sartre ” Situations”  III p. 247

* Flaubert ” Correspondance 401 20 juin 1853

” Une bonne définition de la poésie ? Je n’en vois plus d’autre valable, que celle-ci : la poésie consiste à passer à la ligne avant la fin d’une phrase. “

Gide , “Attendu que…” p. 167

A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

Rédactrice

Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

Sites :

http://guerrierart.com/

http://guerrierpoesie.blogspot.com/

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.