Sacré hiver !

Ecrit par Colette Bonnet-Seigue le 19 décembre 2015. dans La une, Ecrits

Sacré hiver !

C’est la valse des parapluies pas celle de Cherbourg mais une danse de Saint Sens ininterrompue d’un crachin du bout du bout du NOOOOOORD ! Sauf que vous êtes dans le Sud !

Voilà un calendrier de décembre bien arrosé. Vous vous levez avec un œil de marmotte embuée. Un rai timide et familier de la fenêtre qui a du mal à percer le noir incite à la grass’mat’. Alors, vous replongez béatement sous la couette ! Cependant, il faut se lever, du pied gauche sans doute, à cause du syndrome tristounet-quotidien-du-volet-ouvert-sous-la-pluie ! Et de vous dire à l’intérieur : « Encore un jour gris pareil à tous les autres et ça, depuis des lustres ! » Ras le bol de cette dégoulinade qui ne fait pas ami-ami avec le cœur inondé ! Vous petit déjeunez sans soleil au ventre. Après ablutions, garde-robe oblige, vous choisissez l’anorak flashy, celui qui va rayonner plein pot et, devant le frigo en pénurie, mettez le nez dehors, pour l’épopée des courses. Il faut bien se sustenter !

Le parcours du combattant démarre avec celui de la voiture. A peine garée, il vous faut sortir du véhicule parapluie ouvert d’une main, sac à main et celui à provisions de l’autre, se diriger vers le parc à caddies cherchant à la dernière seconde le jeton libérateur du vôtre, quand tout à coup, l’indocile vous glisse des doigts mouillés pour finir sa course sous la voiture voisine. Là, vous devez ouvrir le sac à main chercher l’euro remplaçant dans le porte-monnaie que vous ne trouvez pas sur le champ, pour cela, une méthode efficace : caler le manche du parapluie sous le menton afin de libérer une main. Et là, le cou rentré dans les épaules, l’engin sur les yeux, vous entendez « aïe ! » à cause d’un rentré de baleine dans la joue de la voisine dont la situation ressemble trait pour trait à la vôtre ! Enfin vous avez le caddie mais, par-dessus le marché, une tornade soudaine retourne en un clin d’œil le parapluie et l’averse se faisant intempestive et vous aussi, vous vous dites encore « Pu… ! J’aurais mieux fait de rester au lit » ! Tandis que vous jetez avec dépit le sac à provisions dans le caddie et courez à toute allure vers la porte d’entrée principale fermée à cause des intempéries, il vous faut suivre la flèche pour entrer enfin comme zombi dans le Super-Market !

Là, brushing raplapla, cheveux plaqués dégoulinants, dépitée, vous foncez tête basse, caddie en avant pour passer inaperçue. Mais c’est raté, à l’angle droit du rayon à confiture vous vous trouvez subrepticement nez à nez avec Marie-Caroline une relation au look dernier cri qui vous interpelle : « Oh ! Ma chère ! Dans quel état vous êtes ! Quelle avalanche ! » Vous répondez du bout des lèvres que c’est la faute de ce temps de chien et vous pensez en finir avec cette journée de mer…!!!

Enfin au sec dans le magasin, vous flânez plus que d’ordinaire, garnissant ainsi le caddie plus que d’ordinaire et découvrant à la caisse un total débordant de votre carte bleue tandis que dehors l’averse se fait de plus en plus agressive et que quelques consœurs d’après emplettes sans parapluie attendent l’arrêt du torrent pour sortir. Sans réfléchir vous sortez en turbo et rebelote, avec en plus la marchandise en dégât des eaux qui se ramollit ! Devant la voiture fermée vous cherchez la fatidique clé tout au fond du sac. Vous maugréez encore, vous fouillez et refouillez sous le déluge pour enfin trouver le sésame dans la poche du trenchcoat ! Et ce n’est pas fini, le coffre ouvert vous devez faire preuve d’organisation pour tout rentrer dans l’espace mini de votre mini, vous coincez inévitablement en rabattant brutalement la porte une botte de poireaux qui balade son vert printanier au vent mauvais.

Enfin le moteur vrombissant sur le parking vous engagez une marche arrière avec un parebrise embué et vous pilez sur une mamie trop lente que vous avez failli écraser. Vous oubliez bien sûr la ventilation interne et vous maugréez encore en vous lançant des noms d’oiseaux !!

Pas encore fini, arrivée à la maison, il vous faut sortir les poids morts, cette fois tant pis ! sans parapluie, c’est trop compliqué !

Opération courses de jour de pluie terminée, vous vous effondrez épuisée et trempée sur le canapé du salon devant un feu de cheminée hivernal.

Vous entendez une voix masculine un peu pressée vous dire :

– Chérie ! J’ai faim ! Tu as été bien longue aujourd’hui !

Sacré printemps va !!

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