Un état supérieur de conscience (suite et fin)

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 juin 2017. dans La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor traduit par Jean-François Vincent

Un état supérieur de conscience (suite et fin)

La Foi

Etudier toutes ces choses suppose que l’on comprenne, que l’on sache ou que l’on croit qu’il existe une vie au-delà de cette vie, un continuum dont nous ignorons les détails. Un ami poète, David Kherdian, dit : « partout il y en a la preuve ». Ainsi en est-il pour les croyants.

Paul, autrefois Saül, qui pourchassait les disciples de Jésus, le formule de la manière suivante dans son épitre aux Romains : « depuis la création du monde, l’invisible existence de Dieu et son pouvoir éternel ont été perçus par tout esprit qui comprend les choses créées ».

De nos jours, comme jamais encore par le passé, il serait plus facile de le percevoir, car nous avons compris, au cours des dernières années, l’immensité exponentielle de l’expansion de l’univers, une expansion continue, qui se complexifie et dépasse les capacités intellectives de l’esprit, multipliant les autres dimensions, mettant en question tout ce que nous savons sur le temps, les causes et les effets, la logique. Même la notion – qui fait consensus – de « big-bang » est remise en cause ; la nouvelle idée étant qu’il n’y a jamais eu de commencement et qu’il n’y aura jamais de fin. A l’unisson d’une prière de la liturgie catholique « Gloire au père et au Fils et au Saint Esprit. Comme il était au commencement, il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ». « Comme il est maintenant et sera toujours, un monde sans fin ».

D’instinct, il me paraît normal que nous venions au monde pour des raisons dont nous ne savons rien : nous jouons notre rôle et nous partons quand il est temps de partir. La conception orientale, au contraire, est que nous ne cessons de revenir jusqu’à ce qu’enfin nous ayons fini par faire ce qu’il est juste de faire.

La plupart des auteurs spirituels que j’ai étudiés considèrent nos aspirations initiales et notre aliénation actuelle comme le désir de retourner à l’unité, à l’union avec le LOGOS, partant ainsi du principe qu’à un certain moment dans le passé, nous connaissions cet état et que celui-ci nous manque profondément. Nous étions dans le jardin des délices, puis nous l’avons quitté ; une parfaite métaphore de la manière dont nous ressentons les choses : plus nous nous éloignons du jardin, plus nous sommes dans la douleur.

Peut-être bien que « jouer correctement notre rôle dans cette vie » nous permet de nous diriger vers un état se rapprochant de l’accomplissement final que nous recherchons et il est satisfaisant intellectuellement, en se fondant sur des hypothèses logiques, d’imaginer ce qu’est le sort des saints et des criminels dans l’au-delà.

Le progrès spirituel ne dépend pas de la foi. Plus d’une fois dans la Bible, il est écrit que « si quelqu’un fait de son mieux en fonction des facultés qu’il possède, il sera justifié ». Et cela aussi se conçoit. J’ai connu bien des gens, y compris des athées et des agnostiques, qui, en termes spirituels, agissaient parfaitement en fonction de leurs moyens. La foi, c’est du plaisir, comme le glaçage sur un gâteau : un confort, mais, en aucun cas, la nécessité de vivre une vie grande et généreuse.

Louise Wade était une noire de Caroline du Sud. Sa grand-mère était une esclave. Louise repassait les chemises, les sous-vêtements et les pantalons des riches de la vile où elle avait grandi. Son fils était mort, tué d’une manière ou d’une autre, dans le sud profond. Tous ses cheveux étaient tombés. C’est tout ce que nous savions. Tout ce qu’elle voulait, c’était repasser, en bas, dans la cave, à côté de la machine à laver et du fourneau, une cave bien mal équipée. Elle ne pénétrait jamais par la porte de devant. Tout en accomplissant parfaitement son travail, elle chantait des hymnes d’une voix douce.

J’avais beaucoup de questions sur beaucoup de choses, et j’en ai encore beaucoup ; mais, d’une certaine manière, je pensais qu’elle pouvait détenir certaines réponses. Spontanément j’étais attiré vers elle, en dépit du fait qu’elle parlait peu. Dans mon souvenir, nous écoutions les bruits de la machine à laver, du fourneau et le sifflement du fer à repasser sur les vêtements, pour les longues pièces. Puis je me levais tranquillement et remontais dans les étages.

A un moment donné, à l’âge de 38 ans, j’ai eu une épiphanie, une expérience directe de l’Esprit. A l’époque, la manière dont j’ai conçu la chose n’était rien autre que le passage de la croyance à la connaissance. Je crois que je l’ai décrit ainsi à Louise, et elle dit gentiment et en souriant : « c’est bien, non ? ». Rien que ça.

Je la connaissais depuis de nombreuses années, jusqu’à ce qu’elle meure. Et le peu que nous nous sommes dit avait du sens. Sa modeste condition dans le monde – j’en vins à le comprendre – dissimulait une grande spiritualité à laquelle elle était parvenue dans son for intérieur.

Si l’on accepte l’idée que la vie que nous menons est un travail en cours, un travail doté d’un but ; et si nous considérons que la vie est éternelle, alors il arrive un moment où nous avons fait le maximum de ce que nous pouvions faire, dans la répétition de cette existence, ici-bas. Au cas où nous serions incapables de parvenir aux récompenses matérielles de ce monde – l’argent, le pouvoir, la réputation, l’honneur et la gloire – tout en les désirant ardemment, tout en désirant que le monde confirme que nous avons « réussi », alors nous pourrions être dans l’obligation d’essayer encore une fois, « dans une bonne nouvelle vie à venir », pour reprendre le mot d’un ancien que je connaissais. D’un autre côté, ne pourrait-on pas, au bout du compte, penser que « assez ! cela suffit déjà » et se contenter de notre effort ? De ce que nous avons fait à la mesure de ce que nous pouvions et voulions faire. S’il en est ainsi, si telle devient la réalité la plus profonde au fond de nous-mêmes, alors nous sommes – en vérité – devenus des « éveillés ». Du moins, c’est mon point de vue.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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