Valise

Ecrit par Elisabeth Guerrier le 26 juillet 2010. dans Ecrits

Valise

Pliés, entassés les uns sur les autres, les faits resteront silencieux pendant la traversée.

Où que ces valises m’enferment,

Quel que soit le prix à payer plus tard, ce sera plus tard et je n’y suis pas.

Que je les porte à bout de bras n’est plus la question.

Je pourrais y dormir aussi.

Pas de voyage.

Pas de visite.

 

Le frottement de ma peau à celle de l’étranger.

Seule.

Je l’ignorais encore lorsque j’étais plusieurs.

Je pèse.

Les enchaînements qui délient.

La liberté, disons-le, disons-le, la liberté n’est pas excitante.

Elle est sérieuse et elle se tait quand tous, bien sûr, nous pensons qu’elle aurait dû chanter !

En notre compagnie, au moins là,  être au centre d’un choeur, aux côtés des idées, même noires.

Avec nous, si musclés, pris dans quelqu’un ou par quelque chose, pris et convaincus, militants énivrés par la place à faire puis à garder.

Consternés pourtant par secousse mais se sachant soi presque pour toujours.

Désempétrés à l’ombre des clôtures qui protège.

L’hygiène est connue.

La niche, la hutte, le taudis pour ainsi dire rutilant.

Le géranium en boucle et la porte des garages.

Maison, maison, maison.

Le terrier, la résidence, le cabanon, la chaumine.

Là au fond, chez soi, au fond, c’est mieux toujours que quelque part.

Moi la première n’est pas un hymne exhaltant.

La liberté attend uniquement les trains.

Les altérations discrètes qu’elle offre ne sont pas un spectacle pour les enfants.

Elle a soufflé sur les confettis et le lointain apparaît.

Avec lenteur.

La liberté qui m’emporte, que j’emporte avec moi malgré moi, ne défile pas toute en trompette devant les notables assis sur mes illusions.

Elle est sèche et attentive au point de rupture.

C’est là qu’elle me tient sans que j’y ai été préparée.

Je ne savais rien, je ne savais rien.

Rien de ce qu’on en a lu dans les livres ne dévoile le lieu d’où j’émerge de moi.

C’est un territoire battu par le vent où même les amitiés anciennes cessent parfois de jouer juste.

Un point de fuite hors des accrochages, des bornes, des dossiers en velours, des chemins de croix saturés, des oublis assommants à propos desquels, tous, on ment en disant qu’ ils nous bercent.

Je lime les ongles de mes valises et ce qu’elles ouvrent m’enveloppe assez.

Qu’importe où si je peux y être avec moi.

Chez moi, ailleurs que là où j’étais encore hier.

Chez moi sera toujours devant, que j’ignore.

J’ouvre mes valises et les vide de la crainte évidente d’être.

L’ exil du superflu.

A propos de l'auteur

Elisabeth Guerrier

Elisabeth Guerrier

Rédactrice

Poésie

Artiste/Peinture/Art Digital

Auteur(e) : "IsolementS"

Sites :

http://guerrierart.com/

http://guerrierpoesie.blogspot.com/

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