Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Parce quand même, « le chemin de croix » de la Droite (ça va comme un costume au cher Fillon, cette formule) est tellement dur… Ces affaires qui tombent comme à Gravelotte ; de riche objet offert comme au temps des Rois – et alors ! – en mises en examen en cascade ; ces concerts de casseroles amusants, mais dont la pertinence est peu citoyenne au bout : qu’on laisse donc faire la justice ; qu’on laisse s’empêtrer à moins que le contraire, nos « camarades » LR dans leur conscience, morale et autres instruments poussant d’usage en cœur et cervelle chrétiennes. Bref, basta. Tournons le regard en attendant – en espérant, que l’électeur saura tourner la page…

Mais on comprend bien cette colère inextinguible des troupes, des concitoyens ; on leur a volé la fin du film, le happy end de l’alternance assurée, et c’est intolérable. On les voit – on en connaît tous, quelques-uns de ces gens de Droite – leur mine défaite avant l’heure, leur aigreur de futur mauvais perdant, leur air ahuri de lendemain de fête qu’aurait mal tourné. Chaque soir, quand l’heure, un quasi rituel, de « C dans l’air » sonne celle des dernières news – une sorte de moisson, vous voyez – on les attend avec gourmandise, ceux des experts (faut-il vraiment les citer) qui penchent nettement à droite, et s’étaient faits raseurs de murs tout leur chemin de croix à eux. Alors…

Eh bien, si l’on pouvait – n’importe où – trouver, dégoter, 3 pincées d’infos de nature à détourner les feux… ce serait assistance à personne en danger, faire souffler un peu le bœuf, ce serait humain finalement. On se dit – magnanime – oui, soyons sportif ; pouce !

Or, les voilà, utilisant leurs minutes de perm, nos LR fillonistes, tout « rebéqués » (« pas contents » en langage Ancien régime), galopant jusqu’à la librairie du coin de la rue, pour acheter un bouquin spécialisé dans le thriller politico-judiciaire, un brin fouillis renseignements généraux, une miette tout ce qu’il faut savoir sur les systèmes divers et variés de surveillance par le pouvoir en place, avant, et après, même. « Bienvenue Place Beauvau », voilà la pépite et pourquoi pas la goupille.

Qu’en disent les auteurs ?

1) Que tout pouvoir en place, notamment l’Intérieur, certainement l’Exécutif dans son entier, savent plein de choses ; infos de première importance, nécessaires ou moins, infos sans beaucoup d’importance ni d’urgence, à garder sous le coude, s’il s’agit de gens à surveiller ou d’opposants politiques. Qui en douterait ? De là à exploiter tout de façon perverse, malveillante (voyez « Clearstream », un must), à déguiser en bombes assurément mortelles des bribes pour en faire des affaires capables de gagner une présidentielle, il y a ce qui sépare un Richelieu, un Mazarin, un Talleyrand – autre must – d’un Hollande. Peut-être – à peine – un Absolutisme d’un État démocratique, car cet homme à qui on peut reprocher tant de choses, est plus que d’autres dans la constance du respect de l’État de Droit.

2) Le livre précise que l’Affaire Fillon n’est pas à son menu, que de « Cabinet noir » tirant ficelles en chambre, aucune preuve tangible ne court la rue dans l’état actuel des connaissances, mais, peu chaut à l’heure où nous sommes et dans le trip Filloniste, tel qu’il fonctionne : le « post verity » servira de viatique ; peu importe les faits, le raisonnement, les analyses ; ce que vous devez croire est ce qu’on vous raconte… récit, roman, même mot, pas loin.

Et la bande, applaudie de tout un fan club, de s’étaler de radio méfiante à TV pas plus convaincue que ça, mais chaussant les babouches d’une supposée politesse citoyenne… et l’histoire du jour de dérouler ses pages : et si derrière, il y avait Hollande, son cabinet noir activé à dézinguer la probable victoire de la Droite – la vraie. Imagine-t-on le boulot, l’énergie, le coût, de ces silhouettes de l’ombre, penchées sur leurs outils d’écoute, d’ouverture de documents, de compilation de témoignages. Des résistants aux manettes de radio illégales mais bien légitimes. Des murmures dans lesquels on saisit forcément la voix de Macron (n’est-ce pas lui à qui est promis le pouvoir à venir ? Hollande ne se présente pas, simple rappel), celle d’un Bayrou, d’un Juppé, en tendant l’oreille, à l’évidence. Tous, traîtres à la seule légitimité qui vaille dans ce camp, Fillon, le béni d’avance ; l’inamovible. Une petite louche de Hollande bashing réchauffé pour finir la campagne ? Ça ne saurait se refuser !

On sourirait, on montrerait, plié de rire, combien la ficelle est grosse et sent sa manœuvre dérivative à plein nez, si… eh bien, si ce n’était pas accepter d’utiliser un sale outil, facile à n’y pas croire, celui du complotisme. C’est la faute à… la banque ou la grande industrie, le Juif et le Franc-maçon, le Communiste à la porte ; tout et son contraire ; parfaitement réversible, l’habit. L’Histoire en dégouline de ces travers-là ; Cathares, Templiers, les Poisons de Versailles, tout le XIXème siècle, des Chambres parlementaires en sinistre Affaire Dreyfus, l’apothéose des fascismes d’avant-guerre, assis sur leur complot judéo-maçonnique ; les Blouses blanches de Staline…

Se souvenir, pas moins, de ces étranges dysfonctionnements de l’esprit humain et des instrumentalisations de tous poils. Le complotisme est si vite en l’homme et en nous tous. Les Droites et l’Extrême droite en ont fait souvent le sel de leur table ; aussi est-ce presque naturel de les voir prendre ce curieux chemin. Mais, si nous tous, peu ou prou, si la fin de la campagne s’autorisait une oreille complaisante à ces explications débilitantes ; confondait les demandes légitimes de transparence et d’éventuelle enquête judiciaire avec ces relents nauséabonds d’époques honnies. Alors, le peu – très petit reliquat – de vestiges de citoyenneté, de démocratie même, qui bouge encore dans cette drôle de campagne, pourrait bien se noyer…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    01 avril 2017 à 13:07 |
    Le « complotisme » est la maladie du siècle, des siècles devrait-on dire (elle sévissait déjà sous l’Ancien régime). Ici, si complots droitiers (le pluriel est de mise) il y a, il en est de deux sortes : à décharge en faveur de Fillon (le « cabinet noir » élyséen destiné à éliminer sournoisement la droite dès le premier tour) ; mais également – et non moins – à charge contre Macron (cf. l’odieuse caricature antisémite du candidat flanqué d’un nez crochu et d’un haut de forme, allusion perfide et soupçonneuse au fait qu’il a été cadre de la banque Rotschild : ne serait-il pas, une fois président, leur créature, leur âme damnée ?).
    Il reste qu’à complot, complot et demi. Pourquoi pas ? Pourquoi, par exemple, Nicolas Sarkozy (déjà mis en examen lui aussi et depuis longtemps) n’aurait-il pas voulu se venger de son ex-premier ministre en lui retournant, en pleine figure, la phrase assassine qu’il avait prononcée, à son endroit, au début de la campagne pour la primaire de la droite ? « Imagine-t-on le général De Gaulle mis en examen ? ».
    Car, on ne peut le nier, il existe un paradoxe troublant entre l’ancienneté des faits reprochés à Fillon et à sa femme (plus de 30 ans) et le moment précis de leur divulgation : juste après le résultat de la primaire, mais avant le début de la campagne proprement dite. Hasard ? Coïncidence ? Bizarre, vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre…ce drôle de drame – drôle dans les deux sens du terme (insolite et comique à la fois) – pourrait très bien être le fruit du machiavélisme – plus bête que véritablement méchant – d’un concurrent…de droite !

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.