Et si vous et moi, revenions "sur terre" !

Ecrit par Luc Sénécal le 24 novembre 2012. dans La une, Actualité

Et si vous et moi, revenions

Allons, madame, monsieur, accordez-vous, s’il vous plaît, le temps de la réflexion. Prenez le temps de vous poser quelque part, dans le plus grand calme, pour obtenir une sérénité parfaite et ainsi de vous accorder la possibilité de réfléchir vraiment, sans a priori, en toute sincérité.

Certes, je sais, nous le savons, vous n’avez pas ce temps-là en cette époque où tout va très vite, où vos décisions doivent être efficaces à court terme et prises dans l’immédiat. Oui, nous savons qu’il vous faut vous déplacer à travers le monde pour vos affaires. Ce, tant pour acquérir des parts de marché que pour vous imposer face à la concurrence acharnée à laquelle vous vous confrontez chaque jour. Tout aussi bien que pour pouvoir harmoniser, asseoir, compléter une stratégie indispensable et cohérente dans cette guerre économique qui est celle que nous connaissons. Nous en avons parfaitement conscience, soyez-en assurés.

Bien sûr de nombreux liens vous attachent au monde des affaires et de la finance dont vous faites intégralement partie. Bien entendu, des politiques sont à définir, à corriger, à revoir. Aussi il convient de comprendre que vous devez cultiver vos relations et que si on vous rend un service parfois, il vous faut renvoyer l’ascenseur. C’est une règle qu’il est nécessaire de respecter pour s’attacher des relations utiles, des alliances indispensables. Il va de soi que ce que vous entreprenez engage des milliers d’emplois et ne croyez pas que nous n’en comprenons pas la nécessité impérieuse qui est la vôtre. Celle de préserver tout ce que vous avez créé, construit, modelé. Celle de continuer à gérer vos finances, vos entreprises, vos projets. Toutes ces implications dans lesquelles vous êtes engagés.

Il va de soi que ce travail qui est le vôtre, ces responsabilités auxquelles vous faites face avec conviction, nécessite une part importante d’engagement personnel. Vous pouvez penser que le citoyen lambda n’est peut-être pas à même d’appréhender tout cela et encore moins de le comprendre. Toutefois, si je vous engage aujourd’hui à prendre un peu de temps pour prendre du recul et vous donner un pouvoir de réflexion, vous comprendrez que ce n’est pas pour le plaisir de faire la conversation ou de prendre un peu de repos, certes bien mérité. Ce serait plutôt pour reprendre le fond même de cet engagement qui est le vôtre pour le positionner dans un ensemble. Ne serait-ce qu’en comprendre les causes et leurs conséquences. Mieux, pour pouvoir envisager les conséquences à plus ou moins long terme.

En fait, tout ce que nous pourrions vous demander, c’est de retrouver un peu de bon sens.

Non pas que vous en soyez dépourvus. Vous n’en seriez pas là si tel était le cas. Bien au contraire, nous faisons appel à ce bon sens qui est le vôtre, en toute sincérité. Nous faisons appel à votre capacité à prendre du recul. Nous souhaitons de votre part cette solidarité, cet altruisme, cette citoyenneté, qui sont en vous, quoi qu’on en pense par ailleurs.

Car vous n’ignorez pas quelles sont les difficultés que nous rencontrons, nous en France, devant le démantèlement des structures industrielles et commerciales, l’emballement des réseaux de distribution constamment perturbés par une offre grandissante alors qu’il faut créer au fur et à mesure le besoin. Tout ce qui amène une pression grandissante dans toutes les hiérarchies professionnelles, tous secteurs confondus, que ce soit dans le privé aussi bien que dans les administrations. En supprimant des postes pour des raisons budgétaires, on comprime les missions, on impose une surcharge de travail considérable. L’impact conséquent qui en résulte agit à tous les niveaux. Tant professionnel que social. Tant sur les cadres que sur les employés. Tant sur les individus que sur les familles. Tant sur l’ensemble du territoire que région par région. Sur l’ensemble des citoyens en fait. Tous concernés.

Y avez-vous songé ? L’avez-vous constaté vous-même ?

Par ailleurs, les changements fondamentaux qui s’opèrent trop brusquement, transforment fondamentalement tout l’échiquier professionnel, les structures comme les procédures, cela a des conséquences sociales considérables, au point de créer un climat d’inquiétude générale ne trouvant pas actuellement les ressources nécessaires pour espérer un nouvel équilibre cohérent. Ni politiquement, ni économiquement, ni humainement parlant.

Or, Vous-même, vous êtes père de famille. Vous êtes un citoyen responsable, une personnalité respectée et disposez d’une autorité reconnue. Vos enfants poursuivent probablement des études de haut niveau et vous souhaitez qu’ils puissent participer eux aussi aux efforts qui ont été les vôtres, dans une continuité que vous souhaitez préserver, favoriser, encourager.

Vous avez aussi un foyer et une vie privée parfois difficile à gérer compte tenu de vos obligations. Mais les nombreux amis ou relations qui sont les vôtres exigent de vous une disponibilité qui ne vous laisse hélas que peu de temps pour votre intimité. Vous avez autour de vous des personnes qui vous sont dévouées et prêtes à vous obéir et même à anticiper vos besoins, désirs ou décisions. Tout cela fait partie de vous au quotidien. Mais il ne faut pas pour autant que vous vous isoliez du reste de la société. Pour autant que, malgré cette apparence, vous faites partie de cette population, de cette nation, de ce pays qui est la France.

Alors la toute première question de bon sens est : demain, qu’en sera-t-il ?

Demain. Vous n’êtes pas sans savoir que notre jeunesse est soumise à une intense proposition d’objets, de produits, d’outils, dont le caractère indispensable est souligné à longueur de publicité, dans tous les supports disponibles, toute la journée durant. Et ce, de façon répétitive. Car il faut vendre et distribuer tout ce qui est produit. C’est une nécessité. C’est un impératif. Cela génère des emplois, du travail et non seulement du profit pour les entreprises mais aussi un confort non négligeable pour le consommateur. On ne va pas « cracher dans la soupe » et ne pas reconnaître une évidence.

Pour autant, madame, monsieur, vous qui me lisez, avez-vous conscience de ce que cela implique ? Avez-vous remarqué que depuis quelque temps, en raison de la crise économique générale et qui ne concerne pas que la France, le climat est tendu ? Car il faut continuer à produire, à vendre, à consommer pour que le marché du travail et donc de l’emploi ne s’écroule pas. Et partant, le pouvoir d’achat. Mais non seulement, la capacité de faire du profit certes, mais aussi d’investir dans l’innovation, dans la recherche, dans la création, l’industrialisation, etc. Avez-vous remarqué la tension qui existe dans le secteur industriel pour parvenir à conserver des marges et réduire les coûts. Quitte à délocaliser et de ce fait non seulement ruiner l’emploi dans des régions sinistrées mais aussi au second degré, dénoncer le système lui-même tout au moins dans son fonctionnement. Sans compter les conséquences humaines sur les familles, les communes, les régions et même sur le plan national.

Si vous parvenez à admettre cela et ne pas vous réfugier derrière le paravent des nécessités de l’entreprise et partant du monde des affaires, quitte même à faire référence à la mondialisation, vous pouvez ensuite mieux appréhender les conséquences de cette course infernale dans laquelle nous nous sommes tous, vous et moi, engagés. Et soyons clairs sur un point important. Il ne s’agit pas d’une mise en cause. Pas plus que de trouver un ou plusieurs responsables. Car c’est une suite d’erreurs engendrée en toute bonne foi par les générations précédentes que nous évoquons là. Et tant qu’il est possible de reconnaître des erreurs, il serait vain de parler de fautes. Et perdre son temps à trouver les auteurs pour les pendre au pilori de la vindicte populaire, si prompte et facile à se déchaîner comme on l’a vu historiquement et plus récemment encore.

Avez-vous par ailleurs songé à une autre conséquence ? Le fait d’avoir fourni aux générations, après la révolution estudiantine de soixante-huit, tant et tant d’instruments dont ils sont devenus tellement accrocs, qu’ils en subissent une addiction dont ils ne peuvent plus se passer. D’autant qu’elle est favorisée dès le plus jeune âge, pour assurer de futurs marchés. Or vous ne pouvez que continuer dans ce sens et produire encore et encore, quitte à rendre obsolètes des objets pourtant hier parfaitement performants et utiles. Vous devez faire en sorte de créer une fragilité à terme réduit de ce que vous produisez aujourd’hui pour pouvoir créer la demande et le besoin, dès demain. Ce faisant, vous devez continuer à prélever sur les matières premières y compris les ressources de la planète qui ne sont pas extensibles. Vous n’avez pas d’autre choix que de retarder les nuisances et les pollutions jusqu’à ce que vous trouviez le moyen de les réduire. Mais jamais, et vous le savez, vous ne pourrez parvenir à rendre sain tout le contexte naturel de la planète dans lequel vous intervenez, nécessairement.

De plus, comment comptez-vous priver un tant soit peu les générations récentes de leur addiction ? Avez-vous seulement imaginé les troubles auxquels vous aurez à faire ?

La question de bon sens est : où comptez-vous nous mener comme cela ? Vous y compris. Vos enfants et vos petits-enfants y compris. Votre famille, les générations futures y compris.

Oui, je reste persuadé que vous avez conscience de cela. D’autant que la toute première question de cette problématique concerne la surpopulation humaine de la planète et que c’est de cela que j’aurais dû vous parler aujourd’hui et non du piège dans lequel vous comme nous,  sommes engagés. Il est temps de « revenir sur terre » !

 

Luc Sénécal

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Commentaires (1)

  • Maurice Lévy

    Maurice Lévy

    28 novembre 2012 à 14:50 |
    Implacable réflexion, au bout de laquelle on peut se demander à quoi rime toute cette activité terrienne ???
    Bravo, par toutes vos questions, vous nous ramenez à LA Question : Où allons-nous ???
    Maurice Lévy

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