Gare au retour de boomerang

Ecrit par Luc Sénécal le 11 janvier 2014. dans La une, Actualité

Gare au retour de boomerang

Comme vous le savez, l’être humain se considère comme l’espèce la plus intelligente de la création. Capable d’anticiper ses actions, d’en déterminer les causes, d’en prévoir les conséquences, il pense même s’être détaché du monde animal et contrôler ainsi tout son environnement.

Comme nous l’avons constaté, on est loin du compte. Prenons un exemple. Un seul parmi tous ceux qui se présentent. Prenons ce qui se passe de nos jours avec le rhinocéros de Sumatra. Cette sous-espèce est en voie de quasi extinction. Pourquoi ? Parce que des êtres humains ont décidé de transformer leur habitat de façon telle qu’il ne leur est plus possible de se reproduire.

Des plantations destinées à recueillir cette fameuse huile de palme, qui fait le bonheur d’une industrie alimentaire pour ne citer qu’elle, nécessitent des engrais pour favoriser la production. Mais on a découvert qu’il est très probable que ces engrais aient une influence néfaste sur le système reproducteur de ces rhinocéros. Des recherches sont en cours, pour parvenir à déterminer lesquels, malgré des oppositions dont on devine l’origine.

D’un autre côté, conscient de cette disparition inéluctable et prochaine, d’autres êtres humains s’emploient à capturer en pleine jungle des spécimens dont certains en fait, sont sauvés, car gravement handicapés par des pièges de braconnier. Hélas, on s’aperçoit que les spermes recueillis ne sont pas bons et que les femelles ne produisent plus d’ovocytes. Alors on recueille tout ce qu’on peut prélever sur l’animal y compris son ADN. Ainsi en pleine jungle par 37° de température extérieure, on prélève, on analyse et ensuite on enfourne dans des citernes d’azote liquide à moins 174°. Ce, avant de les expédier dans un laboratoire européen où ils seront à nouveau traités.

Que déduire de l’ensemble de ces comportements dans cet exemple qui n’est qu’un exemple parmi bien d’autres ?

L’être humain est certes capable d’appréhender parfaitement ses actions, de créer par son génie, de transformer son habitat, et outre celui-ci, de transformer tout un territoire pour ses besoins. Ce faisant, en mettant en place des projets remarquables selon des plans et des procédures soigneusement étudiés avec des moyens considérables, il occulte involontairement d’autres paramètres. Aucune étude ne va jusqu’à prendre en compte des paramètres concernant le vivant, tant végétal qu’animal, du terrain concerné.

Car le propre de l’être humain est d’être et de rester un animal. Un animal très évolué certes mais prisonnier de reflexes concernant sa survie, la protection de son espèce, les besoins ataviques nés de la lutte contre les menaces vitales qui sont le propre de tout le vivant. Ses capacités de réflexion s’arrêtent là où ses besoins propres sont une priorité. Une priorité qu’il se donne, servie par ses capacités absolument géniales de création et de mise en place. Une priorité qui en oublie bien d’autres malheureusement.

Alors n’est-il pas complètement incohérent de transformer tout un paysage, tout un territoire, tout un habitat dans des régions soi-disant inhabitées pour compromettre par ailleurs la survie d’autres espèces animales et ensuite tenter de les sauver ?

On ne saurait songer qu’une industrie en plein développement, ayant besoin de ces terrains pour y implanter une production de plants dont elle tirera un très grand profit pour elle-même, y renoncerait pour d’autres critères prioritaires. Car c’est tout aussi pour le bien des populations humaines qui en profiteront par le biais non seulement de la production à grande échelle, mais aussi de la distribution quasi-mondiale et de la consommation allant jusqu’à l’outrance.

C’est une erreur grave. Et cela reste une erreur tant que celle-ci n’est pas mise en lumière, correctement admise et appréhendée. Cela devient une faute quand celle-ci fait l’objet d’un déni en produisant des analyses de laboratoires affiliés, d’autorités intéressées de différentes façons, à l’obtention de résultats favorables. Cela devient une faute qui, à terme, engage tout un processus de transformations à l’échelle planétaire. Une faute qui en vient à éradiquer définitivement dans leur espace naturel nombre d’espèces du monde animal.

Les parcs zoologiques, leurs laboratoires, le dévouement de toutes les personnes qui y participent n’auront d’autres résultats que d’essayer de garder tant qu’ils le peuvent des exemplaires sous forme de spécimens vivants ou en conservant par des techniques sophistiquées, leurs cellules, leurs génomes, leur ADN. Soit. On peut s’en féliciter. Mais regardez donc dans quelle incohérence se retrouve l’être humain commettant ces actes qu’il estime géniaux et qui le sont de fait mais incapables d’appréhender toute leur implication dans leur ensemble.

L’être humain prétend tout contrôler. C’est un besoin atavique de survie qui lui vient du fond des âges pour se prémunir et se protéger. Mais dans le tout, il ne favorise que ce qui l’intéresse en priorité au premier chef et oublie le reste. Ses objectifs sont de produire mais il ne prend pas en compte ce que la production transforme sur le terrain. Ce qui induit par conséquent ces destructions tant dans le monde végétal que parmi la faune qui y habite.

En fait, actuellement comme nous le comprenons, l’être humain n’a pas encore intégré ce que signifie l’ensemble du vivant et l’équilibre de celui-ci dans son univers. Au stade actuel il est parvenu à en avoir conscience. Mais soit il en refuse l’évidence, soit il est encore incapable de réagir en commun pour s’y conformer.

Et le plus grave est précisément ce qui menace à terme la pérennité de sa propre espèce. Non ?

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Luc Sénécal

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