Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans France, La une, Politique, Actualité

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

A part votre livre, on n’entend pas beaucoup de voix pour défendre votre bilan… Remarquable démarrage bashing pur sucre, dans lequel certains retrouveront le fumet tellement en usage, médiatique, notamment lors du précédent mandat présidentiel. Rien n’y manqua, et cela colora l’entretien – mezzo voce toutefois – ni le côté égalitaire, bec à bec, du journaliste au politique, fut-il de tout premier plan, ni ce qui frise une impertinence se donnant pour candide, de celle qui n’a pas froid aux yeux, qui ose, à l’aise, martelant ses questions vues comme gênantes, donc forcément excellentes – mais je n’ai pas sur le chômage, sur la croissance, les mêmes chiffres que vous ! (sous-entendu : menterie de votre part ?), signalant qu’on n’a pas beaucoup de temps ! (– pressez-vous sur la Syrie et les frappes à venir, qu’il soutient évidemment dans la diplomatie Macron), par contre – journaleuse bien de son époque – délayant sans regarder sa montre : – les femmes de votre vie, et la nuit du scooter…

– Bon, Hollande s’est retrouvé, pas plus étrange que ça, dans le bain qui fut hélas sa tradition 2012/17, à quelques rares exceptions. Il ne s’énerve pas, répond, tente d’être le plus clair et compréhensible possible, de « loger » ce qu’il veut faire passer dans le peu d’espace imparti, de ne pas livrer une énergie inutile à la polémique ou à la colère même rentrée. Il liste, partant de la situation initiale qu’il a trouvée en arrivant aux affaires, le déroulé de « sa » bataille/chômage, de « son » obsession fabriquer coûte que coûte un habit offre/demande, revendique sans exigence outrée, mais avec un zeste de frustration dans la voix, la part qu’il a dans les réussites d’aujourd’hui – je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action. Il rappelle le dur du dur des moments terroristes, sans lancer à la caméra l’œil du héros, avec seulement ce qu’il faut qui soit dit, dans ce chemin de croix du devoir accompli. On remarque, on entend jusque dans quelques infimes tressautements de la voix, l’agacement sans doute, à moins que la profonde et redondante souffrance devant le silence, et du pouvoir en place, et des médias aux basques, en lieu et place d’une légitime reconnaissance : les sources du mieux économique actuel tant en terme de chômage que de dynamisme retrouvé du tissu industriel ne sont-elles pas – qui en disconviendrait – dans le chemin des 5 ans qui ont précédé. Le tableau  s’affiche à l’évidence dans beaucoup d’items que F. Hollande, du reste, doit partager avec M. Valls, son ancien premier ministre.

– Mais le journal de la 2 savait – du début – où orienter les pas du président Hollande, en cet entretien : mais, enfin, et Macron ? Et le bandeau accompagnant le téléspectateur supposé incapable, de souligner : « le jugement au vitriol sur le quinquennat Macron ».

Ciel ! Il raconte, certes, la personnalité toute en recherche de séduction d’Emmanuel le surdoué, signalant au passage qu’il succomba lui aussi, puisqu’il en fit le personnage politique et public que l’on sait, mais stipule qu’il ne suffit pas en tout d’audace et de charisme, qu’en politique notamment étrangère, il faut savoir doser et manier les rapports de force. Rien ni dans la voix, ni dans les mimiques ne cache un ressentiment de Borgia à l’affût contre le jeune successeur. Ce qui n’exclut pas la pose d’argumentaires nourris ciblant des différences avec « sa » façon, à lui, moins charmeuse, moins flamboyante, moins rapide et… surtout, moins pyramidale et autoritaire. Ainsi, actuellement dans les mouvements sociaux en cours, notamment la SNCF : – pas de vraie réforme sans concertation, constate tranquillement l’ancien président, pas d’espoir de réussite sans prendre le temps pour la construire ; pas de gestion d’une lutte sans rechercher le dialogue social (et de reconnaître forcément le loupé au bout du quinquennat de la loi El Khomri). Il voit bien la stratégie de rapidité, surprise (de fait, le contraire de ce qu’il a fait) et du coup la brutalité de Macron, mais doute de sa pertinence à long terme. Réformer, ce n’est pas comme ça, glisse-t-il. A ma connaissance, il n’a pas assez souligné, là, ce que fut l’échec de son propre calendrier – erreur que semble avoir prise en compte l’équipe Macron ; les réformes du quinquennat Hollande ont été posées souvent trop tard et dans un ordre erroné dans le temps imparti. Souvent, il ponctue ses observations de : « depuis mon expérience », « c’est mon expérience qui m’autorise à dire ça », qui du coup engage notre envie – besoin même – d’aller au livre, car par cela, il est un locuteur crédible. Assurément, ce livre sera, heureusement, d’un autre tonneau que le précédent ! Il faudrait qu’il soit lu et – utilisé – d’une autre manière aussi par les lecteurs, politiques, journalistes, simples citoyens ; moins y chercher de scoops ou de non-dits (Hollande ayant beaucoup, parfois trop, communiqué pendant qu’il était aux affaires), qu’entendre un homme qui a passé l’eau et qui en parle. Un manuel d’expérience, peut-être, mais qu’on n’en attende pas le monde si littéraire de « La paille et le grain » de F Mitterrand ; on ne joue pas là dans la même cour, ce qui ne dévalorise pas pour autant le produit… A condition de prendre le temps de lire, d’écouter, de réfléchir, et non de s’emparer comme souvent de bribes utilisées hors contexte, hors faits. Ainsi, certaines brèves un peu rapides semblent avoir inondé les réseaux sociaux et leur pot à tout, d’une demie ligne sortie du reste de la phrase ; n’aurait-il pas dit – ce cuistre, ce paon encombré d’un moi assourdissant – qu’il « aurait battu Macron » ?

S’il s’était présenté, en tant que président légitime, Macron aurait eu à l’évidence plus de mal à se hisser en haut du pavois, mais Hollande d’analyser impeccablement : – je me suis abstenu, car on aurait été battu, moi, et lui, et seule une Droite dure aurait ferraillé contre l’extrême droite, ce qui n’était pas acceptable. Et de ponctuer par ce : « je me suis sacrifié », peut-être un peu grandiloquent ; «  j’ai pesé lucidement » aurait sans doute été plus juste, parlant ensuite des 7 minutes les plus difficiles de sa vie, celles de son renoncement. Que ceux que tout cela exaspère daignent au passage se souvenir que l’élection de E. Macron fut bien plus une élection des « vides » qu’une victoire des « pleins »…

Voyez-vous, il est un temps pour tout, et dans notre actualité, pas toujours nettement lisible, le « dire », dénué de toute prétention, de celui qui a traversé l’eau avec autant de paquets de mer, vaut qu’on s’y arrête, car, en même temps, pourrait dire le jeune amiral, il sait peut-être où sont  encore tapis quelques pièges…

Qu’au passage, on se souvienne, mette en perspective, en attendant que l’Histoire, demain, immanquablement le fasse. Ce serait un moment tout simplement citoyen pour une légitime reconnaissance ; la remise des actes, gens, des évènements, à leur juste place, en somme.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (4)

  • Jean-Francois Vincent

    Jean-Francois Vincent

    14 avril 2018 à 13:22 |
    Tout politique défait éprouve une immense frustration. Ce fut le cas de Giscard en 81, de Mitterand en 86, de Chirac en 88 et en 97 et de Sarkozy en 2012…ce qui advint à Hollande en 2017 dépassa cependant en humiliation tous les exemples susnommés ; il dût même renoncer à se présenter pour ne pas avoir à subir ce que Benoit Hamon a effectivement subi : un score à un chiffre…d’où évidemment le désir de laver l’affront en se justifiant.
    A-t-il réussi ? Je ne sais, je n’ai pas lu le livre. Mais, s’il peut à bon droit défendre son bilan en matière de politique étrangère, si ses résultats économiques sont honorables, il doit s’interroger sur son action politique et sur le naufrage du parti dont il a jadis été le leader. Certes, il n’en est pas le seul responsable, toutefois il en est le premier responsable, par sa volte face immédiate de 2012 et son choix de la rigueur sans avoir même « essayé » comme Mitterrand en 81, par son louvoiement au sujet de la déchéance de nationalité pour les terroristes, enfin par la pantalonnade – « lamentable », comme vous dites fort justement – de son précédent livre qui abima et l’homme et la fonction.
    C’est de cela qu’il devra d’abord répondre devant ses anciens camarades.

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    • martineL

      martineL

      16 avril 2018 à 18:31 |
      Sortant juste du regard des experts de « C dans l'air », sur le jeu de massacre du curieux entretien d'hier soir avec le président – je ne l'ai pas encore vu. Mis à part le fait qu'il conviendrait avant que de pleurnicher sur cet épisode semble-t-il peu institutionnel, de constater ( point barre) que c'est l’Élysée et sa stratégie de communication qui sont allés d'eux mêmes dans cette galère inutile. Pour autant, l'excellent Claude Weil a posé sur la table ce : - « Macron aime plus vaincre que convaincre », autant dire juste le contraire d'un Hollande, et ça nous ramène direct à la chronique et au livre...

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      • Benayoun Gilberte

        Benayoun Gilberte

        16 avril 2018 à 19:56 |
        Moi je l'ai vu... et en effet, faute de convaincre on peut dire qu'il a vaincu haut la main les 2 guignolos... pathétiques ces deux-là...

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        • Jean-Francois Vincent

          Jean-Francois Vincent

          16 avril 2018 à 22:38 |
          Personnellement je n'ai pas trouvé Macron si bon que ça...nerveux, "énervé" comme disait, à juste titre (pour une fois!) Plenel, il était plutôt sur la défensive.

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