Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Ecrit par Christelle Mafille, Christelle Angano le 21 novembre 2015. dans La une, Education, Actualité

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Que dire et comment le dire, aussi ? Comment leur dire qu’il ne faut pas avoir peur, alors que moi… j’ai peur ?

D’ailleurs, pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’avoir peur ? Du moment que nous ne devenons pas « frileux ».

Alors oui, j’ai fait de mon mieux.

Consciente de la gravité du moment et émue face aux visages graves de nos enfants.

Peur… peur aussi de ne pas être à la hauteur, de répondre de travers. Et le poids de l’attente des parents. Oui, on comptait sur nous pour dire l’indicible.

– On est en guerre madame ?

– On va mourir ?

– Mon père et mon frère vont partir se battre

– Hein que ce ne sont pas des musulmans comme moi ?

Tant de questions, tant d’inquiétude, tant de sagesse aussi auxquelles j’ai essayé, je dis bien, essayé de répondre.

Alors nous avons décidé d’un commun accord que notre façon de résister serait de nous tourner vers des esprits lumineux, cette lumière qu’ils détestent tant. Nous avons fait appel à Molière, avons joué des extraits du Malade imaginaire.

Le théâtre, comme un symbole de la Liberté ; Molière, fleuron de notre impertinence. Un caricaturiste en sorte…

Je pense que mes élèves alors ont compris un des enjeux de la littérature, et de l’art en général. Écrire, jouer, rire pour vivre, pour exister, pour résister aussi. Jouer, lire, pour dire non ; envers et contre tout, et contre tous, aussi.

L’esprit de Molière était parmi nous, j’en suis convaincue et je dois dire que je me suis sentie à ma place, entourée de ces ados qui n’ont qu’une envie : croire et espérer et aussi, être rassurés, enfin.

Enfin, ne pas oublier que comme l’écrivait Pablo Neruda :

« Ils pourront couper toutes les fleurs,

Ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

A propos de l'auteur

Christelle Mafille

Christelle Mafille

Rédactrice

Christelle Mafille

Professeur de lettres modernes en collège.

Auteur : Mémoire de Babouchka (co-écrit avec Madame Nina Michel), Itinerrances.

Travaux de "plume".

Passionnée de littérature.


Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    24 novembre 2015 à 11:16 |
    Fondamental, ce qui est derrière votre sujet ; l'école et de tels évènements. La façon dont il faut en parler aux élèves, la manière dont l'enseignant doit les accompagner, bien entendu, mais aussi – et c'est de cela surtout dont je voudrais dire deux mots : quelle école pour une telle société, qui a accouché ( Kamel Daoud dans une récente chronique parle de «  ceux qui étaient dans son ventre ») des monstres, et quelle école à venir. On ne me fera pas dévier de cette idée fixe ; tout ça va avec éducation, culture de l'individu ; donc en dehors du rôle des parents, de l'environnement culturel et religieux, de la société au sens large, il y a l'école. Qui a - là – failli. Sur des décennies, et qui va devoir, en même temps que l'Islam en tant qu'institution religieuse, et sur un chantier immense, tout revoir, ou beaucoup de choses en tous cas. Et, pas en surface.

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