La conversation

Ecrit par Luc Sénécal le 09 décembre 2011. dans La une, Actualité, Société

La conversation


A : Aujourd’hui, la crise d’ordre économique risque de remettre en question toute la société occidentale et ses valeurs, y compris la société française.

B : Je ne crois pas. Il s’agit d’un problème très grave, c’est certain. Il est issu d’une politique conduite sur plusieurs années, c’est indéniable. Cependant nous avons les ressources nécessaires pour franchir et passer ce cap.

A : Des ressources qui seront prises sur le dos de l’ensemble des citoyens alors que les responsables sont les décisionnaires politiques et financiers qui ont conduit leurs pays respectifs dans cette situation. Ce qui parait d’autant plus inadmissible et inacceptable.

B : Je vous accorde que tant que le système fonctionne, personne ne dit rien. Tant que chacun y trouve son compte, on laisse aller, c’est confortable. Par contre, si on commence à toucher aux privilèges qui en découlent, alors on commence à grincer des dents. Si, on écorne encore plus sérieusement les ressources de chacun, alors là le désordre social risque de s’installer.

A : Reste que les réactions sont divergentes d’un pays à l’autre.

B : Que voulez-vous dire ?

A : En France, l’esprit et le mental de nos concitoyens laissent une grande part à la liberté de penser et donc facilite la critique. La contestation est une culture chez nous. L’opposition de principe un besoin. Les rumeurs et les manipulations d’opinion s’engouffrent dans ce schéma. Ce, d’autant plus aisément que le discours et donc la réponse des politiques est purement électoraliste. Résultat : la plupart des promesses ne sont pas tenues. Après les élections, la réalité de la gestion de l’état  prend en compte des priorités qui ne sont plus celles espérées par les électeurs mais celles des réalités politiques et économiques nationales et internationales. Notamment européennes.

B : Et cela devrait conduire d’après vous à une crise grave dans la société française à terme. C’est cela ?

A : En fait, cela devrait conduire à remettre en question le système capitaliste. A tort.

B : A tort ? Vous me surprenez.

A : A tort car ce système est tout à fait remarquable dans l’histoire humaine. Je ne vais pas faire le tour de tout ce qu’il a amené comme progrès pour l’humanité, pour les sociétés, pour les citoyens.

B : Eh bien vous ne crachez pas dans la soupe vous au moins !

A : Comprenez-moi bien. Le capitalisme est une source de richesse pour chacun d’entre nous et non seulement. C’est aussi une protection. Interne pour contenir des conflits sociaux. Externe pour entraîner des régimes pourtant autoritaires, en leur donnant l’envie de s’enrichir aussi. Comme la Chine par exemple. Ainsi ils espèrent ne pas être remis en question. Donc, en ce sens, on peut considérer avec un peu de bon sens, les bienfaits qu’il a apportés.

B : Mais alors qu’en est-il des désordres sociaux à venir ?

A : J’y viens. C’est de l’utilisation des richesses dont il est question. Car à vouloir trop s’enrichir et surtout à ne pas considérer l’exponentielle considérable des pouvoirs financiers comme un facteur de trouble à terme, on finit par ne plus reconnaître les besoins de la population, ni ses demandes. Autrement dit, toute une classe dirigeante se met petit à petit à l’écart de l’ensemble, entendant gérer pour elle-même une situation qui concerne pourtant un ensemble. Mieux. En demandant un effort à chacun lié à des contraintes budgétaires, cette classe sociale se décrédibilise, s’écarte et se met en danger. Par manque de solidarité, d’altruisme. Par aveuglement et à force d’être sourde.

B : Vous exagérez. On ne peut pas considérer que ces personnalités soient tellement à l’écart quand dans leur vie privée, elles sont intégrées dans le tissu social au quotidien.

A : Là, je vous arrête. Le comportement dans le cadre de leur vie privée et ce qu’il ressort de leurs conversations à l’occasion des contacts qu’elles peuvent avoir, en famille, avec leurs amis ou leurs relations, n’a rien à voir avec le thème de leur conversation lorsqu’elles se retrouvent entre elles. De même que d’une manière plus générale, le comportement individuel est différencié par rapport au comportement de groupe.

B : Autrement dit ces dites « personnalités » sont dans leur vie privée d’autres personnages, plus abordables, plus à l’écoute, plus sensibles aux demandes de leur proches.

A : Oui mais pas tout à fait. Le pouvoir de ces personnes très influentes est aussi une attraction formidable pour celles et ceux qui espèrent obtenir des privilèges par leur intermédiaire. Ainsi toute une cohorte de demandeurs et autant d’admirateurs viennent leur donner un sentiment d’invulnérabilité et de puissance, comme cela d’ailleurs, a été le cas de tous temps.

B : Et ?

A : Mais cette fois-ci la seule valeur consacrée est l’argent. Uniquement l’argent et ce qu’il apporte lorsqu’il dépasse le nécessaire. Ce qui fait que plus on acquiert de puissance au travers de la finance, plus on jouit de son importance face à la communauté. Ce qui entraîne à se retrouver entre soi et à considérer le reste de la population comme un outil susceptible de permettre à s’enrichir plus encore.

B : Mais ces personnes ont la capacité, la compétence, l’expérience nécessaires pour conduire leurs affaires et celles du pays.

A : Certes. Cela revient à dire en fait mon cher, que le capitalisme peut être conduit de deux façons. Soit le système est entretenu pour lui-même. Il se nourrit de lui-même et pousse encore plus loin ce qu’il produit, ce qu’il peut consommer, au-delà du raisonnable. Après avoir fait le nécessaire pour conduire l’humanité à sortir des critères de survie qui étaient les siennes, le système dérape. Sortie de la misère, la famine, les maladies, la précarité, la mortalité infantile, l’espérance de vie réduite d’une époque pas si lointaine, la société s’égare. Elle est entraînée vers un gâchis formidable de ressources naturelles, une prodigalité d’ingéniosité et de créativité pour créer un confort non plus lié à des besoins réels mais virtuels. Des besoins qui plus est, provoqués par des sollicitations permanentes et dont l’utilité est fort peu évidente au regard des nécessités naturelles de la vie.

B : Et vous, vous vous en plaignez ?

A : Non bien sûr. Comme tout le monde, j’en profite. Pourtant je me pose une question que j’estime fondamentale. Après avoir si bien vécu, qu’en sera-t-il pour ma descendance ? Pour mes enfants, mes petits-enfants ? N’est-il pas temps de remettre tout à plat et de faire preuve de bon sens ?

B : Quel rapport avec la crise d’aujourd’hui ?

A : C’est la seconde approche du système capitalisme que je voulais évoquer. Créer, produire, distribuer certes. Non plus pour que le système se nourrisse de lui-même et entraîne l’humain par sa soif de pouvoir et de puissance à s’enrichir encore plus, mais pour qu’il puisse permettre d’assurer la pérennité des besoins pour l’ensemble. Ce, en tenant compte des difficultés majeures que l’on entrevoit aujourd’hui, en termes de ressources naturelles. Ce, en prenant compte l’augmentation de la population sur l’ensemble de la planète et les troubles à venir qui en découleront. Voyez-vous, à mon sens, cette crise va amener toute la société française à se plaindre à raison, des pressions qui seront exercées sur chacun d’entre nous. Mais elle pourrait être bienvenue si on veut reconsidérer non pas le système capitaliste mais ce que l’on en a fait.

B : Cela me paraît bien difficile. Pour cela il faudrait être capable de se remettre en question. Ce qui n’est visiblement pas le cas. Il conviendrait aussi d’avoir un climat social sain pour y réfléchir en toute sérénité. Or aujourd’hui, il y a le feu. Il ne faut pas réfléchir. Il faut agir.

A : Je vous l’accorde. Mais là, aujourd’hui en France, le choix qui va être le nôtre est de savoir qui de la gauche ou de la droite va gagner les prochaines élections. Voyez donc comme nous sommes éloignés du fond véritable du problème.

B : Actuellement, je penche plutôt pour une victoire électorale de la droite, plus à même de résoudre une problématique qui lui appartient.

A : Hélas oui, je crains de devoir l’admettre. Car pour ce qui me concerne, je ne vois rien à gauche pour résoudre cette problématique. La teneur des propos est trop limitée secteur par secteur. Elle manque d’envergure. Je veux dire par là qu’il n’y a aucune alternative sérieuse et fondamentale de proposée. Un, pour espérer éviter une crise encore bien plus grave que celle que nous connaissons actuellement. Deux, pour remettre en conformité le système. C’est ce que je  crains. Mais je peux me tromper.

A : Là, mon cher, nous ne sommes que les témoins d’un spectacle qui nous échappe.

B : Non. Nous en sommes aussi les acteurs.

A : Noyés dans la masse. Une goutte d’eau dans un océan.

B : Une goutte d’eau qui espère trouver un courant favorable pour la transporter. Non ?


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