Le temps des allégeances

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 mai 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Le temps des  allégeances

… et peut-être aussi, celui des – fausses – confidences : – t’en es où, toi, avec Macron 1er ?

Certes – qui aurait l’inélégance de le contester – la victoire du 7 fut belle, éclatante même, comme le disent les buccins des soirs de bataille âprement gagnée, bardée de ouf, ouf… La marche européenne du chevalier en sa cour du Louvre fut émouvante, lyrique presque, et ses deux discours, le 1er comme le second, empreints de la gravité qui avait tant manqué à l’étudiant arrivé en tête dans la nuit du 23 avril. Et puis les mots ; j’ai goûté comme vous tous ce « la tâche est immense », et surtout ce « je vous servirai » ; on a connu pires comme anaphores.

Bon, en avant (on va éviter marche) ; l’avenir, s’il n’est pas bisounours, n’en est pas moins ouvert ; chez les pires de pires on commence les règlements de compte à la Borgia, et le Macron-Bashing attendra à la porte.

Mais… cette présidentielle ayant été unique en son drôle de genre, le happening en reprend pour un tour, à peine éteints les flonflons de la fête. Ni trêve, ni repos ; au pas de charge vers les tours 3 et 4 de l’élection du président en pays de France – ne me dites pas que vous pensiez que c’était fini ! Législatives derrière, juste derrière – depuis la réforme pas forcément idéale, loin s’en faut, du calendrier électoral. Car, ils sont foule sur l’échiquier, ceux qui ont certes – naturellement, généreusement même – défendu ce dimanche la république, mais qui, dès lundi, matines à peine sonnées, ont ressorti le vieux jeu de cartes et repoussé à des calendes incertaines le blanc seing au blanc bec. Ce, notamment à Droite, mais largement pas que. Et, chacun de sortir de la naphtaline ses hommes, ses usages et lieux connus donc supposés réconfortants, son programme, son territoire, et là, les nouveaux « candidats internet » auront peut être chaud aux fesses. En route, disent les anciens – c’est assumé ici, murmuré, là – pour un groupe parlementaire massif de nature à peser, voire – rêve des nuits de pleine lune – imposer une cohabitation avant l’heure habituelle. A tout le moins, des influences, des négociations de groupe à groupe ; pourquoi pas des majorités d’idées avec toutes les difficultés de la manœuvre. Derrière l’encore jeune Baroin, se rangent, sourires plus ou moins faux, les LR, « fidèles à la famille », nous soulant du zeste mafieux du mot. L’appétit d’alternance, de vengeance pas moins, porte hauts les drapeaux relevés de la Berezina Fillon. A gauche – en face, on relève les morts – Dieu qu’il y en a ! et il faudrait, on le sait, repartir à la bataille, d’entrée, pour fabriquer vite fait un semblant de muraille contre la houle hétéroclite des marcheurs ; exister, à moindre coût, même modestement, se présenter partout, évidemment avec ce qu’il faut dans la besace. Mais sous quelle appellation ? La vigne est sous la grêle : Mélenchon, bêlent certains, comme devant l’évidence, sous les effluves de sa belle performance… Mélenchon, de gauche encore ? Ça se discute, vraiment ! PS, avec son versant écolos, mais lequel ? Celui de Benoît, sa facette congrès-toute, inenvisageable, on verra justement au prochain congrès. Celui des sociaux-démocrates ? D’aucuns, il est vrai, déjà en haute mer, aiment à dire qu’il n’en faut plus, car on n’a plus les moyens de redistribuer. Tiens donc, et de quoi demain sera-t-il fait, si l’économie le permet à nouveau, ce qui peut raisonnablement s'envisager ? Valls, fut un temps pas si loin, aurait bien relevé ce drapeau-là pour peu qu’il soit pimenté d’un pragmatisme bien visible… Valls, laissons-le souffler, ces jours-ci ne sont vraiment pas les siens… d’allégeance en vrai ralliement refusé avec arrogance et pas vraiment d’esprit citoyen par un « vieux » Macron politicard pointant sous le tout neuf. Autre chose, autres gens ? Pourquoi pas, voyons un peu, imaginons ; le socialisme ne meurt pas si vite ; il est si vieux et si intemporel. Il lui faudra plus de temps que celui qui nous sépare de la mi-juin pour se remettre, ressembler à autre chose en demeurant lui-même. Qui ne le devine… Exister pour d’autres rôles, avec d’autres aussi, tenir sa partition dans le nouvel ordre politique, sociétal, mais exister encore, et avoir besoin, ces jours-ci, de quelques mains fidèles pour accompagner ce terrible fond de pot et cet élan pour rebondir… Un Hollande, un Cazeneuve, une Belkacem et notre Delga de la grande Occitanie parlent en ce sens.

Parce que le temps des allégeances, des vraies, des fausses – une bijouterie ! – fait un boucan ces temps-ci, à nous tuer l’oreille interne… Les ralliements, c’est tout autre chose ; il y en a eu – des bruissants et de plus discrets – tout au long de la Campagne. L’identité même des forces d’Emmanuel Macron (une partie de son succès aussi) est là, au creux des vagues, au centre des plaines ; son mouvement ne peut subsister qu’en séduisant à l’extérieur, donc « à droite et à gauche » (il a bien fait de corriger ce « ni droite, ni gauche » qui sonnait vide), ne peut grandir et enfler qu’en engrangeant des munitions de partout, énorme convexité des méandres du fleuve. Alors, on voit bien ce que ce Centre – c’en est un, quoi qu’on entende – pleinement éclairé sur la scène peut avoir d’attirant, de réconfortant, sait-on, puisqu’on ne l’avait pas essayé, lui non plus, que le « du bien partout » est une recette des plus sûres, et qu’un Raffarin, un Juppé, un De Villepin, un Borloo, bien entendu, tous hommes de bon sens, et pleins de république, peuvent se rallier sous nos yeux bienveillants à une file copieuse de socialisants ou autour – Kouchner revenu de nulle part a postulé, des noms au PS et au gouvernement tenteraient un tour de piste – combien de danses, ce n’est pas dit. On lit du coup ces pedigrees parfois étranges de gens à l’itinéraire éclectique, PS, là, quelques courtes années, Droite pour finir le chemin ; Macron, lui-même, n’échappant pas à cette règle devenue visiblement porteuse. Bon ; bougés propres, au final, à pas mal de lendemains électoraux dans l’histoire ; recomposer n’ayant certes pas l’âge de Macron.

 Mais, à côté, tellement moins chatoyant, le fumet des allégeances – rien que le mot et sa prononciation déplairait presque – les images médiévales des seigneuries et de leurs châteaux, des liges à qui on doit le service de la guerre, des agenouillements et autres rites d’hommages – liens d’homme à homme, chantaient mes collégiens. Et c’est cela qui grouille en ce moment, qui pollue presque ce pré-législatives, ces recherches d’abri sous le toit supposé costaud des « En Marche » ; ces demandes de rangement sur « la » liste de ces jours-ci, de ces LR tentés, comme d’un vague adultère, à ces – hélas nombreux – PS en déshérence. Faire allégeance, même superficiellement, même en se voilant la face chafouine, faire comme si, à la mode du jour ; être dans le flux ; celui des 66% en oubliant l’autre chiffre, celui des ni-ni, des abstentions ; terrible avenir ; énorme menace. Or, à trop vouloir lancer le filet sur tout le monde à la fois, ne risque-t-on pas de n’attraper pas grand-chose et bien petit gibier. Savoir aussi qui on est, et se camper, puis travailler dans le dur du bois – donne-moi un coup de mains ! c’est peut-être moins « in » mais non moins solide. Mettre le contrat sur la table – et toi, et les tiens, tu viendrais ? Sur quoi, objectifs, méthodes, combien de temps, conditions ? Car les kitch et fausses allégeances et encore plus, peu fiables ralliements de demain, ne feront pas de majorités aux épaules droites. Attention Emmanuel !! votre personnalité, enthousiasme non feint, élan de chef de guerre des amalgames des armées révolutionnaires qui paraît-il vous sont chers ; votre projet – fourni, plus qu’on ne le croyait, voit-on, à débattre et pas qu’un peu pour autant – mérite sans doute mieux que ces cuisines-là.

Il va vous falloir de l’imagination, de la pédagogie, de la volonté, de l’allant ; l’énergie, le respect toujours et l’œil en haut, chez ceux qui gagnent et qui sont les vôtres, « en même temps », comme vous dites, en bas chaque minute, chez ceux qui sont dehors, et qui ne vous font pas pour le moment confiance. Convaincre et débattre, savoir où on habite et qui on est, parler aux autres et à tous, Monsieur notre président, ces mots vieux comme la politique demeureront incontournables demain.

« De l’audace, encore de l’audace… » ça vous irait bien aussi. «  quoi qu'il en soit... quand même », nos souhaits vous accompagnent.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (2)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    13 mai 2017 à 14:25 |
    L’image médiévale du serment vassalique est tout à fait pertinente : c’est à la personne d’Emmanuel Macron qu’on s’allie ou se rallie ; car d’idées il n’y en pas ou si peu…du social-libéralisme ripoliné en troisième force à la mode de la IVème consolidée ! Henri Queille est de retour, la moustache en moins et les yeux bleus en plus.
    Ce sera du Hollande, en plus dur socialement et plus superficiel intellectuellement. En Marche ! ne fait que combler le vide laissé par l’explosion en vol du Parti Socialiste et la volatilisation de la frange centriste de la droite dite « républicaine ». En marche ! EST du vide. C’est n’est pas En Marche ! qui plumera la volaille socialiste, mais bien l’inverse : ce sera le prochain – véritable - parti social-démocrate (quel que soit son nom) qui éclatera la baudruche politique qui vient malencontreusement de gonfler.
    Mais, bien sûr, le pire est à venir. Les triangulaires, quadrangulaires, voire quinquangulaires des élections législatives (aucun accord de désistement de second tour ne se profilant entre EM, PS et la gauche radicale) amèneront un groupe Front National consistant, un hémicycle très émietté et une majorité très relative. L’antiparlementarisme, façon années 30, refleurira et augmentera le répertoire, déjà fourni, du FN…
    Gare à 2022.

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    • Martine L

      Martine L

      13 mai 2017 à 16:24 |
      2 ou 3 remarques JF, sur votre appréciation, qui a le mérite, rare en ce moment de ne pas rejoindre la Macromania. H Queuille est resté dans l'Histoire, notamment pour son «  il est urgent d'attendre » ; Macron et sa démarche sont aux antipodes. la sociale démocratie en France, par les temps qui courent, est au plus bas, toutes tendances confondues, tandis que les EM ont bonne chance d'accoucher d'un groupe conséquent en Juin ( majorité relative peut-être). Je ne dis évidemment pas qu'il faut croire – croix de bois, croix de fer, en l'étoile de cette fusée «  centriste ou centrale » Macroniste, ni qu'il faut enterrer ou s'abstenir de soutenir le projet social démocrate. Mais, il est pour le moment difficile d’accréditer la thèse de la simple bulle Macron. Son trajet – et les circonstances, l'ont fait passer dans une autre dimension.

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