Quoi qu’il en soit… quand même…

Ecrit par Martine L. Petauton le 29 avril 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Quoi qu’il en soit… quand même…

Ce qu’on aurait (ne disons pas rêvé) préféré, nous, gens de Gauche de très vieil itinéraire, ayant depuis si longtemps quitté les rives affriolantes des Gauches radicalisées, pour poser nos valises en civilisation rassurante des sociales démocraties des possibles… ce qu’on aurait quand même pu vouloir se présenter au soir du 23, c’est sans doute, dans le marigot, voir surnager un peu de nous. Une Gauche encore visible, une ou deux branches ici et là, reconnaissables, pimentées d’un reste de solidarités, d’une effluve d’égalité, du « tous », à peine, du collectif – encore un peu. Bref, loin, même en tendant l’oreille, comme à bouche fermée, le refrain du « Temps des cerises »…

Or… Ni Hamon ayant si maladroitement relevé le drapeau du PS à terre, ayant ignoré l’impératif du rassemblement de la « famille », préférant s’agenouiller aux pieds de la « France insoumise », en un étrange retournement de l’Histoire de ces dernières décennies où c’étaient des fourches caudines socialistes dont devait s’accommoder un PC en dérive. Ni Mélenchon en gloire de protestataire, seul mot porteur de la campagne, s’éloignant à grands coups d’ailes de son bastion originel, à grands coups de menton, même, au dire de certains, loin de la gauche en général… ni celui-ci, ni celui-là n’ont incarné de façon satisfaisante la Gauche, celle fixée telle huitre sur les parcs de  Thau, en nos mémoires, pas moins  en  nos imaginaires. Le ni-ni, avant que d’être pour certains encolérés, le nez sur leur pauvre guidon, dans l’acte du 7, est incontestablement dans le tableau du 23 au soir. De Gauche – tous ingrédients rassemblés – il n’y aura pas dans les urnes du 7 ; et que ceux – regards apeurés – qui disent n’avoir rien vu venir, aillent… au diable finalement.

Alors… le raisonnable et rien d’autre, toque à notre huis, même si ce mot n'est pas si fréquent dans certains dicos de camarades. Même. Cela n’aura échappé à personne – quoique le Jean-Luc, à l’heure où j’écris, on se demande...  le 7 mai, c’est la veille du 8 Mai, qui, en France et partout en Europe, sonne le moment de toutes les résistances et de fait, de tous les humanismes, s'il le faut, accommodés à toutes les sauces. Donc, l’Histoire commande, et la nôtre à gauche, encore davantage.

Pas une voix, c’est évident, ne doit manquer à ce « piccolo principe », dont la personne, l’itinéraire, le programme et les engagements n’ont rien à voir avec l’« autre ». Rien, même si le flou, le sinueux, l’aventureux et pas mal de fenêtres encore bien peu ouvertes sur la netteté du réel de demain, peuvent légitimement encombrer nos positionnements dans cet entre-deux-tours. Même si notre bulletin de dimanche en huit, portera de nombreux points d'interrogation ; ponctuation, si l'on réfléchit bien, inhérente à tout acte démocratique fort.

Nous allons donc voter, contre l’autre mais aussi pour demain, donc, se proposer d’être un peuple de vigies des plus exigeantes face au vainqueur probable et hautement souhaitable qui s’annonce. A Droite, et à Gauche, dit-il. Ouvrons, donc, gens de gauche « traditionnelle », notre livre de comptes. Les contrats, les engagements nous attendent… et pas moins les débats.

En marche, en attendant, vers le vote du 7. Cela n’échappe à personne que l’écart sera un critère de la plus haute importance, et que nous, gens de gauche, avons l’habitude – et le sérieux – de pratiquer une citoyenneté d’honneur.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (3)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    29 avril 2017 à 13:01 |
    Le « ni-ni » est évidemment la grosse – l’énorme ! – différence entre la situation actuelle et celle de 2002, lors de la finale Le Pen père/Chirac. L’éventuelle arrivée au pouvoir de l’extrême droite, pour beaucoup (et pas seulement les mélenchoniens, mais aussi – naturellement – une partie de la droite, et encore une partie de la « société civile » - cf. les manifestations de lycéens arborant des caliquots avec le « ni-ni » pour slogan) ne serait pas la catastrophe absolue, l’inenvisageable, qui avait suscité un front républicain unanime il y a 15 ans.
    Désormais, MLP présidente s’en-visage, pas de gaité de cœur, mais sans horreur. On mesure par là la profondeur de la dédiabolisation, qui ne concerne plus seulement une droite complice, mais diffuse dans l’ensemble de l’opinion.
    Bien sûr, il y a là une approche plus rationnelle, moins fantasmatique (il n’y aurait, en effet, pas d’Auschwitz, de 18 Brumaire ou d’incendie du Reichstag) ; mais, d’un autre côté, cette « accoutumance » à la possibilité d’une vistoire lepéniste s’apparente à une prophétie autoréalisatrice : ça peut arriver, donc ça va arriver ! D’où une démobilisation qui se manifeste tous les jours (exemple : l’absence de défilé unitaire le 1er mai).
    S’accoutumer, c’est déjà, d’une certaine manière, baisser les bras…

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    • Martine L

      Martine L

      29 avril 2017 à 13:44 |
      Je suis bien d'accord... quoique votre 18 Brumaire coincé entre les deux mamelles du nazisme me choque. Pour autant, et ce, malgré les analyses d'accoutumance – ce terme médical convient ! Et d'autres comme la déprise, je ne me risquerai pas à minorer les conséquences et engrenages divers qui sortiraient du chapeau de la présidente Le Pen. «  Les 3 petits cochons » face au loup, vous en souvenez-vous ? À force de surévaluer la puissance et la solidité de la maison de pierre, le petit cochon s'en fut danser devant sa porte, et c'est là – dans ce courant d'air, dans cette faille, que le loup... Comme l'écrivait Libé, il y a peu : «  ne lâchons rien ! »

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        29 avril 2017 à 14:36 |
        Je cite le 18 Brumaire comme étant l'archétype du coup d'état. Après tout, c'est bien ce que l'on redoute de l'extrême droite; or je crois que ce risque est nul...mais il y en a bien d'autres (des exactions genre Charonne ou Ben Barka, bref, ce qu'on a eu au début de la Vème).

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