Reflets de la semaine (3)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 12 novembre 2010. dans La une, Actualité

Reflets de la semaine (3)

 

Au secours ! Après le Lutétia, le George V, le Ritz, le Meurice, le Plaza-Athénée, le Bristol, c'est au tour du Crillon d'être cédé à des capitaux étrangers, saoudiens, dans le cas qui nous (pré)occupe ... La capitale est à la peine ! Paris, prends garde, tes palaces se font la malle ! C'est dommage, car, avec eux, c'est tout un art de vivre à la française qui disparaît. Néanmoins, sur les Champs, le Fouquet's fait de la résistance ! Lorsqu'on sait que le président de la République y a ses habitudes, on comprend mieux que l'établissement soit demeuré sous pavillon tricolore ... Fermez le ban !

" Il pleure dans mon coeur / Comme il pleut sur la ville / Quelle est cette langueur / Qui pénètre mon coeur ? " ... Cette langueur, évoquée par Verlaine, pourrait s'appliquer à l'automne, saison des prix, qui se résume souvent à une " déprime littéraire ", car le talent n'est pas toujours au rendez-vous ! Il est rare, en effet, de ramasser les bonnes feuilles à la pelle, et le " vrai " lecteur ne se fiera que très peu aux bandeaux qui enserrent les livres comme une camisole.

Le Goncourt a finalement été attribué à ... Michel Houellebecq ! Quel suspense ! En tournée promotionnelle depuis plusieurs semaines, l'heureux récipiendaire n'a eu qu'à se baisser pour ramasser " Les Particules élémentaires " de son prix, véritable " Plateforme " pour " La Possibilité d'une île ", autre que l'Irlande, où il a acheté une demeure ... D'ores et déjà, il est assuré d'empocher quantité d'espèces sonnantes et trébuchantes.

Quant au Renaudot, il est allé à une " chienne savante ", Virginie Despentes ... Deux bandeaux - Flammarion et Grasset - pour deux écrivains qui n'ont jamais avancé masqués et stigmatisent, dans un style cru et cruel, les errements d'une société aux abois.

Mettre les voiles est une manière de s'en éloigner, de prendre le large ...  La " Route du Rhum " s'achève, avec la victoire de Franck Cammas. Un grand merci également à Thomas Coville, à Francis Joyon, et à tous les autres, pour cette parenthèse remplie d'embruns, de vagues et de lames ... Du vague à l'âme, il y en eut aussi dans le discours prononcé le 14 juin 1960 par le Général de Gaulle, où il évoquait, ironique, " la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages ", face à la nécessaire rénovation économique et sociale du pays ... Il est vrai que le capitaine de l'époque savait naviguer en eaux troubles, en maintenant le cap contre vents et marées !

A propos de l'auteur

Claude Gisselbrecht

Claude Gisselbrecht

Rédacteur

Professeur de Lettres

A collaboré au quotidien régional " Le Républicain Lorrain " ( critique littéraire et responsable de rubrique ).

A signé de nombreux " papiers " dans la rubrique " Courrier des Lecteurs " de plusieurs journaux et magazines ( " Le Monde ", " Marianne ", " Le Nouvel Observateur ", ...), et des chroniques sur LeMonde.fr.

Commentaires (5)

  • Vaillant Sabine

    Vaillant Sabine

    13 novembre 2010 à 16:00 |
    Je m'accroche aux voiles du temps pour dépasser cette actualité morose que vous croquez avec talent!
    Sabine

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    • Claude Gisselbrecht

      Claude Gisselbrecht

      13 novembre 2010 à 18:27 |
      Merci, " vaillante " Sabine !

      Bien cordialement,
      C.G.

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  • Kaba

    Kaba

    12 novembre 2010 à 21:45 |
    Une relecture tardive m'oblige à rectifier un not dans mon commentaire précédent :
    au lieu de "amis que ses partisans...",
    il faut lire "mais que ses partisans".

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    • Claude Gisselbrecht

      Claude Gisselbrecht

      13 novembre 2010 à 08:12 |
      En utilisant cette métaphore, je ne pensais pas seulement à la guerre d'Algérie.

      Cordialement,
      C.G.

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  • Kaba

    Kaba

    12 novembre 2010 à 21:43 |
    Oui, de Gaulle savait naviguer en eaux troubles, comme l'a montré un documentaire récent qui retraçait son retour "aux affaires" et sa gestion de la guerre d'Algérie. La conclusion était : "De Gaulle = 4 ans de guerre pour rien puisque les gouvernants issus du "désastreux régime des partis"" qui le précédaient, étaient sur le point d'inventer la solution à laquelle il s'est finalement rallié amis que ses partisans refusaient farouchement en 1958.

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