Reflets des arts : Hommage à Robin Williams

Ecrit par Luc Sénécal le 16 août 2014. dans La une, Actualité, Cinéma

Reflets des arts : Hommage à Robin Williams

Il y a avait chez lui quelque chose de décalé, un humour qui nous touchait, car il nous ramenait vers un trésor perdu quelque part au fond de nous-même.

Il y avait chez lui comme une enfance qui lui permettait de jouer de la rigidité de nos valeurs. Sans les remettre fondamentalement en question, puisqu’un enfant va à la découverte avant de se constituer des bases, il en explorait les arcanes, sortant du cadre, allant dans la forêt de son imaginaire foisonnant. Il se permettait de nous présenter un miroir dans lequel nous retrouvions ce que nous avions été, plein de ressources, plein de rires, plein d’avenir.

Il n’était jamais sérieux mais sérieusement drôle, car derrière la façade de son comique, s’y tenait bien tenace une furieuse tendance à prendre en dérision tout et son contraire, notre monde de certitudes et toutes ses invraisemblances. Comme une douche rafraîchissante et bienvenue dans la chaleur humide du monde que nous percevons.

Il faisait exploser par le cœur et par l’humour notre raison qu’il embarquait de bon gré vers une multiplicité d’impossibles. Comme un lierre qui s’agrippe sur le mur de nos vérités, sur le cloisonnement soigneusement élaboré de nos différences, il décorait notre maison du charme fou d’un feuillage que la moindre bise faisait vibrer, tel un rire qui nous venait du fond du ventre et parfois même, pouvait nous faire mal.

Il nous replaçait comme des personnages de cire dans son monde improbable et nous donnait une vie que jamais nous n’aurions eu l’audace de supposer. De ses jeux de situations se moquant de cette humanité qui se sclérose en des attitudes empreintes de sévérité qu’il avait beau jeu de retourner pour en achever le ridicule, il nous redonnait par un coup de jeunesse incroyable, de quoi vivre et espérer du meilleur de nous-même.

A mon avis, quelque part dans son existence, Robin Williams avait rencontré très probablement le « Petit Prince » d’Antoine de Sainte Exupéry.

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Commentaires (2)

  • Sabine Aussenac

    Sabine Aussenac

    16 août 2014 à 17:18 |
    Merci, magnifique hommage♥♥
    Texte sensible et juste...

    Le mien, d'hommage:

    http://sabineaussenac.blog.lemonde.fr/2014/08/14/oh-capitaine-mon-capitaine/
    « On ne lit pas ni écrit de la poésie parce que c’est joli. On lit et écrit de la poésie car on fait partie de l’humanité. Et l’humanité est faite de passions. La médecine, le droit, le commerce sont nécessaires pour assurer la vie, mais la poésie, la beauté, la romance, l’amour, c’est pour ça qu’on vit. »

    Voilà. Mon fils de seize ans vient de découvrir le Cercle des poètes disparus en ce 14 août 2014, trois jours après le suicide de Robin Williams…

    Je ne vous parlerai pas ce soir de Madame Doubtfire, ni de Will Hunting, ou de Peter Pan. Même si mes filles, elles, ont grandi avec Madame Doubtfire, qu’elles ont vu et revu en pensant à leur papa dont j’étais séparée. Le talent protéiforme de Robin Williams est extraordinaire, et j’allume presque chaque matin la radio en imaginant un « gooooooooooooooood morning France » sur France Info…

    C’est de John Keating dont je souhaiterais me souvenir, avant tout, car il aura marqué ma carrière de prof. Oh, bien pitoyable « carrière », entre rapports d’inspection bien moyens et remplacements pitoyables, à des années lumières de mon domicile, puisque nous n’avons plus assez d’élèves, en allemand…

    Mais j’aurais essayé. D’inculquer aux élèves ce devoir d’insolence. De leur prouver que Frost avait raison en disant que nous devons toujours choisir le chemin le moins fréquenté de la forêt. Et que « peu importe ce qu’on pourra vous dire, les mots et les idées peuvent changer le monde. »

    Cette scène inaugurale de l’arrachage des pages d’introduction de ce manuel voulant soupeser la poésie et l’analyser comme un problème de maths est, pour moi, la littéraire, d’une jouissance ABSOLUE.

    Car mon monde ne se soupèse pas. Car mes rêves ne se comptabilisent pas. Car ma vie n’est pas une équation.

    De même, voir ces élèves jouer au football en écoutant l’Hymne à la joie, ou les regarder shooter après avoir déclamé une citation est comme « vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. » Mon fils, bien peu sportif, mais plutôt intello, a eu devant cette scène le regard brillant de ceux qui vivent une révélation : « Désormais je prendrai les feuilles de mon calendrier de citations avant les cours d’EPS », m’a-t-il dit…

    Chaque minute de ce film est un petit bonheur, de ceux que l’on roule en boule au fond de son mouchoir pour les retrouver le soir, et s’en imprégner intensément. Caillou blanc de Petit Poucet, étoile du Petit Prince comme celle évoquée par Zelda, la fille de Robin, le jour de sa disparition, ou simplement rêve à conserver, à veiller, à chérir.

    « Je ne vis pas pour être un esclave mais le souverain de mon existence. » Ne devrions-nous pas, nous, les professeurs, commencer chacun de nos cours par cette maxime ? N’est-ce pas là le sel même de la vie, la substantifique moelle de l’éducation, cette idée de la souveraineté de l’être et de la liberté de penser ? « À présent dans cette classe, vous apprendrez à penser par vous-même, vous apprendrez à savourer les mots et le langage ! »

    Ma belle-sœur, récemment, tentait d’expliquer à mon fils, tout heureux de passer en L et d’être libéré des maths qu’il n’aime pas trop, que c’était une bêtise absolue, que les maths étaient le fondement de l’existence, la pierre philosophale de notre monde qui ne tenait que par l’idée mathématique, depuis les dosages d’un quatre-quarts jusqu’au pilotage d’un bombardier…

    Mais justement, non. Nous sommes tous différents, et la liberté de mon fils passera peut-être par sa volonté de faire du théâtre, comme le jeune Neil, en lieu de place de devenir médecin…Et son choix sera le bon, s’il est en cohérence avec son désir, avec ses envies, avec sa vie : « Je partis dans les bois parce que je voulais vivre sans me hâter. Vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie. »

    J’ai aimé ce film, oh, comme je l’ai aimé. Jeune professeur qui n’aurait jamais voulu devenir professeur, puisque je ne voulais qu’écrire, j’y ai senti qu’au-delà des déclinaisons allemandes, je pourrais peut-être aussi parler de la poésie romantique ; qu’au-delà du nazisme, je pourrais aussi évoquer Schiller et les paroles de l’Hymne à la joie ; qu’au-delà des sempiternelles ritournelles des réformes successives de l’Éducation Nationale, je pourrais garder un cap, un seul, celui de la liberté.

    « Écoutez ce que dit Whitman : « Ô moi ! Ô vie !... Ces questions qui me hantent, ces cortèges sans fin d’incrédules, ces villes peuplées de fous. Quoi de bon parmi tout cela ? Ô moi ! Ô vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l’identité. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime... Quelle sera votre rime ? »

    Quelle sera la rime de nos élèves, de nos enfants ? Ce soir, à quelques encablures de la rentrée 2014 , entre les morts d’Ukraine et ceux de Gaza, entre les enfants Yazidi que l’on égorge et ceux atteints d’Ebola que l’on emmure, dans un pays dit en crise, quelle sera la rime de nos enfants dans nos villes peuplées de fous ?

    « C’est dans ses rêves que l’homme trouve la liberté, cela fut, est, et restera la vérité. »

    Il faudra rêver, mon fils, il faudra rêver, chers élèves, encore, et toujours.

    Oh Capitaine, mon Capitaine, tu es parti. Un jour, il y a longtemps, quand j’avais encore des élèves dans mes cours d’allemand, certains aussi dont montés sur leurs tables, au dernier jour de l’an.

    Adieu, Mister Keating.

    https://www.youtube.com/watch?v=kw5N3w0m6hU

    Adieu, Robin. Merci.

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    • Martine L

      Martine L

      16 août 2014 à 22:12 |
      votre hommage est également beau et porteur d'âme ! " le cercle", quant à moi, je n'ai pas fait partie des " adeptes" loin de là, et j'ai même été très gênée par ce vent d’idolâtrie curieuse, mais c'est sans doute les gens qui ont voulu en faire un modèle éducatif qui ont - plus que le film en soi - concentré mon ire !

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