Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

 En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 avril 2017 à 13:56 |
    Le danger de la décision de Trump est évidemment celui d'une possible escalade du conflit avec la Russie. La présence des deux aviations dans le ciel syrien augmente les risques d'incidents - fortuits ou provoqués - entre les deux puissances. Le terrible engrenage des alliances balkaniques d'avant 1914 se profile dangereusement. Alors se pose l'éternelle question qui se posa à Munich en 1938 : jusqu'où le jeu en vaut-il la chandelle? Mourir pour les droits de l'homme en Syrie? Belle cause mais difficile à vendre auprès des opinions publiques. En 2013, alors que François Hollande plaidait pour des frappes occidentales de rétorsion suite, à l'usage - déjà - de gaz par Assad contre son opposition, David Cameron avait essuyé un refus clair et net de son parlement, et Obama lui-même avait renoncé face à l'hostilité des Américains par rapport à une telle opération : attaquer les terroristes de Daech, oui; faire la guerre à un état internationalement (encore) reconnu, non.
    Bush, en 2012, avait sollicité et obtenu une Authorization for Use of Military Force de la part du congrès pour déclencher les hostilités contre le gouvernement de Saddam Hussein. Au titre de l'article premier de la constitution américaine, en effet, seul le congrès est habilité à déclarer la guerre, alors que le président, chef des armées (art.2) peut décider seul d'opérations ponctuelles, n'entraînant pas une situation de belligérance à l'égard d'un état souverain.
    La décision de Trump est donc critiquable juridiquement. L'est-elle politiquement? Non, mais à condition que les représailles demeurent symboliques; une guerre en bonne et due forme contre l'état syrien, sujet de droit international (à la différence de Daech et des autres groupes terroristes) serait un pari inacceptable, tant un scénario à la Sarajevo pourrait s'ensuivre.

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