Une nouvelle guerre de religion est-elle envisageable ?

Ecrit par Luc Sénécal le 07 septembre 2012. dans Racisme, xénophobie, La une, Actualité, Société

Une nouvelle guerre de religion est-elle envisageable ?

 

Le racisme et la xénophobie trouvent de quoi se nourrir dans l’évolution de l’immigration dans notre pays, et par conséquent de ce que cela implique dans notre société. Si l’on déplore à l’évidence les motivations des français qui en font preuve, on ne peut pour autant leur donner complètement tort. Car, et c’est cela qui est important, le racisme et la xénophobie ne sont pas leur apanage. Certains immigrés, et parmi ceux-ci, certainement les plus virulents, en font preuve. Ceci dit, il convient de ne pas faire d’amalgame. S’il y a des immigrés, ils proviennent de différentes régions du globe et il serait sot de confondre l’Asie avec les Pays de l’Est, ou bien encore les Pays du Maghreb avec l’Afrique noire, ou certaines îles quel que soit l’océan qui les baigne.

Aussi en premier lieu, il est utile de constater que les mariages et les unions interraciales sont devenus courantes au point d’envisager, dans ce brassage, une future société métissée. Ce qu’il y a d’amusant, c’est aussi de savoir que cela n’est pas nouveau, et que dans la généalogie de certaines personnes qui possèdent la nationalité française, il y a des ascendants immigrés. Or ces mêmes personnes font preuve d’un certain agacement envers l’immigration en oubliant complètement leurs origines. Mais peu importe en fait. La problématique est ailleurs.

Que dans l’avenir le métissage soit un facteur inévitable n’a pas d’autre importance que de conserver des valeurs propres à notre pays et à notre culture. Or, nombre d’enfants ou de petits-enfants d’immigrés y sont fermement attachés, et on voit d’ailleurs dans l’exemple ci-dessus combien cela est vrai. Toutefois, il y a réellement un danger latent qui prend de l’ampleur. C’est de constater que l’extrémisme de certaines religions parvient à implanter dans notre pays une souche d’individus qui ne se reconnaissent pas dans ces valeurs. Si aujourd’hui elle est minoritaire, en premier lieu il convient de constater qu’elle se concentre dans les grandes cités. Et cela, pour la simple et bonne raison que la société française d’une certaine époque, n’acceptant pas l’intégration de ces populations, les a réunis dans des ensembles où ils ont développé tout un art de vivre issu de leurs propres us et coutumes. Humiliées, blessées dans le plus profond de leur être, parquées, spoliées, ces familles ont retrouvé leur âme dans leur propre religion. Ayant souffert le martyr dans leur propre pays, les membres de ces familles ont vu leurs proches torturés, fusillés, massacrés. Ils n’ont eu de cesse que de vivre en paix et de panser les blessures profondes, qu’elles soient physiques, mentales ou psychiques, qui leur ont été infligées.

C’est dans leur descendance qu’est née cette incompréhension intergénérationnelle. Une descendance qui n’a pas connu ces horreurs et ces souffrances, lesquelles ont anesthésié leurs parents. Une descendance qui s’est retrouvée réunie dans ces grandes cités, et qui, pour différentes raisons liées souvent au manque de ressources et surtout au manque de reconnaissance de l’ensemble de la société française, en est venue à créer son propre cadre de vie. Or c’est là que l’extrémisme religieux a trouvé sa source. Car, alors que l’immigration constante amenait encore d’autres populations à se mélanger avec celles déjà établies, des idées et des ressources structurelles sont venues s’y joindre. Elles sont issues d’une culture qui n’est pas celle de notre pays mais qui entend se développer, facilitée certainement par l’incompréhension, voire le rejet d’une certaine partie de la société. Et tout autant par le refus des autorités de s’atteler réellement à ce dossier.

Aussi face au racisme de base et surtout à la xénophobie de certains français, il convient de ne pas rejeter en bloc toutes les provocations dont ils sont capables dans un cas comme dans l’autre. Ce que l’on peut constater régulièrement sur un support comme internet. Car, je le rappelle, ce racisme et cette xénophobie existent bel et bien dans une partie de la population d’immigrés, surtout favorisés par les extrêmes d’une religion qui étend de plus en plus son pouvoir. Laquelle entend parvenir à prendre les rênes de la vie communautaire à terme, et y imposer une idéologie qui n’appartient pas à notre pays.

C’est donc là que réside le danger, car il y a chez nombre de français une caractéristique terriblement humaine qui est celle de la facilité extraordinaire à faire des amalgames. Et ainsi de mettre tous les immigrés dans le même sac alors qu’ils n’ont rien à voir entre eux, a priori. C’est une problématique qui nécessite de la clairvoyance, ne serait-ce déjà que dans le choix des mots. Elle exige surtout de la compétence. Celle qui permet de ne pas mélanger des sentiments de rejet systématique dans une analyse critique et objective de la situation. Celle de comprendre quelles sont les causes de la haine avant qu’elle ne se déchaîne.

Ces sentiments, on peut les comprendre, à force d’entendre des accents étrangers qu’on ne supporte plus, à force de voir des vêtements qui ont un caractère outrancier de provocation, à force d’être en face d’attitudes comportementales qui n’ont rien de civique, à force de constater de plus en plus d’agressions et de violences ça et là, partout dans les grandes villes. Tout ceci étant issu d’un état d’esprit qui n’est pas maîtrisé et qui dérive sans contrôle, si ce n’est au profit d’extrêmes religieux qui y trouvent, là, leur lit. Or cela constitue un déni à ce qui caractérise fondamentalement le tissu social et culturel de notre pays. La capacité à s’enrichir de nos différences. Et à la longue, dans les provinces qui sont peu ou pas concernées, peut surgir aussi un sentiment xénophobe, facilité déjà par la propension naturelle à considérer comme un étranger son voisin d’en face.

Or, une meilleure compréhension des tenants et des aboutissants pourrait aujourd’hui permettre de mieux appréhender, apprécier et comprendre ce danger. Ce, en prenant garde de ne pas se laisser embarquer par des extrêmes d’où qu’ils peuvent surgir. Ce, par l’acquisition d’une volonté bien réelle de traiter cette problématique, et de trouver les moyens de désamorcer une situation qui pourrait devenir explosive et dommageable pour l’ensemble de la société. Et en tous les cas, pas par la simple opposition d’une politique de répression aveugle ou absurde car surtout incohérente et ponctuelle. Mais bien plus par un traitement de fond et des mesures adaptées à une stratégie à moyen ou long terme. Une stratégie objective et humaine, nécessitant l’adhésion de toutes les communautés installées dans le pays. Celles qui sont de souche ou celles récemment installées. Ces dernières faisant preuve de leur volonté à apprécier ce pays, la France, dans toutes ses caractéristiques qui sont autant de richesses. Et cela par la différence de ces propres populations d’une région à une autre, quelle que soit l’appartenance religieuse, sociale, historique et culturelle propre à ladite région. Un historique remarquable qui n’a pas à être imposé, mais qui a sa raison d’être tout à fait naturelle. Une culture dont la force et la beauté résident en outre dans toutes ces différences. Il convient par conséquent de tenir compte de ce que ce pays peut leur offrir et le leur offrir. Pour autant, c’est vrai, faut-il encore qu’elles respectent cela et le prouvent. Et il faut le savoir et insister à ce propos, nombre d’entre elles le respectent déjà en y apportant des preuves quotidiennes dans le contexte social et civil. Nous connaissons tous autour de nous des immigrés qui sont dans ce cas. Mais ils ne font pas de bruit, eux. Il faut le souligner, car il serait injuste de ne pas le reconnaître, contrairement à ce que suggèrent les « hoax » ou les provocations diverses et variées qui viennent pourrir ce dossier.

D’autre part, s’il est vrai que la solidarité, l’altruisme, la volonté de s’associer à la communauté existent bel et bien dans l’ensemble de la population française – et cela est prouvé ne serait-ce que par le nombre d’associations diverses et variées qui existent – a contrario, le pouvoir de l’argent et l’attrait de la finance, pour une partie de notre société, engendrent le sentiment de ne plus appartenir à une nation. C’est l’illusion d’une aventure passionnante que de faire partie d’un ensemble international. Ce qui n’est pas faux, mais à la base, il y a une ancre, une terre, un pays, et ça il ne faut pas l’oublier que diable ! Il n’est pas impossible pour d’autres alors de considérer qu’à force d’avoir quitté la maison, la porte reste fermée, la serrure soit changée et que le logis soit squatté. Cette crainte est certes fondée mais n’a pas de réalité concrète pour le moment. Pour le moment, sauf à regarder ailleurs en n’y prêtant pas l’attention que cela mérite vraiment.

Le monde change oui, mais l’avenir appartient à nos enfants, et nos enfants sont notre mémoire. Qu’en sera-t-il demain ? Faut-il qu’ils se querellent dans le sang, la haine et la honte, alors que nous, nous n’avons pas voulu ou su préparer leur avenir ? Ne sommes-nous pas tous concernés ?

 

Luc Sénécal

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.