Le Naulleau Nouveau est arrivé !

Ecrit par Eric Eymard le 08 octobre 2010. dans La une, Média/Web

Le Naulleau Nouveau est arrivé !

 

Samedi soir dernier "je n'étais pas couché" et je m'en félicite.

Les joyeux drilles de l'émission presque éponyme nous avaient offert un grand moment de télévision. De ceux qui devraient tourner en boucle sur le Net pendant quelques semaines et donner lieu à de croustillants commentaires.

La cause de ce probable intérêt médiatique à venir ? Le dépit des deux magistrats autoproclamés de la littérature et du spectacle, privés de leur réquisitoire enflammé faute d'avoir pu discipliner deux accusés rebelles : Daniel Auteuil et Isabelle Mergault.

Et quand je dis "dépit", j'euphémise.

Eric Naulleau en particulier, bourreau d'ordinaire si serein, a révélé la triste facette d'une personnalité imbue de sa personne, singulièrement dépourvue de discernement et d'humour plus encore. En un mot, le bonhomme s'est révélé éminemment antipathique. N'eût été la présence des caméras de télévision, peut-être nous eût-il offert le spectacle réjouissant d'un garnement en colère, réclamant obstinément son jouet (une hache donc !) et tapant  des petons sur le sol tel un boxeur fébrile s'échauffant avant son match.

Le courroux du tandem grandissait à mesure que Daniel et Isabelle tentaient dans l'hilarité générale, sinon d'empêcher la torture verbale, en tout cas de freiner les ardeurs querelleuses des deux Eric.

Confortablement installé dans mon canapé, cône glacé dans une main, verre de vin dans l'autre, j'ai fou-ri pendant dix bonnes minutes en suivant les échanges désopilants de l'acteur et de la réalisatrice de "Donnant Donnant". Après s'être vainement efforcés de résumer l'histoire de leur film, ils essayèrent d'échapper aux assauts des deux molosses impatients de fondre sur leurs proies. Spectacle spontané, drôle et intelligent d'un Daniel Auteuil et d'une Isabelle Mergault inattendus, entrés dans l'arène, prêts à se faire becqueter, mais enclins à le faire avec panache. Ils n'entendaient pas se soustraire aux règles imposées de l'émission comme le prétendait Naulleau et Zemmour avec une mauvaise foi évidente. Ils souhaitaient jouer. Prendre quelques instants la posture de chats taquins, avant de redevenir souris désespérées. Comme une envie de se défouler un bon coup avant de plonger dans les gueules béantes des deux animateurs affamés. Les deux félins impatients ont pris ce baroud d'honneur pour une sorte d'intolérable désobéissance, un lâche refus de l'engagement pris et un "manque de respect des chroniqueurs". Rien de moins.

Quoi ? Que vois-je ? Comment ses deux privilégiés, conviés à faire la promotion de leur film, peuvent-ils oser défier le modèle de perfection de la critique Française ? (je résume)

Au point qu'Eric Naulleau, manifestement fâché, refusât de débiter sa diatribe, malgré les exhortations répétées des deux artistes qui souhaitaient calmer et rassurer le garnement frustré. "Lamentable" ont insisté les deux clones à l'insigne du couple, devant un Ruquier médusé. Pathétique fut leur réaction.

Je me suis longtemps posé la question de la légitimité de cette critique sans état d'âme, sans concession, et de la crédibilité de ceux qui l'incarnaient. Mais peut-on condamner la censure s'exerçant contre un Guillon ou un Porte parce qu'ils ont largement exploité, à tort ou à raison, leur liberté de critique et de ton, et fustiger dans le même temps le modèle instauré par les deux gaillards ? Sauf à faire partie de ceux qui distinguent "bonne" et "mauvaise" censure, j'en doute. Hors la censure n'est-elle pas toujours exécrable ?

Je ne partage pas toujours les tirades inspirées d'un Naulleau évoquant la "vacuité" de tel ou tel roman, pas plus que les excès d'un Zemmour s'appuyant sur le passé familial de Caroline Fourest pour dénigrer son ouvrage. J'ai pourtant fini par considérer que personne n'obligeait les personnes concernées à subir les assauts du binôme. Il eût suffit de décliner l'invitation.

Dans le cas contraire, l'octroi d'un moment de gloire médiatique à une heure de grande écoute a évidemment un prix. Cette opportunité de visibilité accrue implique le risque  concomitant de la fessée publique. Se plaindre, à l'instar d'un Francis Lalanne véhément, des règles d'un jeu certes un tantinet masochiste mais auquel on accepte toutefois de participer en contrepartie de la notoriété qu'il offre, relève au pire d'une certaine malhonnêteté, au mieux d'une indéniable hypocrisie.

Sans les deux siamois, devenus maîtres dans l'art de la critique corrosive avec un plaisir qui n'est pas sans rappeler la jouissance du vaurien arrachant une à une, glandes salivaires en action, les pattes d'une araignée sans défense, sans les deux tortionnaires donc, l'audience de l'émission flirterait avec les températures moyennes de l'hiver Islandais. Les invités profitent donc aussi de ce succès. Mais ceux-là même qui s'en donnent à cœur joie pour estourbir livres ou films devaient-ils pour autant refuser les coquetteries des deux invités et s'enfermer dans le sinistre donjon de chevaliers-chroniqueurs incompris ?

La pression, le contre-pouvoir exercé à l'encontre des deux animateurs serait-il devenu trop fort ? Car il m'a semblé que le sketch pacifique et amusant de Daniel Auteuil et d'Isabelle Mergault avait achevé bien involontairement un édifice déjà largement fissuré. Dommage. Jusqu'à samedi dernier, cette constance (et parfois même cette pertinence) dans la critique caustique, m'apparaissait sympathique. Souhaitons qu'avec un peu de recul et après avoir visionné l'émission, Eric & Eric admettent que leurs réactions furent excessives et inopportunes. A défaut, je pourrais dorénavant aller me coucher.

A propos de l'auteur

Eric Eymard

Eric Eymard

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Blog "Vivre en Islande" http://vivre-en-islande.blogspot.com/

Commentaires (12)

  • itti

    itti

    11 octobre 2010 à 13:09 |
    Je vous engage à revoir l'émission, et vous verrez à la décharge de Naulleau et de Zemmour, qu'ils n'ont pas boudé leur plaisir, qu'ils ont ri en voyant le numéro d'Isabelle Mergault et de Daniel Auteuil. Par contre Ruquier en toute partialité a émis un jugement avant même qu'Eric Naulleau n'ouvre la bouche.
    Isabelle Mergault, joue les petites filles qu'elle n'est plus et se prend pour une réalisatrice qu'elle est à peine.
    Son premier film était touchant, le deuxième une daube, et le troisième doit être du même tonneau. Mais que fait Daniel Auteuil dans tout ça ? Si on n'accepte pas la critique positive ou négative, il ne faut pas venir dans ce genre d'émission. Les 2 compères se sont payés de la publicité gratuite avec la complicité de Ruquier. Quand on écoute la bande de bofs incultes de Ruquier qui donne son avis "autorisé" sur tout et n'importe quoi, on est édifié sur la valeur du jugement de Ruquier. Au royaume des aveugles le borgne est roi !

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    11 octobre 2010 à 12:40 |
    Pour répondre à la fois à Eric, Matthieu et Christine, je dois d'abord dire qu'il ne faut pas prendre au premier degré ce que je dis. Je ne peux m'empêcher de lancer des piques contre la télévision et pour les nécessités d'une formulation courte et provocante, je reprends deux mots du texte d'origine et les emploie à contresens, comme le l'ai fait pour censure et exécrable. Car si je n'aime pas la télé, je ne l'exècre pas et n'ai guère envie de la censurer.
    Et si je suis contre la TV, je ne suis pas contre ceux qui la regarde ou qui la font, pas plus qu'étant contre le front national ou les automobiles 4x4 , je suis contre ceux qui les adoptent, je place les hommes ailleurs que l’eau de leurs bains.
    En écho à la question : «Quel est cet étrange fantasme de supériorité des gens qui haïssent la tv ?», j'en pose une autre : pourquoi défend on avec tant de vigueur (parfois hargneuse, je ne parle pas de mes interlocuteurs du jour) une chose aussi puissante et massive que la télé contre un comportement ultra minoritaire de rejet, qui ne la menace en rien, dont l'expression vaut jet de confetti dans la mare ?
    Je relève le mot « outil » à propos de la TV. Un outil est un instrument qui prolonge la main ou la pensée pour leur donner force et précision. Ce n'est pas le moment de faire le procès de la télé, mais si l'un de vous trois (ou vous trois ensemble) veut prendre la peine de rédiger une chronique pour illustrer le caractère «d'outil» de la télé, je ferraillerais volontiers et amicalement contre lui et reconnaîtrais peut être que tel aspect auquel je n'avais pas pensé en fait un bien plus précieux que je ne crois.

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    • Ariana

      Ariana

      11 octobre 2010 à 16:20 |
      C'est que vous seriez presque "pousse au crime" Éric : lisant ceci on a envie de se faire l'avocat du diable..
      Ah la question sociologique de l'outil et celle philosophique de l'homme face à l'outil et/ou l'inverse... :-)
      Mais quant à vous dire où se situerait le Diable dans cette affaire... :-D (Gardons nos "effets" pour le finale.)


      Bien à vous (et toujours cordialement cela va de soi)

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  • matthieu Delorme

    matthieu Delorme

    10 octobre 2010 à 17:58 |
    En effet, l'argumentation est bien surprenante qui consiste à dire que comme l'outil comporte des défauts eh bien supprimons l'outil !! A ce rythme, on n'est pas loin du "back to the trees" de l'oncle des cavernes. En quoi choisir d'adopter la télévision, en toute lucidité d'homme libre, donc avec son regard critique comme le montre cette chronique, serait "toxique" ? Et en quoi le refus total de la télévision serait-il un signe de "liberté" ? Le libre exercice citoyen est rarement de l'ordre du tout ou rien.

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    09 octobre 2010 à 13:46 |
    Dans une affaire d’Eric, je dois dire mon mot et mon désaccord avec votre exclamation : est-ce que toute censure n’est pas exécrable ? Pour ma part je censure à 100 % la TV depuis bien longtemps et la lecture de votre article me laisse à penser que je me préserve de l’exécrable.

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    • Christine Mercandier

      Christine Mercandier

      11 octobre 2010 à 01:04 |
      1° Comment fait-on pour "exécrer" toute censure et "censurer à 100% la télévision" ?

      2° Quel est cet étrange fantasme de supériorité qui colle à la peau des gens qui haïssent la télévision ? C'est en grande partie mon métier et je m'efforce d'y introduire, je l'espère, des ressources d'un grand intérêt.

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    • eric eymard

      eric eymard

      10 octobre 2010 à 14:57 |
      Curieuse réflexion. Vous paraissez confondre censure et choix intime ou conviction personnelle. La première s'exerce à l'encontre d'une personne, d'un comportement, d'un ouvrage... et implique que soyez investi du pouvoir d'un censeur. Les seconds tiennent à la liberté de chacun de critiquer et d'agir en conséquence, sans nuire au libre-arbitre des autres.
      Vous souhaitez bannir la télévision de votre quotidien ? Qu'il en soit ainsi. Faut-il pour autant l'interdire à tous ?

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  • Guerrier Elisabeth

    Guerrier Elisabeth

    09 octobre 2010 à 07:48 |
    Et vivre sans télévision pour fuir les émanantions toxiques et choisir l'air qu'on respire ?

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    • eric eymard

      eric eymard

      09 octobre 2010 à 14:22 |
      J'avais choisi de m'intoxiquer chère Élisabeth !
      Certains "poisons" recèlent de plaisantes surprises...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    08 octobre 2010 à 21:03 |
    Dommage que je n'ai pas vu l'émission...Votre récit me donne des regrets.

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  • Isabelle Blavet

    Isabelle Blavet

    08 octobre 2010 à 19:06 |
    Les épingleurs épinglés, ça fait du bien !! Mais je n'arrive vraiment pas à trouver ces deux cuistres "sympathiques" !

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