Politique

Le clair-obscur de Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Le clair-obscur de Macron

Pardon d’y revenir, les urnes sont têtues : 57% d’abstention au soir du second tour des Législatives ; donc c’est une minorité mathématique qui a élu les députés du jour ; l’immensité des bancs « En Marche », comme moins bien éclairés… Certes, en mécanique électorale, seul compte le résultat et le phénomène majoritaire, qu’on ne saurait contester. Mais, en matière de logique gouvernementale, ça pourrait être plus compliqué. D’autant que l’équation a suivi le feuilleton des élections depuis le soir du Premier tour d’avril : Emmanuel Macron virant en tête avec ses quelques 25%, puis – par mécanismes successifs de tri largement par défaut, obtenant son 66% au soir de Mai, et – épisodes 3 et 4 de la saga, relayé par le trot impressionnant des République en Marche, majoritaires, absolument majoritaires sans plus aucun besoin d’appuis, de discussions ni de négociations, ni probablement de conseils – du moins, en l’état des choses. Sur le papier, tout autorise la mise en place du programme Macron/Philippe. Tout, et par n’importe quelle façon institutionnelle, ordonnances comprises, mais…

Depuis l’élection Macron, on vit dans un clair-obscur, celui, magnifique, des Georges de La Tour, que je vous invite à admirer dare-dare, si ce n’est déjà fait. Sous « le feu des projecteurs » avant l’heure – souvent la lumière d’une bougie – un personnage, un objet ; on ne voit que lui, tous ses détails, on ressent ses pensées, on peut en écrire sur celui-là des pages et des pages, mais, autour, derrière, comme moins ou presque pas éclairés, c’est selon, d’autres personnages – pas moins importants, des objets finement peints, par chaque détail, mais demeurés dans l’ombre. On peut s’interroger à l’infini devant le « Nouveau né » du musée de Rennes et non du Louvre, par exemple (n’y voyez aucune allusion perfide) ; cette ombre, cette pleine lumière, pourquoi ici, ou là ?

Dans la situation politique actuelle, c’est beaucoup plus simple à décrypter : la lumière, c’est la victoire d’E. Macron, de « ses » (il les revendique fortement comme les siens) « En Marche », et ce sont aussi ses électeurs emballés, les dits optimistes, ceux qui y croient et portent les bannières. Vous savez quoi, ceux qui vont plutôt bien – cela a déjà été dit partout. Ceux qui ont, non seulement du travail mais un travail choisi et porteur, s’adossent à des familles aidantes, des réseaux ; ceux, jeunes pour beaucoup, bien actifs, pour qui l’entreprise dans son esprit battant, positif donc, et seulement cette facette, est hissée au pavois de tous les lendemains s’apprêtant à chanter… Caricatural ? À peine. Ceux-là peuvent se projeter loin, et accepter un bras de mer un peu bougeant avant que de monter dans le bateau des réussites ; le grand large ne leur fait pas peur, l’étranger ils ont tous pratiqué. Ces Français qui vont bien peuvent s’autoriser à croire qu’ils tireront les autres, par la seule force de leur confiance en eux et en leur monde. Un peu trop de libéralisme ? ils ont les épaules ; un peu beaucoup de non-assistance ? eh bien, s’il le faut ! Le pas tout de suite est dans leurs gènes, et peut probablement se faire le plaisir d’une couleur sacrificielle, en plus.

Mais… dans l’ombre, bien que minutieusement dessinés – en se penchant un peu on voit tout d’eux : les autres. Ceux qui vont visiblement moins bien, qui sont à l’évidence moins solides, qui affichent des blessures mal cicatrisées. Dans ce tas, hétéroclite, des retraités, des gens qui ont besoin d’assistance, des en quête de bonne sécurité sociale, des gens qui ne s’imaginent pas, et pour cause, sans État fort encore providence, des jeunes juste au bord d’un – vague – travail, des moins guillerets en passe de tomber dans le trou noir des séniors au chômage, des… Tant. Le tissu social français dans sa diversité cahin-caha. Divers, diront les réjouis, chaotique diront les inquiets.

De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique

De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ah le « méluche » ! On l’affublé de tellement de noms (d’oiseaux !) : pitre, fasciste d’extrême gauche, lider maximo, tribun de la plèbe, léniniste, « staluche » (ça, c’est moi !)… Difficile de définir – sérieusement – cet authentique intellectuel, espèce rare dans notre classe politique. Quelles idées se cachent-elles derrière le personnage qu’il s’est créé ?

Bernard Ravenel, auteur d’une histoire du PSU, compare les Insoumis à ce mouvement, que Mélenchon pourtant quitta, en claquant la porte (plus précisément de l’UNEF que ce parti tentait de noyauter), pour rejoindre la – plus trotskiste à son goût – OCI (Organisation Communiste Internationaliste). Ce que les Insoumis et le PSU ont en commun ? « Lier le nouveau et l’ancien, refonder, en devenant le lien entre la social-démocratie et la pureté léniniste », en un mot, reprendre le flambeau de la lutte culturelle contre le capitalisme.

Mais le tout nouveau parti se voit confronté à deux thématiques épineuses : l’une venue de l’extrême droite et issue de la fameuse poussée « dextriste », initiée par Patrick Buisson : le thème de l’identité ; l’autre venue, elle, des verts et tout aussi dérangeante pour le marxiste que Mélenchon n’a cessé d’être : l’anti-productivisme, le retour à une consommation à la fois locale et frugale.

Le jacobinisme comme identité nationale

« Je suis d’accord pour qu’on discute de l’identité, déclare-t-il, sur son site internet, jlm2017.fr ; je crois à l’identité républicaine de la France ». Oui, mais la France, au juste, c’est quoi ? Et Méluche de rire du « roman national » : les Gaulois, Clovis, les rois, bref, le répertoire classique à la Michelet. Pour lui, la « France », celle qu’il aime, la France jacobine, commence à la révolution : « dans l’histoire de France, ce qui fait sens, c’est la rupture, pas la continuité ; la grande révolution de 89, voilà ce qui fait notre identité ».

Un incident récent vient d’ailleurs d’illustrer ce credo. Danièle Obono, élue Insoumise, était invitée à l’émission Les Grandes Gueules de la radio RMC. On l’interrogea sur son soutien, en 2012, à la chanson du groupe ZEP, Nique la France. Un peu désordre pour une députée, qui justement représente ladite France. Devant ses atermoiements, un intervenant, un peu énervé, lui demande tout de go : « diriez-vous vive la France ? ». Refus de répondre. Pourtant, l’attitude de la députée était d’une logique en totale adéquation avec la pensée du maître : La France, c’est – au fond, ce n’est que – la République. Confirmation en a été donnée par Éric Coquerel, autre député Insoumis, au micro, cette fois, de RTL : Jean-Michel Aphatie le soumet au même test : « crieriez-vous vive la France ? » Réplique en pirouette : « crieriez-vous vive la République une et indivisible ? ». La République, pour les Insoumis, plus encore qu’une patrie, s’érige en identité…

L’écosocialisme comme projet de société

Le mot d’ordre, tel qu’énoncé par le sociologue Razmig Keucheyan, aux universités d’été de la France Insoumise, se résume à « abattre la frontière entre la question sociale et la question environnementale ». Capitalisme et pollution se confondent : le premier prospère sur l’exploitation forcenée et l’empoisonnement de la nature. Il convient, par conséquent, de combattre le productivisme – le toujours plus ! – et ce qui l’encourage et le nourrit : le consumérisme (vieux slogan soixante-huitard : « à bas la société de consommation ! »).

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique, Littérature

Gouvernement : l'oubli possible et regrettable du président Macron

...Car, quand même, cette Germaine là, avouez qu'elle ferait un bien beau fleuron dans votre troupe mesurée au cordeau de la parité ( et bellement, ma foi) du gouvernement tout frais qui nous arrive... Femme d'abord à la tête haute, portant son identité à la moderne – bien que mariée en bonne et due forme, n'avait-elle pas le toupet de revendiquer son nom d'origine : - « mon nom  : fille de Monsieur Necker ! »  de ce père là, que vous auriez tant aimé quant à vous, Monsieur le Président, accrocher quelque part au milieu des  vôtres, n'est-ce pas ? Femme libre, féministe de bon aloi et comment, tâtant crûment du divorce que lui permettait son ennemi intime, Bonaparte, alignant quelques amants de passage et un ami-amant au long cours ; Benjamin Constant... mais, vous en serez d'accord, votre loi de moralisation de la vie politique s'arrêtera forcément à la vie privée, alors... Femme de partout,  femme que n'arrêtait aucune frontière, un temps par son mariage, Suédoise, galopant les routes d'Europe, entre Allemagne et Italie, de Suisse Lemanesque, d'où, peut-être avant l'Autre, sur ses rochers de Guernesey, elle rêva du pays de France dont elle fut quasi constamment exilée. Allant jusqu'à patauger dans les neiges si lointaines de Russie, grand reporter à sa manière... Voyageuse, et des meilleures, Germaine, disant des pays d'Europe ces mots qui ne peuvent que vous donner des idées à débattre dans les prochains sommets : « les nations doivent se servir de guides les unes aux autres et toutes auraient tort de se priver des lumières qu’elles peuvent mutuellement se prêter… on se trouvera donc bien en tout pays d’accueillir les pensées étrangères, car dans ce genre, l’hospitalité fait la fortune de celui qui reçoit » . Et vous porter à suggérer, vous qui savez apparemment si bien trouver le chemin des autres, que le drapeau étoilé de L'Europe, s'honorerait de son portrait, de sa face, comme on disait à son époque. Enfin, femme politique de premier plan, de tout premier droit, elle qui jamais ne put évidemment voter ou porter sa voix dans les cénacles du pouvoir – autrement, mais cette forte influence en vaut bien d'autres, qu'en osant écrire, et de quelle façon, des lettres et des pamphlets, des romans jamais mièvres, toujours engagés, mais habiles, sachant marquer les bornes à ne pas dépasser ; un peu « juste au milieu » à votre façon, à vous. Aimant  le vent des idées nouvelles dans la Révolution, frissonnant sous ses terribles abus, bien sûr. Elle devrait vous convenir, ni Droite, ni Gauche, à moins que, et... et. Encore monarchiste sur les bords, à l'anglaise, toujours démocrate façon représentative, intellectuelle convoquant à tire d'ailes les Grands Antiques, pas pétroleuse pour deux sous, mais tellement politique. Convenez-en, Monsieur Macron, cette Germaine est cousue pour vous, vos élans, vos fulgurances raisonnables. De là où elle est, elle a – croyez-moi, voté pour vous et elle marche ; mais méfiez-vous, rapidement – c'est une femme , sans vous quitter d'un œil vigilant, critique, quoique probablement, bienveillant !

 

Œuvres, Madame de Staël, La Pléiade, Gallimard, avril 2017, Édition de Catriona Seth avec la collaboration de Valérie Cossy, 1649 pages, 65 € jusqu’au 31/12/17

 

En La Pléiade, enfin, l’œuvre de Germaine de Staël, bien autant pour la femme actrice-arbitre de son temps s’il en fût, que pour sa plume, classique et lumineuse, solide et ambitieuse, comme elle.

Revue de presse européenne pour les législatives

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2017. dans La une, France, Politique

Revue de presse européenne pour les législatives

A la différence des présidentielles – et à l’image de l’assoupissement hexagonal qui s’est traduit par un record absolu d’abstention – les législatives françaises ont beaucoup moins intéressé nos voisins. Les préoccupations nationales (deuil de Kohl en Allemagne, nouvel attentat à la voiture bélier, le soir même du 18 juin, à Londres) ont pris le dessus. La France ne fait plus – ou très peu – la une des journaux.

 

Trois groupes de réactions :

 

Ceux qui s’en fichent

Essentiellement les Britanniques :

Le populaire Daily Mirror n’en dit pas un mot : indifférence complète.

Le très conservateur et très respectable Daily Telegraph mentionne la nouvelle sous forme de brève, pas plus.

Même laconisme aux Pays-Bas et dans la – pourtant très proche – Belgique :

De Telegraaf, en Hollande, glisse sur la nouvelle (« majorité pour le parti de Macron », point à la ligne).

Het Laatste Nieuws, principal quotidien flamand, se penche plutôt sur le gouvernement Philippe (parce que c’est un homonyme du roi ?) : « six ministres élus du gouvernement Philippe ».

Et jusqu’au très francophone et très francophile Le Soir, qui étudie avant tout la déconfiture du Parti Socialiste (préfiguration de celle du PS local de Wallonie ?).

Les admiratifs

The Guardian tout d’abord, journal de centre gauche, qui fait exception Outre-Manche : « Macron continue de marcher ; alors que son parti gagne une large majorité, il détient toutes les cartes ».

Les Italiens ensuite, malgré quelques bémols.

La Stampa : « Macron triomphe en France ; il a la majorité absolue ; mais les Français lui ont infligé une correction et laissé en vie les autres partis ».

Analyse identique à La Reppublica : « Macron conquiert la majorité absolue. Le FN déçoit, en dépit du fait que Marine Le Pen entre pour la première fois à l’Assemblée Nationale ».

Face à la chute des siens

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 juin 2017. dans La une, France, Politique

Face à la chute des siens

« Ne vous inquiétez pas, nous sommes immortels… »

Christiane Taubira, mai 2017

 

On va dire « chute » parce que « fin » aurait une sonorité Martin Gray trop grave, et que « mort » – que diantre – n’est pas encore de saison.

Une famille politique – de pensée qui plus est – cela n’a rien à voir avec l’opinion posée au comptoir du coin, le p'tit ballon de blanc dans la main droite ou gauche, ou le « je vote pour » de tout le monde à la table familiale. Il y a de l’engagement, un contrat de confiance mutuelle, des sentiments – et pardi, bien sûr ! – de l’émotionnel à revendre : « - tu te rappelles, ce meeting épatant de Mitterrand dans le Nord, c’était quand au juste ? - bien avant Mai 81, tellement avant les Hauts de France… ». Un cœur qui battait les soirs d’élections, qui pleurait les lendemains qui ne chantaient pas – ce fut souvent. Une vie qui pensait le boulot, le rapport aux gens, le quotidien, de ce côté-là du chemin. Nous étions militants.

 Les idées, les valeurs, la route qu’on fait, de réunion de section en meeting, pour qu’un jour, ces idées, ces valeurs s’incarnent et changent la vie, juste un peu, la nôtre, la vôtre, encore davantage… Des itinéraires personnels ? Vous voulez rire. Des fêtes de famille, celles des roses – la nôtre au bord de l’étang, sous les fleurs douceâtres des châtaigniers de Juillet, valaient tous les Noëls d’antan – Bref, marcher aux côtés de… mes chers voisins d’« En Marche », nous aussi, on savait faire.

Adhérer à un Parti, y travailler, c’est quelque chose qui habite, une peau de plus qui nous définit, nous colore, et bien entendu, nous fait mal (si je n’écrivais pas ça, on me regarderait comme la simplette du coin, ou pire, la sectaire embrigadée). Une culture, à l’évidence, une façon d’être au monde, du plus quotidien : « t’en penses quoi, toi, la socialiste ? »,autre manière de me dire bonjour pendant… ben, oui, des décennies – à l’altitude – au prisme – des plus grands évènements.

Je ne sais si je devrais – un peu faciloche, peut-être – faire dans le : « on ne naît pas socialiste, on le devient ». Mai 68, pour moi, en date de naissance, mais à l’ombre d’une ville ouvrière ; celle de deux très grands du socialisme, les Dormoy, Jean et Marx, dont j’ai souvent parlé ici. Comme une façon d’être et de voir les choses cousues d’avance au pas des sillons familiaux ; d’aucuns diraient presque méchamment ; une théologie, une légende, auxquels je répondrai, une appartenance. Puis des études d’Histoire ; ça aide vraiment ; des copains, des débats, des repas qui n’en finissaient pas… la politique, un langage, une facette du projet de vie. Et le chemin ouvert, de cette génération Mitterrand à laquelle si naturellement on a appartenu, via Pierre Bérégovoy, puis surtout notre François de Corrèze – un bail, une histoire, surtout pas une aventure. Parce que comme en amour, j’en ai connu qui « tâtaient » d’un petit bout de route au PS, comme on pioche deux olives sur la table du buffet froid, puis s’en allaient, pas tellement ailleurs que chez soi, cachés derrière la une de Libé. Faciles, ces moitiés d’engagements, ces drapeaux au fond des poches… facile, lisse, presque économique. Les mêmes que j’entends aujourd’hui glapir en se bouchant le nez : mort, le PS est mort ! Ajoutant en se léchant la babine : on l’enterre demain, viens-tu ?

Beaucoup fréquenté, ces années durant, le hall du PS, plus qu’habité ; vrai ; rafraîchi ? Vous avez raison, pas assez. Nos murs ont salement vieilli – vague odeur de moisissure, les portes ferment mal, tant de choses à réhabiliter, tant, qu’on passe son chemin – qui ne le comprendrait… Et puis peut-être une mode qui a passé ; ce temps où PS rimait avec presque tout n'est plus – du tout – de saison.

Helmut ist noch da !

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2017. dans Monde, La une, Politique

Helmut ist noch da !

Helmut est encore là. Reprise de la fameuse phrase-slogan de 1989, à la chute du mur : « Deutschland ist wieder da ! », l’Allemagne est à nouveau là !

En 1989, je partageais les craintes de Mitterrand. Quoi ? Moi, l’hyper germanophile, j’étais devenu germanophobe ? J’avais peur (au sens étymologique de « phobos ») des Allemands, seul et unique peuple pour lequel le cosmopolite apatride que je suis ressente des sentiments pseudo-patriotiques ?

Je craignais, en effet, que la frontière Oder-Neisse fut violée. La frontière Oder-Neisse, fruit du marchandage honteux qui officialisa la purification ethnique de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse orientale, au profit des Polonais ; en échange de la captation de la moitié orientale de la Pologne d’avant-guerre au profit de l’URSS… un marchandage qui marqua, à jamais, les accords de Postdam du sceau de l’infamie.

Oui, pourquoi avais-je peur ? Imaginaire fantasmatique de je ne sais quel gêne expansionniste du pays de Goethe (cf. la célèbre ironie de Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux ») ? Non, c’était plutôt mon antinationalisme : pourquoi pas deux états également démocratiques ? Pourquoi – forcément – un état unique ? Parce ce qu’ils sont peuplés de germanophones ? Alors, il faudrait y adjoindre une bonne partie de la Suisse, l’Autriche, l’Alsace-Moselle et même – Why not ? – ce Südtyrol (Trento Alto Adagio) qu’Hitler lui-même avait renoncé à annexer…

C’était, de ma part, méconnaître une donnée fondamentale de la sociologie historique allemande. Vu d’Outre-Rhin, l’état repose sur le peuple historiquement – et non contractuellement – constitué, « ein staatstragendes Volk », un peuple « porteur » d’état ; en un mot quelque chose existant de toute éternité, « Hülle des Ewigen », comme dit Fichte : une enveloppe de l’éternité. Ce pacte, ce contractualisme de la philosophie politique française – de Rousseau à Renan (cf. le plébiscite de tous les jours) – demeure ici inconnu. Le « Staatsvolk » selon l’expression du sociologue Reinhart Koselleck, c’est-à-dire le peuple « citoyen » et dont la citoyenneté se fonde sur le droit – l’accord mutuel entre l’individu et la puissance publique – et non pas sur la nature ou l’histoire, ce Staatsvolk n’est pas une catégorie allemande.

Kohl ne méconnut pas cette différence. Il donna satisfaction aux aspirations fusionnelles allemandes, tout en offrant des garanties aux Français, et surtout un cadeau magnifique : le mark ! L’euro n’étant après tout que l’extension continentale de la devise, chérie, tel un enfant, par la Bundesbank.

C’est cette intelligence géopolitique d’Helmut Kohl qui scella – précisément au moment de la réunification – une amitié indéfectible avec François Mitterrand. On se souviendra longtemps de ces sanglots silencieux, aux obsèques de Notre-Dame, de ce masque impavide – germanique ! – sur lequel descendait, une à une, un flot continu de larmes…

A l’opposé de Bismarck, le chancelier de fer, Helmut Kohl, fut un chancelier de cœur.

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

L’anesthésie : une nouvelle stratégie politique

An-esthésie, ne plus sentir, ne plus ressentir. Insensibilité garantissant l’immobilité indispensable à toute intervention chirurgicale.

Immobilité, c’est en effet LA grande leçon de ce scrutin de premier tour : les électeurs n’ont pas bougé ! 51,3% d’abstention… L’on ne peut que sourire – ironiquement ! – aux déclarations, pour le moins hâtives, de Pierre Rosanvallon, comparant, en terme de changement de donne politique, 2017 à 1958… Tout professeur au collège de France qu’il est, il commet l’erreur – élémentaire – de ne pas comparer les taux de participation : 48,7 aujourd’hui contre 77,2 en 1958 !!!

A l’époque, les votants, bien éveillés par la rhétorique gaulliste, se pressaient aux urnes ; dimanche dernier, la sédation macroniste – tout est plié, « En Marche » a marché – a fait ne pas marcher les gens, tout en les faisant « marcher » : inutile de vous déplacer, restez donc chez vous, « Jupiter » s’occupe du reste…

Alors, évidemment, des facteurs objectifs concouraient à favoriser cet endormissement collectif : la précédence des présidentielles devançant les législatives, accentuant encore la prééminence des premières (décision conjointe de Jospin et de Chirac, gravée dans le marbre par la loi constitutionnelle de 2000, instituant dans le cadre du quinquennat l’antéposition de l’élection du président par rapport à celle des députés, histoire de prévenir toute cohabitation). Le premier magistrat désigné, il ne reste plus qu’à confirmer. L’on pouvait se demander si ce mécanisme de levier – pourtant traditionnel – jouerait encore cette fois-ci. Moi-même, j’en doutais. Eh bien non ! Les Français, tels le lieutenant-colonel Custer de la bataille – perdue – de Little Bighorn, ne discutent pas une décision des Français…

Autre élément décisif : la fluidité, la ductilité d’En Marche ; l’on n’attrape pas l’attrape-tout, l’on n’arrive même pas s’y opposer : divers et varié, au risque de la contradiction, il décourage toute opposition.

« Je suis oiseau : voyez mes ailes

Vive la gent qui fend les airs ! »

disait déjà la chauve-souris de la fable pour anesthésier les belettes. Beaucoup de LR, en particulier Thierry Solère, se proclament « constructifs », par conséquent « Macron-compatibles » ; ils voteront la confiance. Quant au PS, ou plutôt, les débris qui en surnagent après un naufrage historique, il déclare par la bouche de Julien Dray : « Nous ne serons pas dans une opposition systématique ». Bien sûr, le centrisme ne met personne vent debout. Prudemment, Macron s’abstient d’évoquer les sujets susceptibles de fâcher : casse du Code du Travail, hausse de la CSG. Le visage lisse de la modération qu’il affiche n’irrite que les extrêmes, néo-fascistes ou néo-léninistes. Vox clamantis in deserto, ils essayent – mais sans succès – de réveiller les dormeurs.

L’hypnotique – efficace – qu’utilise l’anesthésiste Emmanuel Macron se nomme « changement » : bien plus que le « changement dans la continuité » giscardien de 1974, il s’agit désormais de tout renouveler : les partis – ou mieux d’organiser leur effacement devant des hommes sans parti (la fameuse « société civile ») –, les pratiques (morale et vertu installées comme autant de piliers éthiques du nouveau régime) ; enfin le mode de gouverner (les ordonnances, en guise de Blitzkrieg garante de la célérité réformatrice…).

Et si derrière ce « changement » tonitruant et martelé à grand renfort de tambours et trompettes, il n’y avait, au fond, que la bonne vieille astuce, susurrée à l’oreille du prince Salina, dans le Guépard, par le prince – « révolutionnaire » et garibaldien – Tancrède Falconeri : « Il faut que tout change pour que rien ne change ».

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Ecrit par Lilou le 17 juin 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Sa majesté l’abstention

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 juin 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Sa majesté l’abstention

Pas inconnu du tout, le phénomène, récurrent depuis quand même 20 ans, ayant monté en graine depuis 2002, l’année du tournant de l’inversion des calendriers électoraux, l’abstention faisait partie du paysage de nos soirées TV, plutôt costaude dans les « petites » élections, locales ou européennes, plus discrète dans les grandes – législatives –, presque négligeable dans les présidentielles, l’élection préférée des français, tous amateurs de Bonaparte à cheval. On la nommait joliment « aller à la pêche », avec un rien d’indulgence. Ça, c’était avant.

Déjà en 2012, derrière la Bastille gonflée de ses folles espérances, elle guettait : 42,7 au 1er tour des Législatives ; on l’aurait presque oublié. Sous les ponts du quinquennat Hollande, elle n’a cessé d’augmenter, telle une rivière sous épisode cévenol ; les arches étaient menacées, seulement menacées. Depuis hier, on n’entend plus que le sinistre craquement de leurs brisures et effondrements. Raffut d’enfer : 51,29 d’abstention au 1er tour de ces législatives 2017 ! record historique ; plus d’1 français sur 2 n’a pas jugé bon de s’exprimer comme citoyen ; c’est là le sujet majeur de fait, de ce scrutin, son véritable effet en creux, le devenir interrogé.

Car qu’est-ce qu’être un abstentionniste ? Une minorité qui en est à quasi ne rien savoir (ou ne vouloir savoir) du mécanisme institutionnel qui construit notre démocratie représentative – « c’est quoi madame un député ? c’est pour quoi faire ? » me demandaient au bout du doigt levé mes petits élèves de 11 ans à peine passés. Mais 11 ans ! Le genre encoléré qui veut être signifiant, dire quelques menues choses sur sa vie, et qu’on l’entende ! semble être devenu le genre premier de l’espèce, à ranger dans l’armoire aux pas contents du tout avec les copains actifs, qui, eux, votent pour les partis protestataires qui à présent prolifèrent. Abstention ne rime pas avec enthousiasme participatif, ni constructivisme politique, chacun le sait ; dans la colo, c’est le gamin qui ne veut être d’aucune activité, qui ne s’intéresse à rien (ou qui dit n’avoir rien trouvé pour lui dans le panel). Le pas motivé. D’accord, mais hier, c’est d’autre chose qu’il s’est agi. D’où le regard inquiet des politiques, les « En marche » compris ; oui, eux, d’abord, et ce serait bien qu’ils l’appréhendent, pour la suite de leur trajectoire pour le moment triomphale.

Qui s’est déplacé, pour ces élections, pour choisir « son » député ? Ceux qui, au tour d’avant, avaient plébiscité E. Macron pour « rester cohérent », pour « donner au président les outils législatifs pour mettre en place son programme » (mécanisme connu de la Vème, que rappelle ici même Jean-François Vincent dans son texte) ? Pas aussi net, loin s’en faut. L’élection présidentielle 2017 a été, faut-il le rappeler, un faux plébiscite, comme une réussite en creux ; Macron a été « trié » autant par défaut que par adhésion (et à mon avis, davantage par défaut) ; ce mariage n’est pas d’amour ou d’engouement, mais de raison quasi balzacienne. L’avenir dira ce qu’il deviendra ; ne tuons certes pas l’or des possibles, mais soyons lucides et pragmatiques. « Je ne vais pas refaire Macron, ce coup-ci » disait cette copine. Combien d’entre nous tous ont tenté hier de fabriquer un peuple parlementaire de vigies, souhaitaient des voix utiles (évidemment quand il le faudrait, intelligemment constructives), bref, ont voulu bricoler, sans trop y croire, des contre-feux de nature à faire vivre le fait parlementaire, à installer une démocratie vivante et dynamique… combien ont raté la marche ? La carte des Bérézina des LR et bien plus du PS parle d’elle même. Celle, beaucoup plus grinçante, des FN privés de représentation, risque de faire très mal. Nous entrons probablement dans Bonaparte, qui ne l’oublions pas fut « la Révolution à cheval », et bétonna ses « masses de granite », qu’on a portées ou subies presque jusqu’à nos jours. Mais faut-il convoquer l’Histoire, pour se souvenir que : pas, que !! Après ces déconvenues et longues amertumes en bouche, qu’il faudra forcément analyser au soir du 18 juin, c’est vers cet immense peuple « ensilencé », qui n’a pas voulu parler hier, que devront se tourner d’urgence les bannières de la République en Marche, du haut de leur victoire, avec la bienveillance et l’écoute, l’élégance aussi, qui s’imposent. Je veux croire qu’ils en ont conscience.

 

Lundi 12 Juin 2017

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 juin 2017. dans La une, France, Politique

Qui Mélenchon veut-il tuer ?

… Car il ne peut s’agir maintenant que de meurtres en suspens ; de raison ou mieux de politique, plus du tout.

De Jean-Luc Mélenchon, tout ou presque a été dit, depuis ce temps si long où nous l’avons côtoyé, nous, gens de gauche, ici ou là. Je ne reviendrai pas sur ses – immenses – talents, d’intellectuel, d’analyste politique et sociétal, d’orateur, le meilleur et de loin qu'a porté notre République depuis F. Mitterrand. Je l’ai écrit comme tant d’autres. Son verbe et sa syntaxe parfaite, ses références historiques millimétrées, ses envolées – si XIXème – son socialisme tripal et résonnant comme peu d’entre celui des autres en sincérité quasi amoureuse, son œil aux reflets sombres n’invitant guère à la blaguette, ce côté sérieux, solide, presque professionnel, qui, moi, me convenait, ainsi que cette émotion à peine contenue, bellement visible quand il s’agissait de pointer le doigt sur le fasciste tournant le coin de la rue… J’ai voté moult textes aux congrès de mon PS, portant sa signature, et pas une seconde je ne le regrette. C’était jadis, et François, le nôtre, avait en rangeant nos votes ce sourire tolérant et amène, qui le définissait, et ce léger haussement d’épaules devant nos enthousiasmes de gauchistes du parti… sans doute, le connaissait-il déjà de l’intérieur, tellement mieux que nous.

Depuis longtemps – sous les ponts de notre gauche… – mes chemins « mélenchonesques » ont divergé et tout le quinquennat passé, sont probablement sortis définitivement de son territoire. Sans quand même tuer symboliquement ce drôle de lointain cousin en partance pour les quatre cents coups, ni, quelque part, le quitter du regard, inquiète, forcément inquiète.

Mais, aujourd’hui… j’hésite : chagrin ? non, je ne lui porte plus assez d’intérêt ; colère ? ça, oui, et de toutes les couleurs et formes ; cela devient fatiguant. Peur, peut-être ? pas faux ; où dérive-t-il ? Où va-t-il finir ? Soucis – continuons la métaphore – qu’a la famille en apprenant justement les frasques de ce cousin, vilain petit canard qui un jour atterrira en taule ??

Dans ses discours actuels au parfum de harangue violente, les coups n’en finissent pas de pleuvoir sur son ancien parti, son ancien premier secrétaire, ses anciens camarades – pourtant, quasi tous à terre, on en sourirait presque. Vous l’avez entendu, ahuris comme nous tous, commencer le 7 mai son allocution par ce « enfin, voici fini le pire quinquennat de la Vème… », et ne visiblement plus avoir l’énergie pour appeler au vote anti Le Pen. De fait, et sans vouloir tomber dans la psychanalyse de bazar, cette hargne à « tuer les siens » ayant un peu à voir avec se tuer soi-même, ce chantier intime, ce travail, comme on dit, a quelque chose de poignant, mi-Shakespearien, mi-tragédie antique. C’est ainsi qu’il s’acharne consciencieusement, depuis, boxeur halluciné ; on l’entend presque penser qu’il faut encore cogner, que tout ça n’est pas mort, ou pas assez. Il poursuit ses « adversaires préférés », ses ennemis, allez ! Il faut qu’il en accepte le mot, voire le sens, partout où « se les faire » semble le seul mot d’ordre, étriqué, forcément et contre productif, on le suppose aisément.

Regardez Marseille où il se présente (parachuté ? « Partout chez moi, en république ! » répond-il avec superbe), circonscription où peu de FN vaquent, mais tenue de belle lurette par un socialiste. La carte des législatives à venir est panachée de France Insoumise bataillant avec de vraies balles contre les restes du PS, et il n’y a bien que notre Benoît – plus naïf que lui on meurt – pour bêler les désistements futurs. Apothéose, ces derniers jours, le chef des Insoumis accuse notre ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, d’avoir « assassiné » le pauvre jeune militant écolo des manifs contre le barrage de Sivens, en 2014, Remi Fraisse… plus deux ou trois allégations de même gabarit en guise de dessert (« Cazeneuve, le gars qui a fait gazer, matraquer… »). Cazeneuve porte plainte, et avec lui, la République.

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