Politique

Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

le 17 février 2018. dans La une, France, Politique

Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

Complot et théorie du complot

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 février 2018. dans La une, Politique

Complot et théorie du complot

A travers l’Histoire, les exemples de dénonciations de complots ne manquent pas, et il est certain qu’il y en eut un bon nombre de tout à fait vérifiables. Mais, il ne faut pas confondre complot(s) et « théorie du complot », celle-ci correspondant – j’y viendrai – à la fois à un fonctionnement psychologique, et souvent idéologique. En ce qui concerne les complots réels les plus célèbres, on pourra citer l’assassinat de Jules César, l’organisation de la Saint-Barthélemy (contre les protestants), les complots contre-révolutionnaires pendant la Convention montagnarde (qui entraînèrent une extension considérable du terme « d’aristocrate »), l’attentat contre Napoléon, la Nuit des Longs Couteaux (au moment où Hitler fit liquider les chefs SA par les SS), la façon dont Pierre Laval et Philippe Pétain étranglèrent la IIIème République en 1940 (au Casino de Vichy), etc. Pour la théorie du complot, je vais me limiter à quelques exemples concernant l’histoire contemporaine, dont j’essaierai – dans cette courte synthèse – de cerner le profil des personnes prêtes à les « avaler », et de percer à jour les dénonciateurs. Voici donc d’abord quelques exemples de la théorie du complot dans la période allant depuis 1789.

La première grande théorie du complot fut lancée par la « thèse de l’abbé Barruel », qui dénonça un soi-disant complot maçonnique. Dans l’un de ses ouvrages, Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme (paru en 1798-1799), cet ecclésiastique français (un jésuite), réfractaire à la Constitution civile du clergé (et avant cela aux idées des Encyclopédistes et à la philosophie des Lumières), bientôt réfugié à Londres, énonça le fait que la Révolution Française aurait été organisée clandestinement par un groupe nommé « Les illuminés de Bavière », ou « Illuminati ». Ceux-ci correspondaient en fait à une société secrète allemande (car interdite en 1785), qui avait été fondée en 1776. Elle était favorable aux idées des Lumières, et l’abbé Barruel l’accusait (là est la théorie du complot) d’avoir infiltré la franc-maçonnerie dans le but de changer l’ordre du monde et d’asservir l’humanité. Il s’agissait – selon l’abbé Barruel – de détruire la religion catholique et la royauté, en liaison avec les concepts qui avaient été développés par les philosophes du XVIIIe siècle et l’action révolutionnaire des Jacobins ! Les milieux de la contre-révolution s’emparèrent avec avidité de cette thèse, sous la Restauration (dès 1815), d’autant plus qu’un écossais du nom de John Robison avait déjà lancé la même idée dans un livre paru en 1797.

Il y eut ensuite la « théorie » comme quoi un vaste « complot juif » existerait, à travers « Les Protocoles des Sages de Sion ». C’est à Paris – par le biais d’un russe travaillant pour la police secrète tsariste –, et vers la fin du XIXe siècle (sous le règne du tsar Nicolas II), que fut entièrement fabriqué ce « document », un faux grossier, que le tsar bien qu’antisémite n’osa de ce fait pas exploiter ; notons au passage que ce faux fait florès de nos jours dans nombre de pays musulmans, et même parfois au sein de nos banlieues. « Les Protocoles des Sages de Sion » amenaient des antisémites et des obsédés de l’ésotérisme à dénoncer l’existence d’un complot des juifs et des francs-maçons dans le but de s’assurer la domination du monde, par la violence, les troubles sociaux, les révolutions, mais aussi, fait éminemment contradictoire… par le capitalisme ; tout ceci étant organisé – bien-sûr – par quelques bonnes dizaines de réunions secrètes dont le but devait consister à aboutir à « un plan d’asservissement mondial ».

Corse : le modèle allemand

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 février 2018. dans La une, France, Politique, Actualité

Corse : le modèle allemand

La coalition nationaliste composée des autonomistes d’Inseme per a Corsica (ensemble pour la Corse), sous la houlette de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, et des indépendantistes de Corsica Libera, dirigée par Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse, entend entamer des « négociations » avec Paris et Macron sur l’avenir de l’île.

Au-delà des objectifs « identitaires » – reconnaissance de la « spécificité » corse inscrite dans la constitution, institutionnalisation d’un bilinguisme français/corse, instauration d’un statut de « résident corse » (destiné, en réalité, à empêcher les continentaux non résidents d’acheter des biens immobiliers) – c’est toute une philosophie de l’Etat qui se joue ici.

Pasquale Paoli, président au XVIIIème siècle d’une éphémère république corse dont la constitution, ratifiée en 1755, avait été inspirée par Jean-Jacques Rousseau, revint – enthousiaste ! – de son exil en Angleterre, le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, en se félicitant de « l’union de la Corse avec la libre nation française ». D’où l’intérêt – fédéraliste ! – du duo Simeoni/Talamoni pour cette « conférence des territoires », évoquée l’année dernière par Emmanuel Macron, en vue de conclure de « véritables pactes girondins ».

« Girondinisme » contre jacobinisme, tel pourrait se définir l’enjeu des pourparlers à venir. Plus qu’une indépendance renvoyée aux calendes grecques – Simeoni n’en veut pas et Talamoni ne l’envisage pas avant l’horizon 2030 – leur revendication essentielle se focalise sur une fédéralisation de la France, sur le modèle italien, mais surtout allemand. Au grand dam de la figure tutélaire de Napoléon, robespierriste et jacobin, s’il en est !…

En Allemagne, en effet, l’autonomie des Länder va très loin : la Bavière, par exemple, s’affirme « Freistaat Bayern », état libre de Bavière ; un « Statu liberu di Corsica » siérait parfaitement aux identitaires insulaires et satisferait amplement leur amour propre d’ex-« colonisés ». Seulement voilà ! Pareille révolution politico-administrative chamboulerait le socle historique de la France : depuis Philippe le Bel jusqu’aux énarques du XXème siècle, en passant par Colbert, Robespierre et Bonaparte, l’Etat français, à travers ses régimes successifs, s’est construit autoritairement, sous l’impulsion de décisions purement politiques.

Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

Ecrit par Catherine Dutigny le 10 février 2018. dans Monde, La une, Politique, Littérature

Plon, Coll. Sang neuf, janvier 2018, 468 pages, 19 €

Tuez-les tous… mais pas ici, Pierre Pouchairet

Toujours en prise directe avec l’actualité dans ce qu’elle recèle de plus sombre, les romans de Pierre Pouchairet donnent une lecture de la société qui parfois glace le sang.

Auréolé de son récent prix du Quai des Orfèvres 2017 pour son roman Mortels Trafics, l’auteur, en fin analyste de la criminalité contemporaine se penche une nouvelle fois (cf. par exemple son roman de 2015 La filière afghane http://www.lacauselitteraire.fr/la-filiere-afghane-pierre-pouchairet) sur les réseaux djihadistes et plus particulièrement sur le sort de ces jeunes gens qui quittent la France pour gagner la Syrie, mus soit par l’envie de combattre dans les rangs de Daesh, soit par souci humanitaire ou par amour comme dans le cas de la jeune Julie Loubriac partie rejoindre le garçon dont elle est éprise.

Les parents, divorcés, de Julie, après avoir écarté la possibilité d’une fugue, ne se résignent pas à la disparition de leur fille et vont tout entreprendre pour tenter de retrouver sa trace. Le père, Louis, un ex-flic, au parcours chaotique, a gardé des contacts dans la police qu’il compte exploiter, mais ne s’attend pas à ce que ce soit une puis deux anciennes connaissances, agents de la DGSI, qui le contactent en premier et lui procurent les informations lui permettant de remonter jusqu’à une filière de recrutement basée en Bretagne.

Ainsi s’organise peu à peu l’enquête qui conduira le père et son ex-femme de Quimper en Turquie, sur les traces de leur fille.

On retrouve dans Tuez-les tous, mais pas ici la maîtrise de la construction des romans de Pierre Pouchairet qui dans cet opus se décline autour des thèmes suivants :

– Celui de l’incompréhension et du sentiment de culpabilité des parents confrontés au départ pour la Syrie d’un enfant dont ils n’ont pas soupçonné la détresse, ou la fascination pour l’État Islamique. Celui de leur confrontation au manque d’empressement, voire au mur de silence du côté des autorités qui renforcent leur détermination à découvrir ce qui est advenu à leur progéniture. Le drame familial est pimenté par l’introduction d’un tiers personnage en la personne de Jenifer, la nouvelle compagne de Louis, exacerbant l’équilibre instable de ce trio dévasté par l’angoisse.

– Celui des luttes intestines à l’intérieur même des Services de renseignements, luttes d’influence entre la DGSE dont les activités sont définies par l’autorité politique et la DGSI avec d’un côté des hommes de pouvoir et de l’autre des hommes « de terrain ». La complexité de la lutte anti-terroriste où l’ego de certains hauts responsables, de conseillers, se confond parfois avec la raison d’Etat.

– Celui des relations internationales troubles entre la Turquie la Syrie et la France. Compromissions, marchandages, alliances dictées par l’opportunité, l’appât du gain, volonté de sauvegarder à n’importe quel prix la sécurité d’un État, de ne pas perdre la face. Un maelstrom diplomatique où ces jeunes gens partis pour « une nouvelle vie » voient la leur s’arrêter quelques kilomètres après avoir franchi la frontière turco-syrienne.

LE COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 février 2018. dans Economie, La une, France, Politique, Actualité

LE  COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Après le fameux coup de Trafalgar, celui de la CSG. C’est là, soustrait comme au tableau noir de  l’école élémentaire (quand on disait – enlève ce qui est « en trop »), sur la feuille de Janvier des pensions : 53,45 ôtés de 2430 €, soit sur l’année, plus de 600 € passés (repris) d’une pension de retraité à l’État, au titre de la fameuse CSG, augmentée à partir de ce début 2018. Pas sur tout le monde ? c’est à voir !

Wouah ! Sont forts les gars : première fois qu’un gouvernement s’autorise à baisser les pensions. Aux côtés des retraités, la foule des fonctionnaires, pas moins touchée…

Baisser les pensions, ici , et les salaires, là ; on ne parle pas en l’affaire d’une quelconque augmentation des seuils ou simplement du taux d’imposition, ce qui touche tout le monde à un moment ou à un autre, et qui fait dire à la fiscaliste que je demeure, qu’on veillera à la bonne utilisation de la ponction. Baisser, c’est-à-dire prendre, retenir ; quelque chose de la punition des enfants – tiens, toi, je te reprends ton pain au chocolat de la récré, et surtout désigner le coupable en une vague décimation à l’antique – toi ! Le doigt se baisse : pas toi !

On le savait depuis l’élection, et de coin de cuisine des copains en pot en ville, on avait mollement, imprécisément, évoqué la chose depuis l’été ; dans le fumeux paresseux de nos brouillards d’infos, on avait – j’avais – classé ça dans le fichier APL, c’est-à-dire du symbole plus que du lourd, et loin de moi avait été l’idée de convertir cette CSG nouveau style en paquet de nouilles à la Mélenchon.

Force est à présent de mesurer la hauteur de la crue – qui plus est, calculée sur le brut et non le net. Certes, seuil, il y a – les gens de Bercy, il est vrai, ont un jeu de seuil depuis l’affaire ISF, des plus originaux – mais enfin, seuil : 1200 la retraite dite riche, ou aisée ? Quoique l’insupportable Wauquier – dont la hargne « communisante » n’est plus à raconter ces temps-ci – aurait parlé de 1000 €…

Alors « pourquoi tant de haine ? » dirait le cinéaste. On trouve assez vite, après quelques mois de fréquentation du système Macronien. Sus aux immobiles socio-économiques que sont supposés être les fonctionnaires et autres retraités ; place au dynamisme inventif des « jeunes et fringants preneurs de risques ». France qui gagne ou est en partance pour le faire, France qui pèse, qui traîne, qu’on remorque : que de Baby Boomers lourds comme trois tonnes de pavés de soixante-huit ! Que de fonctionnaires inutiles en attente de dégraissage, payés, madame ! par la collectivité, dont le travail entre  emplois du temps, minces comme un sandwich SNCF, et immenses vacances à rallonge reste à démontrer. Pour le moment, rien n’est encore dit de ces foules d’« assistés », difficiles, il est vrai, à dépouiller, d’entrée, mais qui feraient bien de compter leurs abattis.

Les mouvements identitaires préfigurent-ils un renouveau du conservatisme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 janvier 2018. dans Monde, La une, France, Politique

Les mouvements identitaires préfigurent-ils un renouveau du conservatisme ?

C’est un fait, l’époque a fait sienne le thème de l’identité, certes sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et de son conseiller occulte, Patrick Buisson ; mais n’y-a-t-il pas en profondeur quelque chose de plus, une vague de fond indicatrice, comme l’affirme l’universitaire catholique Guillaume Bernard, d’un « mouvement dextrogyre » ?

Le terreau « identitariste », rien qu’en France, brille par le nombre et la diversité de ses représentants : Bloc Identitaire, Français de souche, Troisième voie, Terre et peuple ; ce dernier groupuscule, étant animé par un admirateur d’Hitler, Pierre Vial, revendiquant des liens avec le parti grec néo-nazi, Aube dorée, et, brocardant la « tiédeur » du Front National en défilant par défi, une semaine après lui, au pied de la statue de Jeanne d’Arc.

Serait-ce là l’avant-garde « révolutionnaire » d’une idéologie, en réalité conservatrice ?

Conserver ou changer, le débat agite et divise la France depuis la révolution. « Le questionnement identitaire, écrit le pape de ce qu’on a appelé la “nouvelle droite” dans les années 70, Alain de Benoist, est bien un phénomène moderne. Il se développe à partir du XVIIIème siècle sur la base de l’individualisme naissant ». Frédéric Rouvillois, professeur de droit constitutionnel à l’université René Descartes, à Paris, et co-auteur d’un monumental Dictionnaire du conservatisme, récemment paru aux Editions du Cerf, précise : « L’attitude conservatrice, même lorsqu’elle n’est pas à proprement parler “réactionnaire”, s’analyse toujours comme une réaction à une menace pesant sur ce qui est (voire sur ce qui était) : elle ne se conçoit pas sinon ».

La « conservation » cherche, en effet, à poser des limites à des bouleversements dont le caractère illimité porte en lui les germes de la subversion de l’ordre ancien. « A partir des Lumières, note Zygmunt Bauman, philosophe et sociologue d’origine polonaise ayant enseigné à l’université de Leeds, on a considéré comme une vérité de bon sens le fait que l’émancipation de l’homme exigeait la rupture des liens des communautés, et que les individus soient affranchis des circonstances de leur naissance ». Sortie hors d’un cadre préconstitué, émancipation, affranchissement. Au XVIIIème siècle, le sujet devient – enfin ! – autonome. « Dans cette optique, poursuit Alain de Benoist dans son livre Problématique de l’identité, l’idéal d’« autonomie », hâtivement converti en idéal d’indépendance, implique le rejet de toute racine, mais aussi de tout lien social hérité », ce que Patrick Buisson nomme les « cadres normatifs des sociétés traditionnelles » et que l’universitaire souverainiste québécois Mathieu Bock-Côté résume par la formule « le pôle anthropologique de l’enracinement et de la limite ».

La problématique ne date pas d’hier. Déjà, au XVème siècle, Pic de la Mirandole, ne proclamait-il pas, dans son Discours sur la dignité de l’homme (1486), parlant fictivement en lieu et place de Dieu Himself : « je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, pour que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même, toi que ne limite aucune borne » ? C’était – déjà ! – ce que Marcel Gauchet appelle la « sortie de la religion », le passage de l’hétéronomie – d’une règle venue d’en haut et imposée de l’extérieur – à l’autonomie, c’est-à-dire à une autorégulation de l’homme devenu ainsi son seul et unique maître. Toutefois, précise Gauchet dans son dernier ouvrage Le nouveau monde, un changement de nature s’est produit : « l’aspiration à l’indépendance individuelle s’affirmait dans le cadre d’une appartenance qui la limitait et dont, à ce titre, elle combattait les contraintes ; mais qui lui fournissait en même temps un support et qui guidait largement sa participation à la chose commune ». Apparaît alors une abstraction : l’Homme contemporain, prométhéen et libre de toute chaîne, pur produit de la rationalité dix-huitièmiste, accentuée par l’individualisme propre à notre temps, « cette nouvelle créature, dit le philologue Rémi Soulié, détachée de ses appartenances jugées aliénantes, mais à qui sont avantageusement attachés des droits naturels ».

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, France, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

Une histoire d’esclavage !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 27 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Une histoire d’esclavage !

Aujourd’hui, j’ai ri. Oui, oui, j’ai ri. J’ai bien ri. J’ai ri et j’avais mal aux côtes ! C’était tellement intense qu’on pouvait voir mes dents. Ça a débuté imperceptiblement, progressivement, comme à l’écoute d’une chanson qui nous emporte graduellement. Semblable à lorsqu’on s’endort éternellement… Il y avait certainement un peu de nervosité, ça ressemblait sûrement à l’état de ces gens, qui, prêts à offrir le monde à une personne, parce que très amoureux, se rendent compte qu’ils sont en face d’une tromperie…

J’étais en pleins préparatifs de voyage. Je venais de recevoir le nouveau Dan Brown. Je me désolais de ne pas trouver un petit moment pour le déguster avant mon départ. Il y a un ami qui m’appelle à trois heures du matin. Apeuré, je décroche. Il dit : « Les Arabes sont en train de nous vendre en Libye ». Après ça, plus rien. Il s’est ensuivi quelques interminables minutes de silence, et puis je l’entendis pleurer pendant une bonne quinzaine de minutes. Je ne comprenais pas ce qui se passait. J’étais gêné, peiné, exténué. « Les Arabes » et « nous vendre » avaient enlevé du crédit à son propos. Ce lexique me heurtait. Lorsqu’il s’est décidé à raccrocher, c’était un soulagement. Je me suis empressé d’éteindre mon téléphone et de me vautrer dans mon lit.

Le lendemain, sur les réseaux sociaux, et sur le téléphone, les gens s’indignaient et diffusaient des images immondes, où on voyait des êtres humains détenus de manière inacceptable et vendus aux enchères. Dans certaines vidéos, on pouvait voir des personnes de type subsaharien se faire tabasser à mort par des personnes de type magrébin…

Tout à coup, le monde se réveillait et les gens semblaient découvrir les horreurs qu’un être humain peut infliger à un autre être humain. Chacun s’excitait, il y a eu des appels à manifester. Il y a quelqu’un qui a dit : « Michel, rendez-vous à l’ambassade de Libye à 15 heures ». J’ai ri, et ensuite j’ai décliné l’invitation en disant : « je me refuse de manifester comme ça, il faut qu’il y ait un contenu ». La personne, vexée, m’a insulté. On aurait cru que j’étais celui qui vendait les gens aux enchères. Elle a même dit : « Nègre complexé et prétentieux ! » J’ai acquiescé et je suis resté calme…

Il y a eu une annonce, celle du président Alpha Condé, de la République de Guinée Conakry, demandant à la Libye de revoir les conditions de détention des migrants. J’ai éclaté de rire. Oui, c’est à ce moment-là que j’ai eu mal aux côtes. Je n’ai pas ri des migrants, mais de l’hypocrisie de ce président. Oui, hypocrisie. Il y a quelques années, en 2014, à Conakry, après le rapport de l’ONU du 27 octobre, dénonçant les conditions effroyables dans les lieux de détention en Guinée, j’en avais appelé à l’humain qui réside en chacun de nous. J’avais milité en dénonçant le fait que les êtres humains sont parqués comme du bétail, dans les cellules, des commissariats, et là, je ne parlais même pas encore des prisons, qui sont dans des états scandaleuses. Il y a un Guinéen, très fier de sa personne, qui a dit : « Il ne faut pas avoir pitié des prisonniers. Ce sont des hors-la-loi, ils doivent mourir en prison ». Je n’en croyais pas mes oreilles…

Au sud du Bénin, j’ai entendu les gens dire : « je n’aime pas les musulmans ». Au nord du Togo, dans la zone à forte population musulmane, j’ai entendu dire : « je n’aime pas les Arabes, ils sont racistes ». Oui, c’est la chanson que l’on pouvait entendre ici et là en ces temps-là. Il suffisait de tendre l’oreille pour surprendre ces absurdités. Ce qui se passe en Libye n’est ni une histoire d’Arabe ni une histoire de musulman, ce n’est en fait qu’une histoire d’opportunisme. De manière abjecte, bien sûr, mais ce n’est qu’une affaire de l’appât du gain.

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2018. dans La une, France, Politique

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Il me faut d’abord expliquer le titre de cette chronique en se demandant ce que furent, au sens historique de ces termes, l’orléanisme et le rocardisme ou deuxième gauche. L’orléanisme stricto sensu fut défini par l’historien et politologue René Rémond comme étant la famille politique la plus modérée de la droite française, en opposition avec le légitimisme ultra des monarchistes autoritaires et le bonapartisme. Quant au rocardisme ou deuxième gauche, mis en lumière notamment par Hervé Hamon et Patrick Rotman, il s’est agi d’une gauche de tradition plutôt girondine (autogestionnaire au sens des années 1970) ; et l’on pouvait l’opposer à la première gauche, de tradition jacobine (centralisatrice). A propos de cette deuxième gauche, on doit citer, comme figures de proue, la gauche qu’on appela effectivement rocardienne, mais surtout la CFDT (les cédétistes ayant joué un grand rôle dans l’élaboration de ses thématiques, surtout depuis le « recentrage » d’Edmond Maire). Il va falloir se poser la question de savoir si ce schéma global peut correspondre, au moins en partie, à ce qui se passe actuellement en France – dans une version de type XXIe siècle – depuis l’élection d’Emmanuel Macron comme chef de l’Etat avec une considérable majorité parlementaire incluant LREM (La République En Marche) et ses différents petits groupes d’alliés directs ou indirects.

Analysons d’abord dans quel contexte se produisit la connexion entre ce nouvel orléanisme et la deuxième gauche, et sous quelles formes ? Lors des débuts de la campagne des élections présidentielles de 2017, la montée du « phénomène Macron », que de nombreux médias annoncèrent comme une « bulle » (qui allait donc se dégonfler d’elle-même), correspondit en fait à l’épuisement d’un système politique partitaire à bout de souffle. En effet, les Français considéraient – à tort ou à raison – que rien ne ressemblait plus, sur le plan économique (voire social), à ce que faisait la droite classique que ce que réalisait la gauche de gouvernement lorsqu’elle arrivait aux affaires. C’est sur cette usure du « système » politique que le candidat Emmanuel Macron construisit son image, en développant d’abord le thème du « Ni droite, ni gauche », puis, plus habilement, du « Et droite, et gauche ». Ceci lui amena progressivement des soutiens issus de milieux très différents au sein de la société civile et de certains secteurs du modèle préexistant. Ce qui me frappe, en tant qu’historien, c’est une intéressante comparaison historique à faire, liée à des similitudes indirectes avec la France des années situées entre 1873 et 1875, et accessoirement de 1958 (avec le Général De Gaulle). En effet, et même s’il s’agissait, en 1873-1875, de questions centrées sur des aspects institutionnels, le Comte de Chambord ayant voulu que l’on prenne à nouveau le drapeau blanc à fleurs de lys (symbole de l’Ancien Régime), et non pas le drapeau tricolore (symbole de la Révolution), cette célèbre « querelle des drapeaux » poussa les monarchistes modérés orléanistes (qui acceptaient le drapeau tricolore) à s’allier avec une bonne partie des Républicains. Ce centre-droit orléaniste s’étant converti à une République modérée, il fut possible de mettre en place un nouveau système : celui de la IIIème République, qui, forgée autour de la Constitution de 1875, dura de l’année en question jusqu’à ce qu’elle soit étranglée, en profitant de la défaite de la Campagne de France, par le « Régime de vichy », ou de « L’Etat Français », avec Philippe Pétain et Pierre Laval.

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 janvier 2018. dans Monde, La une, Politique

Revue de politique étrangère IFRI : face aux interrogations les plus sombres du début 2018

La revue Hiver 2017-2018 nous guide comme toujours, via ce « savant » qu’on comprend facilement, dans plusieurs chemins pouvant s’inscrire comme un « faire le point » sur les inquiétudes majeures, nous guettant en ce début 2018.

Nous avons du coup lu la revue un peu différemment de notre façon habituelle, utilisant certes le dossier phare (L’Irak après Daech) et certains points du dossier second (Trump, une rupture de l’ordre mondial ?), mais approfondissant aussi deux forts articles de la partie Actualités, chacun comprendra pourquoi : Yémen, imbroglio politico juridique, désastre humanitaire, impasse militaire ; et Corée du Nord/États-Unis, jusqu’où ira la confrontation ?

Antoine Bondaz éclaire – et c’est difficile de poser des jalons sur l’incertitude, les contradictions, les rebondissements d’une telle situation – la question que tout un chacun se pose en ce début d’année : La confrontation Corée du Nord/États-Unis, avec dès le titre le mot-clef de la problématique – jusqu’où.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong Un, la militarisation à marche forcée appuyée sur un très fort développement de l’arsenal nucléaire, et des capacités balistiques l’accompagnant, ne font plus aucun doute ; pas plus que l’escalade verbale foncièrement menaçante de D. Trump. Le face à face s’incarne aussi du reste dans ces deux personnalités – particulières – et dans les échos spécifiques sur leur population-public. L’article a le mérite de reposer la chronologie de la confrontation, et de souligner – certes, seulement hic et nunc dans cette géopolitique changeante – les stratégies possibles, les objectifs probables, les hypothèses de « solutions » se dessinant. Ainsi, ce sont d’armes sécuritaires, certes, dont il est question pour la Corée avec cette hausse (et ce perfectionnement) de son arsenal nucléaire, mais bien autant d’armes identitaires répondant à des champs politiques tournés vers la population. Outil « indispensable au juche » recherche de l’indépendance politique, « s’opposant au sadae » ayant défini par le passé la dépendance par rapport à l’empire Chinois. Contrairement à nos représentions occidentales, la RPDC aligne certaines réussites économiques notamment en croissance, sous l’égide d’une réelle autorité du dictateur dirigeant. Si les USA veulent à terme contraindre les Coréens à la dénucléarisation, à l’instar de la communauté internationale – ce qui passe par la table des négociations – il faudrait mesurer et trier dans les sanctions à l’œuvre actuellement, et ne jamais négliger la Chine, ni comme acteur de futures négociations, ni même comme inhérente à tous les concepts sur la confrontation (principal client de 90% des exportations nord-coréennes). Quant à l’éventualité de ripostes militaires dont des frappes nucléaires, l’article montre combien ce serait d’un coût considérable, notamment humain, et d’un résultat plus qu’incertain…

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