Politique

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2018. dans Monde, La une, Politique, Actualité

De la Rhénanie à Guernica… Déjà le refus des frappes

Que de mots en R dans l’affaire : le r de répondre, celui de riposte et de résister. En face, c’est de celui de recul et non moins de renoncer qu’il s’agit…

Refus des frappes en Syrie, évidemment, à moins que peurs, peut-être indifférence, ou tout bonnement ignorance…

On ne s’étendra pas ici sur ce qui a été martelé partout depuis à présent plusieurs jours : les frappes annoncées puis exécutées par USA, France et Royaume Uni sur des lieux de Syrie contenant ou ayant à voir avec des armes chimiques ; ceci après que la reprise de la Ghouta ait été « parachevée », bouquet du feu d’artifice à sa façon, par des déversements de chlore et de gaz sarin, faisant leur lot de blessés et de morts, toutes populations civiles confondues. Ceci, après les 1300 morts de l’été 2013, sous les mêmes armes chimiques et – déjà – le recul de B. Obama, laissant Hollande seul, face à la « ligne rouge » franchie, sans plus de réactions du monde occidental « démocratique et civilisé », que ce lamentable dos américain qui se tourne.

On résumera ce qui colore l’argumentaire des « anti » (frappes), parce qu’on en a tous, de ces voisins, amis, cousins, autour de nous. Ceux qui admettent ou soutiennent le passage à l’acte occidental seraient d’une espèce – à bon droit honnie – les va-t-en-guerre et les faucons, tenants de la violence, de l’œil pour œil, satisfaisant dans l’affaire une confortable guerre par procuration. Et puis, la peur chantée sous tous les tons, de l’engrenage possible, du terrible jeu de dominos amenant – on l’entend ça et là - la déstabilisation de tout le Moyen Orient, et au bout du bout « la » guerre mondiale de plus. Arguant – incontestable, pour autant – que depuis 2013, sont arrivés dans le théâtre d’opérations rien moins que l’armée russe, le califat de Daesh, et un Iran démultiplié. On entend aussi – plus dans le champ classiquement politique des camps et des alliances – ceux qui « font confiance » à l’ami Russe, Poutine de son prénom, pour calmer le jeu et faire preuve de pragmatisme. Il y a peu, notre Mélenchon hissé sur un balcon de Marseille discourait en ce sens dans une posture d’imperator aux arènes, larguant comme autant de bombes la « honte » que nous aurions à passer sous le joug des américains, le ton de sa voix calée carrément sur celle d’un De Gaulle face au refus de l’OTAN…

Il y a, enfin, le boucan de tous ceux qui ne croient pas au gaz – le mythe du complot en a vu d’autres sur le net et les réseaux sociaux, où toutes les 5 minutes chacun donne son avis sur tout ; et de ceux qui, via les mêmes tuyaux percés, vous disent que ce n’est pas Bachar qui est à l’origine de cet énième massacre, mais d’autres fumeuses engeances, rejoignant en cela l’argumentaire inamovible du dictateur de Damas face à sa troupée de « terroristes » supposés. On entend – c’est curieux – par contre assez peu de tirades autour des participants à l’affaire côté occidental ; l’inexpérience ? d’un Macron, et bien plus, la présence d’un Trump, ses insuffisances, ses foucades, sa loyauté ?? sa détermination (nous ne parlons pas de son côté obsessionnel) et sa cohérence (ici, ne pas entendre de quelconque allusion à l’âne têtu) ???

Les jeunes « néo-cons » français seraient-ils une avant-garde ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 avril 2018. dans La une, France, Politique, Littérature

Recension du livre de Pascale Tournier, Le vieux monde est de retour, enquête sur les nouveaux conservateurs, Stock, 2018

Les jeunes « néo-cons » français seraient-ils une avant-garde ?

Pascale Tournier est une journaliste àLa Vie, mais son travail – très professionnel – pourrait être l’œuvre d’un universitaire ; j’avais déjà évoqué, dans une précédente chronique, le mouvement « dextrogyre » des idées et le néo-conservatisme qu’à la fois il draine et il préfigure. L’ouvrage de Pascale en décrit la traduction dans les faits, avec un panorama tant de ses acteurs que des doctrines qu’ils promeuvent.

Le point de départ de ce renouveau droitier fut la Manif pour tous, en juin 2013. La loi Taubira effraie, que dis-je, épouvante la bien-pensance catholique ; Ludivine de la Rochère, une transfuge de la fondation pro-vie Jérôme Lejeune, aidée de Béatrice Bourges (proche du syndicat d’étudiants d’extrême droite d’Assas, le GUD, et de l’Action Française) organisent le mouvement et programment les démonstrations dans la rue. Ce ne sont en rien des nouvelles venues dans l’arène médiatique ; mais la jeunesse va suivre.

Cette jeunesse a ses mentors intellectuels : des anciens « gauchistes » passés à droite : Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Jean-Claude Michéa (dont je ferai prochainement la recension du livre, Notre ennemi le capital, devenu presque un classique), sans parler du géographe Christophe Guilluy, qui brosse une sociologie de la France en déshérence qui vote Le Pen.

Parmi les « jeunes pousses » de cette intelligentsia « néo-con », citons Bérénice Levet, professeur (sorry ! pas de « seure », je ne pratique pas l’écriture dite « inclusive ») à Polytechnique, Eugénie Bastié, journaliste au Figaroet surtout Alexandre Devecchio, journaliste également, au très droitier Figarovoxet fondateur de la revue L’incorrect, laquelle a pris pour devise « un nouveau média pour rassembler les droites ».

Leurs idées ? Tout d’abord le légitimisme, selon la célèbre typologie de René Rémond ; « leur matrice idéologique, écrit Tournier, repose sur l’ordre naturel, l’enracinement dans la tradition, l’institution de la famille, le primat du collectif sur l’individu, la dénonciation de l’abstraction et de l’universalisme révolutionnaire ». La nature donc, base et justification du combat contre le mariage gay et la théorie du genre, mais – plus profondément encore – la limite. « La limite, déclare Bérénice Levet, est une caractéristique de l’humanité, les limites nous fondent ; nous ne les fondons pas ». Le néo-conservatisme rassure, protège de l’hubrisdu progressisme et de sa démesure. Il convient par conséquent de se limiter (et limiter les autres). D’ailleurs, vient de se créer un tout nouveau magazine, qui a tiré d’une encyclique du pape François son intitulé… Limite Limitese définissant comme « la revue de l’écologie intégrale ».

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Ecrit par Martine L. Petauton le 14 avril 2018. dans La une, France, Politique, Actualité

« – Je ne suis pas en situation de faire fructifier ce qu’a permis mon action »

Hollande, le légitime besoin de reconnaissance

Il avait dit, « en même temps » qu’il accueillait – le visage et le geste mieux que bienveillants – son jeune et flamboyant successeur sur le perron de l’Elysée : – Je respecterai le silence nécessaire dorénavant pour ne pas gêner les débuts du nouveau quinquennat. Il l’a fait, et on ne peut que comparer avec le verbe incessant de Sarkozy-le-superbe, dès le 6 Mai 2012 passé. Mais chacun sait et a pu mesurer les difficultés de cet ancien président à savoir d’où il parle, le dedans, le dehors, le off et le direct, le « casse-toi » et le pouvoir suprême…

F. Hollande s’exprime donc ces temps-ci, à l’occasion de la sortie de son livre-mémoires ? réflexions ? Les Leçons du pouvoir, dont le titre aurait peut-être été plus judicieux d’être « Leçons du pouvoir ».

Alors, qu’il puisse s’exprimer près d’un an après, est-ce un scandale, une inutilité grotesque ou un délai raisonnable ? Il a choisi de le faire par ce livre qu’il signe (ce qui n’est pas là sa forme d’expression ni d’écriture préférée, je peux en témoigner). On peut toutefois s’interroger sur l’intérêt d’un tel canal, quand on sait combien son précédent essai, Un Président ne devrait pas dire cela, avait non seulement raté – lamentablement – sa cible mais précipité à tort ou à raison la fin de son mandat. Mais, sans doute n’est-on jamais mieux servi que par soi-même, et F. Hollande, dont c’est la nature profonde, veut expliquer encore et toujours et se faire comprendre des gens ; ces gens, ces citoyens, qui sont probablement son principal centre d’intérêt dans la politique, et qui – pas mince comme constante – le restent, même après 5 ans au sommet de l’Olympe républicaine.

Le titre de l’ouvrage, Les Leçons du pouvoir (tirer des leçons et non donner des leçons), signe la modestie et une certaine humilité d’un Hollande-gouvernance à la scandinave, son rêve pas complètement atteint. L’opus peut largement être utile pour mieux comprendre essais, réussites mais aussi erreurs de son quinquennat, puisque celui qui parle fut celui qui a agi, et satisfaire aussi un éclairage à la pertinence appréciable sur l’action en cours de son successeur, par le regard, plus du reste que le jugement, de son – initiateur ? mentor ? Car, F. Hollande a, convenons-en, légitimité à partager sa vision sur le monde autant que le dernier et souvent inconnu secrétaire d’Etat tentant de nager sans couler dans le flot qui s’ébouriffe derrière le vaisseau macronien. Lequel, pourtant, est quelquefois mieux accueilli, traité, respecté en un mot, que ne le fut F. Hollande devant le petit tribunal à la mode journalistique ancienne, de Lapix Anne Sophie, à la mine rigolarde, journaliste ni plus, ni moins, en charge du journal de France 2, ce soir pluvieux d’avril entrant. La dame, toutefois, consentit à lui dire, en même temps qu’il prenait place, qu’elle le remerciait de venir parler sur le service public, dans un soupir de regret puisque le président Macron, lui, allait s’épancher dans les heures à venir chez l’inénarrable Pernaut, au 13 h de TF1, lieu, il est vrai, où pullulent de vieux poujadistes rancis en guise de public – averti ? Mais, foin, on s’accoude au comptoir qu’on veut, ou, notez bien, qu’on peut…

Corruption, corruption, et alors ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 07 avril 2018. dans Ecrits, La une, Politique

Corruption, corruption, et alors ?

Sarkozy mis en examen pour corruption passive, financement illicite de sa campagne électorale et détournements de fonds publics libyens (les 5 millions d’euros remis en espèces, dans des valises, par le sulfureux Ziad Takieddine) ; Chirac – un autre ex-président – condamné à deux ans de prison avec sursis, en 2011, là encore pour détournement de fonds publics et abus de confiance ; et je ne cite là que les actuels ou futurs repris de justice présidentiels… quid de tant d’autres, connus ou moins connus ?!

La corruption, dont on découvre seulement depuis quelques années l’ampleur et la diffusion, demeure un vice qui infecte l’ensemble du corps social, les puissants comme les humbles, la droite comme la gauche ; l’opinion outrée (ou faisant semblant de l’être) en appelant alors, et de façon répétée, à un improbable chevalier blanc dont l’incorruptibilité à toute épreuve serait censée laver enfin la société de l’opprobre pesant sur chacun – ou presque ! – de ses membres…

Nemo auditur quam suam propriam turpitudinem allegans dit l’adage romain : personne n’écoute celui qui invoque sa propre turpitude. C’est pourtant ce que beaucoup – pour ne pas dire tous – pourraient invoquer. Oh, certes ! A des niveaux mesquins, voire minables. Deux exemples proches de moi. Un ami de mon grand-père paternel, vénérable chanoine, traducteur des lettres de Saint Basile aux Belles-Lettres, désirait ardemment la Légion d’Honneur pour ce fait d’armes philologique. Il le fit savoir à mon père, son ophtalmologiste, qui lui-même en parla à ma mère, magistrat et protégée du premier président de la Cour de Cassation de l’époque (années 60), qui lui-même avait ses entrées dans les milieux gouvernementaux gaullistes. Le révérend père obtint finalement la distinction tant désirée. Péché véniel, dira-t-on ? Cela ne lèse, ni ne dérange personne ? Bien sûr ! Mais le paradigme corrupteur avait opéré ici aussi, comme toujours souterrain et quasi omniprésent.

Autre cas : moi-même. Lauréat du bac en 77, j’avais pris pour option facultative à l’oral le corse, histoire de glaner quelques points supplémentaires (manœuvre bien inutile : j’eus la mention Très Bien y compris sans cet apport). Bref, mon grand-père m’avait rédigé un petit texte en corse. Le jour de l’oral, ma mère alla trouver l’examinateur en pleine salle d’examen. Serrement de mains, « pace e salute, va bene ? ». Vint « l’épreuve » proprement dite. Je lis le topo grand-paternel. L’homme, professeur d’italien (comme beaucoup de Corses officiant dans  l’Education Nationale) me posa une question en corse. Rien compris ! Est-ce l’émotion ? Je répondis d’une petite voix : « yes ! ». « Ne vous en faites pas, continua l’examinateur, cette fois-ci en français, l’Angleterre est également une île, vous savez. Entre insulaires, on se comprend. Je vous mets 16 ».

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

Ecrit par Lilou le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique

Après le « changer la vie », le « continuer la vie » ?

Faut-il encore un Parti Socialiste dans le bateau (« ivre ») ?

On ne refait jamais sa vie, on la continue seulement comme dirait le Suisse*. Oui mais bon, faut bien avouer que pour le parti socialiste, la question est maintenant de savoir, et ça urge grave, comment on doit se réembarquer sur le navire historiquement en charge d’éclairer le progrès social et dorénavant dans la quête permanente de colmater ses fuites. La question, d’une infinie superficialité même, se prolonge pour les moins noyés dans un désespérant « si on doit se réembarquer » sur cet Inodus ramenant des 4 coins du monde les éparpillés des années de guerre civile de la rue de Solferino.

Faut dire qu’au parti socialiste, les derniers repas de famille ont été animés, presque meurtriers pour la plupart d’entre eux. Sans remonter aux obus de 420 mm tirés dès la disparition corps et biens de François (l’ancien), faut quand même se souvenir de tous ces tiraillements (à la culotte) de 2007 et de la candidature des désirs d’avenir, de tous ces plaquages assassins visant les carotides de 2012, puis de tous ces empoisonnements et égorgements de 2012 à 2017 pendant le règne de François (le jeune) à côté desquels les sautes d’humeur de l’ami Borgia passèrent pour des querelles de scouts imberbes. Grande famille pourtant à 200.000 adhérents en 2009, moitié moins aujourd’hui, des sections entières qui ont déserté les élections des fédéraux, un petit tiers à la Pagnol pour l’élection du premier d’entre eux le 28 mars dernier… Jaurès est mort, Blum aussi, Rocard nous a quittés, moi-même (en toute humilité) je ne me sens déjà plus très bien, mais la détestable impression d’aller pourtant mieux que notre si chère maison de Solferino n’a jamais été aussi riche de sens sous les ors du temps qui passe, et qui pour le parti socialiste broie en laissant beaucoup de cœurs se fermer sur le chemin de l’oubli.

Changer la vie qu’ils disaient pour 1981 un peu comme l’avait déjà évoqué Arthur Rimbaud dans sa vierge folle pensant certainement là à Agathe et à tous ses impossibles. On a tellement changé la vie que l’on repart de l’année zéro, une fois de plus. C’est curieux chez les Socialistes ce besoin systématique de faire la révolution tous les 20/30 ans et de constater qu’à chaque fois, il ne reste plus une tête à couper et de ne jamais lire Baudelaire ; Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe, Loin du noir océan de l’immonde cité, Vers un autre océan où la splendeur éclate, Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ? Dis-moi, ton cœur parfois s’envole-t-il, Agathe ? 1920, 1936/40, 1969/72, 2002, 2016/18… Que de bons moments de franche camaraderie. Mais à la longue, c’est pénible.

Unions Nationales en France

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 avril 2018. dans La une, France, Politique, Histoire

Unions Nationales en France

Je voudrais d’abord préciser qu’il ne faudrait pas confondre la notion liée à des moments d’unions nationales avec celle de gouvernements d’union nationale. En effet, ces derniers furent très rares dans notre pays, et ne regroupaient pas tous les partis politiques (ceux perçus comme extrémistes, à gauche comme à droite, n’en firent jamais partie). Par contre, notre pays connut de nombreux moments où le peuple français se retrouva dans les rues pour manifester en communion par rapport à un événement grave, comme pour ces dernières années dans les cas de réactions face au terrorisme islamiste. Je vous propose de commencer en 1789, au début de la Révolution française, et de remonter jusqu’à nos jours, en liant ainsi l’Histoire et l’Actualité, ce qui constitue le principe de base des « Racines d’Actu », dont vous trouverez plusieurs exemples dans le cadre des chroniques que j’ai publiées pour Reflets du Temps depuis sa création comme site en 2009.

Le 14 juillet 1790 eut lieu la Fête de la Fédération, le premier anniversaire de la Prise de la Bastille. Cette fête symbolique se déroula sur le Champ-de-Mars de Paris. Louis XVI y assista et y prêta même serment à la Nation et à la loi, ceci dans un vrai climat d’union nationale, en présence des députés des 83 départements français de cette époque. Cet événement est fêté, tous les 14 juillet, depuis l’année 1880 (IIIe République), en tant que Fête nationale française et bien sûr par rapport à celle de la Prise de la Bastille. Par la suite, il y eut bien sûr la célèbre nuit du 4 août 1789. Ce fut la séance de l’Assemblée nationale constituante au cours de laquelle on vota la suppression des privilèges féodaux (certes uniquement rachetables, mais…). Débutée le 4 août à six heures du soir, elle se prolongea jusqu’à deux heures du matin. A côté des privilèges féodaux, il y eut l’abolition de tous les privilèges des ordres, des provinces, des villes, et des corporations, à l’initiative du futur Club des Jacobins, dans une ambiance de surenchère à la fois fraternelle et liée à la peur face à ce que l’on pouvait savoir du phénomène dit de la « Grande Peur » ; cette dernière fut un mouvement de jacqueries et de révoltes engendrées par une peur collective, qui se produisit essentiellement du 20 juillet 1789 au 6 août 1789, tout en se prolongeant au-delà de cette dernière date.

Beaucoup moins connu, il y eut, toujours pendant la Révolution, l’épisode du « baiser Lamourette ». Adrien Lamourette était un prêtre lazariste, favorable à la Révolution. Rallié à l’Église constitutionnelle, il devint le premier évêque constitutionnel de France. Elu député, il fut le célèbre instigateur du fraternel « baiser Lamourette », qui réconcilia temporairement les partis, lors de leurs premières grandes divisions. Le 7 juillet 1792, à l’Assemblée législative, en plein débat, âpre, sur la « patrie en danger », il proposa en effet à ses collègues élus de s’embrasser en signe de réconciliation, et provoqua ainsi un court moment de réconciliation entre les partis, avec des embrassades. Cet épisode très ponctuel rappelle évidemment l’ambiance et les embrassades de la nuit du 4 août 1789. On peut considérer Lamourette comme un ancêtre de la future démocratie chrétienne, ou du progressisme chrétien en général. Demandons-nous au passage si tout ce qui fut lié à la « patrie en danger » ne représenta pas également un moment relatif de cohésion nationale, mais bien sûr uniquement pour les partisans de la Révolution, en raison du comportement hostile de Louis XVI envers celle-ci (dès sa tentative de fuite à Varennes en juin 1791), et des nobles qui avaient commencé à émigrer ; en tout cas, il y eut le célèbre discours de Danton à l’Assemblée nationale le 2 septembre 1792 : « Il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et la France est sauvée… ».

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 31 mars 2018. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Mouvement social ; quel fouet pour la mayonnaise ?

Ça n’a pas encore pris, ça ne prend toujours pas, voilà les titres des journaux, passée la fameuse journée du 22 (qui plus est, de mars !), dont on attendait, bizarre régression pythienne, qu’elle siffle enfin le départ du « mouvement social ». Après, à l’évidence, pas mal de départs avortés ou carrément passés à la trappe, notamment lors de l’adoption par les Ordonnances autoritaires, de presque tout le corpus des Lois-travail, mais pas moins, au moment de l’insupportable dispositif sur l’ISF, sans compter en début d’année le matraquage CSG. On dirait, me disait quelqu’un, que le corps social est pris dans la glace, ou bonnement parti visiter une bien lointaine planète.

50 ans après le grand Mai, peut-on du reste encore parler de mouvement social au singulier (en gros, celui articulé autour de la gauche autoritaire, CGT/PC, et celui de la deuxième gauche toute neuve, l’autre, la Socialiste libertaire). C’est bien clair qu’on n’en est plus là, après l’effondrement communiste mangé largement par les Socialistes au pouvoir, triomphants ou défaits dans l’œuf, et la progressive dévalidation d’une CGT croupionnisée.

C’est de « mouvements sociaux », un émiettement infini, une myriade inefficace, qu’il faut maintenant parler, simplement même de paroles sociétales, sans escompter la plupart du temps ni défilés communs, ni parole convergente aux tables de négociations ou ce qu’il en reste, et, ce, malgré les louables efforts passés d’un Hollande pour donner vie au dialogue social – formule devenue lunaire pour tant de gens…

 Or, hier, qui a battu le pavé des villes ? Aucun cortège convergent, des pancartes d’associations de « moi, moi, moi » ; telle corporation aux abois, telle autre légitimement inquiète ; cet assemblage fait-il un mouvement social ? « mes » revendications, rien d’une voix collective ; des défilés décousus, type ces engeances défendant le petit commerce à la fin du siècle précédent. D’usage militant et de gauche, qui dit mouvement social, dit, certes, défiler pour ses propres intérêts, menacés ou supposés l’être, mais (en même temps !) porter la parole de tous et des autres, être en bref, dans le collectif. Cela suppose, certes, une parfaite connaissance des enjeux et une capacité à trier, hiérarchiser ceux-ci, être dans le « d’abord, ensuite, enfin » qu’aucune pancarte ne mentionnait le 22. Hier, où était le grand cri défendant le sens même du service public, bien au-delà des intérêts spécifiques des cheminots ? muette était la rue, et ce silence fait froid dans le dos, car on peut penser qu’un danger doit être parfaitement identifié pour être efficacement combattu.

Encore, direz-vous, faudrait-il de solides porteurs de banderoles. Or, la CGT, ce qu’il reste de son ombre aux mains dures et butées d’un Martinez, Sud, et notamment l’intraitable Sud Rail et ce qu’on sait qu’ils sont, seront-ils vraiment en capacité de conduire la lutte SNCF, mais bien plus d’élargir demain à l’ensemble des services publics, puis enfin de convaincre une large population de l’urgence des causes à défendre. Sans remonter à Mai 68, 1995 et les grandes grèves, face aux « bottes » de Juppé et ses retraites, sont loin ; autre temps, autres mœurs sociales, syndicales. Peut-être, toutefois, ferions-nous bien de réviser vite fait ces pages d’histoire là… réviser ne voulant pas dire refaire le film, mais plutôt en tirer des leçons. Car, il semblerait qu’aucune avancée sociale d’importance (on peut aussi dire, à présent, aucune sauvegarde) n’ait jamais vraiment abouti hors de solides cortèges marchant du même pas, et voilà bien un credo qui résonne d’échec en réussite depuis la nuit des temps.

Un attentat de trop ou le retour de l’héroïque sacrifice…

Ecrit par Jean-François Vincent le 31 mars 2018. dans La une, France, Politique, Société

Un attentat de trop ou le retour de l’héroïque sacrifice…

Le mouvement « dextrogyre », ce décalage des idées vers la droite, tel que décrit par l’universitaire québécois Guillaume Bernard, a-t-il franchi un nouveau palier ? L’éloge funèbre d’Emmanuel Macron, dans la cour des Invalides, devant la dépouille de d’Arnaud Beltrame est révélateur. En phase avec la vague – légitime – d’admiration qui submerge l’opinion, il n’hésita pas à déclarer : « votre sacrifice, Arnaud Beltrame, nous oblige, il nous élève (…) accepter de mourir pour que vivent des innocents, tel est le cœur de l’engagement du soldat, telle est la transcendance qui le porte ». Mort, transcendance, sacrifice, constellation insolite dans notre société individualiste, consumériste et post-soixantuitarde…

Rien que le mot sacri-fice en dit long : sacer-facere, ce qui « rend » sacré, ce qui fait passer de l’ici-bas à l’au-delà, du côté des dieux ; ou plus exactement ce qui fait rentrer dans l’espace du temple, le fanum : le sacrifié ayant cessé d’être un pro-fane (litt. qui se tient devant le sanctuaire sans pouvoir y pénétrer) pour accéder à un statut divin. Le sacrificium passe par le sang versé. La victime se transformant en héros, ces demi-dieux – hemi-theoi – auxquels l’on rend un culte sur leurs tombeaux dans l’espoir d’un bienfait ou d’une guérison.

Toutefois, ces héros ne sont pas seulement des personnages mythologiques. Sur un mont qui surplombe les Thermopyles, Simonide de Céos a gravé sur une pierre patinée par les siècles un hommage bimillénaire aux quelques 300 spartiates, hoplites de Léonidas, qui offrirent leur vie pour assurer la victoire des Grecs sur les Perses de Xerxès : « passant, va dire à Sparte que nous sommes tous morts ici pour obéir à ses lois ». Ce qui caractérise ainsi le héros/le sacrificiel, c’est ce rapport spécial à la mort : mépris total, mieux, une anticipation du trépas ; il a par avance et de son plein gré quitté le monde des vivants auquel, en retour, il fait don d’une puissance surnaturelle.

Cependant, pareille « théologie » héroïque servit aussi de justification à toutes sortes d’exactions – croisades, guerres – ou d’idéologies mortifères y compris l’idéologie nazie. Les soldats tombés au combat étaient censés avoir péri pour « die Grösse und den Bestand von Volk, Führer und Reich », pour la grandeur et la pérennité du peuple, du Führer et du Reich. D’ailleurs, l’extrême-droite de l’Allemagne actuelle a repris ces thèmes. Le groupe de rock Varg, par exemple – le loup, dans les légendes germaniques – exalte le Heldentod, la mort du héros, dans la strophe suivante :

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Ecrit par Métropolitain le 31 mars 2018. dans La une, France, Education, Politique

En Guyane, l’Education Nationale à la traîne

Alors que les vacances de Pâques arrivent à grand pas, le collège Gran Man Difou, situé dans la paisible bourgade de Maripasoula, aux fins fonds de l’Amazonie, en Guyane, se révèle emblématique de l’impasse dans laquelle se trouve une des académies les plus sinistrées de France.

Près d’un mois sans cours

Dans ce collège classé REP (réseau d’éducation prioritaire), la plupart des enseignants sont contractuels, le suivi des élèves est peu rigoureux, l’absentéisme est légion, une partie du budget destiné aux équipements disparaît mystérieusement chaque année. Depuis un mois, l’établissement est en train de se tailler une renommée dans toute la Guyane grâce à la presse du département, suite à une loufoque histoire de puces et de chiques – minuscules bestioles amazoniennes pouvant faire de sérieux dégâts aux pieds – disséminées dans le collège suite à la présence de chiens errants. Depuis le 27 février dernier en effet, le personnel et les élèves ont régulièrement été renvoyés à la maison pour être priés de revenir le jour suivant ou un autre jour, et apprendre ce jour-ci qu’il fallait encore attendre car le collège n’avait pu se débarrasser des petites bêtes.

Un vrai manque de transparence

Traitement des puces avec du produit anti-moustique ou avec du savon, les rumeurs sur cet échec de l’homme face à mère nature sont allées bon train. Le personnel et les parents d’élèves se demandent d’ailleurs pourquoi ce problème de bestioles n’a pas été traité pendant les vacances de février, sachant qu’il avait été signalé près de deux mois avant ces dernières. Mais après un mois de lutte, et de quelques heures de cours miraculeusement dispensées çà et là, les enseignants et les élèves ont été priés de revenir, pour de bon cette fois : le mardi 20 mars, c’était officiel, l’homme avait enfin gagné : six chiens errants – maudites bêtes – avaient été attrapés à bras le corps pour être expulsés du collège. Et selon les dires du principal du collège lors d’une réunion dans la salle des professeurs, « il ne restait, après vérification, plus aucune puce dans l’établissement ». Grâce à quel produit ? La direction, bien qu’elle « n’ait rien à cacher » selon ses dires, a rechigné à répondre à la simple question d’une enseignante lors de la même réunion : « quel produit a-t-il été utilisé ? ». Ce qu’on savait, c’est que ce n’était pas du bon vieux Baygon, ce dernier étant prohibé dans un collège de la République.

Des élèves qui se plaignent de ne pouvoir aller en cours

De toute façon, ce mardi 20 mars, les joies du collège pouvaient enfin recommencer : les professeurs allaient reprendre une vie normale (et pour certains, cesser de noyer leur ennui au bistrot), les 700 élèves – dont certains, fussent-ils peu studieux, avaient été jusqu’à déclarer devant le portail : « c’est encore fermé, j’en ai marre » – allaient pouvoir retourner chahuter leurs professeurs avec leurs camarades. Plus sérieusement, tout le monde semblait ravi : les professeurs allaient enfin cesser de se faire traiter de fainéants par leurs concitoyens, et les élèves allaient cesser de s’ennuyer à la maison. Seulement voilà que le jour-même, des élèves sont pris de maux de têtes, d’irritations, de rougeurs aux bras, de douleurs oculaires, de vomissements. Et l’on apprend alors officiellement que les salles furent traitées avec de la deltaméthrine, puissant poison aux normes de l’Union Européenne mais généralement utilisé… pour l’agriculture. Pour la sûreté des bambins, le collège a donc dû à nouveau fermer.

Le 8 mars : la femme et l’après-fête

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 31 mars 2018. dans Monde, La une, Politique

Le 8 mars : la femme et l’après-fête

On fait couler beaucoup d’encre et de salive à propos du 8 mars. Les jours qui précèdent ou suivent n’ont pas d’importance. La femme n’intéresse l’humanité qu’un jour dans l’année.

Dès le 7 mars, les réseaux sociaux sont pollués de posts pour souhaiter bonne fête aux femmes. L’internaute qui ne suit pas cette tradition est pris pour misogyne. Demain, dans la rue, au travail, partout dans le pays, on répète la même phrase : « Bonne fête ». Dans les établissements, une petite fête est organisée. Pâtisseries bariolées. Boissons. Et surtout des fleurs en plastique et des ustensiles de cuisine en verre recyclé. L’ambiance est embellie par des sourires hypocrites. Fin de la fête.

Le 9 mars, une autre fête recommence. Une fête éternelle en Algérie qui prend des pauses pour mieux dominer : l’hypocrisie. L’homme qui souhaitait hier la bonne fête et offrait des cadeaux à la femme, colle à nouveau son masque misogyne.

En se maquillant le matin, la femme affronte le regard agressif de son frère. Lui qui, après un scan minutieux, valide ou rejette la tenue de sa sœur. Allant au travail, les Don Juan sauvages lui demandent son numéro sans dire bonjour. Ils lui lancent des onomatopées érotiques en scrutant la taille et la tenue. Toute catégorie de femmes passe dans le crible : célibataire, divorcée, mariée, veuve, en minijupe, en hijab, ou en haïk… La misère sexuelle en Algérie est si aveugle que même les statues des femmes en béton sont objets de désir. Le policier à côté, indifférent, caresse sa moustache et n’ose pas la défendre. Des passants applaudissent plutôt les Don Juan : c’est la femme qui provoque. C’est sa faute. La femme prend le transport en commun. Tellement de gens qu’on étouffe. Les « caleurs » (appellation de Fellag) se collent à elle. Ils lui bloquent toute issue. Elle est colonisée. C’est sa faute. Elle a de belles courbes et sent un parfum séduisant. Le reste des hommes observent. Il vaut mieux ne pas se mêler.

Au travail. Elle est emprisonnée dans son poste pendant des heures comme le dicte le code du travail. Le mâle peut sortir prendre l’air, fumer dans le couloir, sortir en ville puis revenir… Il est chez lui. La femme doit travailler et baisser la tête. Là aussi la drague sauvage la traque. Juste la forme qui change. Un supérieur lui exige des rendez-vous glamour sous des menaces administratives. Lui dresser des bras de fer permanents pour l’attirer aux rets.

Retour à la maison. Rencontrer les « caleurs » du transport. Affronter les Don Juan adossés au mur. Puis passer au scanner du frère. Il vérifie si elle a fumé, fait la bise à un homme, ou contourné l’itinéraire, tracé par les ancêtres, qui mène du foyer au travail… Après le dîner, les barbus de la télé la menacent de leurs fatwas wahhabites. La nuit, des fantômes masculins la taraudent pour l’empêcher de réparer sa journée par des rêves.

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