Politique

Le nouveau paysage de la droite « classique »

Ecrit par Jean-François Vincent le 13 septembre 2017. dans La une, France, Politique

Le nouveau paysage de la droite « classique »

Le séisme « macronien » a certes fait exploser en vol le PS, mais la droite non – encore ! – lepéniste s’est éparpillée « façon puzzle »…

Il y a d’abord les ralliés, qui s’intitulent eux-mêmes, de manière euphémique, les « constructifs », et que d’aucuns appellent les « destructifs ». 35 députés, emmenés par Thierry Solère, ancien porte-parole de François Fillon, qui laissa tomber celui-ci quand il maintint sa candidature alors qu’il avait pourtant juré ses grands dieux qu’il jetterait l’éponge en cas de mise en examen. 12 d’entre eux ont voté la confiance à Edouard Philippe, les autres s’abstenant.

Leur credo ? « Nous, élus de la droite et du centre, avons décidé de travailler de façon constructive, libre et responsable avec le gouvernement. Ensemble nous voulons que la France réussisse sa modernisation pour ne plus perdre de temps et adapter enfin notre pays à un monde en perpétuelle mutation. Nous espérons transcender durablement les vieux clivages politiques, moderniser l’action publique et retisser le lien de confiance indispensable entre le citoyen et l’élu, tant nous sommes persuadés qu’il est crucial de régénérer notre vie démocratique ». Il faut dire que l’action centro-libérale du nouveau gouvernement les y aide. Mais, dans ce cas, pourquoi, tout bonnement, ne pas intégrer, avec armes et bagages, la République En Marche ?

Il y a surtout Laurent Wauquiez, candidat quasi investi – et seul en lice – à la présidence de LR, lors de son prochain congrès qui se tiendra en décembre. Son orientation ? A droite toute ! « Etre de droite n’est pas une maladie honteuse », avait-il affirmé dans une interview au Monde le 13 juillet dernier. On le soupçonne d’être un sous-marin de Sarkozy dont il revendique l’héritage, « pour moi, c’est le modèle », avait-il proclamé. Il effarouche les plus modérés, tel Xavier Bertrand, qui constata, dans un entretien au JDD : « il court après l’extrême droite ».

Alors Wauquiez, un « bébé Buisson » ? Il a rompu avec un long compagnonnage très « buissonnier » lors de l’affaire des écoutes des conversations élyséennes. Il a, à cette occasion, dit de Buisson, sur BFM-TV : « c’était quelqu’un qui était dans les équipes de 2007, qui a trahi Nicolas Sarkozy. Dans ce livre (N.B. La cause du peuple), c’est la haine qui l’a emporté sur la vérité ».

Mais il a pris pour conseiller l’un des fils spirituels de Buisson, Guillaume Peltier, créateur du courant La France Forte. « La droite de Peltier, écrit Renaud Dély, dans son livre La Droite brune, UMP-FN, c’est celle des hussards, celle qui prend des risques pour s’affirmer. D’ailleurs, en élève consciencieux de la droite « buissonnière », Peltier n’en finit pas de réciter les leçons de son gourou. Un gourou même après la défaite. Si Nicolas Sarkozy n’avait pas mené une telle campagne, il en est sûr, Marine Le Pen aurait atteint 25% des voix au premier tour et le chef de l’état ne se serait pas qualifié pour le second ». Avec Wauquiez à la manœuvre, le rêve de Buisson a des chances de se réaliser : bâtir une union des droites, à l’instar de ce qui avait uni socialistes et communistes à l’époque du programme commun…

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Inattendu, peut-être, ce regard sur la revue de PE de l’IFRI, cet été, mais bien réel. Que d’idées reçues, en effet, toutes faites et boulonnées, dans nos représentations, et en géopolitique, pas moins qu’ailleurs ! Le propre des chercheurs étant de les désigner et de tenter de les redresser. Dans ce numéro, la pêche est particulièrement bonne pour les lieux où stagnent les idées reçues, et réjouissants, leur déboulonnage et, sans doute, la saine déstabilisation qui suit, seule capable de faire avancer notre regard sur le monde, première mission que se donne l’IFRI.

Le sujet principal, ASEAN ; 50 ans d’une expérience singulière, est un nid d’idées reçues, notamment par sa situation périphérique dans les informations quotidiennes que nous utilisons, et, par ces monceaux d’ignorance, ces lacunes, et autres trous d’ombre, dans « notre » géopolitique personnelle, se révélant reléguée à un « quelque chose d’uni, aux bords de la grande Chine ». Fondée en 1967, l’ASEAN, allie Indonésie, Malaisie, Singapour, Philippines, Thaïlande, Brunei, Viet Nam, Laos, Birmanie, Cambodge, unis en cercles progressifs. Union d’Asie du sud-est, à la fois comparable, au premier regard du moins, à notre Union Européenne, et tellement différente – parallèle pédagogique énoncé dès l’introduction. On a là une marche discrète et continue, des « procédures et institutions légères, sans gouvernement central, ni fantasme d’unification politique » ; l’idée reçue chez nous étant – là, comme ailleurs, mais là, significativement – de penser tout à notre aulne, que nos analyses, procédures et même difficultés sont modélisables à l’infini. Or, si l’ASEAN sera demain bien obligée de marcher différemment avec l’émergence chinoise et son poids, l’IFRI rappelle à notre point de vue européen que « le monde est tout humain, mais nous ne sommes pas toute l’humanité ». Cinq forts articles devraient participer à « nous caler » le regard, sur cette fondamentale partie du monde.

La rubrique Contrechamps s’attaque avec deux articles essentiels à l’Union européenne, particulièrement :« Zone Euro : sous les dettes, la croissance ? ». Crise, croissance, dettes… triptyque d’importance en matière de représentations tenaces et peut-être fallacieuses, en matière de thèse, point de vue arrêté, genre front contre front, encore davantage. Quel débat, chez nous, n’aborde pas, même aux marges, ce sujet ?

Un premier article, très argumenté : « Les politiques européennes et le futur de l’Euro » met à mal « l’interprétation politique dominante accusant les excès de dette publique accumulés par des pays du sud, dits indisciplinés, ayant ainsi financé leur État providence ».Idée reçue, s’il en est, dans l’imaginaire de chacun sur les problèmes actuels d’une Europe en dérive, voire en échec. Des responsables désignés, pas vraiment loin du bouc-émissaire, toujours utile. On reconnaît dans le développement des pans entiers d’opinions politiques, partitaires, en France et en Europe. Mais, les compétences économiques de l’auteur, sa capacité pédagogique à poser les idées reçues, les décrypter avant d’avancer d’autres hypothèses étayées, donnent à cet exposé une force convaincante et armée qui manque à plus d’un débat. Le second article se pose « en face », et nous y reconnaissons là aussi l’argumentaire face B, prôné dans maints débats ; les mêmes évidemment : « stabilité et croissance en zone euro ; les leçons de l’expérience ». Le « retour au réel » est fortement convoqué ; « la croissance et l’emploi ne proviennent pas des miracles de la manne répandue par les États ou des fabricants de bulles spéculatives, mais bien du travail productif, de l’épargne et de l’investissement ».

Confrontant ces deux lectures, toujours étayées, comme d’usage à PE, de références multiples et précises, faut-il dire qu’on en sort, interrogés, mieux armés face à ce temps européen qui est notre logiciel indépassable.

En rubrique Actualités, chaque article est de nature à fusiller quelques idées reçues, mais c’est celui sur « L’état islamique, l’autre menace » qui peut paraître le plus urgent (l’autre, consacré à la Turquie, pas moins pour autant !). A la veille des défaites sur le terrain du califat, Mossoul et Raqqa, faudrait-il « souffler » et considérer Daech comme une menace derrière nous ? Outre le fait que les attentats de cet été sur le sol européen démontrent la puissance de nuisance des terroristes parfaitement capable de s’adapter à leurs défaites, mais aussi – c’est là l’argumentaire de l’article – l’hydre existe, prolifère, voire naît ailleurs dans le monde : Afrique, Asie du Sud-Est, et ceci, même en termes d’assises territoriales.

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Il n’en pouvait mais, dans la matinale de France Inter, Thomas Piketty, face à Léa (Salamé) qui tirait des petits missiles du genre : – êtes-vous comme Macron, Schumpeterien ?

D’abord, on sourit – ce vieux Schumpeter de nos grimoires ! Puis on se souvient de deux ou trois choses qui nous avaient agacés dans notre jeunesse quand même assez marxisante ; la « destruction créatrice », par exemple, le titre de ce livre : Le capitalisme peut-il survivre ?, et c’est là – bon sang, mais c’est bien sûr ! – qu’on se prend l’évidence en pleine figure devant le café matinal : Macron ne peut être QUE de ce côté-là de la balance des théories économiques. Pile pour lui et les siens, cousu pour eux, ce discours vieux comme l’Europe d’antan. Immensément vieux, mais – en même temps – en capacité, une fois ripoliné, de reprendre du service, descendu du grenier, et – même – de finir dans le flou du soir qui tombe, comme neuf de chez neuf…

Schumpeter – petite fiche de révision ; n'est-on pas en pleine rentrée scolaire – est un économiste « politique », de l’ancienne Autriche-Hongrie, né fin XIXème ( la même année que Keynes ! L'année de la disparition de Marx! En même temps, disait l'autre !) parti aux USA – temple du capitalisme en marche – où il finira sa vie dans les années 50. Pas vraiment classable, le bonhomme et sa vision, dans les écoles économiques, mais regrettant suffisamment que le capitalisme peine à la tâche (raisons politiques et sociales) pour qu’après sa disparition, un Milton Friedman, chantre du libéralisme le plus dur (dont les Chiliens du temps d’Allende, et quelques autres, ont conservé un cuisant souvenir) reprenne haut et fort son flambeau.

On lui doit plein d’ouvrages et – mondialisation libérale débutant son spectacle - à la veille de sa mort, il était en passe de prendre la présidence de la « nouvelle association internationale d’économie ». Intéressantes, pour autant, les analyses, fouillées, sur les mécanismes / innovations (il est un peu le père du mot) / progrès techniques et technologiques / croissance. Tout ça, cependant, comme si le monde s’arrêtait aux portes des usines – les grandes, américaines, de préférence, se lançant à la conquête économique de la planète –, comme si le libéralisme était le seul modèle sérieux et viable, comme si le train ne pouvait quitter les rails – un seul sens au voyage, évidemment. Trois mots vaguement importants, n’existaient visiblement pas chez Schumpeter : ouvrier-employé-personnel. Un seul être était vivant au milieu des machines innovantes, l’entrepreneur – c'est même le titre d'un de ses livres - (ça sonne du coup formidablement actuel, ce discours). Pour autant, quant à moi, j’ai le souvenir d’une certaine fascination pour ce système de pensée, facile à comprendre et à retenir – les systèmes étant les préférés de nos mémoires, lycéennes du moins… Depuis – on l’aura remarqué – le monde a tourné – mal, quelquefois, et la moustache de Schumpeter a quitté la scène. Jusqu’à notre Macron, son programme teinté de sacrifices – faisables mais obligatoires – sa loi travail et sa dame Pénicaud campant sur tous les Danone de ses expériences.

Rendre à Hollande…

Ecrit par Martine L. Petauton le 30 août 2017. dans La une, France, Politique

Rendre à Hollande…

… Ce qui revient au travail du quinquennat précédent, mais particulièrement à lui, ce président vilipendé de tous bords, et largement au-delà, pendant toute ou presque sa tâche au somment de l’état. C’est ce qu’on entend – musique qui accroche progressivement en mode « forte » – ce qu’on lit – ciel ! Jusqu’en couverture de magazine, ce qui fait sujet d’importance dans maints débats – d’experts, madame !

Vrai qu’un quinquennat arrivant derrière un autre – dans le jeu classique et démocratique des alternances, s’entend –, tout ne peut être jeté, poubellisé, renié, genre table rase, dans l’ensemble du travail précédent. Je l’écris d’autant plus, que nous, gens de Gauche (et que dire de la Droite) n’avons pas toujours pratiqué ce sport, fin, il est vrai.

Ce qui ne manque pas d’étonner ici, en Macronie triomphante, vu le discours – il y a des gens bien partout, et on se doit de travailler avec tout le monde – coloré consensuel en marche, qui a empli, de ce côté-là de l’échiquier, le verbe politique d’E. Macron, durant sa campagne, et même un peu avant. Ainsi, du monde fréquentable partout, hors les champs maudits du Hollandisme passé ? Ils sont légion, les politiques de tout premier rang, ou plus derrière, qui ont payé depuis le vent des Législatives leur « estampillage » Hollande, au point de se voir refuser le gîte et le couvert dans la morne plaine de Waterloo et particulièrement dans le groupe majoritaire ; humiliation et déni de l’Histoire en bandoulière. En son temps, l’Inquisition avait des pratiques qui commençaient un peu comme ça ; refuser, ne plus connaître, transfigurer les faits. En un mot, être sectaire, et stigmatiser à tout va.

Or… l’Histoire persiste. Dans ces champs – en continuant la métaphore – E. Macron a fait ses premiers pas, grandi et fait ses lettres, à l’ombre du maître qui tenait seigneurie en ces lieux, F. Hollande. Ce champ, il en connaît le noueux de la barrière, le goût de chaque brin de son herbe de saison en saison ; c’était un peu son jardin à lui. A présent, on passe toutes sirènes hurlantes devant l’entrée, en glapissant : quid de ce coin ?

Rappel tenace : tant au plan personnel pour E. Macron, sorti quasi ex nihilo de l’ombre par Hollande, que politique en se voyant projeté en un temps record dans la lumière, élu, désigné par le prince : conseiller très écouté, ministre de premier rang, hissé au plus haut du pavois politique ; de refrain en refrain, Hollande chante. Ceci, en combien de mois ? Une météorite, un homme « fait » par un autre, incontestablement. Qu’on m’entende bien : les qualités incontestables, vérifiables, plutôt rares, d’un E. Macron, nul ne les conteste, même pas moi, mais quand F. Hollande disait aux derniers temps de son mandat, juste avant que ne démissionne assez peu élégamment le ministre des finances :– il sait ce qu’il me doit – on peut l’entendre d’abord comme le résultat du « nez » inspiré de Hollande ayant dégotté et évalué à la juste aulne, cette perle rare, qui, sans son mentor président, aurait dû mûrir en cave quelque temps de plus. L’apprentissage… celui dont les équipes au pouvoir nous saturent de Journaux Télévisés en articles, sa valeur, le tuteur lentement passant au jeune, les savoirs, puis les rênes, on sait pertinemment que c’est l’image de Hollande et son poulain, qui surgit : le premier plus social, l’autre plus naturellement libéral, mais les deux mutualisant face aux difficultés de réformer le pays. Alors, n’oublierait-on pas vite dans le fracas des victoires le poids de l’enseignant, la valeur de la formation et du parrainage ? Même un Bonaparte savait saluer la Révolution et ses enseignements.

Car, qu’on me contredise si j’ai la mémoire qui  flanche - comme aurait chanté feu notre Jeanne - ou diront certains, un brin malveillante, pas un souffle, pas un murmure, ni de Macron, ni des siens, n’ont ranimé depuis Mai ces « racines » pourtant bien peu contestables. Et, pourtant il y aurait eu là, signal de ce « gouverner autrement » porté par les bannières marchantes. Simplement, dire, uniquement à bon escient, loin de toute courtisanerie inutile : - oui, je lui dois, c’est par lui, et grâce à lui que… Mais… durs, apparemment la gratification, le souvenir, et le souci du lignage, chez notre prince du Louvre qui voudrait avoir tout inventé, tenir le monde dans ses seules mains, et être né, tout harnaché, un soir du mois de mai 2017. Ça finit par sentir un peu son adolescence, et ce « tuer le père » de manuel de psycho… là aussi, trop, c’est trop.

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 août 2017. dans La une, France, Politique, Société

Panthéonisation de Simone Veil ou constitutionnalisation de l’IVG ?

Comme chacun sait, les institutions civiles ne sont que les clones d’institutions ecclésiastiques antérieures, qu’elles entendent concurrencer. De même qu’il existe – sans rire ! – un baptême « républicain » et un mariage « célébré » à la mairie, de même la panthéonisation est l’avatar laïc de la canonisation. De fait, Simone Veil connut une apothéose immédiate, un peu comme saint Jean-Paul II, pour qui les foules massées sur la place saint Pierre, criaient, dès l’annonce de son décès : « santo subito ! », saint tout de suite ! D’ailleurs, la sainteté laïque possède la même – et curieuse – faculté de propagation que son archétype religieux : la petite Thérèse de l’enfant Jésus « sanctifia », par une sorte de solution de continuité, ses parents, Louis et Zélie Martin, canonisés eux aussi. Idem pour Antoine Veil, panthéonisé par la grâce de sa femme et simultanément avec elle…

Mais à qui – ou plutôt à quoi – au juste, est échu cet honneur de la République ? A la courageuse déportée qui survécut aux camps de la mort ? A la militante féministe qui alla jusqu’à renverser une carafe d’eau sur la tête d’un de ses fils qui tenait des propos misogynes ? Non, sans la loi de 1974, jamais Simone Veil ne reposerait dans la fameuse ex-église, transformée en temple à la mémoire des grands hommes. A travers elle, c’est bien le droit à l’IVG que l’on a voulu honorer.

Mieux, comme l’a dit le philosophe Raphaël Einthoven au micro d’Europe 1 le 6 juillet dernier, il s’agit « d’un équivalent symbolique d’une inscription de l’IVG dans la constitution ». L’idée, à vrai dire, mûrit depuis quelque temps. Elle faisait officiellement partie du programme de Jean-Luc Mélenchon, dans la campagne des présidentielles. Dans un discours du 18 mars, prolongé dans son blog, il proclame : « la liberté de conscience a un pendant évident, une liberté fondamentale : celle de disposer entièrement et absolument de soi ; il est donc temps d’inscrire dans la constitution le droit à l’avortement, car le corps de chaque femme lui appartient absolument et exclusivement ». Et d’ajouter, pour faire bonne mesure : « je proposerai que le droit à l’avortement soit inscrit dans la constitution, ainsi que le droit de mourir dans la dignité. Les deux droits ont une racine commune : disposer de soi en seul propriétaire de soi ».

Le parallèle entre suicide et avortement frappe, en effet, par sa pertinence. Les deux furent des délits, les deux furent dépénalisés – le suicide en 1810 ; avant, sous l’Ancien Régime, la peine consistait en une profanation du cadavre, « le corps était pendu par les pieds à un gibet et, après son exposition, jeté à la voirie avec les cadavres pourrissant des chevaux » écrit Georges Minois dans son Histoire du suicide (Fayard, 1995, p.165).

Mais « dépénalisés » signifie-t-il « exaltés » ? A supposer que l’on considère le fœtus comme faisant partie intégrante du corps de la mère (ce qui ne va pas de soi, cf. ma chronique à ce sujet), avorter consiste, d’une manière ou d’une autre, en une mutilation, une atteinte grave à l’intégrité corporelle. « Nulle femme ne se fait avorter de gaité de cœur » disait Simone Veil. Quant au suicide, il s’identifie au meurtre de soi-même (cf. l’allemand « Sebstmord »). Comment une mutilation volontaire ou un meurtre, non moins volontaire, pourraient-ils s’ériger en nouveaux droits de l’homme ?

Il y a un saut qualitatif infrangible entre la simple tolérance et l’exaltation. Ni l’automutilation, ni l’auto-meurtre ne sont des biens en soi. Ce sont des maux. Les dépénaliser était nécessaire pour ne pas ajouter une douleur supplémentaire et une stigmatisation à une misère humaine déjà existante.

Mais les glorifier relève de l’obscène…

Une histoire d’africanité

Ecrit par Michel Tagne Foko le 30 août 2017. dans Monde, La une, Politique, Société

Une histoire d’africanité

Il y a un débat qui va dans tous les sens. Les gens parlent de l’Afrique avec beaucoup de verbe. Des émotions qui se conjuguent au pluriel. Ça se développe admirablement et parfois avec des approximations. Tout le monde veut avoir raison. Ce n’est pas possible autrement. Il y a le camp des gens qui disent qu’il existe plusieurs Afrique et le camp des autres qui disent qu’il n’y a qu’une Afrique. Le sujet qui remonte le plus, c’est celui du patriotisme africain.

Il y a un monsieur qui se dispute avec un autre. Il dit : « c’est à cause des gens comme vous que l’Afrique n’avance pas ». Son interlocuteur lui répond : « c’est ton problème là-bas ». Le monsieur continue en disant : « c’est bien, tu es comme ces gens qui vivent chez les “Blancs” et votent pour le FN, hein ? Pauvre de nous Africains ». Son interlocuteur lui répond : « au premier tour de l’élection présidentielle, le FN était en tête au Sénégal. Tu ne vas quand même pas me dire que les Français du Sénégal ne sont que des “Blancs” ». Le monsieur : « Arrête de me parler parce que là tu racontes des conneries. Seules 400 personnes ont voté FN et tu appelles ça être en tête ? ». L’interlocuteur : « toi aussi arrête de me parler parce que là tu vas m’énerver. Déjà que je ne vote même pas dans ce pays… ».

Et voilà que s’est ouvert le sujet de la démocratie et de l’identité. Il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis africain avant d’être guinéen ». Un autre a dit : « laissez-moi avec vos conneries là. Je suis moi camerounais d’abord ». Il y a quelqu’un qui a dit que les Camerounais sont atteints du syndrome de Stockholm. Plus précisément, il a employé ce genre de mots : « même s’il y a les élections transparentes au Cameroun, le vieux Biya va toujours gagner. Vous êtes amoureux de votre geôlier ». Ils me demandent où est-ce que je me situe dans leurs causeries. Ils insistent. Je dis que je suis d’abord l’enfant de ma mère, avant d’être aussi celui de mon père, après l’enfant de ma famille, de mon royaume, du pays bamiléké avant d’être celui de mon pays d’origine le Cameroun, de mon pays d’accueil la France, et citoyen du monde. On me dit que je suis hors sujet. Alors là, irrité, je me tais et j’observe.

Il y a un certain Onana qui se dispute l’Afrique avec Jean-Luc. Il est clair qu’ils n’ont pas du tout la même vision de l’Afrique ou pour l’Afrique. Jean-Luc dit : « il faut qu’il y ait davantage d’actions humanitaires vers l’Afrique ». Quant à Onana, il dit : « non, je ne suis pas d’accord, il faut que cela cesse. Ces machins humanitaires-là salissent le nom de l’Afrique ». Onana continue en disant : « il faut laisser aux Africains le choix de construire leur avenir ». Jean-Luc rétorque en disant : « Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait qu’on nous laisse le choix de construire notre avenir, mais cela ne doit pas damer le fait que le continent a besoin d’humanitaire à l’heure actuelle pour s’en sortir ». Exacerbé, Onana lui dit : « Nous ? Nous quoi ? Tu n’es pas africain ! ». Ces quelques mots ont du mal à être digérés par Jean-Luc. Il est en colère. Il dit : « tu sais quoi de moi ? qui es-tu pour m’interdire d’être africain ». Les deux protagonistes sont au bord d’en finir avec les mains, dans ce pays où les gens se disent civilisés…

L’été meurtrier du petit prince

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 août 2017. dans La une, France, Politique

L’été meurtrier du petit prince

… De ce « piccolo principe » élu en mai, avec un engouement, un élan, presque un amour de midinette, pas souvent rencontré en pays de France, si ce n’est jadis – voyez comme tourne le vent – pour ce jeune homme de Corse à l’œil aussi sombre que celui du nôtre est bleu…

Les jours – ici entre Mistral, Tramontane et mer chaude comme en Floride – ont succédé aux jours ; incendies inimaginables, sautes de temps quasi bi-polaires un peu partout dans l’hexagone, bouchons au tournant du grand chassé croisé ; la folie aggravée de l’autre Roux – justement posé en Floride, répondant à celle du sombre Coréen ; quelques piqûres de rappel par le terrorisme tapi : l’été 17. Et, nonobstant, la ruche du travail gouvernemental à Paris, dont la densité ne fait pas question, au vu de nos députés (priés de garder la chambre un peu plus) à la veille de déposer aux Prud’hommes la plainte qu’il faut et son titre : « trop, c’est trop »…

Et c’est peut-être ce genre de formule bien populaire, et comprise de tous, qui pourrait résumer cet été, déjà étrange avant sa fin.

On était parti de très haut (attention, pour autant, les chiffres n’avaient rien de faramineux aux lendemains de la Présidentielle), du sommet du manège où l’Histoire a hissé – trop vite probablement – le gagnant de la course, et on glisse forcément, par à-coups, ou forte bordée. L’état de grâce – curieuse formule qui sent sa sacristie égarée en République – passe et s’étiole ; Ronsard et sa rose en savent quelque chose. Baisse importante dans les sondages pour notre Président, la « pire » dit-on, en si peu de temps, plus importante que celle de F. Hollande – une sacrée référence en la matière. Ce qui n’est pas sans agacer, même ceux qui comme moi n’étaient pas « accro » à l’épopée Macron. Car, quand même, qui sont ces gens, ces électeurs, capables de hisser en mai au plus haut du  pavois « leur idole », et de le rejeter, sans attendre le temps décent d’une analyse, et sans laisser le temps au travail de commencer, comme gamin capricieux casserait son jouet au lendemain des fêtes…

Alors d’où vient ce raté – débutant, j’en conviens, mais constant – de la recette-miracle-rien-qu’en-France, qu’on avait dans le pot ?

Assurément d’un excès trop épicé et mille fois trop voyant, de cette verticalité, commandée, pourtant, au père Noël de mai, à corps et à cris. On a vu la pièce tout l’été – un « Prince en Avignon » peut-être – et Jupiter nous sort par les yeux. Ce nom, d’abord, qui, dans un 1er temps, énerve – pourquoi ne pas assumer « roi » ? constitutionnel, s’entend, ou tout bonnement « chef » ? Parce que, sans doute, amis, la République n’a pas de roi, que l’image du chef en France est aussi compliquée que celle du père en séminaire de Lacan, et que ce « dictateur » tenté par certains rigolos fait par trop sourire. Alors, va pour Jupiter (et Junon peut-être ! Il s'en cause à tort et à travers ces jours-ci) qui sent ses belles et sérieuses études humanistes. Certes, la posture (réussie, ô combien à l’image internationale, entre main de Trump et regard droit dans les yeux de Poutine) tient beaucoup du sans doute excellent club-théâtre dans lequel le jeune Président fut élevé, nous ne saurions l’oublier. Mais, foin ; ce fut une belle pièce, une belle soirée, et nous prenons. Par contre, le Jupiterisme passa moins bien la rampe quand il s’est agi de vouloir mettre au pas les médias – comme si on pouvait faire sans eux - ou de virer, entre autres, d’un coup de maître, pas moins de trois ministres de tout premier rang. Un jeu d’échecs grandeur nature. Donc, on en conviendra, trop d’autorité pourrait folâtrer avec l’autoritarisme, ce fleuron de l’« ancienne politique ».

Que dire en se baladant côté programme et surtout – philosophie – du programme. Où en est notre poupon de mai, le « ni Droite, ni Gauche » rebaptisé « Et à Droite et à Gauche » ? Fait ses dents, et navigue entre ses vaccins, le mignon. Signaux détonants, comme le veut son nom à bizarres rallonges – un soupçon d’Aides Pour Le logement épluchées, l’impôt sur la fortune dans le même jet en passe d’être, disons, élagué, des Nationalisations pétant le feu à Saint Nazaire, et le Code du Travail attendant ses ordonnances de fin août, après avoir été, tout ce qu’il y a de discuté, et de mis sur table, en été entrant. Négocié, tenant toutefois d’un tout autre vocabulaire. La Loi de « moralisation de la vie politique » (titre d’origine) qu’à première vue on pouvait supposer glisser tendrement au fond de la gorge, toute en miel, butta sur une réserve parlementaire, dont on cause à l’envi au coin des placettes des Territoires, comme si, à elle seule, elle irriguait tout. Elle énerva par quelques menues incohérences chez les hommes qui la portaient – un Richard Ferrand, un Michel Mercier… car, oui, la loi nouvelle, morale ou pas dans son titre, morale, elle reste dans les têtes. Pas facile d’œuvrer, donc, de mettre en cohérence et en conformité avec ses promesses – éternelle antienne –, pas simple de descendre du nuage, Jupitérien ou autre, il va falloir s'y faire, on marche sur terre, Monsieur le président…

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 août 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Le clair-obscur de Macron

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Le clair-obscur de Macron

Pardon d’y revenir, les urnes sont têtues : 57% d’abstention au soir du second tour des Législatives ; donc c’est une minorité mathématique qui a élu les députés du jour ; l’immensité des bancs « En Marche », comme moins bien éclairés… Certes, en mécanique électorale, seul compte le résultat et le phénomène majoritaire, qu’on ne saurait contester. Mais, en matière de logique gouvernementale, ça pourrait être plus compliqué. D’autant que l’équation a suivi le feuilleton des élections depuis le soir du Premier tour d’avril : Emmanuel Macron virant en tête avec ses quelques 25%, puis – par mécanismes successifs de tri largement par défaut, obtenant son 66% au soir de Mai, et – épisodes 3 et 4 de la saga, relayé par le trot impressionnant des République en Marche, majoritaires, absolument majoritaires sans plus aucun besoin d’appuis, de discussions ni de négociations, ni probablement de conseils – du moins, en l’état des choses. Sur le papier, tout autorise la mise en place du programme Macron/Philippe. Tout, et par n’importe quelle façon institutionnelle, ordonnances comprises, mais…

Depuis l’élection Macron, on vit dans un clair-obscur, celui, magnifique, des Georges de La Tour, que je vous invite à admirer dare-dare, si ce n’est déjà fait. Sous « le feu des projecteurs » avant l’heure – souvent la lumière d’une bougie – un personnage, un objet ; on ne voit que lui, tous ses détails, on ressent ses pensées, on peut en écrire sur celui-là des pages et des pages, mais, autour, derrière, comme moins ou presque pas éclairés, c’est selon, d’autres personnages – pas moins importants, des objets finement peints, par chaque détail, mais demeurés dans l’ombre. On peut s’interroger à l’infini devant le « Nouveau né » du musée de Rennes et non du Louvre, par exemple (n’y voyez aucune allusion perfide) ; cette ombre, cette pleine lumière, pourquoi ici, ou là ?

Dans la situation politique actuelle, c’est beaucoup plus simple à décrypter : la lumière, c’est la victoire d’E. Macron, de « ses » (il les revendique fortement comme les siens) « En Marche », et ce sont aussi ses électeurs emballés, les dits optimistes, ceux qui y croient et portent les bannières. Vous savez quoi, ceux qui vont plutôt bien – cela a déjà été dit partout. Ceux qui ont, non seulement du travail mais un travail choisi et porteur, s’adossent à des familles aidantes, des réseaux ; ceux, jeunes pour beaucoup, bien actifs, pour qui l’entreprise dans son esprit battant, positif donc, et seulement cette facette, est hissée au pavois de tous les lendemains s’apprêtant à chanter… Caricatural ? À peine. Ceux-là peuvent se projeter loin, et accepter un bras de mer un peu bougeant avant que de monter dans le bateau des réussites ; le grand large ne leur fait pas peur, l’étranger ils ont tous pratiqué. Ces Français qui vont bien peuvent s’autoriser à croire qu’ils tireront les autres, par la seule force de leur confiance en eux et en leur monde. Un peu trop de libéralisme ? ils ont les épaules ; un peu beaucoup de non-assistance ? eh bien, s’il le faut ! Le pas tout de suite est dans leurs gènes, et peut probablement se faire le plaisir d’une couleur sacrificielle, en plus.

Mais… dans l’ombre, bien que minutieusement dessinés – en se penchant un peu on voit tout d’eux : les autres. Ceux qui vont visiblement moins bien, qui sont à l’évidence moins solides, qui affichent des blessures mal cicatrisées. Dans ce tas, hétéroclite, des retraités, des gens qui ont besoin d’assistance, des en quête de bonne sécurité sociale, des gens qui ne s’imaginent pas, et pour cause, sans État fort encore providence, des jeunes juste au bord d’un – vague – travail, des moins guillerets en passe de tomber dans le trou noir des séniors au chômage, des… Tant. Le tissu social français dans sa diversité cahin-caha. Divers, diront les réjouis, chaotique diront les inquiets.

De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 juillet 2017. dans La une, France, Politique

De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ah le « méluche » ! On l’affublé de tellement de noms (d’oiseaux !) : pitre, fasciste d’extrême gauche, lider maximo, tribun de la plèbe, léniniste, « staluche » (ça, c’est moi !)… Difficile de définir – sérieusement – cet authentique intellectuel, espèce rare dans notre classe politique. Quelles idées se cachent-elles derrière le personnage qu’il s’est créé ?

Bernard Ravenel, auteur d’une histoire du PSU, compare les Insoumis à ce mouvement, que Mélenchon pourtant quitta, en claquant la porte (plus précisément de l’UNEF que ce parti tentait de noyauter), pour rejoindre la – plus trotskiste à son goût – OCI (Organisation Communiste Internationaliste). Ce que les Insoumis et le PSU ont en commun ? « Lier le nouveau et l’ancien, refonder, en devenant le lien entre la social-démocratie et la pureté léniniste », en un mot, reprendre le flambeau de la lutte culturelle contre le capitalisme.

Mais le tout nouveau parti se voit confronté à deux thématiques épineuses : l’une venue de l’extrême droite et issue de la fameuse poussée « dextriste », initiée par Patrick Buisson : le thème de l’identité ; l’autre venue, elle, des verts et tout aussi dérangeante pour le marxiste que Mélenchon n’a cessé d’être : l’anti-productivisme, le retour à une consommation à la fois locale et frugale.

Le jacobinisme comme identité nationale

« Je suis d’accord pour qu’on discute de l’identité, déclare-t-il, sur son site internet, jlm2017.fr ; je crois à l’identité républicaine de la France ». Oui, mais la France, au juste, c’est quoi ? Et Méluche de rire du « roman national » : les Gaulois, Clovis, les rois, bref, le répertoire classique à la Michelet. Pour lui, la « France », celle qu’il aime, la France jacobine, commence à la révolution : « dans l’histoire de France, ce qui fait sens, c’est la rupture, pas la continuité ; la grande révolution de 89, voilà ce qui fait notre identité ».

Un incident récent vient d’ailleurs d’illustrer ce credo. Danièle Obono, élue Insoumise, était invitée à l’émission Les Grandes Gueules de la radio RMC. On l’interrogea sur son soutien, en 2012, à la chanson du groupe ZEP, Nique la France. Un peu désordre pour une députée, qui justement représente ladite France. Devant ses atermoiements, un intervenant, un peu énervé, lui demande tout de go : « diriez-vous vive la France ? ». Refus de répondre. Pourtant, l’attitude de la députée était d’une logique en totale adéquation avec la pensée du maître : La France, c’est – au fond, ce n’est que – la République. Confirmation en a été donnée par Éric Coquerel, autre député Insoumis, au micro, cette fois, de RTL : Jean-Michel Aphatie le soumet au même test : « crieriez-vous vive la France ? » Réplique en pirouette : « crieriez-vous vive la République une et indivisible ? ». La République, pour les Insoumis, plus encore qu’une patrie, s’érige en identité…

L’écosocialisme comme projet de société

Le mot d’ordre, tel qu’énoncé par le sociologue Razmig Keucheyan, aux universités d’été de la France Insoumise, se résume à « abattre la frontière entre la question sociale et la question environnementale ». Capitalisme et pollution se confondent : le premier prospère sur l’exploitation forcenée et l’empoisonnement de la nature. Il convient, par conséquent, de combattre le productivisme – le toujours plus ! – et ce qui l’encourage et le nourrit : le consumérisme (vieux slogan soixante-huitard : « à bas la société de consommation ! »).

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