France

Emmanuel Macron : Quel jeu ! Quel pot

le 17 février 2018. dans La une, France, Politique

Emmanuel  Macron : Quel jeu ! Quel pot

Aux cartes, c’est bien « quel jeu ! » qu’on dit autour de la table ? la tasse de tisane à la main, et derrière les carreaux, la pluie du dimanche d’hiver. C’est bien comme ça qu’on dit, n’est-ce pas ? Et souvent, on ajoute ce « quel pot ! » qui fait s’esclaffer l’assemblée… Certains – j’en connais – me diront que je suis bien la dernière à pouvoir parler cartes, et surtout « jeu », car plus mauvaise joueuse que moi, on n’en fait guère sur tout le territoire ; quant à s’y connaître en bon jeu ! même avec juste un peu, je finis généralement la partie, plumée.

Il n’empêche, je vais – j’insiste – continuer la métaphore. Parce que de bon jeu, bonne pioche, bon karma et le toutim, il s’agirait peut-être aussi de ça, avec les premiers mois du quinquennat Macron.

Je serais cependant, si j’en restais là, un poil malhonnête, car ce serait balayer d’un revers de main coléreuse (or, à RDT, on sait réfléchir avant l’invasion des bouffées émotionnelles, tant en chroniques qu’en commentaires…) ce qui tient au talent considérable et sans cesse révélé du petit jeune homme-président ; ses intuitions, l’habileté de ses manœuvres, sa rapidité à corriger, quand d’aventure il se trompe, son niveau tant intellectuel que culturel, ses aptitudes impressionnantes en terrain politique où pourtant il est bien neuf ; bref, ce serait négliger cet étonnant élève qui nous arrive après avoir sauté avec ses bottes de sept lieues tant de classes ; cela ne serait pas digne, je crois, du professeur que j’ai été… Ce serait – je ne les oublie pas – mépriser l’important travail d’Edouard et de son équipe, des Nicolas et son NDDL, Nicole, et ses prisons et autre Marlène et ses femmes ; leur sérieux, leur bonne volonté, leur intégrité.

Tout, incontestablement, compte dans l’addition, mais… comme il y a les lunes pleines et celles à moitié vides avec leur – énorme – influence sur la taille de nos poireaux, et peut-être même leur goût, il faut dans tout bilan faire place à ce qu’en historiens on nomme à tous bouts de champ le fameux « contexte » ; en d’autres termes, en compagnie de quoi, bons, mauvais points, solide ou foutue monture, on avance, on gère, et finalement, on vit.

Et c’est là, qu’on parle de chance, de facilités à tout le moins, de cartes avec lesquelles se joue la partie, et bien sûr du fameux « Quel jeu ! Quel pot ! ».

C’est que son jeu, à notre Emmanuel-président, c’est du rare, et depuis le début de la partie !

Faut-il parler poker – force argent circule et rentre en caisse France, par avions vendus et investissements promis – ? simple tarot – poignée d’atouts, finesse du lancer du « petit », que, moi, je négociais si mal, nombre de rois que Jupiter tient forcément bien en mains ? médiocre belote – non, là, c’est quand même trop peuple… mais, par contre, la Réussite ! pas celle des mémères, mais les cartes d’un De Gaulle ; pas mal pour le jeune et son toupet n’ayant pas le mal de l’altitude.

Corse : le modèle allemand

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 février 2018. dans La une, France, Politique, Actualité

Corse : le modèle allemand

La coalition nationaliste composée des autonomistes d’Inseme per a Corsica (ensemble pour la Corse), sous la houlette de Gilles Simeoni, président du conseil exécutif de Corse, et des indépendantistes de Corsica Libera, dirigée par Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée de Corse, entend entamer des « négociations » avec Paris et Macron sur l’avenir de l’île.

Au-delà des objectifs « identitaires » – reconnaissance de la « spécificité » corse inscrite dans la constitution, institutionnalisation d’un bilinguisme français/corse, instauration d’un statut de « résident corse » (destiné, en réalité, à empêcher les continentaux non résidents d’acheter des biens immobiliers) – c’est toute une philosophie de l’Etat qui se joue ici.

Pasquale Paoli, président au XVIIIème siècle d’une éphémère république corse dont la constitution, ratifiée en 1755, avait été inspirée par Jean-Jacques Rousseau, revint – enthousiaste ! – de son exil en Angleterre, le 14 juillet 1790, jour de la fête de la Fédération, en se félicitant de « l’union de la Corse avec la libre nation française ». D’où l’intérêt – fédéraliste ! – du duo Simeoni/Talamoni pour cette « conférence des territoires », évoquée l’année dernière par Emmanuel Macron, en vue de conclure de « véritables pactes girondins ».

« Girondinisme » contre jacobinisme, tel pourrait se définir l’enjeu des pourparlers à venir. Plus qu’une indépendance renvoyée aux calendes grecques – Simeoni n’en veut pas et Talamoni ne l’envisage pas avant l’horizon 2030 – leur revendication essentielle se focalise sur une fédéralisation de la France, sur le modèle italien, mais surtout allemand. Au grand dam de la figure tutélaire de Napoléon, robespierriste et jacobin, s’il en est !…

En Allemagne, en effet, l’autonomie des Länder va très loin : la Bavière, par exemple, s’affirme « Freistaat Bayern », état libre de Bavière ; un « Statu liberu di Corsica » siérait parfaitement aux identitaires insulaires et satisferait amplement leur amour propre d’ex-« colonisés ». Seulement voilà ! Pareille révolution politico-administrative chamboulerait le socle historique de la France : depuis Philippe le Bel jusqu’aux énarques du XXème siècle, en passant par Colbert, Robespierre et Bonaparte, l’Etat français, à travers ses régimes successifs, s’est construit autoritairement, sous l’impulsion de décisions purement politiques.

LE COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 février 2018. dans Economie, La une, France, Politique, Actualité

LE  COUP DE CSG SUR LE BEC DES « INUTILES » ?

Après le fameux coup de Trafalgar, celui de la CSG. C’est là, soustrait comme au tableau noir de  l’école élémentaire (quand on disait – enlève ce qui est « en trop »), sur la feuille de Janvier des pensions : 53,45 ôtés de 2430 €, soit sur l’année, plus de 600 € passés (repris) d’une pension de retraité à l’État, au titre de la fameuse CSG, augmentée à partir de ce début 2018. Pas sur tout le monde ? c’est à voir !

Wouah ! Sont forts les gars : première fois qu’un gouvernement s’autorise à baisser les pensions. Aux côtés des retraités, la foule des fonctionnaires, pas moins touchée…

Baisser les pensions, ici , et les salaires, là ; on ne parle pas en l’affaire d’une quelconque augmentation des seuils ou simplement du taux d’imposition, ce qui touche tout le monde à un moment ou à un autre, et qui fait dire à la fiscaliste que je demeure, qu’on veillera à la bonne utilisation de la ponction. Baisser, c’est-à-dire prendre, retenir ; quelque chose de la punition des enfants – tiens, toi, je te reprends ton pain au chocolat de la récré, et surtout désigner le coupable en une vague décimation à l’antique – toi ! Le doigt se baisse : pas toi !

On le savait depuis l’élection, et de coin de cuisine des copains en pot en ville, on avait mollement, imprécisément, évoqué la chose depuis l’été ; dans le fumeux paresseux de nos brouillards d’infos, on avait – j’avais – classé ça dans le fichier APL, c’est-à-dire du symbole plus que du lourd, et loin de moi avait été l’idée de convertir cette CSG nouveau style en paquet de nouilles à la Mélenchon.

Force est à présent de mesurer la hauteur de la crue – qui plus est, calculée sur le brut et non le net. Certes, seuil, il y a – les gens de Bercy, il est vrai, ont un jeu de seuil depuis l’affaire ISF, des plus originaux – mais enfin, seuil : 1200 la retraite dite riche, ou aisée ? Quoique l’insupportable Wauquier – dont la hargne « communisante » n’est plus à raconter ces temps-ci – aurait parlé de 1000 €…

Alors « pourquoi tant de haine ? » dirait le cinéaste. On trouve assez vite, après quelques mois de fréquentation du système Macronien. Sus aux immobiles socio-économiques que sont supposés être les fonctionnaires et autres retraités ; place au dynamisme inventif des « jeunes et fringants preneurs de risques ». France qui gagne ou est en partance pour le faire, France qui pèse, qui traîne, qu’on remorque : que de Baby Boomers lourds comme trois tonnes de pavés de soixante-huit ! Que de fonctionnaires inutiles en attente de dégraissage, payés, madame ! par la collectivité, dont le travail entre  emplois du temps, minces comme un sandwich SNCF, et immenses vacances à rallonge reste à démontrer. Pour le moment, rien n’est encore dit de ces foules d’« assistés », difficiles, il est vrai, à dépouiller, d’entrée, mais qui feraient bien de compter leurs abattis.

Les mouvements identitaires préfigurent-ils un renouveau du conservatisme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 janvier 2018. dans Monde, La une, France, Politique

Les mouvements identitaires préfigurent-ils un renouveau du conservatisme ?

C’est un fait, l’époque a fait sienne le thème de l’identité, certes sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et de son conseiller occulte, Patrick Buisson ; mais n’y-a-t-il pas en profondeur quelque chose de plus, une vague de fond indicatrice, comme l’affirme l’universitaire catholique Guillaume Bernard, d’un « mouvement dextrogyre » ?

Le terreau « identitariste », rien qu’en France, brille par le nombre et la diversité de ses représentants : Bloc Identitaire, Français de souche, Troisième voie, Terre et peuple ; ce dernier groupuscule, étant animé par un admirateur d’Hitler, Pierre Vial, revendiquant des liens avec le parti grec néo-nazi, Aube dorée, et, brocardant la « tiédeur » du Front National en défilant par défi, une semaine après lui, au pied de la statue de Jeanne d’Arc.

Serait-ce là l’avant-garde « révolutionnaire » d’une idéologie, en réalité conservatrice ?

Conserver ou changer, le débat agite et divise la France depuis la révolution. « Le questionnement identitaire, écrit le pape de ce qu’on a appelé la “nouvelle droite” dans les années 70, Alain de Benoist, est bien un phénomène moderne. Il se développe à partir du XVIIIème siècle sur la base de l’individualisme naissant ». Frédéric Rouvillois, professeur de droit constitutionnel à l’université René Descartes, à Paris, et co-auteur d’un monumental Dictionnaire du conservatisme, récemment paru aux Editions du Cerf, précise : « L’attitude conservatrice, même lorsqu’elle n’est pas à proprement parler “réactionnaire”, s’analyse toujours comme une réaction à une menace pesant sur ce qui est (voire sur ce qui était) : elle ne se conçoit pas sinon ».

La « conservation » cherche, en effet, à poser des limites à des bouleversements dont le caractère illimité porte en lui les germes de la subversion de l’ordre ancien. « A partir des Lumières, note Zygmunt Bauman, philosophe et sociologue d’origine polonaise ayant enseigné à l’université de Leeds, on a considéré comme une vérité de bon sens le fait que l’émancipation de l’homme exigeait la rupture des liens des communautés, et que les individus soient affranchis des circonstances de leur naissance ». Sortie hors d’un cadre préconstitué, émancipation, affranchissement. Au XVIIIème siècle, le sujet devient – enfin ! – autonome. « Dans cette optique, poursuit Alain de Benoist dans son livre Problématique de l’identité, l’idéal d’« autonomie », hâtivement converti en idéal d’indépendance, implique le rejet de toute racine, mais aussi de tout lien social hérité », ce que Patrick Buisson nomme les « cadres normatifs des sociétés traditionnelles » et que l’universitaire souverainiste québécois Mathieu Bock-Côté résume par la formule « le pôle anthropologique de l’enracinement et de la limite ».

La problématique ne date pas d’hier. Déjà, au XVème siècle, Pic de la Mirandole, ne proclamait-il pas, dans son Discours sur la dignité de l’homme (1486), parlant fictivement en lieu et place de Dieu Himself : « je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, pour que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même, toi que ne limite aucune borne » ? C’était – déjà ! – ce que Marcel Gauchet appelle la « sortie de la religion », le passage de l’hétéronomie – d’une règle venue d’en haut et imposée de l’extérieur – à l’autonomie, c’est-à-dire à une autorégulation de l’homme devenu ainsi son seul et unique maître. Toutefois, précise Gauchet dans son dernier ouvrage Le nouveau monde, un changement de nature s’est produit : « l’aspiration à l’indépendance individuelle s’affirmait dans le cadre d’une appartenance qui la limitait et dont, à ce titre, elle combattait les contraintes ; mais qui lui fournissait en même temps un support et qui guidait largement sa participation à la chose commune ». Apparaît alors une abstraction : l’Homme contemporain, prométhéen et libre de toute chaîne, pur produit de la rationalité dix-huitièmiste, accentuée par l’individualisme propre à notre temps, « cette nouvelle créature, dit le philologue Rémi Soulié, détachée de ses appartenances jugées aliénantes, mais à qui sont avantageusement attachés des droits naturels ».

Education : où vont les chemins Blanquer ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 janvier 2018. dans La une, France, Education, Politique

Education : où vont  les chemins Blanquer ?

Un peu comme ces chemins forestiers, dont on se demande s’ils vont aller – longtemps – quelque part, et s’il y a risque de rencontrer le loup… sont les chemins de Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’EN, celui qui, à croire quelques sondages, serait le préféré, le chouchou des Français, dans ce poste ou ce rôle. Plutôt ce rôle, car, en ce domaine comme en d’autres, ce sont bien les rôles que distribue le metteur en scène Macron ; signaux plus que vraies décisions, affichages et drapeaux, bref, la couverture soignée et 3 lignes d’intro plutôt que le livre complet. Même en admettant que, supprimer le portable dans les cours de récré (dont on sait malheureusement à quel point cela sera compliqué sinon impossible tel que dit dans la loi), ou le rétablissement des blouses – lol au centuple – soient ce qui mobilise les applaudissements des foules, sensibles également au côté CPE-surveillant général qui « en a » du personnage, face au sourire « inoffensif » de la précédente dans le poste ; même en limitant cette popularité à quelques affichages bâclés, cela interroge une fois encore, mais plus qu’avant, sur la nature des demandes en France en termes d’éducation, et sur les positionnements ou postures des ministres pour y répondre… On avance, on avance ??

Dès son entrée en piste, dans le gouvernement où étaient censées se mélanger en un joyeux camaïeu de couleurs, et la droite, et la gauche, lui, au moins, c’était clair : pour nous, membres de la communauté éducative, grincements de dents : ouh là ! En voilà un qui habitait de longue mémoire deux ensembles de qualificatifs : – très (très) à Droite, et réac bon teint (je précise que c’était l’avis aussi de certains membres de son camp !). Il suffisait de se souvenir de deux ou trois marqueurs ; par exemple ce projet de repérage des élèves en risque pour les apprentissages dès la maternelle (2009, il est alors directeur de l’enseignement scolaire auprès de L. Chatel, ce très regretté ministre). Ancien recteur de l’académie de Guyane – spécialiste et connaisseur de l’Amérique Latine – puis de celle de Créteil (plus original, pour lui, là ), il y conduisit des projets – partenariat avec Sciences Pô, pour le haut du panier des lycées de banlieues, et mise en place des Internats d’excellence. Bien ! mais que fait-on des autres, les ordinaires, et les moins bons ? Faut-il tuer d’entrée, en sus, ces perdus du scolaire, et demain de la vie, ceux dont certains enseignants n’hésitent pas à dire qu’ils font perdre le temps des autres. On reconnaîtra là comme un copié collé avec la substance de la politique Macron en tous domaines ou presque : faire pour les meilleurs, faire émerger et exploser leurs besoins, leurs talents, à ceux-là, point. On ne le dira jamais assez : le maître étalon de nos gouvernants et notamment du chef de l’exécutif, c’est la tête de classe (accessoirement, ceux qui méritent d’y accéder).

 On a vite et dès les premiers mois reconnu la marque de fabrique lorsque sont parus les décrets revenant sur le ministériat honni de Najat Vallaud-Belkacem : rétablissement des classes bilangues en collège, renforcement des langues anciennes et du grec notamment, travaux interdisciplinaires rendus facultatifs, renforcement de l’autonomie (floue) des établissements et entre autres du rôle de « chef » d’établissement, prié de décupler des fonctions d’autorité qu’il n’a pas. Mesures (non négociées) rendues notamment possibles par le manque de cohérence et l’insuffisant soutien, lors du précédent quinquennat, de syndicats comme le SNES (soit dit en ancienne militante…).

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 20 janvier 2018. dans La une, France, Politique

Macronie : Orléanisme et Rocardisme ?

Il me faut d’abord expliquer le titre de cette chronique en se demandant ce que furent, au sens historique de ces termes, l’orléanisme et le rocardisme ou deuxième gauche. L’orléanisme stricto sensu fut défini par l’historien et politologue René Rémond comme étant la famille politique la plus modérée de la droite française, en opposition avec le légitimisme ultra des monarchistes autoritaires et le bonapartisme. Quant au rocardisme ou deuxième gauche, mis en lumière notamment par Hervé Hamon et Patrick Rotman, il s’est agi d’une gauche de tradition plutôt girondine (autogestionnaire au sens des années 1970) ; et l’on pouvait l’opposer à la première gauche, de tradition jacobine (centralisatrice). A propos de cette deuxième gauche, on doit citer, comme figures de proue, la gauche qu’on appela effectivement rocardienne, mais surtout la CFDT (les cédétistes ayant joué un grand rôle dans l’élaboration de ses thématiques, surtout depuis le « recentrage » d’Edmond Maire). Il va falloir se poser la question de savoir si ce schéma global peut correspondre, au moins en partie, à ce qui se passe actuellement en France – dans une version de type XXIe siècle – depuis l’élection d’Emmanuel Macron comme chef de l’Etat avec une considérable majorité parlementaire incluant LREM (La République En Marche) et ses différents petits groupes d’alliés directs ou indirects.

Analysons d’abord dans quel contexte se produisit la connexion entre ce nouvel orléanisme et la deuxième gauche, et sous quelles formes ? Lors des débuts de la campagne des élections présidentielles de 2017, la montée du « phénomène Macron », que de nombreux médias annoncèrent comme une « bulle » (qui allait donc se dégonfler d’elle-même), correspondit en fait à l’épuisement d’un système politique partitaire à bout de souffle. En effet, les Français considéraient – à tort ou à raison – que rien ne ressemblait plus, sur le plan économique (voire social), à ce que faisait la droite classique que ce que réalisait la gauche de gouvernement lorsqu’elle arrivait aux affaires. C’est sur cette usure du « système » politique que le candidat Emmanuel Macron construisit son image, en développant d’abord le thème du « Ni droite, ni gauche », puis, plus habilement, du « Et droite, et gauche ». Ceci lui amena progressivement des soutiens issus de milieux très différents au sein de la société civile et de certains secteurs du modèle préexistant. Ce qui me frappe, en tant qu’historien, c’est une intéressante comparaison historique à faire, liée à des similitudes indirectes avec la France des années situées entre 1873 et 1875, et accessoirement de 1958 (avec le Général De Gaulle). En effet, et même s’il s’agissait, en 1873-1875, de questions centrées sur des aspects institutionnels, le Comte de Chambord ayant voulu que l’on prenne à nouveau le drapeau blanc à fleurs de lys (symbole de l’Ancien Régime), et non pas le drapeau tricolore (symbole de la Révolution), cette célèbre « querelle des drapeaux » poussa les monarchistes modérés orléanistes (qui acceptaient le drapeau tricolore) à s’allier avec une bonne partie des Républicains. Ce centre-droit orléaniste s’étant converti à une République modérée, il fut possible de mettre en place un nouveau système : celui de la IIIème République, qui, forgée autour de la Constitution de 1875, dura de l’année en question jusqu’à ce qu’elle soit étranglée, en profitant de la défaite de la Campagne de France, par le « Régime de vichy », ou de « L’Etat Français », avec Philippe Pétain et Pierre Laval.

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 janvier 2018. dans France, La une, Média/Web, Politique, Actualité, Société

Charlie dans son bunker… mais que faire d’autre ?

Depuis quelques heures on les entend tous, lectorat fidèle au cuir tanné du vieux Charlie, tout venant occasionnel achetant le grand fascicule chaque fois que ça pète sur sa couverture, journalistes d’ailleurs (là, c’est un peu facile) et même…  ceux de Charlie, les survivants, et  les venus depuis. On les entend dire – Charlie enfermé dans son bunker, c’est tout simplement impossible… comme une erreur soulignée en rouge, un oxymore ahurissant, le grand fauve des savanes enfermé ! Evidemment !

Pile, 3 ans après l’incroyable et l’indicible.

 C’était hier, ceux de Charlie. Nous tous tombés par terre devant radios et  tv, nous tous « je suis Charlie » ; dégoulinant, noir, sur la façade du Palais des festivals de Cannes où je me trouvais et où j’ai défilé le 11, avec à mon bras une tantine de bien plus de 80 ans, qui n’avait jamais manifesté ; clignotant, le Charlie – ce n’était pas le moins étonnant – au fronton du Vinci des autoroutes, partout, dans la moindre boutique, le plus petit espace libre d’affichage au coin des rues, papillons noirs qui rassemblaient alors presque le monde entier, passeport tenu à bout de bras ; du simple, du presque tout : la liberté d’expression. Ils seraient encore aujourd’hui, aux derniers sondages, à se revendiquer de ce « je suis Charlie » à hauteur de plus de 70%, en France, ce qui est énorme quand on sait à quelle vitesse tournent les opinions et leurs modes moutonnières.

Alors, comment traiter les Charlie, hic et nunc ? Quand on mesure ce qui reste (et peut-être augmente) de haine et de menaces vis à vis de ce que représente Charlie vu de la lorgnette de l’intégrisme pur et dur, de son bras armé terroriste, bien  vivace nonobstant la perte territoriale du fameux califat du Moyen-Orient (quand E. Macron dit que la menace future viendra de l’Afrique sahélienne, il a vu juste ; rien n’est fermé dans la terrible entreprise, loin s’en faut).

 Pour ces djihadistes, l’esprit-Charlie est tellement autre chose que ce qui s’entend pour nous, a minima : liberté d’être impertinent dans un journal satirique. C’est que Charlie, ces gens le comprennent au cœur, et ne sont pas à ce titre, prêts à lâcher la cible. L’esprit Charlie, et son compère, celui du 11 Janvier, que même un Hallyday descendu de sa planète Amérique a chanté et plutôt bien, c’est la quintessence de la menace contre eux, quelque chose d’opérationnel contre le noir du drapeau de Daech : sourire et joie, collectif et valeurs, culture et rire, surtout, et gens debout… Et on penserait que deux dizaines de types, même de l’ importance de la Rédaction de Charlie, auraient suffi à étancher leur soif !

Les menaces sont bien là – toujours aussi implacables - nominatives ou non, terrifiantes. La fatwa rôde ; demandez donc à Rushdie s’il est content de sa vie plus qu’à l’ombre…

Vichy était-ce la France ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 décembre 2017. dans La une, France, Politique, Histoire

Vichy était-ce la France ?

Depuis le discours d’Emmanuel Macron, le 16 juillet dernier, à l’occasion du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, la polémique a fait rage.

Le président a, en effet, déclaré :

« Alors oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et, donc, pour presque tous, la mort des 13.152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leurs domiciles, dont plus de 8000 furent menées au Vel d’Hiv avant d’être déportées à Auschwitz. Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France ».

Tollé tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche ; Florian Philippot : « cette insistance de Macron à humilier la France est préoccupante. Restons fiers, proclamons notre amour de la France », et Jean-Luc Mélenchon de faire chorus : « La France n’est rien d’autre que sa République. À cette époque, la République avait été abolie par la révolution nationale du maréchal Pétain ».

Au fait, qu’est-ce que « la France » ?

Ecartons tout d’abord la fiction de la France-personne, chère à de Gaulle ou à Péguy, cette personnalité collective ou corporative, inventée par Michelet, incorporant mystiquement tous ses membres, à l’image du Christ ou de l’Eglise dans la théologie paulinienne…

Un pays, selon l’école de sociologie historique allemande, c’est avant tout un « staatsvolk », un « peuple-état », une entité juridique composée de ses citoyens. A cette aune, la France ne fut ni collaboratrice, ni résistante – groupes ô combien minoritaires rapportés à l’ensemble de la population –, elle fut planquée ! Elle n’approuva ni ne désapprouva la rafle du Vel d’Hiv, elle s’en lava les mains…

Mais passons du plan strictement démographique au plan symbolique. Pour Patrick Buisson – et à cet égard, il a raison – il existe des « incarnations ». Un homme « incarne », à moment donné, des idées et une nation. De même que l’Allemagne nazie « s’incarna » en Hitler ou la Russie communiste en Staline, de même, de 1940 à 1944, la France s’incarna en Pétain. 40 millions de pétainistes en 40, dit Henri Amouroux. L’estimation est peut-être élevée (mes grands-parents, par exemple, furent anti pétainistes, bien avant de connaître de Gaulle) ; mais il reste que l’adhésion au nouveau régime fut massive, à l’instar de l’approbation – largement majoritaire également – aussi bien de l’hitlérisme que du stalinisme dans leur domaine respectif.

En effet donc, il existe – quoique la notion, en droit, me gêne infiniment – une responsabilité collective des pays concernés face aux crimes des hommes qui les gouvernaient et qu’ils soutenaient. Toutefois cette responsabilité ne saurait être héréditaire. Les Russes actuels ne sont pas comptables du goulag, pas plus que les Allemands d’aujourd’hui n’ont à battre leur coulpe au sujet des camps de la mort. Rien n’oblige de même les Français de 2017 à se repentir des horreurs commises dans le sillage de la « révolution nationale ».

A l’inverse de certains passages de la Bible, les fautes des pères ne rejaillissent pas sur leurs enfants…

Deputatus erectus

Ecrit par Lilou le 16 décembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 novembre 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Islamosphère : Plenel, complice ou saint Bernard ?

On a beaucoup glosé sur la couverture de Charlie Hebdo, montrant un Edwy Plenel se voilant, avec ses moustaches, successivement les yeux, les oreilles et la bouche – tels les fameux singes du Bouddhisme – aux sujet des turpitudes sexuelles de Tariq Ramadan. Plenel juge cette une « diffamatoire et haineuse » ; mais la véritable question – la seule qui vaille que l’on en débatte – n’est pas celle de savoir si Mediapart avait ou non connaissance des débauches libidineuses de Ramadan (à vrai dire, peu importe) ; la véritable question se pose comme suit : Plenel a-t-il été et est-il encore (comme d’autres) le « compagnon de route de l’islamisme » que décrit Alain Finkielkraut ?

Plenel s’en défend : il a débattu seulement deux fois avec le personnage ; « il n’a rien dit de choquant, affirme-t-il, son discours étant fort républicain et aucunement subversif ». Discuter avec lui n’avait donc rien de pendable, et François Bonnet, co-fondateur de Mediapart, de déplorer : « Depuis, Mediapart et son président ont décidé de ne donner suite à aucune invitation venant d’une association musulmane sans identité claire, pour ne pas risquer d’être instrumentalisés. De ce point de vue, les islamophobes ont déjà réussi quelque chose : à ce que des publics de croyants musulmans n’entendent pas un autre discours, de fraternité au lieu de repli, leur démontrant qu’ils ne sont pas condamnés à l’exclusion ou au ressentiment ».

Le hic, c’est que la complicité d’Edwy Plenel – et, en général, de Mediapart – ne se réduit pas aux « dialogues » qu’il a eus avec Tariq Ramadan. Plenel prend parti des musulmans depuis toujours et notamment depuis la parution de son livre Pour les musulmans (Editions La Découverte, 2016). Il y explique qu’il aurait fait de même pour n’importe quelle minorité menacée (noirs, homosexuels, LGBT, juifs) et ajoute qu’il s’est inspiré d’un article écrit par Emile Zola dans Le Figaro, intitulé Pour les juifs. L’islamophobie actuelle étant le symétrique de l’antisémitisme d’antan.

Passons sur le fait qu’il s’agit là d’une fausse symétrie : il n’y avait pas – que je sache – au XIXème siècle d’attentats meurtriers commis par des juifs au nom du Judaïsme, ni de rabbins prêchant la haine et le non respect des lois républicaines au profit de la codification talmudique… plus inquiétant encore, l’islamisme est – en bloc – minimisé par Mediapart. La journaliste Jade Lindgaard, qui fait partie de l’équipe, n’hésitait pas à affirmer, dans l’émission C l’hebdo du 11 novembre dernier : « l’islamisme n’est pas un problème grave ». Pire, Plenel a soutenu Medhi Meklat à une époque où les milieux « informés » connaissaient déjà les tweets ignominieux que ce dernier envoyait sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps ; des tweets dans le genre de « il faut enfoncer un violon dans le cul de Mme Valls », ou bien il convient de « casser les jambes de Finkielkraut », voire « les blancs, vous devez mourir ASAP (as soon as possible) ».

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