France

Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 08 avril 2017. dans La une, France, Politique

Présidentielles : vers des scénarios du pire ?

Tous les commentateurs nous disent, et les français ressentent très bien cela, que les élections présidentielles d’avril-mai 2017 sont devenues complètement « folles », en rapport avec les cinq candidats qualifiés de « grands » par les médias, par rapport aux six autres longtemps appelés « petits » ! Mais, il y a autre chose de beaucoup plus grave : c’est le fait que pourraient se produire ce que j’appellerais pour cette chronique des scénarios du pire. Pourquoi cette expression ? Et pourquoi le pluriel ? Tout simplement surtout en raison de la possible – même si elle ne semble pas probable – arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, ou de celle, de plus en plus improbable (même si…) de François Fillon. Et il y a enfin, à un niveau qui n’est certes absolument pas comparable (je le montrerai dans la dernière partie de ma chronique), ce que certains considèrent comme relativement risqué avec l’élection éventuelle d’Emmanuel Macron, qui serait privé, selon eux, d’une majorité présidentielle lors des législatives de juin, ce qui pourrait rendre la France ingouvernable (?) Je vais analyser ces trois cas de figure, en hiérarchisant, bien entendu, ces scénarios plus ou moins problématiques pour l’équilibre de notre démocratie actuelle.

Il convient de commencer – cela va de soi – par la façon dont notre pays pourrait vivre des mois (voire davantage) particulièrement graves en cas de victoire sur le fil de Marine Le Pen et du parti front-nationaliste, bien que la candidate frontiste n’ait pas d’alliés pour franchir la barre des 50% des suffrages exprimés plus un pour le second tour (ce que certains appellent « le plafond de verre »). Pourquoi, en se projetant vers un futur de ce type, la situation de la France pourrait-elle devenir vraiment gravissime ? En premier lieu, au moment du choc provoqué par son élection comme présidente, il y aurait probablement des manifestations de rue beaucoup plus importantes encore (et dures) que celles qui avaient suivi et suivent encore l’élection (légale, mais non légitime par rapport au suffrage universel) de Donald Trump aux États-Unis ; et pourquoi pas des troubles opposant manifestants et contre-manifestants, un peu comme assez récemment au sein de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan ?! En second lieu, Marine Le Pen aurait-elle une majorité lors des élections législatives de juin face aux résistances démocratiques auxquelles je viens de faire allusion et qui pourraient déstabiliser positivement une partie importante des électeurs voulant rectifier le tir en lui imposant une sorte de « cohabitation » (avec quel premier ministre ?)… ? En troisième lieu, on assisterait, avec la sortie de la France de la zone euro, à un risque de tangages – voire à une dislocation progressive – dans l’Union Européenne, car que serait celle-ci sans le fameux « couple franco-allemand »… ? En quatrième lieu, le franc – auquel nous reviendrions – serait attaqué (dans le cadre d’une spéculation à la baisse) par les investisseurs étrangers ! Il connaîtrait des dévaluations en cascades, qui ne seraient absolument pas « compétitives », puisque, si les prix de nos produits à l’exportation seraient moins chers, toutes nos importations (par ailleurs bien plus conséquentes) subiraient, avec des mesures de rétorsions de la part de pays comme la Chine ou les États-Unis, des renchérissements considérables ; d’où un déficit de plus en plus marqué de notre balance commerciale et un franc devenant ce que l’on appelle une « monnaie de singe », c’est-à-dire perdant de plus en plus de sa valeur, jusqu’à un possible effondrement (?) En dernier lieu, et inévitablement les taux d’intérêt augmenteraient considérablement – de la part des milieux financiers qui nous prêtent de l’argent –, en conséquence de quoi, au bout de cinq ou six mois, notre pays connaîtrait la banqueroute, ou ce que l’on nomme un « défaut de paiement »…

Pour ce qui concernerait le cas, certes peu probable, mais sait-on jamais… (?), consistant à voir François Fillon l’emporter en mai après une qualification d’extrême justesse lors du premier tour du 23 avril, en quoi s’agirait-il d’une autre forme de scénario du pire ? D’abord, ce serait l’arrivée à la magistrature suprême d’un homme complètement démonétisé par les affaires du Penelopegate et du Fillongate, ce qu’une grande partie des français ne supporterait pas ! Ensuite, soit François Fillon ne pourrait quasiment rien appliquer en rapport avec du programme – notamment « anti-social » – qu’il avait annoncé lors des primaires de la droite ; ce serait alors très vite l’immobilisme, l’impossibilité de réformer en profondeur notre pays (sachant que le terme de « réforme » est par définition polysémique), et nous aurions donc un quinquennat pour rien contribuant à favoriser encore la montée du Front National de Marine Le Pen ! Enfin (seconde possibilité), soit le nouveau chef de la droite pourrait rester « droit dans ses bottes » (pour reprendre une expression célèbre), François Fillon passant outre et mettant en application son programme, utilisant la méthode de la « thérapie de choc », voulant « casser la baraque » (selon sa propre expression) en gouvernant par ordonnances (c’est-à-dire hors de la présence des assemblées, ce qui ferait regretter l’article 49/3…) pendant une centaine de jours, comme le lui permettrait théoriquement l’article 38 de la Constitution ; inévitablement, il y aurait alors un très grave risque de troubles en France, allant bien au-delà de simples grèves et de manifestations, et sans doute même une sorte de guerre civile froide qui pourrait déboucher à terme sur la menace d’utiliser l’article 16 donnant au président des « pouvoirs exceptionnels »… !?

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Parce quand même, « le chemin de croix » de la Droite (ça va comme un costume au cher Fillon, cette formule) est tellement dur… Ces affaires qui tombent comme à Gravelotte ; de riche objet offert comme au temps des Rois – et alors ! – en mises en examen en cascade ; ces concerts de casseroles amusants, mais dont la pertinence est peu citoyenne au bout : qu’on laisse donc faire la justice ; qu’on laisse s’empêtrer à moins que le contraire, nos « camarades » LR dans leur conscience, morale et autres instruments poussant d’usage en cœur et cervelle chrétiennes. Bref, basta. Tournons le regard en attendant – en espérant, que l’électeur saura tourner la page…

Mais on comprend bien cette colère inextinguible des troupes, des concitoyens ; on leur a volé la fin du film, le happy end de l’alternance assurée, et c’est intolérable. On les voit – on en connaît tous, quelques-uns de ces gens de Droite – leur mine défaite avant l’heure, leur aigreur de futur mauvais perdant, leur air ahuri de lendemain de fête qu’aurait mal tourné. Chaque soir, quand l’heure, un quasi rituel, de « C dans l’air » sonne celle des dernières news – une sorte de moisson, vous voyez – on les attend avec gourmandise, ceux des experts (faut-il vraiment les citer) qui penchent nettement à droite, et s’étaient faits raseurs de murs tout leur chemin de croix à eux. Alors…

Eh bien, si l’on pouvait – n’importe où – trouver, dégoter, 3 pincées d’infos de nature à détourner les feux… ce serait assistance à personne en danger, faire souffler un peu le bœuf, ce serait humain finalement. On se dit – magnanime – oui, soyons sportif ; pouce !

Or, les voilà, utilisant leurs minutes de perm, nos LR fillonistes, tout « rebéqués » (« pas contents » en langage Ancien régime), galopant jusqu’à la librairie du coin de la rue, pour acheter un bouquin spécialisé dans le thriller politico-judiciaire, un brin fouillis renseignements généraux, une miette tout ce qu’il faut savoir sur les systèmes divers et variés de surveillance par le pouvoir en place, avant, et après, même. « Bienvenue Place Beauvau », voilà la pépite et pourquoi pas la goupille.

Qu’en disent les auteurs ?

1) Que tout pouvoir en place, notamment l’Intérieur, certainement l’Exécutif dans son entier, savent plein de choses ; infos de première importance, nécessaires ou moins, infos sans beaucoup d’importance ni d’urgence, à garder sous le coude, s’il s’agit de gens à surveiller ou d’opposants politiques. Qui en douterait ? De là à exploiter tout de façon perverse, malveillante (voyez « Clearstream », un must), à déguiser en bombes assurément mortelles des bribes pour en faire des affaires capables de gagner une présidentielle, il y a ce qui sépare un Richelieu, un Mazarin, un Talleyrand – autre must – d’un Hollande. Peut-être – à peine – un Absolutisme d’un État démocratique, car cet homme à qui on peut reprocher tant de choses, est plus que d’autres dans la constance du respect de l’État de Droit.

2) Le livre précise que l’Affaire Fillon n’est pas à son menu, que de « Cabinet noir » tirant ficelles en chambre, aucune preuve tangible ne court la rue dans l’état actuel des connaissances, mais, peu chaut à l’heure où nous sommes et dans le trip Filloniste, tel qu’il fonctionne : le « post verity » servira de viatique ; peu importe les faits, le raisonnement, les analyses ; ce que vous devez croire est ce qu’on vous raconte… récit, roman, même mot, pas loin.

La peau de chagrin de la gauche radicale

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La peau de chagrin de la gauche radicale

J’aurais pu d’ailleurs dire « la peau de chagrin de la gauche tout court ». Jamais depuis 1958, celle-ci ne s’est trouvée à un étiage aussi bas dans l’opinion, moins de 25% au total (si l’on en exclut, bien sûr, Emmanuel Macron qui se déclare, tel feu Michel Jobert, « ailleurs » et refuse la latéralisation bipartisane du paysage politique) ; même en 1969, l’année terrible pour la SFIO agonisante (5,01% au premier tour pour Gaston Deferre), le PCF affichait un 21,27% qui ferait rêver Jean-Luc Mélenchon…

Le soutien officiel de Manuel Valls – faisant suite à celui, officieux, de Ségolène Royal – à l’ancien ministre des finances de François Hollande, souligne le hiatus dont le résultat de la primaire dite de la « belle alliance » était déjà le symptôme : le fossé infrangible qui désormais sépare un appareil et des élus centristes (hollandais) d’une base radicalisée mais sociologiquement rétrécie. Cette base file le – mauvais – coton de celle des travaillistes britanniques, qui ont réélu l’archaïque Jeremy Corbyn, revenant naphtaliné du paléo-étatisme des années 70 et meilleur gage de pérennité gouvernementale pour le parti conservateur. L’actuel naufrage de Benoît Hamon dans les sondages – il a dégringolé de 6 points depuis sa « victoire » – démontre que l’électorat dans sa globalité diverge dramatiquement de celui du PS.

Alors pourquoi ? Pourquoi cette purge, ce purgatoire de la radicalité progressiste, quand l’autre, la radicalité réactionnaire (MLP + Fillon = 45%) a, elle, le vent en poupe ?

Certes, on incriminera le quinquennat de Hollande, dont la volte face sur la déchéance de la nationalité, aggravée par le lever de bouclier que provoqua la loi travail, a transformé le parti d’Epinay en champ de bataille, voire en champ de ruines. Mais le mal vient de beaucoup plus loin. D’un point de vue gramscien, la bataille des idées a été définitivement perdue avec l’effondrement de l’URSS et la chute du bloc de l’est ; car ce n’est pas seulement le marxisme sous sa forme léniniste qui fut dès lors mis à bas, mais toute la matrice de la pensée de gauche, à commencer par ses valeurs premières, l’égalité et l’émancipation.

Le peuple – le démos populaire et populiste – n’a cure de l’égalité : pire il revendique l’inégalité des étrangers par rapport au Français (refus du droit de vote des premiers aux élections locales, repoussé sine die depuis 1981, tentation de la préférence nationale à l’embauche). Quant à l’émancipation, les Français lui préfèrent la protection : les droits des minorités de tous ordres passent après, bien après la sécurité – économique (protectionnisme), culturelle (identitarisme) – et naturellement la sécurité tout court, peur du terrorisme.

Les mouvements comme Nuit Debout ne doivent pas faire illusion : impressionnant médiatiquement parlant, leur socle n’en demeure pas moins minime numériquement : celui des « inclus », selon la classification de Patrick Buisson, « métropolitains » selon celle de Christophe Guilluy ; des diplômés, mais qui craignent un déclassement du fait de leur précarisation croissante. Suffisamment nombreux pour faire pencher la balance du côté d’un Hamon, dans le cadre – limité – de la primaire, ils ne sauraient constituer une lame de fond susceptible d’influencer une présidentielle.

La France n’ira jamais plus loin que le centre gauche, et encore, à condition que celui-ci – Macron – se présente comme « franchisé » de toute appartenance à la gauche de gouvernement antérieure.

La peau de chagrin, en réalité, se réduit à ce rôle de cordon sanitaire face aux droites extrêmes ou extrémisantes, auquel se voient réduits les progressistes qui entendent malgré tout résister.

La résistance donc, un combat d’arrière garde, mais qui a sa noblesse.

Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Il vous est bien sûr arrivé – en riant, ou pas, en privé ou moins – d’oser ce : mais faut-il vraiment que le suffrage reste universel ?? Ce que d’autres résument – à peine le pli d’un sourire amer au coin de la bouche – par un tonitruant : il faut dissoudre le peuple…

Au cœur du malaise de la Campagne qui commence (officiellement, en fait depuis tellement longtemps en piste), est ce regard sur ceux qui s’apprêtent à voter demain ; vous aurez compris, ceux-là… et nous en face, sautant d’un pied inquiet sur l’autre douloureux, un blanc dans une main, un Macron dans l’autre.

Car, indéniablement, bien plus que les « dits », genre chanson de geste, multiples et caracolant, redondants, des Fillon, Le Pen – les deux bêtes noires de la pièce (ce que ça peut rabâcher, résumer, cette campagne ! un temps d’abstracts bien plus que d’analyses, le temps des tweets de Trump toquant à la porte…), bien plus que les personnes et leurs travers a-démocratiques épais comme camions, davantage même que le dessous plus qu’inquiétant de programmes que la foire actuelle empêche de lire à tête reposée, au-delà de tout ça, ce qui colore mes nuits blanches de cauchemars bien noirs, c’est – je vous le donne comme tels – la masse des gens qui vont voter pour « ça », qui en parlent, parfois énamourés, qui tracent, obstinés – foin des affaires-complots ! – vers ce qu’ils veulent être leur ligne d’arrivée. C’est le bruit de ces étranges légions en marche qui m’angoisse. Et le mot n’est pas trop fort, comme on dit des films horrifiques. Vous voyez, ces films où les visages se déforment sur fond de musique à vous scier les nerfs ; le petit chaperon rouge devient le loup, le chat (le chat !!) vire à la gueule du léopard… ça tient de ça, mes rêves actuels.

Parce que notre bon peuple valeureux, de nos livres d’histoire, de nos vies citoyennes et militantes, industrieux, manifestant au son du « tous ensemble » ; celui que, depuis la grande Révolution, on pose à gauche toute, celui qui a fait des kms à pieds pour aller voter la première fois, au suffrage universel masculin, en 48 l’éclairée, celui des barricades ici et là, des résistances plus souvent qu’à son tour, celui-là, m’sieur-dame, est sans doute parti sur la lune. A c’t’heure, la « candidate du peuple » est toute en dents de requin sous son drapeau bleu-marine.  L'autre soir, dans le débat TV où elle trônait, elle n'en pouvait plus de scander – moulin à prières à sa façon, ces – mais, le peuple a dit, mais le peuple ne veut pas, mais je défends le peuple qui... Le FN – celui du Nord, d’abord, qui chante « on est chez nous » pas seulement dans le remarquable film de Delvaux (à voir si ce n’est fait ; urgence citoyenne !) – a capté – dérouté serait le mot plus approprié – tout ce qui bougeait encore à gauche depuis des générations, dans les ruines du post industriel, post boulot, post dignité populaire. Il y a à présent un peuple qui marche au soleil et face découverte, à l’extrême droite, ni nazi, ni parfois même raciste, écœuré et déçu de tout, apeuré surtout pour le devenir de la nichée. Et c’est patent que pour nous, socialistes de crédo, Hollandais de raison, ce serait difficile de réciter en face de leurs colères la réalité des faits politiques d’un quinquennat, qui – ce n’est pas vrai ! – n’a aucunement préparé leurs tombes. Difficile, mais s’il y a demain dans la campagne, ou plus tard, à demeurer un militant, c’est – aussi – face à eux qu’il faudra tenter de se dresser, et c’est une litote que de penser que le vent sera fort. Quand je vous dis, cauchemar…

Mais – comme vous, sans doute – ceux-là, ça fait un p’tit bout qu’on les a repérés, analysés aussi. Dans notre serrage de gorge, on est – petite consolation – en terrain déjà connu (ce qui est de première importance dans toute guérilla). Par contre, la masse des autres…

Sociologie des deux droites

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 mars 2017. dans La une, France, Politique

Sociologie des deux droites

Sociologie, il s’agit des gens, des électeurs, et non des partis, dont la typologie – déjà ancienne (1954), mais toujours pertinente – faite par René Rémond demeure une référence.

Je me base – avant tout, mais pas seulement – sur les travaux du géographe Christophe Guilluy, Atlas des fractures françaises (2000), La France périphérique (2014), et Le Crépuscule de la France d’en haut (2016).

Guilluy distingue ce qu’il nomme la « France périphérique » – celle qui vit en dehors des grandes agglomérations (fuyant les centre-ville trop chers et les banlieues ghettoïsées) et souffre de la révolution numérique globale à laquelle elle est inadaptée – de la « France métropolitaine », la France de ceux qui habitent Paris ou les métropoles régionales, pas forcément des très riches, mais des cadres formés au nouvelles technologies et à l’aise dans le monde qui vient. Ce clivage recoupe celui forgé par Patrick Buisson, qui parle, lui, des « inclus » et des « exclus ». Bien entendu, les polarités périphérie/centre et inclusion/exclusion ne corroborent pas le positionnement droite/gauche : il existe aussi – évidemment – des exclus, comme des inclus, de gauche. Mais le décalage de l’ensemble de la société vers la droite prend chez les uns et chez les autres une coloration différente.

J’opposerai ainsi les populistes aux élitistes conservateurs.

Les populistes sont confrontés à un dilemme, à ce qu’on appelle en anglais un « double bind », et que Buisson, dans son dernier livre (La Cause du peuple, recensé par moi sur RDT), qualifie de « face à face métaphysique opposant les partisans de l’illimité aux gardiens de la limite ». D’un côté, en effet, un désir de briser des tabous (perçus comme autant de limitations) – l’antiracisme, l’idéal d’égalité – d’où la prégnance des thèmes de l’identité et de l’éventuelle préférence nationale ; mais de l’autre, un besoin de se voir rassuré par des frontières on ne peut plus « limitantes » : frontières économiques (le protectionnisme), politiques (frontières tout court, sortie des traités européens), culturelles (défense sourcilleuse de la laïcité, condamnation du multiculturalisme et islamophobie). Le Front National et ceux qui l’imitent, excellent dans cette coincidentia oppositorum, cette coïncidence des opposés.

A l’inverse, les élitistes conservateurs se définissent essentiellement par la réaction.

Réaction contre l’Etat providence, supposé asphyxier l’économie et les ménages ; d’où une exigence de dérégulation (démanteler le Code du travail), de moins d’impôts (suppression de l’ISF, diminution des charges pesant sur les entreprises), avec, parallèlement, une exaltation du travail, dont le temps légal devient alors la mesure de la vertu ou, au contraire, du vice.

Mais également, et non moins, réaction contre Mai 68 et la permissivité sociétale qui en résulte. Le rejet de la loi Taubira, la Manif pour tous et le développement de groupes de pression « catho tradi », tel Sens commun, en sont la traduction.

Sur un plan politique, ces élitistes conservateurs – des inclus métropolitains – se retrouvent parfaitement dans le programme de François Fillon. Ils formèrent l’essentiel du rassemblement en sa faveur, au Trocadéro, le 5 mars de cette année.

Patrick Buisson, d’ailleurs, avait remarquablement prévu la défaite de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite : celui-ci tenait un discours populiste, s’adressant aux « exclus », alors que ceux qui se déplaçaient pour aller voter appartenaient dans leur écrasante majorité aux « inclus », élitistes et conservateurs à la fois. Fillon était de la sorte leur candidat naturel. Les deux catégories divergeront lors du second tour de la présidentielle : les populistes, cela va sans dire, confirmeront leur vote du tour précédent pour Marine Le Pen ; mais les élitistes conservateurs inversement se diviseront en fonction de leur haine dominante : les uns, préoccupés d’abord de mœurs, voteront FN (quoique ce dernier abrite en son sein les tendances contradictoires de Florian Philippot et de Marion Maréchal-Le Pen), tandis que les autres, soucieux davantage d’argent, porteront leurs suffrages sur Emmanuel Macron.

La droite d’en haut et celle d’en bas en quelque sorte…

Présidentielles ; noir, c’est noir

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Présidentielles ; noir, c’est noir

…Chantait Johnny, bêlant, là-dessus, un « il n’y a plus d’espoir », si j’ai bonne souvenance… Atmosphère…

…Noir, bien sûr, comme ce qui qualifie l’offre formidablement déroutante, la période, les questions sans réponses ; des points d’interrogation, en guise de seule ponctuation. Noire, la couleur de tout, de matines en JT du soir (si, d’aventure, on ne prend pas les infos de midi, on perd le fil). Noir-suie ; genre on voit rien, on respire mal (vraiment loin de l’Outrenoir du Seigneur Soulages).

Chacun s’accorde à en convenir : nous sommes dans la campagne électorale la plus sombre, indécise, la plus ahurissante, grotesque et par moments pitoyable, de la Vème République. Drôle de tableau pochoir coloré quasi uniquement au « contre ça », la menace FN, bien entendu.

Un couloir de cave, mal éclairé, aux pavés disjoints ; des chausse-trappes à gogo, partout, et en guise de sol, du glissant, du moisi… une odeur, je ne vous dis pas ; mais où-c’est-y-que je m’en vais poser mes cartons d’archives – moi, qui émerge à peine de mon déménagement, ça m’inspire…

Vous, je ne sais pas, moi, j’ai un mal fou à me repérer dans la chose, pour tout dire, à certains moments, je n’y vois goutte. Dans un peu plus de 40 jours, les urnes ! C’est peu dire que c’est bien ma première année d’électrice vaccinée, où j’en suis là (« tombée là » disait-on chez moi) : un mélange d’épuisement, de lassitude intense, d’absence de route en vue ; une espèce de coupure nette dans l’arrivée d’énergie, moi, dont la passion pour la chose publique était d’ordinaire à un niveau plutôt de bon aloi, en intérêt, voire en enthousiasme, quand sonnait l’heure des Présidentielles en partance. Bernique, tout ça ; oublié, loin dans des siècles passés. J’ai comme l’impression, parfois, qu’il ne manque plus que le service psychologues pour traumatisme, auprès de nos hésitations et de notre désarroi parkinsoniens.

Cul par dessus tête, la temporalité de la campagne, et c’est peut-être là que siège une partie du malaise – le mien, c’est sûr. Une autre dimension. Quelque chose d’un voyage intergalactique, ses troubles, et par pulsions, sa bizarre et dangereuse euphorie. Une musique contemporaine, aussi, sérielle, par moments, tuant certaines oreilles, en ravissant d’autres. Assurément, guère harmonieuse. Coups d’accélérateurs – on s’en souvient à peine – depuis le « se présente ou pas » du Président, suivi de son renoncement début décembre (combien de jours, au fait, cette Préhistoire là ?) ; symphonie – concertante, je n’oserai dire – des Primaires de la Droite. Résultats à la hauteur des amateurs d’émotions fortes. Primaires de la gauche, dans la foulée. Re-résultats ; re-grand huit des manèges. Valls au cœur de la tourmente ; mais, Valls, qui s’en souvient à c’t’heure… ? Et puis le roman Fillon ; mieux que les « mystères » d’Eugène Sue le feuilletoniste ; même process, l’écriture au jour le jour du suspense du moment… la totale du manège. En une pincée de jours – autour de 30, pas plus – tout le « plus belle la vie » d’un quinquennat entier, ses personnages, ses presque morts, puis résurrections fulgurantes, ses répliques « tellement vraies » : « mais c’est qu’ils vont me le faire suicider ! » frissonnait une vieille voisine au fond de mes bois de Corrèze… Dans une même journée, des retournements dignes d’Agatha ; démissionne, renonce, s’accroche (et se ré-accroche), plan B, C, que sais-je ; tous les mardi, un Canard, tous les soirs, un C dans l’air vibrant… elle est pas belle la vie du militant de gauche, donné mourant, il y a peu, qu’en peut plus de ce Noël juste un peu en retard ! C’est vrai qu’on s’amuse, jusqu’au moment – pile – où on s’arrête de rire devant ce passage imminent de la démocratie (la nôtre aussi, bigre) dans son cercueil. Quant à la Droite « raisonnable » des alternances, celle de gouvernement, celle des Institutions respectées et du pouvoir judiciaire reconnu, je ne vois guère plus que Juppé pour tenter de lui correspondre, et ce jour, je l’en remercie.

Bien cher François,

Ecrit par Lilou le 04 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Bien cher François,

Bien entendu ton discours de Paris confirmant davantage la permanence de l’hiver des Républicains à défaut du printemps qui tarde à leur pointer le bout de son museau. Si j’ai bien tout compris, la parole sera donnée au peuple, surtout pas à la justice. Au fait, étant du peuple qui ira voter, je me permets de te tutoyer, je n’ai pas l’éducation de la bienséance, ni celle des courbettes d’ailleurs, et puis je sais que ça t’énerve aussi. Alors à moi ça me plaît.

Bon, dans ton discours, tu détruis la justice ! Pour son calendrier, si je comprends bien, c’est jamais le bon moment. C’est vrai qu’avec la somme astronomique des mandats que toi et tes collègues vous vous coltinez dans votre besace à géométrie invariable, vous avez toujours qui traîne soit une élection, soit une primaire, soit un conseil d’administration, soit un dîner de ceci ou de cela, soit un discours à la Castro, soit un comité de pilotage, soit un comité directeur, soit un bridge en famille. Y en a qui disent tous les soirs qu’elles ont mal à la tête, y en a d’autres, comme toi, qui disent tout le temps que c’est pas le moment. C’est certain que dans ce cadre-là aussi, le calendrier de la justice tamponne toujours tes autres calendriers et que même je sais pas comment tu fais pour faire tant de trucs à la fois aussi intelligents. Au fait, la dernière fois que j’ai fêté mon anniversaire, j’ai pris une prune pour excès de vitesse ! La gendarmette, à qui j’ai imploré la clémence eu égard à ce jour si spécial, doit encore en rire… François, c’est jamais le moment quand on se fait prendre les doigts dans le pot de confiture. Tu es né vieux ? Tu n’as jamais été enfant ?

A propos du calendrier de la justice, j’ai pas compris que tu critiques sa vitesse de la lumière, toi qui pour Sarko l’ancien voulais accélérer les procédures et te plaignais sans cesse de son temps démesurément long ! Faudrait savoir !!! C’est jamais le bon timing pour toi, soit c’est trop long, soit c’est trop rapide ! Je crois avoir entendu exploser de rigolade Nicolas sur le coup de 12h30 quand t’en as presque parlé du temps judiciaire. Dirais-tu qu’en ce moment la justice se comporte comme un éjaculateur précoce que ça m’étonnerait pas et qu’à toi ça te plaît pas ! T’as jamais entendu parler de la séparation des pouvoirs qui fait que tu t’émoustilles dans un monde séparé du monde judiciaire ? Bon, je te comprends aussi, toute la famille de Sablé aux prises avec des arpenteurs de bonnes mœurs du travail et de la loi, ça gonfle un peu ta taulière quand même. Et pis t’aurais pu dire plutôt ce que tu en penses vraiment de la justice ! Et que de cette pensée savamment cultivée le long de tes usages, y a plutôt des gens qui ne devraient pas devoir être obligés de passer devant des hermines pas rigolotes parce qu’elle te regardent comme si tu leur devais de l’argent. Des comptes plutôt, et au nom de la loi en plus…

Mais bon, ça fait un peu lourdingue tes explications parce que si c’est tout à fait légal que d’utiliser le flouze de l’assemblée Nationale pour payer tes petites mains pour tous tes milliards de boulots, ça fait quand même cher le bulletin de salaire pour sa Pénélope (même quand on s’appelle pas Ulysse) et ses chérubins. Surtout quand on dit que dans ta France de demain, faudra que tout le monde fasse des efforts… Au fait François, où t’as donc mis le grisbi ? Parce que 1 million d’euros de salaire pour Madame, probablement autant pour toi, mille dieux que ça t’en fait une de cagnotte ! T’es sûr que tu as tout planqué sous ton matelas de Sablé (sur Sarthe hein, pas de Nançay malheureusement…). T’es sûr que t’as pas du cousinage avec Le Cahuzac quand même… ? Nous, quand on vit tout en bas de l’échelle, on se dit que quand on va exploser le loto et qu’on va repartir avec 1 million d’€ en pogne, on va pouvoir vivre toute une vie confortablement installés sur ce matelas. J’arrive pas à imaginer de pouvoir dépenser tout ça en une quinzaine d’années ! Avec ta leçon de pouvoir le faire dans ce temps-là, on voit quand on en a du fric, ça part aussi vite qu’une convocation chez les juges. Autant rester pauvres alors ! Et riches de plein d’autres trucs.

Populiste, avez-vous dit ?

Ecrit par Lilou le 25 février 2017. dans La une, France, Politique

Populiste, avez-vous dit ?

Mais qu’est-il passé par la tête de ce si prometteur Macron qu’en ces mêmes lignes j’avais baptisé le Giscard de Gauche ? La colonisation est un crime contre l’humanité… Pour éclaircir la chose, plus familiale que jamais avec mon pied noir que je préfère plus à gauche qu’à droite, j’ai donc invité mon criminel contre l’humanité de père pour le passer à la moulinette de mon tribunal.

Midi ce samedi, je piaffais d’impatience ! Le visage lacéré par des nuits sans sommeil à ressasser mon nom et mon sang de « là-bas », pour ne pas dire cette descendance que je ne me connaissais pas de si cruelles intentions, j’attendais à la porte de chez moi que la cloche sonne l’entrée du condamné macronisé en direct d’Alger. Espérant ce criminel découvert à la vitesse d’un tombeau ouvert, je pourrais enfin me comporter en juge de Nuremberg, la larme à l’œil du plaisir non feint d’agir pour l’humanité. Je n’attendais qu’une seule chose de ces longues minutes précédant sa présentation devant ma toge rouge flanquée d’Hermine : que le criminel pointe le bout de son crime et que forcément il en expie son bulletin de naissance et tant qu’on y était aussi, ses parents, ses grands-parents et tous les chiens qui avaient été les leurs. Planqués sous la table basse, mes couteaux étaient aiguisés de la pierre de l’inquisiteur, j’y avais mis du reste toute mon âme de bras vengeurs et macroniquement guidés. Pour faire passer la dernière anisette comme Bernard Gui aurait fait passer la sainte huile sur des bras pelés, mes goutes de curare et de cyanure attendaient calmement auprès de mon jugement dernier. Ce serait froid, rapide et sans concession. Un criminel contre l’humanité, ça se boit très frais et vite.

Midi et quelques brouettes ce samedi… La première anisette ne servit qu’à amener la seconde qui ne servit quant à elle finalement que de prétexte à la dernière devant ouvrir les agapes nappées de Cumin, de Piment rouge et de Cannelle. Sur la table était posé simplement un bouquet de Jasmin venant du jardin de mon grand-père, criminel de guerre lui aussi mais bon, disparu dans les affres du grand âge il y a quelques années, et surtout totalement ignorant de son statut épique de criminel contre l’humanité. Nous sommes en tout cas certains, mon père et moi, que de là où il est, et en digne héritier de la 1ère armée d’Afrique qui lui fit traverser l’Italie nazie entre 1942 et 1945, il doit en donner des louches et des calbotes à ses « confrères » pendus de Nuremberg… Il doit en donner tellement même, et tous les jours en plus (en fait le connaissant très bien, aussi souvent que possible plutôt), qu’il doit en avoir des crevasses à ses péniches de menottes trempées dans l’acier des gens de bien.

Elève Macron Emmanuel… Savez-vous qu’à un oral d’histoire du bac et concernant une question sur la colonisation, si vous m’aviez répondu que la colonisation était un crime contre l’humanité, je vous aurais renvoyé vers une plus vaste réflexion sur de l’anachronisme en histoire ? Je vous y aurais renvoyé parce qu’au-delà de répondre totalement à côté de la question, je n’ose vous rappeler que la discussion historique doit avant tout ouvrir son sujet et ne pas le refermer à son seul jugement, votre réponse nous entraîne une fois de plus dans les actes de la contrition sans fin. Alors oui, je vois bien que dans les phrases qui ont suivi et pour tenter de limiter la casse, votre concept (votre buzz plutôt) a glissé et que de colonisation/crime contre l’humanité on passe à Guerre d’Algérie/crime contre l’humain… Mais trop tard, en tout cas en ce qui me concerne. Brillant vous êtes, politicard du système vous restez. Et hélas, c’est bien là qu’est l’os.

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Ecrit par Mélisande le 11 février 2017. dans La une, France, Politique, Société

Au sujet du bonheur de Lady Chatterley

Comment ne pas songer au film de Sofia Coppola Marie-Antoinette lorsqu’on écoute certains hommes politiques, et que l’on mesure avec effroi leur coupure absolue d’avec la base : le quotidien des gens, la paupérisation qui gagne toutes les couches de la société ? L’humiliation et les accusations dont « le peuple » fait l’objet dans les discours de certains, comme s’il n’était qu’une grande putain naïve, manipulable, sollicitée et corvéable à merci, que l’on peut flatter, culpabiliser, humilier, au gré de ses stratégies ?

Comment ne pas avoir en tête notre feue-reine, dégustant avec sa cour petits fours et champagnes, essayant chapeaux et toilettes, dans une bulle psychotique qui lui coûta la vie, alors qu’aux portes de Versailles arrivait en saccades le peuple affamé…

Cette méconnaissance absolue du quotidien et de la réalité économique difficile de la majorité des gens, tout âge et classe sociale confondus, nous arrive en pleine face avec le « Pénélopegate », où de façon pathétique et dérisoire, devant les regards médusés et sidérés par un tel affront du mensonge, le peuple, comme on dit, se tait mais n’en pense pas moins…

Un dieu facétieux est aux commandes aujourd’hui, il descend tout droit du principe de vérité ; vérité, étymologiquement « ce qui est », et provoque le retour en pleine face des accusations pour celui qui se sert de la Parole, instance sacrée, pour mentir… Aujourd’hui, il y a un retour de bâton, mais pour combien de jours et combien d’années d’impunité ???

Voir François Fillon, qui a accepté en tant que premier Ministre l’humiliation que lui infligeait Sarkozy, défendre sa cantine, son petit moi, en le confondant derechef avec l’universel, tient de la pathologie schizophrénique.

Le putsch dont il clame être la victime n’est en réalité que le rappel douloureux d’une forme de justice immanente qui finit par tomber, un jour ou un autre, quand le mensonge s’est construit son propre édifice bancal et qu’il monte toujours plus haut, sorte de monstre qui n’a d’assise que la folie narcissique de ses auteurs…

Un jour cela s’effondre, un peu comme la tour de Babel. Mais le mensonge semble ici s’être construit un tel paysage, de tels quartiers, qu’il y a fort à faire pour revenir au principe de réalité. Fort à faire dans le ciel pour faire réfléchir ces petits ambitieux qui ne songent qu’à leur statut terrestre, sans autre programme que régler un compte au rival, se présenter au suffrage universel pour résoudre une problématique personnelle d’aliénation, c’est de l’infantilisme dangereux.

Citer ceux des hommes politiques qui avaient un projet de transcendance et de service vis à vis de leur pays, alors qu’ils sont silencieux pour toujours, pour cause de disparition terrestre, c’est encore plus criminel !

Accuser le Canard enchaîné qui ne perd jamais (ou rarement) les procès dont il est l’objet depuis un siècle, l’accuser de façon péremptoire, notamment de misogynie et le faire en guise de discours politique devant des milliers de personnes prises en otage, relève de la pathologie mentale !

Il serait bon que François Fillon ne se serve pas du peuple et ne confonde pas la conduite sérieuse et grave d’un pays pour répandre sa névrose narcissique. Lui qui ne laisse pas parler sa femme… D’ailleurs que dit Pénélope ? Au service de son grand homme ? Ne devine-t-on pas dans son regard triste qu’elle a loupé un rendez-vous décisif ? A Sablé, loin des rillettes et des notaires, un rendez-vous avec un garde-chasse. Il l’aurait menée benoitement, tout droit au paradis… Loin de la clique des menteurs professionnels que sont devenus certains élus installés dans leurs pantoufles de l’Ancien Régime… Tout droit au paradis des femmes amoureuses, avec des étoiles dans les yeux et dans la voix…

Ah ! La vie, ça tient à si peu de choses !

Fin de partie

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 février 2017. dans La une, France, Politique

Fin de partie

La déroute finale de Manuel Valls à la primaire de la gauche clôt un cycle commencé, en réalité, non en 1972, au congrès d’Epinay, mais en 1981 avec l’arrivée – pour la première fois depuis la IVème république – de la gauche au pouvoir. Jusque-là, la gauche non communiste pouvait se réfugier dans le confort du mollétisme : tels les radicaux de la IIIème république, elle adoptait la métaphore du radis – rouge à l’extérieur, blanc à l’intérieur – marxiste par le verbe et le programme, la pratique, elle, restant virtuelle, opposition oblige.

L’exercice du pouvoir allait rendre impossible cette confortable ambiguïté. S’ensuivit un interminable Bad Godesberg idéologique, laborieux et honteux à la fois. Ce fut d’abord la « pause » dans les réformes, lors du tournant de la rigueur de 1983, puis les nécessités de la construction européenne – Acte unique, monnaie unique avec ce que cela supposait de désinflation compétitive – enfin, sous Hollande, l’urgence d’assainir une dette devenue monstrueuse et non conforme aux exigences de la « règle d’or » des 3% de déficit public… adieu marxisme, adieu même keynésianisme et économie de la demande.

La frustration découla alors inévitablement de ce que la pratique ne correspondait pas à la promesse. La politique économique de François Hollande – discutable, comme toute politique, mais cohérente – tournait le dos au discours du Bourget de la campagne de 2012. Le problème vint ainsi moins de ce qui a été fait que de ce que ce qui n’avait jamais été dit : qu’il n’y avait pas d’alternative démocratique au capitalisme (la propriété privée des moyens de production), que le « socialisme » (historiquement l’abolition définitive de la propriété) devait céder la place à la social-démocratie et qu’enfin il fallait faire son deuil de la révolution, c’est-à-dire d’une transformation intégrale et ultime de la société.

Ce non-dit ne fut pas seulement le fait de François Hollande, mais il fut aussi son fait. Si l’on ajoute à cela la pantalonnade de la déchéance de la nationalité et le psychodrame collectif que suscita la loi sur le travail, le naufrage actuel n’a plus de mystères.

Le vote Hamon exprime de la sorte un refus, le refus d’abandonner un rêve de justice sociale et d’émancipation par rapport à la contrainte du travail. Le succès de sa mirobolante proposition d’un « revenu universel d’existence » ne s’explique pas autrement. Tant que le réel sera nié par la gauche, sa base continuera à pratiquer le déni de réalité, jusqu’au moment où les échéances électorales arrivant et la gauche et les rêves de gauche se fracassent…

Conséquence : l’estampille PS est devenu LE handicap majeur. Tout vaut mieux qu’un candidat PS (Mélenchon ou Macron, peu importe). Benoit Hamon, désormais candidat officiel du parti, fût-il plébiscité par les votants à la primaire, aura du mal à dépasser les 16% que lui promettent les sondages. Et pour cause ! Même lui, le frondeur, le « révolutionnaire », se présente sous l’étendard PS.

L’urgence pour la gauche réformiste est de parler vrai, de dire la vérité, toute la vérité, au risque de briser définitivement l’idéal. Vaste programme.

Dans l’immédiat un cycle trentenaire se termine. Game over.

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