Manu, tu déconnes

Ecrit par Lilou le 13 mai 2017. dans France, La une, Politique, Actualité

Manu, tu déconnes

Pas compris mon cher Manu ce que tu mijotes avec ton pas de deux visant avant tout à prendre la tangente parce que le combat à mener te semble aujourd’hui devenu hors de portée. Tu serais vexé, rancunier façon revanchard, que ça m’étonnerait pas. C’est quoi cette idée de déserter la place quand ça va devenir intéressant ?

Tu sais que je me suis fait couper en deux et parfois en quatre pour te défendre quand pieds et poings liés dans la genèse d’une sociale démocratie à moderniser, d’autres égos te contestaient le droit de le faire ? Tu sais aussi que j’ai juré par avance (en disant « croix de bois croix de fer » en plus) que jamais tu n’abandonnerais ce combat-là. Je m’imaginais qu’un jour tu marcherais sur Solferino assis sur ton cheval blanc et que dans les intervalles je serais devenu ton chambellan et que je me serais occupé de tes photocopies, de 3 lignes et demi de discours et aussi de porter tes flingues de concours.

Bref, mon Manu le Catalan, parce que j’aimais l’idée à ce qu’on ferraille ensemble dans la mitraille d’une certaine idée de la gauche à reconstruire et que là tu te barres avant le chant du coq, je n’irai donc pas par 4 chemins. En partant du PS et refusant ainsi le combat âpre qu’aurait été un congrès de la refondation (avec baffes en guise de viennoiseries et mêlées relevées dès les premières prises de parole), tu déçois mon cœur qui imaginait que le vent viendrait de ton histoire d’homme debout pouvant refaire à défaut de Jarnac un coup d’Epinay !

Le vent ne viendra pas. En alimentant savamment ton investiture auprès de La République en Marche, tu fais en sorte de te faire virer du PS. Ils te vireront comme d’autres se libèrent d’une excroissance au milieu du visage et qui sur les photos de famille fait tache. Tu me fais penser à cet époux volage qui laisse traîner un zeste de parfum sur sa veste parce qu’il n’a pas le courage d’affirmer que 2+2 ne font plus 4 et qu’assumant sa lâcheté, il se rêve davantage dans les bras du martyr de la cause matrimoniale que dans celle de la vérité assumée. Ils te vireront, j’espère que tu n’en doutes pas.

Tu sais je suis allé au meeting de Benoît qui m’a dit entre les lignes de voter pour lui parce que l’histoire de la gauche était belle et que j’en étais devenu un obligé, pour ne pas dire un prisonnier. J’ai compris à ce moment-là que je ne voterai pas pour un parti ne regardant de son futur que les racines de ses plus beaux arbres. Il m’a semblé que dans l’esprit que j’avais pu voir de près pendant tes Primaires à Tournefeuille (31170), résidait la force de poursuivre l’aventure de la sociale démocratie solidement scellée et animée par la volonté farouche de l’adapter au monde dans lequel nous filons à la vitesse de la jeunesse flamboyante et culotée qui, elle, sait comment aller d’un point A à un point B sans passer par les autorisations bridant les émancipations. Bref mon Manu, je ne comprends pas où tu veux en venir à donner le sentiment que tu pars frayer avec les truites voisines parce que les saumons ne sont plus à ton goût. Il me semblait que dans ton attitude à venir, tu resterais le Danton jusqu’au-boutiste qui, les défaites et branlées consommées, deviendrait cet homme que célèbre si justement Rudyard Kipling.

Il me le semblait aussi parce qu’être socialiste en 2017 devient compliqué et que malgré ces certitudes se renversant par terre comme le lait, tu me semblais être devenu the right man at the rigth place. Coincés que nous sommes entre cette gauche plus bolivienne et mystifiée que jamais et ce si talentueux et prometteur renouveau Giscardien, il me semblait que tu pouvais remplir le vide sidéral qu’occupent nos si chers pourfendeurs préparant depuis mai 2012 les bûchers qui bientôt brûleront pour nous. Il me semblait que tu pourrais aussi incarner cette force permettant de dégager les horizons alors qu’en te barrant, tu ne fais que souffler sur les braises. Et qu’à moi ça m’échappe d’abandonner la redoute cernée de toutes parts. Je n’arrive pas à me dire qu’à défaut de monter nos briques une par une, tu te mettras aux ordres du contremaître, certes très séduisant mais quand même, pas si social/démocrate que ça ?

Nous vivons l’écroulement d’un ordre établi. Oui et bravo même. Le dégagisme, probablement le seul mot intelligent entendu dans cette mélenchonisation des âmes, a frappé à tous les étages selon le principe bien connu d’Archimède le Jeune (1) : tout corps plongé dans le bain (trop longtemps) en ressort complètement rincé. C’est bien que de renouveler les cadres de temps à autre surtout qu’on a quand même pris l’habitude dans notre si vieux pays de le faire dans la plus grande et merveilleuse alternance politique. Mais bon, ne penses-tu pas que pour notre si chère gauche, il ne s’agira que d’un remplacement de papier peint ? Ne penses-tu pas que le PS ne finira pas, sous les oripeaux séduisants de l’autre Manu, ce que le PC finit par devenir : un dinosaure râlant sur le pavé uniquement ses jolies gammes de l’internationale ouvrière ? Et qu’un jour, comme on raillait la tenue du congrès du PC dans une cabine téléphonique, ce sera à celui du PS dont on pourra dire qu’il s’est tenu à Nogaro (32110) dans le photomaton de l’ancienne gare routière !

Manu, ai-je été faible de croire que tu pourras t’opposer, avec nous autres, à ce qu’il convient aujourd’hui de qualifier d’inexorable ? Ai-je été sot de me dire que les débats au sein du PS à venir permettraient de nous présenter au rapport, balafrés, tuméfiés mais vivants, avec une volonté décuplée et surtout des projets de société crédibles, modernisés qui nous permettraient de regarder de nouveau vers son temps présent. Me suis-je comporté comme une trompette de croire et défendre l’idée que tu serais ce bras armé pour mener la famille vers d’autres conquêtes, au besoin en passant par des convergences d’action avec ces centres au pouvoir (quelle époque que ces pluriels qui disent tout sans rien affirmer) ? Me suis-je trompé à ce point-là ?

Manu, je vais quand même te reposer autrement la question que je t’avais posée en novembre dernier sous ces mêmes colonnes (2). Tu me permettras de te la poser avec ce codicille constatant maintenant que tes capacités à me répondre sont rétrécies parce que tu as limité ton indépendance d’esprit et d’action en t’agitant contre nos petites brises de sociaux-démocrates par ta volonté affirmée à rejoindre coûte que coûte le palais Bourbon quand bien même cela le serait avec la famille d’en face. Le désert en marchant (3) n’aurait-il pas été préférable pour recharger quelques accus et élargir le cercle de tes poètes disparus ? Ce faisant, ne cherches-tu pas avant tout à renoncer au combat et à vivre de projets qui ne feront qu’attendre dans ta rate bientôt au court bouillon ?

Manu, es-tu certain que tu veuilles vraiment repenser l’avenir ?

Bien à toi, et avec toute la confiance, renouvelée mais lézardée, que je te porte !

 

(1) Les sources permettant de situer la biographie de cet Archimède le Jeune ne sont pas sûres. Il convient donc d’utiliser cette citation avec des pincettes.

(2) http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/actualite/ecrits/item/trois-coups-pour-un-hoquet-de-l-histoire

(3) N’y vois aucune moquerie par cette allusion, je ne suis pas comme ça…

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A propos de l'auteur

Lilou

grand voyageur, arpenteur du monde, donc découvreur.

 

Professeur d'histoire géographie, donc, passeur.

Commentaires (3)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    18 mai 2017 à 07:02 |
    J'ai voté pour Manuel Valls dans le cadre des primaires de la gauche de gouvernement, aussi bien au niveau du premier tour qu'en ce qui concerna le second, et je connais ses qualités - qui ont été rappelées ici. Mais, le point sur lequel je suis en total désaccord avec cette chronique, c'est le fait de présenter Valls comme un "social-démocrate" au sens traditionnel de ce terme ; une "sociale-démocratie" qui est en crise dans l'ensemble du continent européen (avant tout en raison de l'existence d'une "croissance molle" ne lui permettant plus d'assurer la continuation de sa mission historique, sur laquelle je ne peux revenir ici, dans le cadre d'un simple commentaire.
    Non... ! Valls n'est plus, et ceci depuis longtemps, un "social démocrate", mais un "social-libéral", disons tempéré, et - étant donné ce qui précède - il m'est impossible de lui en faire le reproche, bien qu'il ait tenté de reprendre artificiellement une posture de type "sociale-démocrate" classique lors des primaires suscitées, ceci afin d'avoir un espace politique (ou un créneau) à occuper. Je rappelle que Valls, qui avait proposé de changer le nom du PS (soit en PSD, Parti Social-Démocrate, ce qui aurait été pour le moins... curieux... soit en PD, Parti Démocrate, à l'italienne ou à l'américaine), sait très bien, en tant qu'ancien rocardien, que le seul "socialisme" du "possible" c'est aujourd'hui celui d'une "Troisième voie" (rénovée) entre "sociale-démocratie" et "libéralisme"...
    Mais il s'est trouvé que, pour prendre la tête de ce projet, et en un temps record, il trouva à ses côtés, puis face à lui, la "fusée" Emmanuel Macron... Voilà pourquoi bien loin de la regretter - sauf sur le plan de la forme -, j'approuve intégralement l'accord qui s'est (au moins indirectement) réalisé entre le Président Emmanuel Macron et Manuel Valls, essentiellement par l'intermédiaire de François Bayrou. Ce que j'espère à présent, c'est que "Manu" puisse constituer progressivement, à l'Assemblée des députés, le flanc gauche de la "Majorité présidentielle"... Et puis, pourquoi pas la création d'un PSD - Parti Social-Démocrate -, puisqu'il ne faut jamais "injurier" l'avenir, une croissance de 2% ou juste un petit peu plus pouvant alors redonner vie à une "sociale-démocratie" vraie, redistributive... ? Un dernier mot, mais qui m'amènerait trop loin et que je ne vais donc que pointer très rapidement : parler d'un "renouveau giscardien" pour ce qui se passe actuellement en France est pour moi un total contresens historique, sauf s'il s'agissait d'une simple allusion à la formule "réunir deux français sur trois"... Ceux qui n'ont pas saisi que nous sommes en 2017 et en train de changer de "modèle", pour une société ouverte (avec des limites de protection) contre une société fermée, n'ont - selon moi - absolument rien compris...

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  • Martine L

    Martine L

    13 mai 2017 à 16:09 |
    J'aime en Valls ce côté verticalité active ( et non agitée /énervée comme Sarko) et plus encore son versant Convention aux créneaux de la République, tant dans les discours que les actes, qui, ma foi ont été fort utiles dans un quinquennat qui ne fut pas – loin s'en faut - «  le pire de la Vème », comme a dit, le 7 Mai au soir, Mélenchon, l'élégant ( sic!) tueur de socialistes. L'attelage avec Hollande, rond, pondéré, agissant en plusieurs temps, m'a paru pertinent. J'ai soutenu Manuel aux Primaires, attendant de lui, la prise de commandement d'un bastion Social-démocrate – au risque qu'il soit assez droitier, conservant ce qui pouvait l'être dans la vieille maison, en attendant que passe l'inéluctable traversée du désert qui nous attend.
    Sa précipitation actuelle, largement maladroite et pas mal contre productive, me chagrine. Un pied dehors du PS, sans même donner son avis de départ, frise la trahison, tandis que son essai de pied dedans des nouveaux venus EM, a eu cet air de mauvaise allégeance dont ma chronique de cette semaine, parle. « Bien fait », comme on dit dans la cour de l'école : ni l'un ni l'autre, SDF de la politique, disait Le Monde. Rattrapé par les cheveux par Seigneur Macron qui ne lui opposera pas de candidat EM, s'il est candidat – solitaire, car le PS l'exclut.
    Solitaire, à nouveau, frisant peut-être l'échec ou les 5 % des Primaires 2011, Manuel a un vrai problème personnel avec pas mal de choses dérangeantes : la présomption, la fidélité, la rapidité, j'oserais dire, l'éjaculation précoce, et sans doute, la capacité à analyser une situation complexe. Ça finit pas faire beaucoup.
    Il faut qu'il se repose, là ! On compte sur lui, demain ; il peut encore servir.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      13 mai 2017 à 21:52 |
      Et oui, c'est la "petite mort" comme dit Freud, Valls s'est vidé, pardon rallié un peu trop vite...

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