Sur la suppression de service militaire

Ecrit par Jacques Petit le 07 juin 2010. dans France, Société

Sur la suppression de service militaire

Le fait sociologique majeur des années 2000 en France : la suppression du service militaire obligatoire en 2001, à l’initiative de Jacques Chirac.

Comme souvent, des décisions majeures qui recèlent en elles des bouleversements sociétaux significatifs passent inaperçues dans l’opinion publique, sauf, bien entendu, pour les jeunes gens directement concernés, c’est-à-dire les citoyens français nés avant 1979, sursitaires inclus.

Ainsi dans notre Pays, les générations masculines entre 20 ans et très proches de la quarantaine sont dispensées de la conscription; bien sûr, on peut se dire, ils peuvent se dire en première réflexion : « Chouette, ça ne fera pas 1 à 2 ans de perdus pour rien ».

Alors que d’aucuns voulaient instituer un débat sur l’identité nationale qui inclurait d’évidence les problèmes d’intégration, sur le fond, ce débat aurait pu se concevoir, à condition qu’il ne soit pas verrouillé, orienté par le pouvoir. Cette forme de débat ne pouvait être admise par l’opinion française.

Et bien, je puis vous dire qu’ayant effectué mon service militaire dans le 1er Train, de 1952 à 1954, libéré de mes obligations militaires en Mars 1954 avec le grade de Brigadier-Chef, rappelé en 1956 pour la guerre d’Algérie (mais ça pourrait faire l’objet d’une autre chronique), je me suis rendu compte que l’Armée était une usine à Intégration Sociale dans la multidiversité REMARQUABLE, et je dois dire qu’avec le recul, cette impression, ce sentiment se sont fortement accentués.

Comme tous ceux qui ont effectué leur service, ce qui ressort les premiers jours, selon les couches sociales de chacun, c’est un sentiment fort de promiscuité. Il n’y a que l’Armée pour réunir un tel brassage d’individus : du fils d’ouvrier au fils d’un haut fonctionnaire, du fils de paysan tourangeau au fils de paysan alsacien totalement analphabète en Français, des fils de notaires, jumeaux, au Champion de France de cyclisme sur piste, de moi-même simple employé de banque débutant, à un Martiniquais petit-fils d’esclave, et bien d’autres assemblages encore qui nécessiteraient un livre entier.

Mais relativement rapidement ce sentiment de promiscuité disparaît pour un désir de se connaître, de se comprendre, de se rendre compte que notre petit univers étriqué était bien plus vaste que cela et également bien plus complexe, tout en râlant, les uns et les autres, à longueur de journée sur la monumentale connerie qu’était l’Armée. Quel est le troufion qui n’a pas maudit l’Armée ?

Mais à la « quille » le sentiment de joie est le plus fort, c’est évident : « La quille, Bon Dieu ». Ceux qui n’ont pas fait leur service ne peuvent se rendre compte du souffle intérieur  que recèle ce mot d’argot militaire « La Quille ».

Mais à côté de cette explosion de joie, de délivrance, il y a une petite pointe de nostalgie à quitter Boris qui m’a appris à jouer aux échecs à un niveau convenable, à Albert et Guillaume les jumeaux qui m’ont fait connaître la poésie, à travers des paroles de chanson qu’ils pondaient à satiété, à Louis le Tourangeau qui m’a éduqué à la science des nœuds, car oui, c’est une véritable science qui n’est pas connue que des seuls marins, et bien d’autres petits regrets encore; bon, on s’est promis de garder le contact, mais il faut bien le dire que cela n’a guère été loin, et aujourd’hui, je le regrette beaucoup, mais je crois que c’est la Vie .

Ainsi, malgré les innombrables défauts qu’avait le service militaire, sûrement perfectible dans bien des domaines, nous avons perdu cette école d’intégration UNIQUE, et qui n’a été remplacé par RIEN, le service volontaire est une foutaise de première.

Ainsi notre pays, comme bien d’autres, mais pourquoi serait-on obligé de faire comme les autres, de se plier à une sorte de « pensée unique internationale », pour des questions budgétaires, des économies de bout de chandelle qui n’ont nullement permis de maîtriser notre déficit abyssal, pour des réflexions sociales d’un Président qui constatera quelques années plus tard la fracture sociale qu’il a vue de visu lors d’un déplacement, en 1995 à Mantes Val Fourré, où il a dû se replier sous les quolibets et les insultes.

Pourrait-on un jour avoir la chance qu’un Collège de sociologues, d’hommes de terrain, de scientifiques et sûrement bien d’autres, trouve une formule de remplacement à ce service militaire qui était la plus grande machine d’intégration connue à ce jour ?

« L’espoir des hommes, c’est leur raison de vivre et de mourir. » Puissances d’André Malraux 1901-1976

A propos de l'auteur

Jacques Petit

Jacques Petit

Rédacteur

pseudo Jacklittle

Autodidacte, 47 ans de carrière bancaire, du bas au haut de l'échelle. Cadre Supérieur.
Directeur de Mission dans un cabinet de Commissaires aux comptes spécialisé Banque et Finance.

Politique,Economie, Finance, Littérature, Sports, Cinéma, Théâtre.

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